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acrimed | action critique médias

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  • Michel Onfray critique la presse à la serpe

    14 décembre, par Jean Pérès — Les illuminations de quelques penseurs, , 109341

    On connaissait Michel Onfray comme philosophe adulé par les médias, ardent et dérisoire défenseur d'un Finkielkraut pseudo-victime d'un crachat nocturne et imaginaire, mais on ne le connaissait pas, ou peu, comme philosophe des médias. Un petit article titré « Propaganda » dans un livre collectif [1] vient, hélas, combler cette lacune.

    Selon le "philosophe", « la presse n'est pas libre, ne l'a jamais été, ne le sera jamais. Elle est subjective, idéologique, de parti-pris. Elle défend une ligne qui est le Bien, puis elle attaque tout ce qui n'est pas cette ligne et le transforme en Mal. » Plus loin, il ajoute : « Il existe une presse qui abat les cartes et fait savoir qu'elle est militante » – catégorie qu'il illustre en citant Présent et Rivarol, ou encore L'Humanité et Politis – et une autre presse « qui ajoute la dissimulation au parti-pris » – il s'agit de la presse dominante, libérale et pro-européenne, dont on peut supposer que Le Monde est l'archétype.

    Singulière conception de la liberté de la presse. Nous pensions naïvement que cette notion très problématique, qui se subsume entièrement sous celles de liberté d'opinion et d'expression garantissait justement l'expression de toutes les formes de subjectivité, de parti-pris, et d'idéologie – pour peu qu'elles ne portent pas atteinte à d'autres droits fondamentaux. Avec Michel Onfray, c'est l'inverse : la liberté de la presse est entravée par la diversité et la partialité des opinions qui s'y expriment ! Comprenne qui pourra.

    On peut ne pas apprécier l'idéologie nauséabonde véhiculée par Présent et Rivarol, ni les idées avancées par L'Humanité et Politis, on peut regretter et critiquer le fait que nombre de titres de la presse dominante dissimulent leur adhésion à l'idéologie libérale sous des prétentions à l'objectivité, et Acrimed ne s'en prive pas, mais cela n'a rien à voir avec la liberté de la presse, qui est le cadre général dans lequel s'expriment, comme tous les autres, ces journaux.

    Bref, Michel Onfray écrit n'importe quoi. Sur un sujet qu'il ne connaît visiblement pas, le "philosophe" aurait pu s'avancer avec un peu plus de précautions, plutôt que chercher à frapper les esprits avec des formules aussi creuses que définitives. Mais lui-même se prend-il au sérieux ? On peut en douter. En effet, son mépris affiché pour la presse ne l'empêche pas d'y exprimer, à haute dose, sa « subjectivité » philosophique : de décembre 2007 à décembre 2017, Michel Onfray a signé pas moins de… 150 articles dans divers titres de presse [2].

    En toute liberté ?

    Jean Pérès


    [1] « Les médias sont-ils dangereux ? Comprendre les mécanismes de l'information », publication hors série de l'hebdo Le 1, octobre 2017.

    [2] Source Europresse. Plusieurs grands titres recensent les articles, chroniques et tribunes signées par le philosophe – comme par tous leurs journalistes et auteurs attitrés... Voir notamment : Michel Onfray - Journaliste du Point ; Michel Onfray - Libération ; Michel Onfray : dernières actualités et vidéos sur Le Figaro.fr ; Michel Onfray - Mes articles sélectionnés par L'Obs - Le Plus.

  • La précarisation du métier de photojournaliste (vidéo d'un Jeudi d'Acrimed)

    http://www.acrimed.org/CCIyXc_VBv8
    12 décembre, par Acrimed — Les Jeudis d'Acrimed en vidéos, , , 109314

    Vidéo enregistrée le 19 octobre 2017 à la Bourse du travail, à Paris.

    Baisse des tarifs des piges, chute des commandes de la part des titres de presse, recours accru aux photographies institutionnelles issues des services de communication et aux photographies « libres de droits », syndication des contenus : autant de phénomènes témoignant de la précarisation du métier de photojournaliste.

    Pour les évoquer, ainsi que les nombreuses mobilisations des organisations de photojournalistes ces dernières années, nous avons donné la parole à Emmanuel Vire, secrétaire général SNJ-CGT et Jean-Claude Coutausse, photojournaliste, membres de la coordination des photojournalistes.

  • Un « Conseil de la Presse » ? À quelles conditions et comment

    11 décembre, par Henri Maler — Transformer les médias : Nos propositions, , 109304

    Jeudi 30 novembre, Jean-Luc Mélenchon était l'invité principal de L'Émission politique, sur France 2. Lundi 4 décembre, il publiait sur son blog un billet intitulé « Le lendemain de l'émission » dans lequel il dénonçait un dispositif biaisé, des procédés déloyaux, et les partis-pris des journalistes animant l'émission. En appelant à la création d'« un tribunal professionnel qui puisse être saisi et qui ait le pouvoir de sanction symbolique contre les menteurs, les tricheurs, les enfumeurs », il provoquait également l'ire de toute l'éditocratie qui, se focalisant sur la forme – polémique – de la proposition, choisissait délibérément d'ignorer que de telles instances professionnelles existent dans de nombreux pays et sont discutées en France… Le 5 décembre, Jean-Luc Mélenchon lançait une pétition « Pour la création d'un Conseil de déontologie du journalisme en France » [1] avant d'attribuer à Acrimed, dans une de ses vidéos hebdomadaires, la primauté de la proposition en France.

    Si ce n'est pas vraiment le cas, nous avons en effet suivi attentivement et participé modestement aux discussions sur le sujet. L'article que nous republions ici, initialement mis en ligne le 4 mars 2014, synthétise l'état de la réflexion au sein d'Acrimed.

    Le 2 décembre, Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication confiait à Marie Sirinelli, première conseillère à la Cour administrative d'appel de Paris une « mission d'expertise indépendante, visant à effectuer une analyse comparée tant juridique que politique, des expériences étrangères en matière d'instances de déontologie et recueillir les positions des différents acteurs concernés ».

    Le rapport de Marie Sirinelli – « Autorégulation de l'information : Comment incarner la déontologie ? » a été remis à Madame la Ministre le 13 février 2014 : nous le commenterons en une autre occasion

    Entre temps, le 20 janvier 2014, nous étions reçu, à notre demande, par l'auteur du rapport. Pour préparer cette rencontre nous lui avions adressé la note que l'on lira ci-dessous : elle reprend partiellement et surtout complète, en laissant le débat ouvert au sein de notre association, un précédent article sur le même sujet.

    Pour garantir la déontologie professionnelle des journalistes – Note à l'intention de Madame Sirinelli, chargée de mission



    Depuis 1918, de multiples « Chartes de déontologie » se sont efforcées de fixer les principes et les règles d'exercice du journalisme : les dernières versions datent de 2011 et 2012. Depuis quelques années, plusieurs initiatives ont été prises pour que se constitue une instance de régulation de la déontologie, et plus précisément un « Conseil de la presse ». « Charte » et « régulation » : ces deux questions sont revenues récemment sur le devant de l'actualité. Mais que valent de telles chartes si rien ne permet véritablement de garantir qu'elles soient respectées ? Quelles sont les conditions minimales de leur application ? Quelle instance de régulation, si elle peut exister, pourrait veiller à leur respect, sans faire diversion ? Sans détourner des transformations indispensables et prioritaires du monde des médias, sans lesquelles l'invocation de la déontologie reste sans effets ?

    I. Des conditions minimales

    1. Une charte annexée. Pour que les règles déontologiques ne soient pas de simples chiffons de papier, encore faut-il qu'elles soient opposables aux patrons des médias et donc qu'une charte commune soit intégrée à la Convention collective nationale de travail des journalistes (CCNTJ) et que les aides publiques attribuées à la presse et les concessions consenties à l'audiovisuel privé ne le soient que dans la mesure où les médias concernés souscrivent à l'inscription d'une charte de déontologie dans la Convention collective nationale.

    2. Un statut juridique des rédactions reconnu. Pour que les journalistes puissent résister aux pressions des PDG et des directeurs de rédaction et leur opposer le respect des règles professionnelles, encore faut-il que les rédactions soient dotées d'un statut juridique qui permette aux journalistes d'intervenir collectivement sur l'orientation éditoriale du titre et les pratiques journalistiques.

    De quelle indépendance pourrait se prévaloir une instance constituée sans que soient remplies ces conditions ? Celles-ci ne sont pas nouvelles. Elles ont été formulées depuis longtemps par les principaux syndicats de journalistes. Elles figuraient dès octobre 2006 dans la Déclaration finale de la première session des « États généraux pour le pluralisme » que nous avions contribué à impulser. Dès 2009, les syndicats de journalistes (SNJ, SNJ-CGT, USJ-CFDT), dans une lettre ouverte au Président de la République, manifestaient leur refus d'un code de déontologie qui « n'engagerait pas la responsabilité de tous les acteurs de la chaîne éditoriale, du plus humble des rédacteurs jusqu'au directeur de la publication, en passant par tous les stades des hiérarchies rédactionnelles » et qui chercherait « à faire porter le chapeau au seul journaliste de terrain, dont la tâche est déjà rendue plus que difficile par les dérives éditoriales et économiques imposées par les éditeurs, ainsi que par des conditions de travail considérablement dégradées. »

    De quelle portée pourraient être sinon des alertes adossées à des règles de déontologie qui, par définition, ne se prononcent pas sur les conditions d'exercice du pluralisme, sur les conditions de l'indépendance des médias et des journalistes, sur les conditions de formation, d'emploi et de travail des journalistes, sur les formes de l'appropriation de ces mêmes médias ?

    Supposons que les conditions soient, au moins partiellement, remplies : à quelle instance pourrait-on s'en remettre pour se prononcer sur les transgressions des règles professionnelles et quel pourrait être son rôle ?

    Le débat est ouvert publiquement ; il est ouvert au sein d'Acrimed sur les propositions provisoires qui suivent.

