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acrimed | action critique médias

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  • Appel à souscription : 60 000 euros pour que vive Acrimed !

    28 mars, par Acrimed — Les annonces, 106565

    Acrimed, qui a fêté l'an dernier ses 20 ans, demeure une créature fragile puisqu'elle repose sur une activité militante, pour l'essentiel bénévole, et ne dispose que de faibles ressources financières. Nos ressources financières ne sont constituées que par les cotisations des adhérent-e-s, les dons et la vente de notre délicieux magazine, Médiacritique(s). Nous ne recevons aucune subvention, notre site est intégralement gratuit et nous sommes réfractaires à toute forme de publicité.

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    Les 60 000 euros dont nous avons besoin aujourd'hui ne sont pas destinés à acheter des costumes de luxe, mais à poursuivre et développer notre activité multiforme — par nos publications, nos débats, nos actions — de critique des médias, pour une transformation démocratique des médias. Ces 60 000 euros nous sont indispensables notamment pour pérenniser l'emploi de nos trois salarié-e-s, hélas mal payé-e-s, mais dont le travail n'est pas fictif.

    C'est pourquoi, une fois de plus, nous faisons appel à vous.
    Que vous nous aimiez un peu, beaucoup ou passionnément.
    Que vous nous approuviez un peu, beaucoup ou passionnément.
    Nous avons besoin de vous !

    Comment ? En donnant, bien sûr. Et mieux encore, car Acrimed est d'abord et avant tout une association, dont le combat — (re)faire de la question des médias une question politique — ne peut être qu'un combat collectif : en adhérant !

    Comme nous, vous êtes partisan-e-s d'une appropriation démocratique des médias ? Vous pouvez commencer en vous appropriant un peu… Acrimed.

  • Le groupe Amaury condamné pour avoir abusivement « évincé » Le 10 sport

    27 mars, par David Garcia — La presse spécialisée, , 106554

    Pour la première fois dans l'Histoire - avec un grand H ?-, un média français a été reconnu coupable de violation du sacro-saint principe de « concurrence libre et non faussée » : par un arrêt du 1er mars 2017 de la Cour de cassation. Abusant de sa position dominante, le groupe Amaury, propriétaire de L'Équipe, - en situation de monopole depuis le 28 février 1946 - a délibérément violé ce fondement de la construction européenne telle qu'elle va, en évinçant, en 2008, par des moyens condamnables un concurrent : Le 10 sport. Or ce n'était pas la première fois que le groupe Amaury évinçait un concurrent de manière discutable. En 1988, déjà, Le Sport déposait les armes au terme d'une guerre perdue d'avance. Mais si le groupe Amaury doit se résigner à la perte de 3,5 millions d'euros -montant de l'amende infligée en première instance - le monopole de L'Équipe demeure. Incontesté. Et surtout incontestable, au sens littéral du terme.

    Le groupe Amaury contre 10 sport

    Rappel des faits. Nous sommes en 2008. Apprenant le lancement imminent d'un concurrent de L'Équipe - Le 10 sport -, le groupe Amaury prépare une riposte baptisée en interne « plan Shangaï ». Trois scénarios sont alors envisagés : l'absence de réaction, l'amélioration de L'Équipe, et le lancement d'un nouveau quotidien pour faire pièce au 10 sport. Cette dernière solution quoique la plus coûteuse économiquement, est cependant choisie. Saisie par les enquêteurs judiciaires, une note du directeur général adjoint du Parisien - à l'époque, propriété du groupe Amaury - atteste l'objectif d'une offensive qui fleure bon la guerre commerciale à outrance : l'éviction de l'empêcheur de monopoliser en rond.

    Le 3 novembre 2008, un nouveau quotidien sportif sort en kiosque. Format tabloïd, tarif modique (50 centimes d'euros), Le 10 sport ambitionne de bousculer L'Équipe, intouchable depuis plus de soixante ans. Adossé au groupe NextRadio, actionnaire à hauteur de 34 %, le journal s'appuie sur les consultants et journalistes de RMC.

    Mais le même jour, un autre quotidien sportif paraît : Aujourd'hui Sport. Même format, même prix, il appartient... au groupe Amaury. En arrivant à leur poste de travail, le premier jour, les journalistes d'« AS » trouvent un sympathique cadeau de bienvenue : un tee shirt siglé « T 10 ». Comme « tuer Le 10 sport ».

    Le décor est planté. La suite des opérations sera conforme à l'objectif initial. Pris en étau entre L'Équipe et Aujourd'hui Sport, confronté à l'offensive d'un groupe implanté de longue date, doté au surplus d'une armada commerciale infiniment supérieure, Le 10 sport voit sa diffusion s'éroder irrémédiablement. Exsangue financièrement, Michel Moulin annonce un changement de périodicité. Moins de cinq mois après sa création, Le 10 sport devient un hebdomadaire. Le 19 mai 2009, Michel Moulin dépose plainte pour « entrave à la libre concurrence ». Avec succès, comme on l'a vu. « Si l'existence d'une position dominante n'implique en soi aucun reproche, cette situation impose à l'entreprise concernée une responsabilité particulière de ne pas porter atteinte par son comportement à une concurrence effective et non faussée sur le marché intérieur de l'Union européenne », exposera la Cour de cassation, comme on ânonne une prière dans le désert.

    Au-delà de la problématique strictement économique, le bilan éditorial de la bataille de Shangaï n'est guère reluisant. Surenchérissant dans l'actualité spectacle, à coups d'articles rédigés à la hâte sur les rumeurs du « mercato » et autres potins people, Le 10 sport et Aujourd'hui Sport n'ont apporté aucun renouvellement journalistique de fond. Sauf à considérer le nivellement par le bas comme un progrès. Preuve, si besoin était, que la concurrence, ou pseudo concurrence, ne renforce pas nécessairement le pluralisme de l'information. Et sans vouloir pour autant - loin de nous cette idée - promouvoir le modèle monopolistique, en l'espèce celui de L'Équipe, dont Acrimed a maintes fois souligné les nombreux inconvénients.

    Un précédent : le groupe Amaury contre le Sport

    Procédure judiciaire en moins, ce dénouement rappelle l'aventure éphémère du Sport. Intitulé « pas de pitié pour la concurrence », un chapitre de La face cachée de L'Équipe [1] analyse le dispositif mis en place par le groupe Amaury pour éliminer son rival. À l'époque, déjà, la France ne disposait que d'un seul quotidien, quand l'Italie en comptait trois et l'Espagne deux ; la Grande-Bretagne et l'Allemagne ayant une presse populaire forte et largement consacrée au sport. « Cette situation de monopole a semblé absurde et la création du Sport paraissait légitime », expliquait Eric Brame, ancien directeur publicitaire du Sport [2].