    II. Une instance indépendante

    Du rôle attribué à une telle instance – un tel « Conseil de la presse », désignation adoptée ici pour plus de clarté – dépendent sa définition, sa composition et son financement

    Quel rôle ?

    Le « Conseil de la presse » pourra se saisir ou être saisi par les usagers des médias, individuellement ou collectivement, chaque fois qu'une transgression des règles déontologiques pourra être mise en question. À charge pour le « Conseil de la presse » de rendre publiques ces requêtes, d'en vérifier la teneur et le fondement et d'enquêter sur les causes de cette transgression si elle est établie, c'-est-dire notamment, comme le demande le SNJ « sans se limiter au travail du seul journaliste situé en première ligne ».

    Le « Conseil de la presse, chargera deux de ses membres de vérifier les faits et, le cas échéant, d'enquêter sur leur causes.

    Le « Conseil de la presse » rendra publiques les enquêtes correspondantes et leurs résultats, sans disposer d'un pouvoir de sanction qui pourrait l'assimiler à un Conseil de l'Ordre des journalistes, voire en préfigurer l'existence à tous égards inacceptable.

    Quelle instance ?

    Pour être indépendant et donc éviter la confusion des fonctions, un tel « Conseil de la presse », ne peut être la Commission de la carte (dont le rôle est nettement circonscrit) ni le Conseil supérieur de l'audiovisuel (qui n'est pas et ne doit pas être une instance de déontologie des journalistes), ni le Conseil national des médias que nous appelons de nos vœux.

    Pour être transparent et crédible, un tel « Conseil de la presse » doit être indépendante des pouvoirs publics et des propriétaires des entreprises de presse.

    Le « Conseil de la presse doit être une association loi de 1901 dont les statut et le rôle doivent être définis par une assemblée générale constitutive, réunissant comme membres fondateurs les syndicats professionnels et les associations d'usagers. Cette assemblée générale élira un Conseil d'administration provisoire, dont la composition définitive devra faire l'objet d'une nouvelle assemblée générale, après que des représentants auront été choisis selon les modalités précisés ci- après.

    Quelle composition ?

    Un tel « Conseil de la presse » devrait :

    - être composé principalement de journalistes professionnels, désignés par leurs syndicats, proportionnellement aux résultats obtenus aux élections professionnelles (plus représentatifs que les résultats des élections à la commission de la carte).

    - être ouvert en particulier aux pigistes et journalistes précaires, souvent les plus soumis aux pressions à l'origine des dérives les plus graves, par tirage au sort parmi les journalistes qui, titulaires de la carte de presse sans bénéficier d'un CDI, feraient acte de candidature.

    - être ouvert à des représentants des usagers. Il est vrai que les associations d'usagers et, notamment celles qui se dédient principalement à l'analyse critique des médias ne peuvent prétendre à une réelle représentativité. Mais elles doivent – et elles seules – être représentées, si elles en font la demande, au sein du « Conseil de la presse » à titre consultatif, le cas échéant par rotation si leur nombre est excessif. Il est exclu en revanche qu'elles soient désignées.

    - être fermé aux représentants des entreprises de presse. Ce serait en mutiler d'emblée le rôle, tant il vrai que nombre de transgressions s'expliquent pas les effets des logiques commerciales qui prévalent dans la plupart des médias En revanche, il pourrait comporter, selon des modalités à déterminer, une représentation des rédactions en chef.

    Dans tous les cas, toute procédure de nomination et de cooptation des membres du « Conseil de la presse » doit être exclue. Dans tous les cas, qu'il s'agisse des modalités de constitution du « Conseil de la presse » ou de sa composition, toute tentative de contourner les syndicats - quelle que soit leur représentativité et quoi que l'on pense d'eux - serait inacceptable.

    Quel financement ?

    Le financement de ce « Conseil de la presse » doit reposer sur une cotisation obligatoire des entreprises de presse, tous médias confondus, proportionnellement au nombre de journalistes qu'ils emploient, qu'ils soient ou non titulaires de la carte de presse. Une subvention de l'État semble devoir être exclue.

    Tout ne se résume pas loin s'en faut au respect de la déontologie. Ne pas opposer une fin de non-recevoir aux initiatives qui préconisent la création d'une instance de médiation entre les journalistes et les publics n'oblige pas à être dupes. Une instance de médiation, oui ! L'ébauche d'un Conseil de l'ordre des journalistes, non ! Un édredon destiné à amortir les chocs d'une critique des médias réellement indépendante et à détourner des transformations du monde des médias, encore moins !

    Henri Maler, pour Acrimed
    Le 9 janvier 2014


    Le rapport de Marie Sirinelli – « Autorégulation de l'information : Comment incarner la déontologie » (remis le 13 février 2014)


    [1] Pétition qui a recueilli plus de 110 000 signatures au moment où nous écrivons, et dont le succès pourrait contribuer non seulement à faire avancer l'idée de l'utilité potentielle d'une telle instance, mais aussi – surtout – à faire des médias une question politique…

  • Gilles Leclerc, réputé pour ses « ménages », recruté au « Comité d'éthique » de Radio France

    11 décembre, par Denis Souchon — "Déontologie ?" Pratiques et transgressions, , , 109298

    Le 3 avril 2017 le médiateur de Radio France nous apprend la « création du Comité d'éthique de Radio France » et nous explique que « le Comité relatif à l'honnêteté, à l'indépendance et au pluralisme de l'information et des programmes de Radio France [– c'est son nom officiel –] a été créé en application de la loi du 14 novembre 2016 [1] et de son décret d'application du 21 mars 2017. Il vise à renforcer la liberté, l'indépendance et le pluralisme des médias. (…) Ce comité est composé de cinq personnalités indépendantes nommées pour trois ans, et dont le mandat est renouvelable. »

    Ce 29 novembre nous relevions que parmi ces « personnalités indépendantes » [2] figurait Isabelle Giordano, une journaliste réputée pour ses « ménages ». Que nos lecteurs, les personnels et auditeurs des stations de Radio France se rassurent, l'ex-présentatrice des bandes-annonces de films sur Canal + n'est pas le seul membre de ce « Comité d'éthique » à s'être adonné à des activités ménagères : son collègue Gilles Leclerc n'a rien à lui envier en la matière.

    Après avoir quadrillé les médias (RMC, RTL, Antenne 2, France 3, France 2, Public Sénat dont il fut le président de 2009 à 2015) pendant plus de 40 ans, il a décidé en 2015 de faire fructifier sa notoriété, son carnet d'adresses et sa connaissance indigène du monde médiatique en fondant et en prenant la présidence « d'une société de conseil en communication » nommée, sans aucun narcissisme, « Gilles Leclerc Conseil ».

    Voici une série d'exemples montrant que Gilles Leclerc est lui aussi un spécialiste des ménages [3] :

    - Il est prévu que le 9 janvier 2018 Gilles Leclerc soit l'animateur des tables rondes d'« une matinée d'échange sur la médiation en France et en Europe » organisée par « le médiateur national de l'énergie » [4].

    - Le jeudi 8 juin 2017 il était l'« animateur de la conférence » de la « 8ème journée CCR CAT ».

    - Les 22 et 23 novembre 2016 il était à l'affiche en tant qu'animateur du colloque « Le SGDSN, 110 ans au service de la défense et de la sécurité de la France » [5].

    - En 2015 et 2017 il a animé « Les universités du goût ».

    - Le 10 juin 2014 il était annoncé comme porte-micro d'Alain Juppé lors d'un débat de la « Mission Ecoter ».

    - En 2011, 2012, et 2013, il jouait au « modérateur » lors des « Rencontres économiques » du « Cercle des économistes ».

    - Il a animé une table-ronde à l'université d'été du Medef diffusée sur LCP en 2012 alors qu'il présidait Public Sénat.

    ***

    Surveillés par un tel « comité d'éthique », les journalistes de Radio France adeptes des « ménages » pour arrondir leurs fins de mois peuvent envisager la suite de leur carrière « ménagère » avec sérénité : de glorieux anciens veillent – en toute déontologie !

    Denis Souchon


    [3] Une activité dont l'analyse occupe une rubrique spécifique sur notre site et dont la définition peut s'énoncer ainsi : « Dans le jargon de la profession, les “ménages” désignent notamment les prestations des journalistes qui mettent leur notoriété au service d'une entreprise privée ou d'une institution publique pour animer des débats en tous genres. Ces activités, surtout quand elles sont rémunérées, sont, en principe, interdites par les codes de déontologies, mais les transgressions sont tolérées... surtout par ceux qui bénéficient ou espèrent bénéficier de “ménages”. »

    [4] Le site de ce « médiateur » nous apprend à propos de Gilles Leclerc qu'il « enseigne dans plusieurs écoles la communication publique et l'influence ».

    [5] Le SGDSN est le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale.

  • Aidez le Ravi à passer l'hiver !

    8 décembre — Informations sur l'autre presse, 109287

    L'avenir du mensuel pas pareil est entre vos mains. Nous lançons un nouveau « couscous bang bang » pour recueillir 30 000 euros en dons et abonnements

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    Le Ravi pourrait baisser les bras ! Les projections sont formelles : sauf forte mobilisation, notre trésorerie passera dans le rouge dès février puis dans le noir en mars, avec pour perspective une "rechute" dans notre redressement judiciaire et le risque d'une liquidation. L'avenir du mensuel régional pas pareil de Provence-Alpes-Côte d'Azur est entre vos mains. Nous lançons un « couscous bang bang » pour recueillir 30 000 euros en dons et abonnements. Le succès de cette campagne de financement est déterminant.

    Les causes sont multiples. La plus préoccupante est la baisse du nombre d'abonnés. Notre dernier appel à l'aide remonte à fin 2014. À l'époque, l'idée de voir disparaître le mensuel régional pas pareil, alors qu'une rédaction de dessinateurs était décimée, a fait réagir ! Nous avons gagné 800 abonnés en 2015. Mais trois ans plus tard et après un redressement judiciaire réussi, la courbe s'est inversée : nous avons perdu, à ce jour, près de 600 abonnés.

    En 2017 il a aussi fallu restructurer la distribution chez les diffuseurs de presse. Défi relevé avec succès et un retour du Ravi dans les Alpes-Maritimes ainsi que dans toutes les villes de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Mais le coût a été élevé. Malgré des ventes stabilisées, nous commençons à ne plus perdre d'argent en kiosques où il est très difficile d'exister pour un journal indépendant…

    Revitaliser le débat démocratique

    Le Conseil régional vient par ailleurs de nous claquer la porte au nez en réduisant de 100 % son soutien à « Quartiers libres », notre projet de journalisme participatif dans les quartiers populaires. Et il a également une fois de plus jugé le Ravi « persona non grata » parmi les titres dignes de recevoir des annonces institutionnelles. Résultat : zéro euro pointé ! De quoi s'interroger sur l'attachement au pluralisme de la presse d'un Renaud Muselier (LR), élu grâce à un front Républicain contre l'extrême droite…

    Cerise sur le pudding des difficultés à surmonter : deux élus varois LR (Josette Pons et Marc Lauriol) ont enclenché une procédure-bâillon suite à la publication d'une enquête sur leur gestion de l'Odel, l'Office départemental d'éducation et de loisirs. Nous sommes convoqués à nouveau le 7 décembre au tribunal de Draguignan pour diffamation. Les plaignants réclament 32 500 euros !

    Pourtant les raisons de publier le Ravi n'ont jamais été aussi nombreuses. L'enjeu est d'abord de faire vivre un véritable débat démocratique, totalement anémié en Paca. Au Conseil régional, le Front national est la seule opposition face à des « Républicains » souvent tentés par un repli identitaire. La quasi-totalité des députés en Paca émargent à droite ou marchent au pas de la révolution libérale façon Macron. Nos maires pratiquent à grande échelle clientélisme et affairisme…

    Urgences sociales et écologiques

    Heureusement, dans notre belle région, face aux urgences sociales et écologiques, une multitude d'acteurs, associatifs ou culturels, mais aussi de nombreux collectifs, militants syndicaux et politiques, s'engagent, résistent, inventent. Le Ravi, sans être partisan, assume à leurs côtés, à vos côtés, des partis pris. Notre journalisme irrévérencieux, dédié à l'enquête, a pour but, en documentant l'actualité souvent sombre et complexe, d'outiller celles et ceux qui n'ont pas renoncé à « faire citoyenneté ».

    Citoyen, le Ravi l'est aussi en développant des projets de journalisme participatif avec des habitants et des acteurs des quartiers populaires, en mobilisant ses journalistes dans des actions d'éducation aux médias dans les collèges et les lycées. Ils y décryptent comment se fabrique l'information, y donnent des clés pour être des spectateurs, auditeurs et lecteurs actifs. Nous y parlons de satire, du dessin de presse, de la précieuse et fragile liberté d'expression.

    Notre motivation est intacte. Comme nous restons convaincus que ce mensuel régional pas pareil n'a de sens et d'avenir que si se renforcent et émergent d'autres médias indépendants. Les monopoles ou la guerre de tous contre tous, très peu pour nous ! Nous voulons poursuivre nos aventures communes avec nos partenaires de Médias citoyens Paca, l'association que nous avons cofondée, et avec ceux de la Coordination permanente des médias libres, le réseau national où nous sommes investis.

    La situation est tendue à l'extrême mais pas encore désespérée. La Tchatche, l'association qui édite le Ravi, bouillonne à nouveau d'énergies bénévoles. Elle est désormais pilotée collégialement. L'équipe de six salariés, renforcée par douze dessinateurs et des rédacteurs, reste déterminée.

    Tensions mais détermination

    L'urgence est de regagner le plus rapidement possible les 600 abonnés que nous avons perdus. Bien entendu, les formules de soutien et les dons sont précieux. L'enjeu est à la fois de conforter notre trésorerie, en rassemblant 30 000 euros en 100 jours, mais aussi de nous signifier clairement votre volonté que le Ravi vive. Ce journal, sans actionnaires, n'est pas à vendre. Nous vous invitons à financer son indépendance de la meilleure façon qui soit : en souscrivant des abonnements ! D'où un nouveau Couscous Bang Bang notre dispositif maison de financement participatif... Abonnez-vous ! Abonnez vos amis, vos ennemis !

    Soyons clairs. Le succès de cette campagne est nécessaire afin d'éviter à court terme le pire, mais il ne sera pas suffisant. Si vous répondez présents, nous nous engageons à tout faire, en mobilisant partenaires et mécènes, pour trouver des solutions pérennes. Sans attendre, nous avons enclenché un chantier déterminant pour nous doter des outils et de l'organisation afin de mieux diffuser le Ravi. Cela passe par une « transition numérique », souvent évoquée mais trop longtemps différée faute de temps et d'argent. L'objectif est toujours, en articulant le journal imprimé et son site, de nous réinventer.

    Notre trésorerie est à sec mais notre hotte regorge de reportages, d'enquêtes, de dessins, d'ateliers, de projets et de solutions pour 2018, où nous voudrions fêter avec vous notre quinzième anniversaire. Nous sommes en décembre. C'est une fois encore le mois du Ravi, le petit santon qui jusqu'ici n'a jamais baissé les bras...

  • Actualité des médias n°10 (novembre 2017)

    7 décembre, par Benjamin Lagues, Jérémie Fabre — L'actualité des médias (2017-) 109270

    Avec cet article, nous poursuivons notre série d'information mensuelle sur l'actualité des médias [1].

    I. Du côté des journalistes, des médiacrates et de leurs œuvres

    - Daniel Mermet gagne son procès contre Radio France – Début novembre, Radio France a été condamnée par la Cour d'appel de Paris pour le « licenciement abusif et sans cause réelle » de Daniel Mermet. L'ancien animateur de l'émission « Là-bas si j'y suis » a été licencié de France inter en juin 2014, sa directrice, Laurence Bloch, prétextant un âge trop avancé et une baisse d'audience de son émission. Nous avions alors dénoncé ces arguments fallacieux. D'après Les Inrocks, « au total, la station devra payer des indemnités (de licenciement, de dommages et intérêts, de préavis et de requalification) à hauteur de 300 000 euros au journaliste, qui dirige désormais le site de “Là-bas si j'y suis”, uniquement sur Internet. Selon Daniel Mermet, cette condamnation inhabituelle lève le voile sur le statut précaire des journalistes de Radio France. La grève historique que la station avait traversée en 2015 attestait également de contrats de plus en plus courts, et du fait qu'un même collaborateur pouvait enchaîner plusieurs CDD à l'année. »

    - Élise Lucet et « Cash Investigation » à nouveau mis en examen – Le mois dernier, nous rappelions la mise en examen des journalistes Élise Lucet et Laurent Richard, traînés devant la justice française par l'Azerbaïdjan pour avoir diffusé un reportage critique vis-à-vis du régime en place dans ce pays. Le tribunal correctionnel de Nanterre a finalement jugé irrecevable début novembre cette plainte en diffamation. Les ennuis judiciaires ne sont pas terminés pour autant pour les journalistes de France Télévisions. En effet, Elise Lucet a déclaré sur France 5 qu'elle allait « être mise en examen pour la troisième fois depuis le mois de septembre ». Elle explicite aussi les menaces que son émission attire : « Mes deux rédacteurs en chef ou moi, personne ne nous appelle. Ils appellent directement Delphine Ernotte [2]. (...) il y a des menaces de retrait de pub qui parfois ne sont pas que des menaces. »

    - Une journaliste du Temps accuse la gendarmerie française d'intimidation – Mi-novembre, le quotidien suisse Le Temps a publié un communiqué accusant la gendarmerie et le procureur de Briançon (Hautes-Alpes) de tentatives d'intimidation à l'encontre de la journaliste Caroline Christinaz. Cette dernière, qui effectuait un reportage sur les routes empruntées par les migrants, « a été convoquée puis interrogée durant deux heures à la gendarmerie de Briançon (...) Sa qualité de journaliste en mission n'a jamais été entendue par les autorités, qui l'ont immédiatement considérée comme suspecte dans un contexte de forte mobilisation des forces de l'ordre pour refouler les migrants dans cette région. » Caroline Christinaz aurait ainsi découvert faire l'objet d'une enquête pour « aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'étrangers sur le territoire français », des infractions pouvant lui coûter une lourde amende et jusqu'à cinq ans de prison. L'ONG Reporters sans frontières (RSF) a réagi à l'affaire, et rappelle que « réaliser un reportage sur les migrants ou sur ceux qui leur viennent en aide ne peut être associé à un délit. Traiter un journaliste comme un suspect alors qu'il ne fait qu'exercer sa profession est une entrave au libre exercice du journalisme. »

    - La chaîne LCP suspend le journaliste Frédéric Haziza, accusé d'agression sexuelle – Suite à une enquête de Buzzfeed, révélant que Frédéric Haziza est accusé de harcèlement sexuel contre une journaliste de LCP (qui a déposé plainte), ce dernier a été suspendu d'antenne par LCP. La chaîne parlementaire a dans la foulée annoncé la convocation d'un conseil d'administration extraordinaire afin de « faire toute la lumière [sur] des faits d'agression ou de harcèlement sexuels ». Cette affaire, qui n'est que la partie émergée de l'iceberg, participe d'une libération de la parole des femmes harcelées dans les rédactions de presse. L'AFP évoque un autre cas récent, celui d'« une reporter de BFMTV [qui] a elle aussi porté plainte contre l'ex-directeur de la rédaction de France 2, Eric Monier, qui travaille aujourd'hui chez LCI (la chaîne d'info du groupe TF1) pour “harcèlement sexuel et moral”. » Toujours d'après l'AFP, d'autres femmes journalistes « ont témoigné sur les réseaux sociaux sans nommer leur agresseur, avec le fameux mot clé "Balancetonporc", qui avait été créé par... une journaliste. »