    Légitime, peut-être, mais accueillie assez peu confraternellement par les dirigeants de L'Équipe. « Tuez Le Sport ». C'est écrit en toutes les lettres sur des pancartes ornant les murs de la rédaction. Un mot d'ordre façon opération commando estampillé Jean-Pierre Courcol, le directeur général de L'Équipe, qui profite de l'opération commando pour accélérer la mutation du quotidien. Le slogan servira à nouveau… Comme par hasard, la nouvelle formule programmée depuis l'année précédente atterrit dans les kiosques le 12 septembre 1987. Soit le même jour que le numéro un du Sport.

    Côté coulisses aussi, L'Équipe et la famille Amaury font le nécessaire pour couper les ailes du Sport. « L'Équipe multiplie les coups en faisant pression sur les imprimeries de province pour que le Sport arrive en retard aux kiosques », assure Éric Brame [3]. Travaillés au corps par les commerciaux d'Amaury, moult kiosquiers prennent le parti du vaisseau amiral L'Équipe et de sa flotte secondaire, France Football et Vélo. Le calcul est vite fait. Une débâcle, voire une disparition des deux titres majeurs que sont L'Équipe et France Football, entraînerait un manque à gagner que ne compenserait pas un hypothétique succès du Sport. « Parfois on arrivait dans un kiosque en fin de matinée et le paquet d'exemplaires du Sport n'était même pas ouvert », rapporte Éric Maitrot, ancien journaliste de L'Équipe et du Sport [4].

    Pas en reste, le patron du groupe éponyme, Philippe Amaury, apporte sa contribution à cette entreprise générale de déstabilisation. Discrètement, il persuade le PDG de Paribas, Michel François-Poncet, qui siège comme lui au conseil d'administration de M6, de renoncer à sa participation au Sport. Première d'une longue liste de défections fatales. L'aventure s'achève le 29 juin 1988. Porté par d'anciens journalistes de L'Équipe, le Sport avait une tout autre allure que son lointain successeur « low cost ». Privilégiant un traitement « magazine » de l'actualité quotidienne, il se voulait une déclinaison de Libération, inventeur dans les années 80 d'un ton journalistique à la fois critique et caustique en matière de sport.

    Noble ambition fracassée. Mais pas pour tout le monde. Quelques années plus tard, la rédaction en chef du Sport fera une belle carrière. Jérôme Bureau et Gérard Ejnès deviendront respectivement directeur de la rédaction et directeur de la rédaction adjoint de L'Équipe. Éternelle récupération de la contestation, fût-elle commerciale, et d'autant plus irrésistible qu'elle émane d'un monopole tout puissant.

    * * *

    À l'évidence, les faits portés à la connaissance du public par la Cour de cassation, par son arrêt du 1er mars 2017 dans l'affaire Le 10 sport, sont d'une extrême gravité. En tout cas à l'aune d'une certaine idéologie dominante à l'échelle du Vieux continent, et même un peu au-delà. « Historique », « renversant », « pour l'éternité », voire « inqualifiable » ! Dignes des manchettes d'anthologie de L'Équipe, ces qualificatifs rafraîchissants auraient été à la hauteur de l'événement. Dommage que les habituels gardiens médiatiques de l'orthodoxie libérale soient restés étrangement muets. Pas d'appel de « une » à l'horizon, ni même l'ombre d'un sondage sollicitant l'avis des Français sur « la distorsion de concurrence dans la presse quotidienne sportive », au lendemain de cet arrêt « sans précédent ». La faute à l'élection présidentielle, mère de toutes les « actus » ? Au légendaire corporatisme des journalistes ? Ou parce que la victime de ces odieuses pratiques anti-concurrentielles, Le 10 sport, appartient à un obscur homme d'affaires – un certain Michel Moulin ? Il y avait de quoi s'émouvoir, pourtant.

    David Garcia


    [1] La face cachée de L'Équipe, David Garcia, Danger public, 2008.

    [2] Ibid.

    [3] Ibid.

    [4] Ibid.

  • Présidentielle 2017 : Des journalistes sportifs au bord du ring de TF1

    22 mars, par Henri Maler — Présidentielle 2017, , , 106517

    Après avoir contribué à évacuer les débats pendant près de deux mois, en prétendant que ces débats étaient évacués par les candidats eux-mêmes [1], les journalistes politiques allaient-ils renoncer à mettre en scène exclusivement (ou presque) les « affaires » et les péripéties tactiques pour enfin mettre en lumière les projets en présence ? Le débat organisé par TF1 pouvait en fournir l'occasion. L'occasion fut manquée.

    La cause est entendue : une élection est une compétition, une « compétition électorale », précisément. Et un débat qui met aux prises les candidats, est, selon le mot cent fois entendu, un « match ». Et la tradition sportive veut qu'un tel « match » mobilise son lot de commentaires… et de commentateurs. Sur les chaînes en continu – ici BFM-TV et LCI – ce fut un festival !

    On prépare le match

    Toute la journée, sur LCI, la succursale de TF1 qui organisait la compétition, rien ne nous fut épargné : ni la visite du plateau, ni celle des loges, ni les passages par les QG. Les préparatifs des compétiteurs furent longuement décrits. On spécula sur leur style et leurs atouts rhétoriques. Et comme il fallut bien commenter les « enjeux », les bavards du jour donnèrent de ces enjeux l'interprétation que l'on attend des spécialistes du journalisme sportif. Non pas les enjeux de la confrontation des projets et donc la délimitation de leurs contenus, mais les chances respectives des candidats de défendre ou d'améliorer leurs scores sondagiers, les cibles que chacun d'eux devait viser pour parvenir à ses fins, la posture qui lui était conseillée, la stature qu'il devait proposer. Bref, la communication que l'on pouvait, que l'on devait attendre des compétiteurs.

    Avec cet insoutenable suspense : comment allait bien pouvoir se dérouler la compétition ? Quels pronostics pouvait-on avancer sur le déroulement du débat et sur son issue ? Emmanuel Macron n'allait-il pas être la cible de tous les autres ? Allait-il donner les preuves de sa stature présidentielle ? Ce qui en langue savante se dit « présidentiabilité ». Et encore : Marine Le Pen serait-elle égale à elle-même ? François Fillon pourra-t-il faire valoir son expérience ? Qui, d'Hamon ou de Mélenchon, allait remporter le match dans le match ? Journalisme de pronostics, journalisme sportif.