    - Un rapport du CSA pointe le sexisme de la pub à la télévision – « Le rôle attribué aux femmes est réducteur et, volontairement ou non, des stéréotypes de genre imprègnent encore un grand nombre de messages » écrit le CSA, relayé par Libération. Plusieurs constats sont pointés à l'appui de cette conclusion, dont la surreprésentation des hommes en général – « Ils constituent 54 % des personnes mises en scène, contre 46 % pour les femmes » –, et en particulier quand il s'agit de présenter des experts pendant une publicité – « La disproportion s'accentue quand on s'intéresse aux visages des « experts » représentés dans les publicités télévisées. (...) Par exemple, le chercheur en blouse blanche, au sourire éclatant, qui vient vanter la capacité d'un dentifrice à redonner vie à vos gencives. Les hommes occupent 82 % de ces rôles publicitaires d'experts, contre seulement 18 % pour les femmes… »

    - France Télévisions : les internautes ont regardé une pub de 52 minutes sans le savoir – France télévisions déroule le tapis rouge à un industriel… sans en informer ses téléspectateurs. D'après Arrêt sur Images, France 5 a consacré une émission entière à louer les produits d'un industriel de l'agroalimentaire. Sous couvert d'information sur les produits à destination des bébés, les téléspectateurs de France 5 ont donc regardé une publicité de 52 minutes (durée de l'émission en question), sans en être informés : « Dans la description de l'émission, celle-ci est présentée comme les autres. (...) Seule mention présente, la discrète introduction "Candy baby croissance présente" au tout début de l'émission. L'animatrice se contente pour sa part en introduction d'un petit avertissement : "C'est une émission un petit peu spéciale aujourd'hui” ». Arrêt sur Images rappelle que cette pratique est illégale : « l'article 20 de la loi du 21 juillet 2004 ne dispose pas seulement que “toute publicité, sous quelque forme que ce soit, accessible par un service de communication au public en ligne, doit pouvoir être clairement identifiée comme telle”. Il dit aussi que le média concerné “doit rendre clairement identifiable la personne physique ou morale pour le compte de laquelle elle est réalisée” ».

    - L'opération redressement d'Europe 1 ne fonctionne pas pour l'instant – L'arrivée de Patrick Cohen n'a rien changé. Annoncé à grand renfort de commentaires médiatiques, le départ de l'animateur de la matinale de France Inter pour Europe 1, ainsi que les autres changements au sein de la grille de la radio de Lagardère, n'ont pas provoqué les effets escomptés. Le Monde explique ainsi qu'« en septembre et en octobre, [Europe 1] affiche 7,2 % d'audience cumulée. Sur un an, la radio chute de près de 1 point » ajoutant que « Patrick Cohen (...) affiche des résultats équivalents à ceux de Thomas Sotto, qu'il a remplacé depuis la rentrée sur Europe 1. Le journaliste n'a pas réitéré l'exploit de Laurent Ruquier qui, en partant d'Europe 1 vers RTL en 2014, avait réussi à emmener ses auditeurs avec lui. »

    II. Du côté des entreprises médiatiques et de leurs propriétaires

    - « Paradise papers » : Bernard Arnault attaque Le Monde au portefeuille – Les milliardaires Serge Dassault et Bernard Arnault ont récemment été cités dans les révélations du Monde sur les bonnes affaires de leur groupe dans des paradis fiscaux. Arrêt sur Images a scruté la couverture de l'événement par Le Figaro, propriété de Serge Dassault : « Aucune trace des "Paradise Papers" dans l'édition papier de ce 8 novembre. Sur son site Internet, l'information est brièvement mentionnée dans un article classé dans la rubrique économie du site du Figaro, dans une sous-section nommée "Conjoncture". Intitulé "Paradise Papers : une dizaine de groupes mis en cause" et s'appuyant sur une dépêche AFP, il mentionne Dassault Aviation, en huitième position derrière Facebook, Twitter, Apple, Nike, Uber, Whirlpool et Glencore. » La même discrétion est observée au Parisien et aux Échos, propriété de Bernard Arnault. Ce dernier est cependant allé beaucoup plus loin dans le cynisme. En effet, d'après Le Canard enchaîné du 15 novembre, Le Monde « s'est vu retirer jusqu'à la fin de l'année les pages de pub de LVMH [propriété de Bernard Arnault], soit un manque à gagner de 600 000 euros ». Bernard Arnault n'en est pas à son coup d'essai, puisqu'il avait déjà utilisé le même procédé en 2012 contre le quotidien Libération, qui avait osé titrer sur sa demande de naturalisation en Belgique. Le manque à gagner pour le journal avait alors été chiffré à 700 000 euros. L'occasion de rappeler que la dépendance à la publicité rend de nombreux titres de presse français vulnérables aux coups de menton de quelques barons fortunés.

    - Nouvelle censure de Vincent Bolloré à Canal+ – C'est désormais une habitude : un documentaire a été censuré suite à la demande directe du propriétaire de la chaîne, le milliardaire Vincent Bolloré. Diffusé en France le 15 octobre dernier dans l'émission « L'Effet papillon », « Lâche le trône » est un documentaire à charge contre le président du Togo, Faure Gnassingbé. « Seulement voilà, Faure Gnassingbé n'est pas seulement un président indéboulonnable, c'est aussi l'un des partenaires économiques privilégiés du grand patron de Canal+, Vincent Bolloré. Logistique portuaire, télécommunications, transport ferroviaire, stockage d'électricité... au Togo, le groupe de l'industriel breton s'est depuis longtemps vu ouvrir les portes de tous les secteurs stratégiques du pays », rappelle un article d'Arrêt sur Images. La rediffusion du documentaire a été déprogrammée et il est désormais inaccessible en service de replay. Ironie du sort, « Lâche le trône » a tout de même été diffusé par erreur sur le réseau africain. « Malgré les efforts de Canal France, quelques 2 millions d'abonnés africains, dont les Togolais, ont ainsi pu avoir accès à “L'Effet papillon”, supprimé en France. » Un raté qui risque de déclencher des licenciements en interne.

    - En libéralisant la publicité, le gouvernement porterait un nouveau coup au pluralisme médiatique – Encore un coup dur pour le pluralisme médiatique en France ? D'après Les Échos, le gouvernement d'Édouard Philippe réfléchit à « ouvrir la publicité télévisée aux bandes annonces de cinéma, aux promotions de la grande distribution (les publicités institutionnelles pour les Carrefour, Super U, etc. sont déjà autorisées) et à l'édition. La publicité télévisée ciblée pourrait aussi être autorisée. » Plusieurs organisations se sont opposées à cette démarche, dont, toujours d'après Les Échos, « le syndicat de la presse quotidienne nationale (SPQN), Fédération de la presse périodique régionale (FPPR), Union de la presse en région (UPREG), Fédération nationale de la presse d'information spécialisée (FNPS), Syndicat des éditeurs de la presse magazine (SEPM), le pôle radio du groupe Lagardère (Virgin Radio, Europe 1 et RFM) et le syndicat des radios indépendantes (Sirti), ainsi que l'Union de la publicité extérieure. » Pour elles, une telle libéralisation engendrera une baisse de leurs recettes publicitaires : « Ces organismes estiment que la dérégulation de la publicité à la télévision affaiblira les médias traditionnels, dont les recettes publicitaires ont chuté de 27 % de 2000 à 2016. » In fine, ces acteurs dénoncent une menace sur le pluralisme médiatique, puisque cette libéralisation de la publicité au profit de la télévision « menacerait la santé, voire la survie, de nos médias et des emplois associés, ainsi que leur contribution évidente au pluralisme de l'information et à la richesse du paysage médiatique et culturel ».

    - Audiovisuel public : la stratégie du démantèlement continue – Le gouvernement demande des « économies » et la direction de l'audiovisuel public s'exécute avec zèle. C'est, en résumé, ce qui est train de se passer au sein de l'audiovisuel public français (France Télévisions, Radio France, INA, France Médias Monde…). Dans le cadre plus large du « comité action publique 2022 » à travers lequel le gouvernement d'Édouard Philippe entend raboter les budgets de toutes les administrations publiques, il apparaît que l'audiovisuel public sera mis à contribution à hauteur de 50 millions d'euros. D'après Le Monde, ce comité ne propose rien de moins que « la fermeture des bureaux régionaux de France 2, un recentrage de l'offre régionale de France 3, la révision du maillage régional d'information de France 3 », avec suppressions d'emploi à la clé. Parallèlement à cette réflexion, le gouvernement a demandé aux médias publics de proposer eux-mêmes des pistes pour composer avec la demande de baisse budgétaire. Delphine Ernotte, présidente de France télévisions, a alors proposé, selon Le Monde, de « rapprocher France Télévisions d'Arte et de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), susciter au niveau régional treize groupements d'intérêt économique rassemblant France 3, France Bleu et les journaux ou les télévisions locales privées » ainsi qu'une une « évolution de son modèle social », c'est-à-dire un changement des conditions de travail des salariés de France Télévisions. En interne, cet empressement de la direction à satisfaire les injonctions du gouvernement n'est pas du goût de tout le monde. C'est le cas par exemple des rédactions des magazines « Envoyé spécial » et « Complément d'enquête », qui se voient menacés de suppressions massives d'emploi suite à la division par trois, envisagée pour le moment, de la diffusion de ces magazines. D'après Arrêt sur Images, la société des journalistes de France 2 a dénoncé les « conséquences désastreuses qu'un tel projet ferait peser sur l'information du service public et sa qualité (…) et plus généralement sur l'emploi au sein des rédactions. » Si la direction de France Télévisions a semblé récemment revenir sur la précarisation de d'« Envoyé spécial » et de « Complément d'enquête », en interne, on parle de « coup de com' » et d' « enfumage ». À suivre…

    - Le groupe Altice au bord du gouffre, Patrick Drahi reprend la main – Les actionnaires d'Altice ne croient plus au père Noël. À l'origine de la défiance, « un simple communiqué de résultat trimestriel, dans lequel le groupe annonçait qu'il ne respecterait pas forcément tous ses engagements à la fin de l'année » selon Mediapart. Depuis, c'est le grand plongeon pour Altice. Patrick Drahi, son président, décide alors de réintégrer formellement l'entreprise, selon Le Monde : « Patrick Drahi, qui avait progressivement disparu de l'organigramme d'Altice, revient aux commandes avec le titre de président. Et ce même si en réalité, l'homme d'affaires a toujours été à la manœuvre au sein du groupe. » Première décision de M. Drahi : repousser le remboursement d'une grande partie de son énorme dette (50 milliards d'euros) à 2023. Par le biais d'Altice, Patrick Drahi est le propriétaire de Libération et L'Express, entre autres. Lors de leur rachat, qui s'était accompagné de vagues de départs, le président d'Altice avait promis des investissements massifs pour relancer les deux titres. Aujourd'hui, ces médias attendant toujours. Par exemple, trois ans après son rachat, Libération s'est inquiété, d'après Arrêt sur Images, de l'absence d'investissements : « Voilà des mois que la direction fait miroiter un plan d'investissement. Un plan pour l'instant obscur, sans enveloppe financière, sans objectifs clairs et sans date de mise en œuvre. »

    - TF1 et SFR trouvent finalement un accord – Depuis un an, TF1 réclamait de l'argent à l'opérateur SFR pour que celui-ci puisse continuer à diffuser les contenus de la chaîne du Groupe Bouygues [3]. Après avoir coupé l'accès à ses services de replay pour les abonnés de SFR, TF1 a menacé l'opérateur d'actions judiciaires. Un accord a finalement été trouvé début novembre, à l'avantage de TF1. D'après le quotidien économique Les Échos, « Les deux groupes se refusent à révéler le montant que SFR va régler. Un observateur bien informé estime que le groupe pourrait avoir accepté de payer entre 20 et 30 millions d'euros contre un peu moins de 10 millions auparavant. TF1 représente une part d'audience importante. » Ce bras de fer perdu par SFR pourrait donner des idées à d'autres chaînes, comme M6, dont l'« accord actuel arrive à échéance en fin d'année. »

    - Le Conseil d'État rejette un recours de TF1 contre la chaîne Franceinfo – LCI devra donc faire avec une concurrente publique… Le Groupe TF1, propriétaire de la chaîne d'info LCI, voyant d'un mauvais œil l'arrivée, dans un paysage déjà très concurrentiel, de la chaîne publique d'informations en continu Franceinfo, a tenté un recours auprès du Conseil d'État D'après Le Monde, « TF1, filiale du groupe Bouygues, avait déployé une batterie d'arguments devant le Conseil d'Etat, lors d'une audience organisée à la fin d'octobre. La chaîne expliquait notamment que la décision du CSA avait été prise de manière irrégulière, et que l'attribution de fréquences à la chaîne d'information publique était contraire au principe de libre concurrence. » Le Conseil d'État explique le rejet de ce recours en expliquant que « la création d'une chaîne publique d'information en continu répond au besoin de connaissance et de compréhension de l'actualité, d'analyse et de mise en perspective conformément aux missions attribuées à France Télévisions ». Le Conseil d'État n'en a pas fini avec les affaires médiatiques, puisque d'après BFMBusiness, la chaîne Canal+ a décidé d'attaquer TF1 et M6 pour contester l'allégement de certaines obligations pesant sur les deux chaînes. Une affaire à suivre...

    Jérémie Fabre et Benjamin Lagues


    [2] Delphine Ernotte est la présidente de France Télévisions.

    [3] Nous l'évoquions en septembre dernier dans notre actualité des médias.

  • « C'est mon argent », journalisme d'optimisation patrimoniale pour les riches

    5 décembre, par Vincent Bollenot — Secteur public : Des programmes de "Service public" ?, , , 109240

    Chaque vendredi, l'émission « C'est mon argent » offre une tribune aux « Échos Patrimoine », alternativement prise en charge par Hélène Dupuy, Marie-Christine Sonkin et Anne-Sophie Vion. Diffusé sur France Info trois fois dans la journée (6h25, 10h53 et 13h54), le programme prétend donner, selon son propre descriptif, « des réponses avisées aux questions d'auditeurs ». Mais pas n'importe quelles réponses. Et pas n'importe quels auditeurs non plus…

    D'emblée, le descriptif de l'émission donne le ton : « Placements, actions, obligations, marché immobilier : les conseils de franceinfo ». Smicards, précaires, éternels locataires, passez votre chemin ! À l'heure des « Paradise Papers », l'émission propose mille et une astuces aux acheteurs, propriétaires, investisseurs et placeurs potentiels pour ne pas payer trop d'impôts tout en restant dans la légalité. Une constante pour cette émission, c'est le moins qu'on puisse dire, à en juger par les thématiques abordées [1] :

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    L'émission diffusée le 24 novembre consiste même en un grossier exercice d'optimisation fiscale pour riches contribuables.

    L'introduction du présentateur donne le « la » : « Ce matin, on parle d'une possibilité d'investissement : investir dans une PME française tout en allégeant ses impôts ; alors de quoi s'agit-il ? » La population concernée par la chronique sera donc plutôt restreinte, puisque sur les 37 millions de foyers fiscaux en France, seuls 3 millions détiennent des actions [2].

    L'étau se resserre davantage encore dès la fin de la deuxième phrase, puisque, comme le précise Anne-Sophie Vion, « les premiers concernés sont ceux qui vont payer l'impôt sur la fortune immobilière, l'IFI, cet impôt qui remplace l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Il ne vous concerne que si la valeur nette de votre patrimoine immobilier dépasse 1,3 million d'euros. » Environ 300 000 foyers fiscaux paient l'ISF : une bien belle émission de « service public » donc, au service, surtout… des plus fortunés.

    Avisée, la journaliste déroule ensuite le calendrier de l'optimisation fiscale en pressant les riches contribuables : « Vous pouvez encore réduire l'IFI que vous paierez en 2018 mais, pour cela, il faut investir avant le 31 décembre 2017. À partir de quelques milliers d'euros, vous entrez au capital de PME tricolores. Et, en même temps, vous allégez très fortement votre impôt. » À votre service !

    Puis d'énumérer en toute tranquillité les ficelles permettant d'optimiser sa gestion patrimoniale, et dont ces fortunés n'avaient certainement jamais entendu parler jusqu'alors :

    Plusieurs solutions sont proposées. Les plus connues sont les FCPI, des fonds dédiés aux jeunes pousses innovantes, et leurs cousins, les FIP, davantage centrés sur les PME matures en région. On peut les acheter dans sa banque, chez un conseiller en gestion de patrimoine ou sur des sites Internet spécialisés. Les investissements peuvent aussi se faire directement en entrant au capital de PME ou indirectement via des holdings ou des mandats de gestion.

    Enfin, et après avoir expliqué les déductions permises par ces mécanismes, la journaliste/conseillère prévient sa clientèle : « En 2018, la niche fiscale ISF-PME disparaît purement et simplement. »

    Sous couvert de présenter des astuces techniques à tout « contribuable », « C'est mon argent » alimente, légitime, naturalise et célèbre implicitement les logiques que prône un capitalisme financier triomphant, et qui font sa fortune : enrichissement personnel, investissements immobiliers, rendement du patrimoine, optimisation fiscale, etc. Autant de thématiques abordées chaque jour par trois journalistes des « Échos Patrimoine » [3]. Un tel traitement de faveur pour la presse financière interroge quant au rôle du service public. La radio accorde-t-elle, trois fois par jour, de telles largesses à d'autres journaux ? Tient-elle le micro quotidiennement à d'autres organes de presse véhiculant un autre point de vue sur l'économie ? [4]

    La radio publique peut ainsi se féliciter d'une prouesse : avoir créé une réplique de BFM Business, payée cette fois par les impôts de tous.

    Vincent Bollenot

    ***

    Annexe : la transcription intégrale de l'émission

    Titre : « Investir dans des PME françaises tout en allégeant ses impôts »

    Il est possible d'investir dans des PME françaises tout en allégeant ses impôts. Les premiers concernés sont ceux qui vont payer l'impôt sur la fortune immobilière, l'IFI, cet impôt qui remplace l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Il ne vous concerne que si la valeur nette de votre patrimoine immobilier dépasse 1,3 million d'euros. Vous pouvez encore réduire l'IFI que vous paierez en 2018 mais, pour cela, il faut investir avant le 31 décembre 2017. À partir de quelques milliers d'euros, vous entrez au capital de PME tricolores. Et, en même temps, vous allégez très fortement votre impôt.

    Comment investir dans ces jeunes entreprises ?

    Plusieurs solutions sont proposées. Les plus connues sont les FCPI, des fonds dédiés aux jeunes pousses innovantes, et leurs cousins, les FIP, davantage centrés sur les PME matures en région. On peut les acheter dans sa banque, chez un conseiller en gestion de patrimoine ou sur des sites Internet spécialisés.
    Les investissements peuvent aussi se faire directement en entrant au capital de PME ou indirectement via des holdings ou des mandats de gestion.

    À quelle réduction d'impôt donnent-ils droit ?

    Les FCPI et les FIP vous offrent une réduction d'IFI égale à 50 % des sommes versées, limité à 36 000 euros par an, soit une réduction d'impôt d'au maximum 18 000 euros. En direct, la carotte fiscale est encore plus importante : 50 % de réduction, limitée à 90 000 euros de versement. Le gain fiscal peut atteindre 45 000 euros par an.

    Disparition du dispositif en 2018

    En 2018, la niche fiscale ISF-PME disparait purement et simplement.
    En d'autres termes, investir dans une PME en 2018 ne vous permettra plus de profiter d'une réduction d'IFI en 2019.

    Si on veut réduire son impôt sur les revenus ?

    Acheter avant la fin de l'année des parts de FIP ou FCPI vous donne droit à une réduction d'impôt sur le revenu de 18 % du montant de vos versements. C'est la réduction dite Madelin.
    Attention, vous ne devez pas dépasser le plafond global des niches fiscales, limité à 10 000 euros par an et par foyer fiscal.

    Pour l'année prochaine ?

    Le gouvernement prévoit un coup de pouce au dispositif Madelin. Le taux de réduction d'impôt passerait de 18 % à 25 % pour les revenus de l'année 2018.


    [1] Les titres ont été sélectionnés sur la page web de l'émission.

    [2] Voir par exemple cet article des Échos.