    BFM-TV, privée de la visite du studio et des loges des candidats, compensa, dès le matin et surtout l'après-midi durant, par une tournée des QG et les interviews des porte-paroles au sujet des préparatifs. « L'heure est à la concentration et à la préparation », apprit-on de source autorisée. Une tournée décorée par des commentaires avisés dont les titres résument la « substance »… substantielle : « Débat : l'épreuve de feu pour Macron » ; « Hamon : surfer sur le meeting de Bercy » ; « Mélenchon : marquer sa différence » ou, variante : « Mélenchon : s'imposer à gauche » ; « Marine Le Pen : travailler sa stature » ; « Fillon : faire oublier les affaires ». Des commentaires prospectifs d'une haute tenue, assortis de conseils prescriptifs sur ce que chacun doit faire. On eut même droit aux commentaires aisés de « Patricia Chapelotte, présidente d'Abbera Conseil » qui, préventive, susurra : « Il faut faire Président » et, en même temps « pouvoir être concret ». Rien que ça…

    Aveuglés par tant d'éclairages, il nous fallut, aux alentours de 18h, faire un nouveau détour par LCI. Nouvelle tournée des QG de campagne, assurance assurée de la part de l'entourage : les candidats sont studieux et révisent leurs « fiches ». Des informations-clés assorties de commentaires et bandeaux de toute sorte, prétendant cibler les « enjeux » au gré de titres une nouvelle fois éclairants : « Débat : Macron prépare sa partition » ; « Débat : une première pour Marine Le Pen » ; « Débat : Hamon en duel avec Mélenchon ? » ; « Débat : Mélenchon espère convaincre les indécis ».

    Essoufflés par ce jogging, nous avons alors bénéficié d'une pause récréative avec l'émission « 24 heures en questions », animée par Yves Calvi. Ce rendez-vous quotidien, qui réunit autour d'une table les chefs étoilés de la grande cuisine politicienne, avait pris pour titre cet alléchant programme : « Avant le 1er round : la pesée ». Ce soir-là, les chefs étoilés étaient conviés à troquer leurs toques contre des casquettes de commentateurs de boxe. Ce que firent sans hésiter Françoise Fressoz du Monde, Carl Meeus du Figaro Magazine, Philippe Dessertine de l'Institut de la haute finance et Jérôme Sainte Marie, de l'institut de sondages Pollingvox. Éblouissant pluralisme des experts qui, sans préciser lesquels, font parler les Français qui « pensent que… », évoquent les programmes sans vraiment les connaître, et s'interrogent gravement, à grand renfort de métaphores sportives, sur ce qui va se passer. Un seul exemple : « Faut-il évoquer les affaires ? Vont-ils évoquer les affaires ? », demande gravement Yves Calvi. L'auteur de ces lignes a tenu 40 minutes et a renoncé.

    On vit l'avant-match

    Insatiables, nous retournons finalement du côté de BFM-TV. L'heure du match approche : il est 19h30. Alors que des journalistes font le pied de grue devant les QG de campagne, les informations tournent en rond : Marine Le Pen est sortie des bureaux, Benoît Hamon, au « mental d'acier » est sans doute resté à son domicile puisqu'il n'a pas été vu à son QG, Jean-Luc Mélenchon est arrivé le premier, François Fillon avec dix minutes de retard « aux alentours de 20h06 », les soutiens des uns et des autres s'installent dans le public et, comble de suspense, on aurait même aperçu Pénélope Fillon !

    Autant de reportages de terrain qui ponctuent, une heure et demi durant, les séquences analytiques animées en plateau par Ruth Elkrief. Fidèles aux préparations d' « avant-match », les journalistes interpellent d'abord des « supporters » politiques des candidats. Puis vient le temps des « experts ». Une première table ronde– ô combien pluraliste ! – réunit Anne Rosencher, directrice déléguée de la rédaction de L'Express et Jean-Sébastien Ferjou, directeur de la publication d'Atlantico. Pendant près d'un quart d'heure, après avoir glosé autour de la « déprime », « l'inquiétude », « l'anxiété », le « désarroi » et le « déboussolement » des Français, après avoir parié sur la cible privilégiée des uns et des autres, après avoir passé en revue les sondages faits maison, nos experts concluent leur (longue) méditation à micros ouverts en nous révélant l'enjeu du débat de TF1 : « que l'un ou plusieurs de ces candidats arrivent à générer une adhésion véritable ». Fichtre !

    Mais ce n'est pas fini, et la seconde table ronde n'a rien à envier à la première : il est 20h quand Ruth Elkrief, sans doute dépaysée, « rejoint » le plateau fait maison d'Alain Marschall, qui réunit d'autres experts du cru : Thierry Arnaud, chef du service politique de BFMTV et Laurent Neumann, flanqués d'Anna Cabana de Marianne, pour commenter d'avance – c'est le titre – « Un premier débat inédit ». C'est sans doute Anna Cabana, à la faveur d'un aveu émouvant, qui résume le mieux la teneur de ce petit papotage entre amis : « C'est ça qui est passionnant : on ne sait pas ce qui va se passer ».

    Dès lors, et pendant près de quarante minutes de plateau, nos journalistes se disputeront le pronostic le plus haletant. « C'est la campagne qui commence », « le débat va probablement bouleverser la campagne », se risquent les journalistes avant de déterminer – ou de prescrire –le « rôle » qu'interprétera ou devra interpréter chaque candidat : Macron président ? : « il faut qu'il le prouve » ; Fillon président ? « il devra dépasser et faire oublier les affaires ». Des commentaires sont sollicités pour « comprendre les enjeux », comme l'annonçait le présentateur. Ce qui nous valut, par exemple celui-ci de Laurent Neumann : « Il y a deux enjeux : il y a un risque clair pour les deux favoris, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, d'être attaqués et donc de dévisser à un moment ou à un autre pour une raison qu'on ignore avant que le débat ait commencé. Puis il y a un deuxième enjeu pour tous les autres qui aujourd'hui ne sont pas donnés qualifiés pour le deuxième tour, c'est de faire leur retard, c'est un enjeu absolu. »

    Il ne restait plus qu'à s'interroger sur l'impact possible du physique des candidats. La palme de la réflexion la plus acérée revient sans nul doute à Thierry Arnaud : « Si vous me permettez de dire les choses brutalement, faut pas qu'il apparaisse comme un gamin ce soir Emmanuel Macron. Il y a ce côté juvénile dans son apparence et peut-être que ça jouera en sa faveur, mais on ne peut pas exclure totalement le risque que ça joue aussi en sa défaveur ce soir. »

    Enfin, dans leur course aux commentaires, les chaînes d'info (mais aussi la presse écrite) ont rivalisé d'ingéniosité pour l'emporter dans cette autre compétition : le grand prix de la meilleure métaphore sportive, voire guerrière. Sur BFM-TV rien ne nous aura été épargné : des « fleurets mouchetés » aux candidats qui « cognent », en passant par « l'épreuve du feu », le « sourire bouclier », les « passes d'armes » le « peloton », le « coude à coude » et, enfin, l'inévitable « franchissement du Rubicon » !

    Changement de chaîne. À partir de 20 heures, LCI nous offrit de pénétrer – c'est le titre – « Dans les coulisses du débat ». « Où vont-aller les électeurs ? », se demandèrent les experts conviés à confronter leurs horoscopes : Arlette Chabot (de LCI), Matthieu Croissandeau (de L'Obs), Soazic Quéméner (de Marianne), et, de nouveau, Jean-Sébastien Ferjou d'Atlantico. En direct de la rue, on eut droit à l'arrivée des candidats interrogés sur leur état d'esprit. Et en direct du plateau de l'émission, un journaliste de terrain nous offrit ses commentaires sur les images des préparatifs et de l'entrée des candidats interrogés, une fois de plus, sur… leur état d'esprit.

    Puis vint le match qui, pendant plus de trois heures, réduisit au silence les journalistes sportifs. Et que fait-on après le match ? « On refait le match » [2].

    « On refait le match »

    Et pour refaire le match, sur LCI, on reprend les commentateurs d'avant match qui, sans dire un mot sur les positions des candidats sur les 15 thèmes mis en débat, s'employèrent à évaluer et à comparer les performances des compétiteurs. Qui s'est imposé et face à qui ? Quand ? Au début ou à la fin ? Qui a remporté les duels ? « Le Pen-Macron : le duel ? », s'interroge un titre à l'écran. Et les commentateurs de répondre à cette question : « Était-ce le duel essentiel ? ». Qu'a-t-on retenu sur LCI ? Non les propositions des candidats, mais les affrontements les plus saillants.

    Avouons-le : nous n'avons pas eu le courage d'écouter davantage.

    Mais qu'a-t-on retenu sur BFM-TV ? Les « échanges les plus musclés », seuls extraits rediffusés. Tard, très tard, lors d'un journal de la nuit, on entendit de la bouche de la présentatrice ce résumé : « Que retenir de ce débat ? Qu'il fut long : près de trois heures et demi. Plusieurs passes d'armes. C'est allé crescendo ».

    Entre-temps, BFM-TV nous avait offert l'inévitable sondage de l'institut Elabe, avec les réponses à cette principale question : « Qui a été le plus convaincant ? ». Un sondage qui ne nous a pas… convaincus : c'est le moins qu'on puisse dire [3]

    Aucun cas de dopage ne nous ayant été signalé dans le petit peloton des candidats et dans le grand peloton des accompagnateurs, nous en resterons là pour cette fois, non sans rêvasser : que, dans la suite de la campagne, les journalistes sportifs des chaînes en continu, déguisés en journalistes politiques, abandonnent le journalisme sportif pour s'informer et informer sur les positions en présence, et les présenter avec le plus de précision possible, en toute rigueur.

    Mais ce n'est sans doute qu'un rêve.

    Henri Maler (avec Pauline Perrenot et Elsa Tremel)

    ***


    Annexe : Quelques exemples de titres sportifs dans la presse écrite

    "-" Libération 20 mars 2017

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    "-" Les Inrocks, 21 mars 2017

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    "-" Le Parisien, 21 mars 2017

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    [2] Pour reprendre, dans un contexte qui lui convient, le titre de l'émission de commentaires sportifs animé par Pascal Praud sur RTL.

  • « Grand débat » : un sondage pour BFM-TV qui ne convainc pas

    21 mars, par Frédéric Lemaire — Sondologie et sondomanie : Sondages en tous genres, , 106518

    Il est près d'une heure ce matin, le débat qui rassemblait cinq candidats à l'élection présidentielle sur TF1 et LCI vient de s'achever. Sur BFM-TV, Ruth Elkrief annonce les résultats d'un sondage Elabe commandée par la chaîne : Emmanuel Macron est donné « plus convaincant ». Qu'en est-il vraiment ?

    "" Verdict apparemment sans appel, le résultat du sondage Elabe/BFM TV n'a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes ont avancé d'autres « sondages » (en vérité de simples questionnaires en ligne) aux résultats contradictoires, donnant Jean-Luc Mélenchon grand gagnant du débat.

    Par exemple, sur LCI :
    ""Sur Europe 1 :
    ""Sur RTL :
    ""Ou encore sur France 24 :
    ""Ces questionnaires en ligne, comme le précise celui de RTL, sont à « valeur non scientifique », dans la mesure où l'échantillon n'est pas représentatif : il s'agit d'une simple consultation, et il est possible d'y voter à plusieurs reprises facilement. Ce qui ne veut pas dire que les résultats n'ont aucun sens : en l'occurrence ici, dans la mesure où il y a un enjeu symbolique fort à déterminer le « gagnant » au débat, on peut supposer que ces résultats témoignent au moins en partie de la capacité de mobilisation en ligne des soutiens des différents candidats.

    Et le sondage Elabe pour BFM-TV, qu'en est-il ? Est-il « plus scientifique » ? C'est loin d'être évident. Pour en juger, il faut mettre la main sur la méthodologie employée par l'institut, qui n'est pas disponible sur le site de BFM-TV. On la retrouve en bas d'un graphique publié par l'institut sur son compte twitter. La voici :

    ""Si l'on comprend bien cette notule méthodologique, pour obtenir son résultat à peine 30 minutes après la fin du débat, Elabe a d'abord constitué un premier échantillon représentatif de 4011 personnes. Puis les personnes interrogées ont été invitées à regarder le débat et à donner leur avis. 1157 avis de volontaires – encore en état de le donner – ont donc été récoltés à la fin du débat.

    Cette méthodologie pose d'emblée un gros problème : ce n'est pas parce que l'échantillon des 4011 personnes sollicitées initialement est représentatif, selon la méthode des quotas, de la population française, que le sous-échantillon des 1157 volontaires est, lui aussi, représentatif. On peut même être à peu près sûr du contraire, puisque cette sélection par le volontariat (et la résistance physique, avec un débat de plus de trois heures) ajoute un nouveau et sérieux biais à ceux, déjà connus, des sondages en ligne, et dont Alain Garrigou a fait la critique dans cet article.

    La même méthode avait été employée par Elabe au soir du premier débat de la primaire du Parti socialiste (voir cet article). Résultat : Arnaud Montebourg avait été donné « le plus convaincant ». Encore une fois, les sondeurs avaient visé dans le mille...

    Une méthodologie bancale, donc – pour ne rien dire du principe même de ce genre de sondages, visant à élire le « gagnant » d'un débat, comme dans une course de chevaux. En privilégiant le jeu personnel plutôt que les enjeux collectifs, en se focalisant sur « le plus convaincant » (voire « le plus séduisant » pour RTL) plutôt que sur les questions de fond, les instituts de sondage et leurs relais dans les médias ajoutent dépolitisation et confusion aux débats.

    Les répondants doivent-ils juger de celui qui est le plus à l'aise dans le débat, ou de celui qui a les idées les plus pertinentes ? À quel titre ? Et sur quel sujet, en particulier ? Il suffit de commencer à poser ce genre de question pour se rendre compte de la vacuité du réflexe sondagier. Doit-on rappeler que Hillary Clinton était systématiquement donnée « gagnante » lors de ses duels télévisés avec Donald Trump ?