    [3] On imagine en outre que les intéressés bénéficient de sources d'information autrement plus précises et instantanées. À l'instar des fameuses « pages boursières » et autres cotations égrenées sur les antennes radio et à la télévision, ces conseils financiers n'ont pas tant une valeur « informative » que l'avantage de faire exister aux yeux de tous les jeux complexes auxquels se livre une minorité de « boursicoteurs ».

    [4] Nous cherchons encore, sur le site de l'émission, les plages horaires réservées à un média, au hasard, de la Coordination permanente des médias libres (CPML) !

  • La « comm' » de Macron : information ou… communication ?

    4 décembre, par Thibault Roques — Journalisme et politique, 109207

    Après une première salve d'articles pointant les “erreurs de communication” du nouveau président au cours de l'été vint l'avalanche de commentaires annonçant un virage “radical” pour la rentrée. Belle occasion pour le pouvoir en place de compter ses relais dociles dans le champ médiatique, et pour nous de constater que la circularité circulaire de la communication entre journalistes et politiques nuit gravement à l'information.

    Des médias unanimes

    Une fois n'est pas coutume, le pluralisme fut de mise dans le microcosme médiatique :

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    [1]

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    [2]

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    En dépit de la variété des métaphores, on observe au moins un dénominateur commun aux médias dominants : la nécessité de communiquer au public le changement de communication du locataire de l'Élysée. Relayant à l'envi l'idée – hautement contestable – selon laquelle il y aurait eu une raréfaction de la parole d'Emmanuel Macron depuis son élection, les grands médias sont à l'unisson pour se faire l'écho – sinon entériner – un prétendu « changement » de communication qu'un travail journalistique digne de ce nom aurait encore à prouver.

    Avec comme résultat, un « bel » exemple de prophétie auto-réalisatrice : à force de multiplier articles et reportages pour claironner que la communication gouvernementale va changer et que la parole présidentielle va désormais être plus fréquente, les pros du commentaire [3], ne pourront plus être démentis. Tout se passe comme si l'omniprésence médiatique souhaitée par le pouvoir n'avait d'égal que l'empressement de ses relais journalistiques à la confirmer.

    Misère du journalisme politique

    Mais outre l'uniformité du message porté par les médias, comment ne pas insister sur la vacuité de celui-ci ? On est en droit de se demander, par exemple, si les lignes qui suivent, extraites d'un article paru dans « le quotidien de référence », étaient bien nécessaires – sauf à considérer que toute confidence glanée dans les couloirs d'un palais républicain constitue par nature une information suffisamment digne d'intérêt pour être publiée :

    « La rentrée est un moment politique où le président est légitime pour parler. Il y a des choses à dire pour donner sa vision et fixer le cap et les échéances des réformes à venir », explique son entourage. Mieux, Emmanuel Macron envisage également de s'exprimer à l'avenir une ou deux fois par mois directement auprès des Français, selon des informations recueillies par Le Monde. Il réfléchit encore au choix du média, mais ce ne sera pas forcément le réseau social Facebook Live, comme il s'y était habitué pendant et après la campagne. »

    Cela donne même lieu à d'involontaires morceaux de bravoure, notamment sur RTL, où le néant journalistique le dispute à la circularité microcosmique :

    Désormais, il faut tourner la page. Le président de la République va prendre la parole. Régulièrement et en s'adressant directement aux Français. Selon les informations de L'Obs, du Monde et de Ouest France, cette nouvelle communication devrait prendre la forme d'une prise de parole, une à deux fois par mois, peut-être à la radio. Cependant, l'Élysée, dans les colonnes du Figaro, nie toute temporalité : "C'est n'importe quoi".

    On ne saurait mieux dire…

    Heureusement, BFM est là pour ne retenir que l'essentiel… et en faire un gros titre :

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    Comment ne pas pointer, derrière un tel « luxe » de détails, la misère du journalisme politique ? À force de communiquer sur la communication politique, les professionnels du commentaire sont réduits (et se réduisent) à de serviles messagers du pouvoir en place. Ne cherchant que trop rarement à livrer des informations un tant soit peu consistantes, ils se contentent d'être la courroie de transmission du pouvoir, fût-ce involontairement. Et si le rendement journalistique est incontestablement des plus faibles pour le citoyen, il est malheureusement « maximal » pour le journaliste grâce au coût de production on ne peut plus réduit d'une telle non-information. Ou comment hyper-communication rime invariablement avec sous-information.

    Un seul et même monde

    L'absence de fond est telle qu'il est parfois bien difficile de savoir qui parle. En effet, d'où proviennent ces conjectures sans fin sur la communication, tour à tour « jupitérienne » et plus directe du président : d'Emmanuel Macron lui-même, de son « entourage » politique, de ses conseillers en communication, des communicants qui courent les plateaux et abreuvent les médias de leurs analyses des stratégies de communication politique, ou encore des journalistes politiques eux-mêmes dont la soif inextinguible pour tout ce qui concerne la communication des gouvernants les porte à faire l'exégèse permanente de leurs moindres faits et gestes ?

    À moins qu'il ne s'agisse de journalistes reconvertis dans… la communication, tel le désormais célèbre Bruno Roger-Petit qui pratiquait déjà le mélange des genres – tout en déplorant ce genre de pratiques chez ses confrères [4] – en menant une campagne énergique – et officieuse – pour le candidat Macron, notamment dans Challenges [5], avant d'être propulsé porte-parole de l'Élysée dès la rentrée suivante pour services rendus. Le Parisien résuma la situation en ces termes :

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    Ancien éditocrate sorti de l'ombre pour devenir conseiller du prince, le « supercommunicant » a donc pour mission de « faire de la pédagogie ». Qu'est-ce à dire ? Principalement à faire dire aux médias que dorénavant le président sera d'abord soucieux de… « pédagogie » !

    Prodiges et vertiges de la « pédagogie »

    Car s'il fallait ne retenir qu'un exemple de mot d'ordre aussi creux que passe-partout, symbole de la vulgate politico-médiatique, la « pédagogie » constituerait un merveilleux cas d'école.

    Signe probable d'une communication réussie, Le Monde reprend ainsi, bon gré mal gré, le terme à son compte :

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    Et l'immense majorité des grands médias lui emboîtent le pas avec enthousiasme ; certains se contentent d'être les messagers dociles de la parole des professionnels de la parole :

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    [6]

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    [7]

    là où d'autres, comme France24, concèdent que la pédagogie est un art délicat, sans interroger un tant soit peu la notion :

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    Quant à France Info, elle dévoile à son insu la véritable fonction de la « pédagogie » : faire accepter au plus grand nombre une réforme consistant à faire un cadeau fiscal « nécessaire » aux plus nantis :

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    C'est pourtant Le Point, reprenant un message de l'AFP, qui atteint des sommets d'ingénuité – ou d'incompétence – professionnelle en relayant sans ciller le message selon lequel le président a donné l'ordre « de faire plus de pédagogie et de transmettre le message dans les médias ». Comble de la complicité politico-médiatique ? Peut-être. Degré zéro du journalisme ? Sans doute.

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    RTL, pas en reste, tape sur le même clou et, au risque de la tautologie, contribue inéluctablement à son tour à l'enfoncer dans le crâne de ses auditeurs :

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    ***

    Nous ne le savons que trop : sur le fonds gris de leur commune appartenance, les professionnels de la profession – médiatique et politique – sont plus que jamais épris de communication. Sans doute ce jeu de vases communicants serait moins problématique si ces univers n'avaient de cesse de se gargariser de déontologie et de démocratie. Or dans ce barnum politico-médiatique qui tourne sept jours sur sept et 24 heures sur 24, le journalisme spécialisé – narcissisme suprême – ne semble plus voir la politique que comme un jeu de miroirs et d'images… médiatiques ! Et si les journalistes entendent ne pas en être dupes, en le déplorant régulièrement et en brandissant leur capacité à « décrypter » l'emprise de la communication sur le monde politique, ils feraient tout aussi bien de se préoccuper de l'abaissement de la fonction journalistique lorsqu'elle consiste principalement à commenter complaisamment – quand ce n'est pas servilement – les aléas de cette même communication. Aux dépens d'une victime, toujours la même : une information digne de ce nom.

    Thibault Roques


    [1] Article publié dans le Huffington Post.

    [2] Article (payant) paru dans Le Figaro.

    [3] On pourra lire ici un portrait de groupe de cette incontournable caste.

    [4] Comment, après avoir écouté cet extrait d'une émission diffusée sur Europe 1, rester insensible à son indignation légitime (à partir de 1'05'') ?

    [6] Article paru dans La Nouvelle République.

    [7] Article partu dans Paris Normandie.

  • Promotion médiatique de l'iPhone X : Apple peut compter sur la mobilisation du Monde

    30 novembre, par Laurent Dauré — Publicité : dépendances économiques et éditoriales, , , , , , 109187

    Quiconque s'expose un tant soit peu aux médias dominants ne peut pas ignorer qu'Apple vient de mettre en vente son nouveau smartphone. Les lecteurs du Monde.fr en particulier, auront eu du mal à passer à côté de la commercialisation de l'iPhone X. Un véritable « événement » pour le site Internet du quotidien qui, depuis l'annonce en septembre dernier de la sortie du nouveau modèle, a consacré au téléphone pas moins de… vingt articles ! Dont un test approfondi du produit aux allures de publi-reportage [1].

    Entre le 11 et le 13 septembre – c'est le 12 que Timothy Cook [2], le PDG d'Apple, présente publiquement le téléphone –, LeMonde.fr déroule le tapis rouge au joujou ré-vo-lu-tion-naire à 1 160 euros (mille cent soixante euros) : sept publications lui sont dédiées [3]. Dans la seconde moitié du mois, trois articles supplémentaires traitent de caractéristiques techniques étroitement associées au smartphone de la « marque à la pomme » [4].