    Une chose est sûre : les « grandes voix » médiatiques et autres experts convoqués pour « débriefer » le débat trouveront du grain à moudre dans ces pseudo-sondages, merveilleusement ajustés à leurs commentaires.
    Frédéric Lemaire

  • Présidentielle 2017 : Misère du journalisme de compétition en précampagne

    21 mars, par Henri Maler — Présidentielle 2017 106497

    Le moment des « grands » débats entre les candidats homologués est arrivé. Le premier s'est tenu, réservé à cinq d'entre eux, le 20 mars 2017 sur TF1. Pour savoir ce que d'immenses journalistes en ont retenu et avant d'y revenir, un détour par les semaines qui l'ont précédé n'est pas inutile [1]...

    La presse imprimée est-elle responsable de la déforestation de l'Amazonie ? On peut en douter. Les médias audiovisuels sont-ils coupables des abus de consommation d'électricité ? Ce n'est pas avéré. Mais ce qui est certain en revanche, c'est que des tonnes de papier et des centaines d'heures d'émissions audiovisuelles ont été (et sont encore) consommées pour évoquer les turpitudes et les misères de François Fillon, les « affaires » qui gangrènent les autres candidatures, les mésaventures et les divisions de la « droite et du centre », mais aussi des « socialistes », des « progressistes » et des « patriotes » (du FN) comme on nomme les uns et les autres.

    Chacune de ces « affaires » et de ces mésaventures offre tous les ingrédients d'un feuilleton, avec ses héros et ses traîtres, ses rebondissements et son intrigue à tiroirs. De quoi nourrir abondamment les discussions de bistrots (il faudrait vérifier…) et les papotages dans les studios des chaînes en continu (vérification faite).

    Informer et enquêter sur tout cela ? Évidemment ! Mais gloser sans cesse et à tout propos sur les positionnements et les entrechats tactiques, ausculter les entrailles de l'opinion publique à grand renfort de sondages et de micros-trottoirs, abandonner le journalisme de diagnostics pour un journalisme de pronostics ?

    Tous les médias ne sont pas logés à la même enseigne. Mais un peu partout les éditocrates en tout genre et les journalistes politiques de toutes catégories, les sondologues, « synergologues » et autres communicants, les permanents interchangeables des micros et des chroniques sont massivement mobilisés pour commenter en flux tendu et à en perdre haleine, pour éditorialiser et spéculer sur claviers, pour anticiper sur le jour ou l'heure d'après. Manquent à l'appel les cartomanciennes et les rédacteurs d'horoscopes, mais leur tour viendra peut-être.

    « C'est normal », dira-t-on : « l'actualité dicte sa loi ». Ou, comme le déclarait doctement Jean-Michel Aphatie dans un entretien avec Sonia Devillers, diffusé le 1er septembre 2016 sur France Inter,

    « les journalistes ne choisissent pas l'actualité, les journalistes font avec l'actualité. Parfois l'actualité est intelligente, parfois elle est dramatique et parfois elle est bête. Et on fait avec ».

    Mais l'actualité n'existe pas indépendamment de ceux qui la construisent. Le comble est donc atteint quand, au nom de cette actualité telle qu'ils la façonnent eux-mêmes, nos « grands » journalistes couinent sur l'effacement, plus ou moins prononcé selon les médias, du débat public sur les projets des candidats en campagne : un débat qui, pour une large part, dépend d'eux, même s'il existe en dehors d'eux.

    Aveugles aux résultats de leur propre activité, ils se contemplent, mais ne parviennent pas à se reconnaître. Quand le doigt montre la lune, d'immenses journalistes regardent le doigt !

    * * *

    Le pire n'étant pas certain, on pouvait se demander si la campagne officielle et les grandes messes télévisuelles qui la ponctuent allaient mettre un terme aux politicailleries des commentateurs professionnels et laisser totalement la place aux débats de fond. Le 20 mars 2017, à l'occasion du débat sur TF1 du moins sur les chaînes d'information en continu, il n'en fut rien [2].


    [1] Comme on pourra le lire dans le n°23 (à paraître prochainement) de Médiacritique(s), notre magazine imprimé, intitulé précisément « Misère du journalisme politique », misère à laquelle un dossier est consacré.

    [2] Comme on essaiera de le montrer dans un prochain article.

  • Lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle (SNJ-CGT)

    20 mars — Transformer les médias : D'autres propositions , 106498

    Le SNJ-CGT a écrit aux candidats à l'élection présidentielle pour faire part de ses revendications et propositions et leur demander d'exposer leur programme concernant le secteur de la presse et des médias.

    À quelques semaines de l'échéance présidentielle de 2017, le syndicat SNJ-CGT (Syndicat national des journalistes CGT), réuni en congrès (6-8 mars 2017), vous adresse cette lettre au moment où les journalistes sont la cible d'attaques virulentes qui constituent autant de coups portés à la démocratie et à la liberté d'expression.

    Ces agressions s'expriment dans un contexte où la profession et le pluralisme sont, plus que jamais, en grave danger.

    Pourquoi notre profession est-elle en danger ? D'abord parce que son indépendance est menacée, compromettant par exemple notre lien de confiance avec le public, lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes, usagers du multimédia.

    Au cours des deux derniers quinquennats, le processus de concentration s'est accéléré : une poignée de dirigeants de grands groupes industriels, dont en premier lieu les opérateurs de télécommunication ou bancaires, ont fait main basse sur les grands médias. Pour eux, l'information représente un produit d'appel pour valoriser leurs offres commerciales.

    Ces nouveaux patrons de presse, souvent en affaires avec le pouvoir, contrôlent contenus et contenants au travers de la convergence des supports rendue possible par les nouvelles technologies. En clair, si, de facto, il existe plus de sources d'information, en réalité l'uniformisation des contenus et la monopolisation des médias tuent le pluralisme qui est réduit à sa portion congrue. Le débat démocratique est annihilé au profit du prêt-à-penser néolibéral, privant les citoyens de clés pour comprendre.

    Cela se traduit concrètement par la disparition de titres. Parmi les titres qui subsistent, combien sont indépendants des grands groupes ? Des sites « pure player » se sont créés mais leur modèle économique reste fragile. La presse syndicale, associative et militante est sous perfusion.

    L'audiovisuel public est miné par la politique d'austérité réduisant les emplois et imposant mutualisations et polyvalences qui nuisent à la qualité de l'info. Après la suppression de 750 équivalents temps plein à partir de 2012, Delphine Ernotte, nommée en 2015 PDG de France Télévisions arrivant du groupe de télécommunications Orange, continue dans la même logique. Au total entre 2012 et 2020, ce sont 1250 emplois qui auront disparu soit 12% des effectifs.

    L'information est de plus en plus sous contrôle.

    La loi Bloche (15 novembre 2016) qui vise « à renforcer la liberté, l'indépendance et le pluralisme des médias » est très loin de répondre à l'urgence de la situation. Le texte ne s'attaque pas au problème de fond, celui de la propriété des médias. La loi prévoit une charte éthique par entreprise avant le 1er juillet 2017. De plus rien ne change sur la protection des sources, réforme promise par l'actuel chef de l'Etat, et sur l'indépendance des rédactions.

    Les concentrations s'accélèrent…

    Nous assistons à une véritable révolution copernicienne dans les modèles économiques et financiers des médias ces dernières années avec une accélération des concentrations. Après la prise emblématique du Monde par un trio formé d'un banquier (Mathieu Pigasse) et de deux hommes d'affaires — Xavier Niel (Free) et Pierre Berger — Vincent Bolloré, qui possède aussi bien des entreprises de publicité et de communication, des instituts de sondages (CSA), des plantations, des groupes de transports, des entreprises de stockage d'énergie, est aujourd'hui le principal actionnaire via Vivendi de Canal +. Les méthodes brutales de management du groupe breton ont montré le poids des puissances d'argent sur les médias dont il a pris le contrôle : censure à Canal+, et licenciements massifs de 90 journalistes en lutte sur I-Télé. Patrick Drahi, principal actionnaire du groupe Altice Media Communication endetté à hauteur de 50 milliards d'euros, contrôle Libération, le groupe L'Express et BFM

    En presse régionale, le pluralisme est moribond. Le Crédit mutuel contrôle tous les quotidiens de l'Est de la France jusqu'en Rhône-Alpes. Le Crédit Agricole dispose de 30% des parts du groupe La Voix du Nord, qui est également propriété du groupe belge Rossel. Le quotidien lillois est au centre d'un plan social drastique. Le groupe belge pourrait prochainement s'emparer de Paris Normandie moyennant un plan de licenciements. On peut aussi rappeler les opérations de Bernard Arnault (2e fortune en France) sur les quotidiens nationaux, comme Le Parisien, et le contrôle de la presse magazine par de grands groupes multinationaux (Lagardère, Mondadori, Bertelsmann, etc.).

    La profession se précarise…

    Depuis 2009 le nombre de journalistes diminue régulièrement. En six ans la profession a perdu 1400 titulaires de la carte de presse, soit 4% de ses membres, même si le nombre d'entrants dans la profession est à peu près stable chaque année. Ces deux dernières années, ce sont plus de 250 journalistes de plus de 15 ans d'ancienneté qui sont partis des rédactions à l'arrivée de nouveaux actionnaires soit en clause de cession soit lors de PSE ou de plans de départ volontaires.

    Les reporters-photographes sont sinistrés et les agences photographiques qui faisaient la renommée de notre pays ont disparu du marché de la photo d'actualité.

    Quant aux salaires, les négociations de branche ou par forme de presse sont quasiment inexistantes. En 1980 le salaire brut moyen d'un journaliste représentait 1,8 du salaire moyen français, aujourd'hui il en représente 1,2. Les entreprises jouent sur cette précarisation en proposant aux jeunes journalistes de devenir auto-entrepreneur ou producteur, y compris dans le service public. La précarisation des journalistes s'accompagne de l'appauvrissement du métier par les obligations de plus en plus imposées à exercer poly compétences et autres tâches techniques.

    Quelles solutions ?

    Le SNJ-CGT qui défend depuis longtemps le pluralisme, l'éthique, la déontologie et les conditions de travail des journalistes vous demande de prendre en compte ses revendications. Il faut pour cela s'inspirer du programme du Conseil National de la Résistance, qui avait pour ambition « d'assurer la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances de l'argent et des influences étrangères ».

    Notre syndicat demande :

    "-" L'inscription dans la Constitution du droit à l'information ;
    "-" Un projet de loi mettant en place les conditions de l'indépendance juridique des rédactions par rapport aux actionnaires.
    "-" Le renforcement d'un service public des médias audiovisuels.
    "-" Une réflexion sur l'impression et sur la distribution.
    "-" Une refonte du CSA.
    "-" Un statut novateur pour les entreprises de presse afin de garantir une presse démocratique, associative, alternative, pluraliste et indépendante.
    "-" L'inscription du financement de l'audiovisuel public dans la Constitution.

    Il vous demande aussi de :

    "-" Assurer la protection du secret des sources des journalistes en réformant enfin la loi de 2010.
    "-" Relancer les dispositions anti-concentration dans les médias.
    "-" Prohiber la détention de médias aux groupes bénéficiant de commandes publiques.
    "-" Sauvegarder les droits d'auteurs en abolissant la loi Hadopi et toutes les dispositions qui favorisent la mutualisation des contenus.
    "-" Un statut pour les lanceurs d'alerte
    "-" De vous assurer que les aides publiques à la presse accompagnent des politiques volontaristes privilégiant la qualité de l'information et la sauvegarde des emplois.

    Notre combat est aussi celui de la démocratie. Contre les mesures sécuritaires du quinquennat actuel (loi Renseignement et Etat d'urgence).

    C'est pourquoi nous vous demandons d'agir en appuyant nos propositions pour renforcer le pluralisme et l'indépendance des journalistes dans ce pays.

    Nous attendons des réponses à nos très vives inquiétudes et nous vous prions d'accepter nos salutations syndicalistes.

    Montreuil, le 15/03/2017

  • Journée de la critique des médias du 25 mars 2017 : demandez le programme !

    20 mars, par Acrimed — Débats et initiatives : annonces et présentations, , 106499

    Après 2015 et 2016, une troisième journée, de 13h30 à 21h30.

    Après les succès des éditions 2015 et 2016, Acrimed organisera, le 25 mars 2017, la troisième Journée de la critique des médias.

    De 13h30 à 21h30
    2 bis rue Mercœur
    (Paris 11e, métro Voltaire ou Charonne)

    « Tout le monde déteste les médias ? » Tel aurait pu être l'intitulé provocateur de la troisième Journée de la critique des médias organisée par Acrimed le 25 mars 2017. Mais toutes les critiques ne se valent pas et ne proposent pas une transformation démocratique des médias.

    ""

    Quelles critiques des médias ?
    Pour quelles transformations des médias ?

    Au menu

    - 13h30 : ouverture des portes
    - 14h : accueil en vidéos et introduction

    - 14h30-16h15 : Première table ronde : Quelles critiques des médias ? État des lieux

    La défiance à l'égard des grands médias nourrit, de tous côtés, des critiques très disparates qui divergent profondément (quand elles ne lui sont pas ouvertement hostiles) d'une critique radicale, indépendante et intransigeante, comme celle d'Acrimed. De la critique instrumentalisée par les responsables politiques à la critique édulcorée et neutralisée au sein des grands médias, de la critique dévoyée que l'extrême-droite place au cœur de son offre politique à la critique pervertie par des médias de droite.