    En octobre, le quotidien « tempère » en publiant une tribune critique – mais pas trop – d'un collectif d'intellectuels : « La vraie révolution serait qu'Apple produise des smartphones socialement, écologiquement et fiscalement soutenables ». Le 29 octobre, soit deux jours après avoir sous-traité (dans tous les sens du terme) la critique d'Apple avec cette tribune, LeMonde.fr met en ligne un article intitulé « Smartphones : faut-il résister à la mode des écrans sans bord ? » qui parle abondamment de l'iPhone X, et n'incite pas franchement à « résister » à quoi que ce soit.

    En novembre, au moment où l'iPhone X débarque sur le marché français, le site Internet du Monde fait une rechute d'Apple-mania : six publications entre le 3 et le 15 novembre [5].

    Fait notable : la version papier du Monde ne compte « que » quatre articles sur le précieux téléphone. Le matraquage techno-consumériste est ainsi réservé en priorité aux internautes, la chefferie éditoriale estimant sans doute qu'ils constituent un public plus ciblé que celui de la presse écrite pour ce genre de publications/produits. Quoi de plus rentable et pratique que le Web, en outre, pour une telle opération publicitaire ?

    Deux mille mots pour un téléphone

    Le 14 novembre, LeMonde.fr, via sa rubrique « Pixels » – « Chroniques des (r)évolutions numériques » –, met en ligne deux tests : le premier sur la technologie de reconnaissance faciale utilisée par l'iPhone X, le second sur les mérites et démérites du téléphone lui-même.

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    Dans ce dernier article, le « quotidien de référence » met le paquet : 2 000 mots (12 000 signes) entièrement consacrés au nouveau produit de l'entreprise la plus fortunée du monde [6]. Le titre – « On a passé dix jours avec l'iPhone X, voici notre verdict » – surfe sur la mise en récit, à la manière d'un reportage embarqué, pour générer davantage de clics et attirer l'œil. Deux objectifs que le journaliste ne perd jamais de vue : l'article comprend au total quatre vidéos, neuf photos et schémas, et il est, sans surprise, globalement élogieux, les véritables critiques sur les caractéristiques de l'appareil étant rares ou relativisées. En résumé, « l'iPhone X est un téléphone exceptionnel mais il est très cher ».

    Des esprits chagrins argueront que Le Monde compromet son indépassable dignité en rapportant de telles « informations » : « Les capteurs de Face ID ont un usage ludique qui réveillera l'âme d'enfant de certains utilisateurs. Il devient possible de remplacer sa tête par celle d'un poulet, d'un singe ou d'une licorne, pour enregistrer un court message vidéo [7]. » Vite, un GIF avec Hubert Beuve-Méry affublé d'une tête de poulet !

    « Conclusion personnalisée »

    Et ce n'est pas fini… L'article présente une originalité qui n'aura pas manqué de nous interloquer : offrir au lecteur une « conclusion personnalisée » lui permettant d'en « choisir la tonalité ».

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    L'internaute peut ainsi cliquer sur « Plus sévère », « Neutre » ou « Plus gentil » et prendre connaissance de l'avis correspondant. On imagine (avec gourmandise) ce que pourrait donner cette loufoquerie journalistique appliquée au traitement d'autres domaines, comme la politique sociale ou l'information internationale par exemple…

    Sous couvert de pluralisme, cette trouvaille a tout du gadget : le verdict « Plus sévère » n'est pas particulièrement accablant et le « Neutre » n'en a que le nom. Jugeons sur pièces sa conclusion, faisant référence aux utilisateurs qui pourraient se laisser tenter par le smartphone malgré son prix astronomique : « Mais de temps en temps, le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Allusion opportune aux e-Pensées de Blaise Pascal ! Quant à l'avis le plus enthousiaste, il ressemble tout bonnement à une publicité pour le téléphone : « L'iPhone X est très cher, c'est vrai, mais il procure le sentiment d'être l'early adopter de la prochaine génération de smartphones, ce même sentiment que l'on a eu en utilisant le premier modèle de 2007. Une fois passées deux semaines avec le X, se saisir d'un iPhone traditionnel fait ainsi l'effet d'un bond de 10 ans… en arrière. » Le lecteur du Monde.fr a-t-il l'impression d'être l' « early adopter » (le primo adoptant) du journalisme du futur ?...

    Cette conclusion à choix multiple est-elle une façon de se prémunir contre les soupçons de publi-reportage tout en proposant un « journalisme ludique » ? Quoi qu'il en soit, il s'agit toujours de parler copieusement de l'iPhone X, d'en faire un sujet à part entière, méritant un traitement approfondi et bienveillant.

    Signalons, par souci d'honnêteté, que les trois dernières publications du Monde.fr à propos de l'iPhone X sont plus critiques que les dix-sept précédentes (à l'exception de la tribune déjà mentionnée) [8], comme si on pouvait se permettre de tirer quelques torpilles en bois sur le porte-conteneurs qu'on a contribué à mettre à flot.

    Information ou promotion ?

    En accordant une telle visibilité à un produit, Le Monde en fait évidemment la promotion, renforçant la notoriété de l'objet et celle de son fabricant. Calqués sur les calendriers promotionnels d'une entreprise pourtant guère dépourvue de moyens [9], les articles des médias dominants amplifient les propres opérations « marketing » d'Apple – le journal de Xavier Niel et Matthieu Pigasse étant loin d'être une exception [10] –, et étirent gratuitement la surface médiatico-publicitaire du nouveau téléphone. En tant qu'annonceur, la firme inonde déjà de réclame les écrans, les magazines et les espaces publics [11]. Une campagne massive qui « ruisselle » dans les médias, créant un véritable rouleau compresseur promotionnel.

    Certains objecteront peut-être que, étant donné qu'Apple est l'entreprise la plus riche du monde et que l'iPhone est son produit phare [12], il est « normal » d'en parler abondamment [13]. Nous répondrons qu'aucune charte de déontologie journalistique ne prescrit d'aider une entreprise privée à vendre ses produits (en dehors des espaces réservés aux annonceurs bien sûr...). L'interdiction d'une telle pratique est même très clairement formulée. La charte de Munich dispose que parmi les « devoirs essentiels du journaliste, dans la recherche, la rédaction et le commentaire et la transmission des événements », il y a celui qui consiste à « ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste ; n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs [14] ».

    La propre « charte d'éthique et de déontologie du groupe Le Monde » exige que « soit observé l'ensemble des principes contenus dans la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (Munich, 1971), dont la pérennité est indispensable à l'indépendance éditoriale et qui constitue le socle déontologique de la profession de journaliste. Ces principes s'appliquent à la réalisation de tous les contenus éditoriaux produits par les rédactions du groupe, quels que soient leurs supports de diffusion. »

    Ce document précise plus loin : « Dans chacun des titres du groupe Le Monde, sur support papier ou numérique, comme dans leurs suppléments ou numéros spéciaux, l'espace rédactionnel et l'espace publicitaire ou promotionnel doivent se distinguer sans aucune ambiguïté. » Sans aucune ambiguïté…

    Si le test de produits a sa place sur les sites, blogs et magazines de consommateurs, les médias généralistes doivent-ils être les duplicatas de ces pages « conso » ? Au vu des dérives qu'implique la confusion journalisme/publicité (que notre association a maintes fois critiquée) et des reculs, pour l'information, dont elle est le symptôme, la réponse est dans la question. Car de quoi ces articles sont-ils finalement le nom ? Sans doute de l'état de délabrement d'une presse en manque toujours plus accru de moyens, contrainte de générer du clic pour augmenter ses ressources et de lisser ses liens avec les annonceurs. Une tendance sur laquelle nous n'avons de cesse d'alerter.

    Quand il ne reste plus aux médias qu'à indiquer l'adresse de l'Apple Store le plus proche, les actionnaires et les dirigeants de la multinationale peuvent envisager les ventes de Noël avec sérénité.

    Laurent Dauré

    ***

    Annexe 1 – L'iPhone X dans les principaux titres de presse

    Entre le 11 septembre et le 26 novembre, soit sur une période de deux mois et demi, voici le nombre de publications – par ordre croissant – dans lesquelles l'iPhone X occupe une place centrale [15] :

    "-" L'Humanité (1) ;
    "-" Marianne (1) ;
    "-" Libération (6) ;
    "-" La Croix (8) ;
    "-" Le Parisien-Aujourd'hui en France (11) ;
    "-" L'Express (14) ;
    "-" Le Point (17) ;
    "-" L'Obs (19) ;
    "-" Le Monde (20) ;
    "-" Challenges (25) ;
    "-" Les Échos (29) :
    "-" Le Figaro (34).

    Annexe 2 – Le Monde et la concurrence, un amour trahi !

    En accordant une telle surface médiatique au nouveau produit d'une entreprise aussi puissante qu'Apple, nous pourrions dire que Le Monde piétine le principe de la « concurrence libre et non faussée » pour lequel il a pourtant une tendresse particulière [16].

    En effet, le journal n'accorde une pareille exposition à aucun des téléphones fabriqués par les marques concurrentes. En ce qui concerne Samsung, le principal rival d'Apple sur le marché des smartphones, LeMonde.fr a consacré « seulement » quatre articles au Galaxy S8, son modèle haut de gamme le plus récent ; en l'occurrence, des publications à la tonalité sensiblement plus dépréciative [17]. Quant au Mate 10 de Huawei, troisième entreprise du secteur, il n'a fait l'objet que d'un seul article, qui traite d'ailleurs davantage de la firme que de son smartphone luxueux [18].

    Le Monde semble donc estimer que le téléphone d'Apple mérite cinq fois plus de publications que celui de l'entreprise sud-coréenne et vingt fois plus que celui du groupe chinois. En privilégiant ainsi la firme californienne, le quotidien vespéral des marchés ne commet-il pas une infidélité vis-à-vis de la sain(t)e concurrence qui lui tient tant à cœur ?


    [1] Nous n'avons pris en compte que les articles dans lesquels l'iPhone X occupait une place prépondérante. Pendant la même période de deux mois et demi – du 11 septembre au 26 novembre –, d'autres publications portant sur les iPhone 8 et 8 Plus ou plus généralement sur Apple mentionnaient aussi le dernier-né.

    [2] « Tim » pour les intimes et pour les médias qui choisissent d'appeler les grands capitalistes par leur petit nom.