    Avec :

    Dominique Albertini (journaliste, Libération), Aurore Krol (Acrimed), Aude Lancelin (licenciée de L'Obs, auteure de Le monde libre) et David Perrotin (journaliste politique, BuzzFeed).

    - Intermèdes

    - 16h45-18h45 : Deuxième table ronde : Quelles transformations des médias ? Quelques pistes

    La critique des médias a pour enjeu de rendre sensible la nécessité d'une transformation profonde des médias. Quel sera dans vingt ans, le paysage médiatique que nous craignons ? Quel est le paysage médiatique que nous souhaitons ? Et en particulier quel projet pour un service public de l'information et de la culture ? Avec quel secteur public de l'audiovisuel digne de ses missions ? Avec quelle contribution médias indépendant, associatifs, alternatifs ?

    Avec :

    Pierre Barron (de la radio Fréquence Paris Plurielle), un intervenant d'Acrimed et Fernando Malverde (syndicaliste à France Télévisions).

    - Intermèdes

    - 19h30 : Conférence gesticulée de Philippe Merlant

    - 20h30 : Conclusion de la journée

    Pendant toute la journée : interventions (intempestives) de Nicolas Lambert, vidéos, et bien d'autres surprises.

  • Espagne. El Salto, bien plus qu'un journal, une coopérative ! (tribune)

    19 mars — Autres pays d'Europe, 106500

    Nous publions ci-dessous, sous forme de « tribune » [1], une présentation d'El Salto et son manifeste.

    El Salto. L'histoire de cette coopérative vient de loin. Dans les années 80, un groupe de personnes a imaginé un moyen de raconter la réalité à contre-courant des informations « mainstream » qui affluent quotidiennement : le bulletin Molotov fait son apparition et publie 39 numéros. En 1994, Molotov fusionne avec l'agence de contre-information UPA, et constitue le collectif UPA-Molotov. En 2000, cette dynamique donne naissance au mensuel Molotov qui publie 43 numéros au format tabloïd. Lorsque le dernier numéro de Molotov est publié en décembre 2003, ce n'est pas tant pour disparaître que pour réaliser une mutation. Cette fois, il est question d'amorcer un processus pluriel qui veut transcender le champ militant ; ce qui donnera naissance au site d'information et au journal bimensuel Diagonal distribué dans tout l'État espagnol. Douze ans et 284 numéros plus tard, Diagonal fait un nouveau pas en avant, « bondit » et devient... El Salto, le « saut » en castillan. Le 15 décembre 2016, Diagonal publie donc son dernier numéro... Mais, encore une fois, au-delà de la disparition de Diagonal, il s'agit bien plus d'une mutation profonde dont le seul défi est d'arriver à être lu par la voisine de palier, pour qu'elle comprenne ce qu'est le patriarcat et le capitalisme...

    El Salto, c'est une coopérative impulsée par le journal Diagonal et plus de 20 autres médias dont le média féministe Pikara Magazine, la revue Pueblos, le site d'informations économiques El Salmón Contracorriente, AraInfo en Aragon, Bostezo à Valence et d'autres collectifs audiovisuels comme Siberia TV, ainsi que des projets radiophoniques... Une campagne d'information a démarré fin novembre 2016 pour une durée de 6 mois, afin d'atteindre le premier objectif de 10 000 abonnés, garant de toute indépendance. Déjà le numéro zéro vient de paraître, et le premier numéro du mensuel sera distribué en avril. Au mois de mai, le nouveau site internet sera accessible. Mais d'ores et déjà, il est possible d'affirmer qu'El Salto poursuit la voie d'un autre journalisme, un journalisme qui fonctionne de façon horizontale sans dépendre économiquement de la publicité des grandes entreprises ni des gouvernements, un journalisme de qualité et rigoureux, un journalisme qui cherche à coopérer plutôt qu'à entrer en compétition, un journalisme qui contribue au changement social.

    Nous publions ici leur manifeste.

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    Ils nous disent : impossible.

    Nous répondons : nous sommes déjà en train de le faire


    Ils nous disent : mettez-vous en concurrence, c'est la logique du marché. Nous répondons : nous coopérons, nous fonctionnons différemment.

    Ils nous disent : pour qu'il y ait de l'ordre, il doit y avoir une hiérarchie. Nous répondons : pour qu'il y ait de l'ordre, nous avons besoin d'horizontalité, de bonne coordination et d'intelligence collective.

    Ils nous disent : celui qui paie a accès à tous les contenus. Nous répondons : toute information doit toujours être accessible dès le premier moment. Tes ressources ne doivent pas limiter ton droit à l'information.

    Ils nous disent : il est inévitable de se financer avec la publicité des grandes entreprises, sinon l'information n'est pas soutenable. Nous répondons : faisons un média de propriété collective. Une véritable indépendance est possible quand tu ne dépends pas de grands annonceurs, surtout si ce sont des multinationales qui violent les droits humains, économiques et sociaux. Très rapidement, ils finissent par conditionner ton contenu.

    Ils nous disent : les contenus sponsorisés aident à la viabilité et ne font de mal à personne. Nous répondons : vendre de la publicité sous couvert d'information n'est pas éthique, ça déforme l'idée de journalisme et revient à tromper les gens.

    Ils nous disent : plus ton poste est haut placé et spécialisé dans la hiérarchie, plus ton salaire est élevé, c'est logique. Nous répondons : rompons avec la logique selon laquelle le reproductif et le productif sont différents ; de nouveau, horizontalité et égalité salariale ; beaucoup de travaux invisibles sont nécessaires pour qu'un média voie le jour ; mettons-les au même niveau.

    Ils nous disent : baisse les coûts autant que possible. Nous répondons : nous pensons que les coûts ne sont pas seulement économiques mais aussi écologiques et sociaux. Économie sociale et solidaire, distribution en bicyclette et qualité de la vie se trouvent au centre de notre proposition.

    Ils nous disent : l'objectivité et le professionnalisme vont de pair. Nous répondons : l'objectivité n'existe pas, l'honnêteté est d'expliquer depuis quel lieu tu écris et vois la réalité. Nous ne sommes pas dans une tour d'ivoire, nous voulons contribuer au changement social, à la transformation de la réalité avec des contenus de qualité.

    Ils nous disent : impossible. Nous répondons : nous sommes déjà en train de le faire.

    Faisons le pas. Moi aussi, je fais le pari d'un média fait par et pour les citoyens.