    [6] Dans l'un de ses articles du 12 septembre, LeMonde.fr écrit : « Chaque mois, [Apple] engrange 5 milliards de dollars de bénéfice supplémentaire et sa capitalisation boursière (815 milliards), la première au monde, est supérieure au PIB de la Suisse ou des Pays-Bas. »

    [7] La rubrique « Pixels » a même dédié un court article (deux paragraphes accompagnés d'une vidéo) à un « détournement créatif » de cette option.

    [9] Depuis 2016, Apple ne révèle plus le montant de son budget publicitaire ; en 2015, celui-ci avait augmenté de 50 % par rapport à l'année précédente et s'élevait à 1,8 milliard de dollars (1,5 milliard d'euros).

    [10] Voir en annexe le nombre de publications que les principaux titres de presse et leur site Internet ont consacré à l'iPhone X. Le Monde est dans la fourchette haute mais d'autres médias ont accompli des prouesses encore plus spectaculaires.

    [11] Il y a même d'immenses bâches publicitaires JCDecaux à la gloire de l'iPhone X sur le Théâtre du Châtelet (en travaux), un édifice public puisqu'il appartient à la Ville de Paris. De plus en plus de monuments historiques classés sont ainsi recouverts de publicités géantes pour contribuer au financement de leur rénovation.

    [12] Dans l'article du 12 septembre déjà cité, LeMonde.fr affirme que l'iPhone aurait été « adopté par plus de 700 millions d'utilisateurs dans le monde ». Et cette synthèse des Échos.fr nous apprend qu'en « un peu plus de dix ans d'exploitation, l'iPhone s'est écoulé à 1,195 milliard d'unités à travers le monde » et qu'il « a généré 758,4 milliards de dollars de revenus à lui tout seul ».

    [13] Nous retombons sans cesse sur ce précepte plus ou moins implicite du journalisme dominant : « Il faut parler de ce dont parlent les autres. »

    [14] C'est nous qui soulignons.

    [15] Les données correspondent à la somme des publications figurant dans les versions papier et Internet des médias cités. Les contenus présents sur les deux supports ne sont comptés qu'une fois.

    [16] Ce qui ne l'empêche pas d'accepter de copieuses subventions étatiques au titre des aides publiques à la presse (5,4 millions d'euros en 2015).

    [18] Il s'agit de cet article : « L'insatiable ambition de Huawei ».

  • Isabelle Giordano, réputée pour ses « ménages », recrutée au « Comité d'éthique » de Radio France !

    http://www.acrimed.org/BLJcz0a3UwY
    29 novembre, par Denis Souchon — Ménages et publicités, , , 109188

    Le 3 avril 2017 le médiateur de Radio France nous apprend la « création du Comité d'éthique de Radio France » et nous explique que « le Comité relatif à l'honnêteté, à l'indépendance et au pluralisme de l'information et des programmes de Radio France – c'est son nom officiel – a été créé en application de la loi du 14 novembre 2016 [1] et de son décret d'application du 21 mars 2017. Il vise à renforcer la liberté, l'indépendance et le pluralisme des médias. (…) Ce comité est composé de cinq personnalités indépendantes nommées pour trois ans, et dont le mandat est renouvelable. »

    Parmi ces « personnalités indépendantes », Isabelle Giordano, une journaliste qui, après avoir écumé les médias (Antenne 2, France 2, France 3, Canal +, Arte, France Inter, Europe 1, Femme Actuelle…) de la fin des années 1980 à 2012, est depuis avril 2013 la directrice générale d'UniFrance [2].

    Cette nomination d'Isabelle Giordano au « Comité d'éthique » de Radio France est surréaliste et en même temps provocatrice quand on sait qu'en matière d'éthique, l'ex-présentatrice des bandes-annonces de films sur Canal + mériterait plutôt que ledit Comité se penche sur son cas, comme en témoigne ce savoureux passage du délicieux documentaire « Les Nouveaux Chiens de garde » sorti en 2011 :

    Passage qui montre qu'Isabelle Giordano est une spécialiste des « ménages », une activité dont l'analyse occupe une rubrique spécifique sur notre site et dont la définition peut s'énoncer ainsi : « Dans le jargon de la profession, les “ménages” désignent notamment les prestations des journalistes qui mettent leur notoriété au service d'une entreprise privée ou d'une institution publique pour animer des débats en tous genres. Ces activités, surtout quand elles sont rémunérées, sont, en principe, interdites par les codes de déontologies, mais les transgressions sont tolérées... surtout par ceux qui bénéficient ou espèrent bénéficier de “ménages”. »

    « Monsieur Lambert » nous permet donc de savoir qu'à l'époque du tournage du documentaire (2010/2011) une entreprise pouvait demander à Isabelle Giordano d'animer pendant une demi-journée un repas de fin d'année ou un pot de départ à la retraite pour la modique somme de 12 000 Euros HT.

    Parmi les heureux clients de cette habituée des conseils d'administration [3] et des comités Théodule [4], figurent la Caisse d'Épargne, Camaïeu, le Crédit Lyonnai , la Fondation de France, Groupama, HP, Pirelli, Sofinco, Vediorbis, ou encore Vivarte.

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    Déjà en 2009 nous avions relevé un « exploit » ménager réalisé par Isabelle Giordano : animer le 26 octobre 2009 sur France Inter, en direct du ministère de l'Économie, l'émission « Service public » de 09 h 10 à 10 h, consacrée ce jour-là aux « Assises de la consommation », puis, occuper le reste de sa journée à animer les mêmes « Assises de la consommation » pour le compte du… ministère de l'Économie !

    ***

    Entre ce passé/passif ménager d'une éminente membre de son « Comité d'éthique » et la mise en accusation de son PDG pour avoir méconnu le droit des marchés publics dans ses précédentes fonctions, on doit bien reconnaître que les hautes sphères du groupe Radio France ont fière allure !

    Mais tout n'est peut-être pas perdu puisqu'Isabelle Giordano semble avoir, de temps à autre, des accès de décence, comme l'illustre cette brève du Figaro en date du 17 mars 2016 :

    « Surprenant revirement que celui d'Isabelle Giordano, directrice générale d'Unifrance, organisme chargé de la promotion du cinéma français à l'étranger, qui démissionne de ses fonctions au conseil d'administration de SFR, quatre jours après sa nomination. Lundi, Michel Combes, président du conseil d'administration de SFR, avait lui-même déclaré se réjouir “de l'arrivée d'une grande professionnelle des contenus au conseil d'administration de SFR. Cela vient renforcer un peu plus la stratégie du groupe autour de la convergence entre le très haut débit et les contenus”. Cet après-midi seul un porte-parole de l'opérateur indiquait “regretter” cette décision de l'ex-journaliste (...) Si de son côté UniFrance n'a pas souhaité commenter cette information, une source proche du dossier a expliqué que le milieu du cinéma avait mal réagi à cette nomination et estimait que les fonctions de la responsable d'UniFrance, n'étaient pas compatibles avec celles chez SFR (...) »

    Denis Souchon


    [2] « UniFrance est l'organisme chargé de la promotion du cinéma français dans le monde. Créée en 1949 sous la forme d'une association loi 1901, UniFrance est sous le contrôle des pouvoirs publics et notamment du CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée). L'association compte près de 1000 adhérents, producteurs de longs et de courts métrages, exportateurs, réalisateurs, comédiens, auteurs (scénaristes) et agents artistiques. »

    [3] Le Forum des images, le Forum d'Avignon, l'établissement public du domaine national de Chambord.

    [4] Conseil d'orientation stratégique (COS) de l'Institut français, Conseil de promotion du tourisme, Comité des « 11 tricolores » de l'Euro 2016.

  • Des médias soutiennent « Complément d'enquête » et « Envoyé spécial »

    28 novembre — Télévisions publiques : Sous le règne d'Emmanuel Macron, , , 109137

    Nous publions ci-dessous un texte signé par Arrêt sur image, Basta, Causette, L'Accent bourguignon, Marsactu, Mediapart, Politis, Reporterre, ou encore Street Press, réagissant contre le sombre projet de la direction de France Télévisions d'asphyxier budgétairement et, partant, éditorialement, les émissions de reportage et d'investigation de France 2. Pour consternante qu'elle soit, cette nouvelle attaque contre le secteur public audiovisuel, qui viendrait se surajouter aux réformes draconiennes envisagées par le gouvernement, n'est que « la poursuite de la lente asphyxie de France Télévisions » que nous décrivions il y a quelques semaines, opérée par « un management qui prétend faire mieux avec moins ». En s'attaquant à ces émissions, la direction menace les journalistes et obère toute chance que le secteur public audiovisuel devienne un véritable service public

    C'est avec stupéfaction que nous avons appris que la direction de France Télévisions a l'intention de réduire drastiquement les budgets et le nombre des journalistes des deux émissions d'investigation, « Complément d'enquête » et « Envoyé spécial ».

    Ce projet, qui vise les très rares lieux sur les chaînes de télévision où un journalisme soucieux de l'intérêt général et indépendant des pouvoirs peut pleinement assurer sa mission d'information, est un mauvais coup porté à la démocratie.

    Nous, médias indépendants et journalistes libres, assurons les équipes de « Complément d'enquête » et d'« Envoyé spécial » de notre soutien, et exigeons le retrait du projet de réduire leurs moyens de travail.

  • 3e Journée de la critique des médias : Conférence gesticulée de Philippe Merlant (vidéo)

    http://www.acrimed.org/arD5GdD7vGM
    27 novembre, par Acrimed — Troisième journée de la critique des médias (2017), 109127

    Le 25 mars 2017, Acrimed organisait à Paris la troisième Journée de la critique des médias. Après de studieuses tables rondes consacrées à dresser un état des lieux des formes et des usages actuels de la critique des médias et à dessiner des propositions de transformations pour faire advenir les médias dont nous rêvons, nous avons souhaité conclure cette journée par un moment plus divertissant, mais qui n'en donne pas moins à penser. Nous avons ainsi sollicité Philippe Merlant qui a concocté la conférence gesticulée que nous publions ici.

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