    "-" Présentation et traduction : Jérôme Duval
    "-" Version originale du Manifeste en castillan : https://saltamos.net/nos-dicen-imposible-respondemos-ya-lo-estamos-haciendo/


    [1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n'engagent pas collectivement l'Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs

  • Pigistes : « Nous ne voulons plus être les forçats de l'info »

    16 mars — Le journalisme précaire, , 106458

    Nous publions ci-dessous une « tribune » [1] signée par plusieurs collectifs de pigistes (Acrimed)

    « Ok on prend le sujet. On te fera un bulletin de salaire à ton nom et ensuite tu t'arranges avec le photographe. Ah, c'est pas possible ? Ben, on prend pas le sujet alors » ; « Des indemnités de congés maternité... Hum, pas sûr que vous en ayez » ; « Oups, on a oublié de vous payer ce mois-ci, ça arrivera à la fin du mois prochain »...

    Voilà un florilège de la vie de pigiste... en France !

    Nous pigistes, journalistes indépendants, nous vivons la crise des médias de plein fouet. En cause, l'arrivée du tout gratuit sur Internet, la baisse de la pub dans les journaux papiers qui ne font plus le plein de lecteurs, la concentration des médias aux mains de quelques gros groupes, le statut d'auto-entrepreneur - illégal pour nous mais largement utilisé, parfois à la demande des rédactions - qui permet aux journaux d'économiser les cotisations sociales, alors que dans certaines rédactions, les salaires démesurés des chefs en feraient pâlir plus d'un.

    Variable d'ajustement des journaux, nous subissons depuis 2008 une baisse constante des tarifs des articles et une dégradation croissante de nos conditions de travail.

    Qui peut accepter d'être payé parfois plus d'un an après parution d'un article ? D'avancer tous ses frais de reportage, c'est-à-dire de payer pour travailler ? De voir le tarif fixé d'un article revu à la baisse en cours ou en fin de production, quand il n'est pas simplement annulé sans contrepartie ? De n'avoir pas de réponse des rédacteurs en chef, qui sont, certes nos supérieurs hiérarchiques mais aussi des confrères ?

    Quand nous nous appelons, avec un brin d'autodérision, les « forçats de l'information », c'est parce que, derrière les pages bien calibrées de vos journaux, l'information est souvent proposée, relayée, vérifiée par des pigistes, qui proposent des angles originaux, partent en reportage en France et à l'étranger et fournissent du travail de qualité, à moindre coût pour les rédactions. Mais qui sait comment survivent la plupart d'entre nous ?

    Notre tribune s'alarme de la précarisation de notre rémunération, quel que soit le nombre d'années d'études ou d'expérience, avec de nombreux pigistes qui gagnent seulement quelques centaines d'euros mensuels pour des semaines de 70 heures. Elle remet aussi en question une façon de travailler que nous voyons comme la garante d'une indépendance et d'une qualité journalistiques indispensables pour rétablir la confiance avec les lecteurs/téléspectateurs/auditeurs.

    Pour bien comprendre notre parcours du combattant, voici les grandes étapes de notre quotidien.

    Quand on propose le sujet

    Ça y est, à force de recherches - un temps long, nécessaire, mais non rémunéré - le pigiste a trouvé LA bonne idée de sujet. Synopsis (résumé) écrit, il l'envoie par mail aux rédactions. Et attend… Souvent, obtenir une réponse, un « oui » ou même un « non », relève du parcours du combattant. Il faut « relancer », par mail, par téléphone, parfois durant des semaines. Et une incompréhension : répondre par mail ne prend que quelques instants, alors pourquoi ne pas faire l'effort ? « C'est qu'ils ne sont pas intéressés » ? Que nenni. Il nous est tous arrivé de vendre des sujets à des magazines qui ont répondu à force de relances ! Mais quand la réponse arrive - alléluia - tout n'est pas gagné. Alors que les rédactions ont souvent conscience du faible salaire qu'elles proposent, certaines refusent que le pigiste « revende » (réécrit, sous une autre forme) son sujet à un autre support, même non concurrentiel. C'est pourtant souvent pour le pigiste l'unique solution de gagner décemment sa vie. Car passer une semaine sur un sujet payé 200 euros, non, ce n'est pas viable.

    Quand on fait le sujet

    Premier challenge : avoir un engagement ferme de la rédaction. Parce que oui, avant de partir en reportage à côté de chez nous, au fin fond de la forêt amazonienne ou dans une zone où la sécurité laisse à désirer, nous avons besoin de savoir au nom de quel média nous travaillons et de nous assurer que le sujet sera bien publié/diffusé et donc payé. Pourtant, combien de fois entendons-nous : « sujet intéressant, faites-le et on avise à votre retour » ?

    Et si la rédaction ne prend finalement pas le sujet, j'aurais fait le reportage pour rien ? Qui travaille ainsi, sans garantie ? Et s'il m'arrive quoi que ce soit en reportage, qui me couvre ? Une situation d'autant plus alarmante que les médias rechignent de plus en plus à envoyer leurs propres journalistes sur des terrains compliqués, notamment en zone de conflit, préférant faire appel à des pigistes. Moins protégés par les rédactions, donc plus vulnérables en cas de problème.

    Autre défi à relever par le pigiste avant de faire son sujet : faire prendre en charge les frais de reportage par la rédaction. Jusqu'à preuve du contraire, un article ne sort jamais d'une pochette surprise. Cela demande du temps, des déplacements, un investissement financier. Pourquoi nous refuse-t-on alors de payer un billet de train ? Ou une nuit d'hôtel parce qu'il n'est pas possible de faire l'aller-retour dans la journée ? Refuser de prendre en charge les frais de reportage revient à faire payer un pigiste pour qu'il fasse son travail. Y'a pas comme un hic ? Et pendant ce temps là, pour les journalistes intégrés à une rédaction la question ne se pose même pas : s'ils partent en reportage, évidemment que leurs déjeuners/nuités/transports/taxis seront payés par le média !

    Donc, pour le pigiste, pas d'autre choix que de se transformer en roi du système D. Coucou la génération reportage-couch-surfing !

    Quand on rend le sujet

    Une fois le sujet terminé, le pigiste n'a en général AUCUNE nouvelle de son article. Cela convient-il ? Y a-t-il des corrections éventuelles ? Souvent, la rédaction s'agite 24h avant le bouclage ultime, alors que cela fait 3 semaines que l'article a été rendu, et que malheureusement, le pigiste est déjà sur d'autres dossiers, quand pas au fin fond de la savane en reportage. Evidemment, sans ses carnets !

    C'est sans compter le travail de réécriture. Un peu, c'est normal, mais reprendre trois ou quatre fois l'article quand la rédaction a changé d'avis sur la forme de l'article, c'est du temps non rémunéré et non passé sur d'autres piges.

    Enfin, parfois, les sujets sont publiés, montés avec des erreurs ajoutées par les rédacteurs en chef. Non, cette citation n'a jamais été prononcée, et le titre putassier, qu'on ne nous a pas fait valider, va à l'encontre de votre angle. Mais qui va faire face à un interlocuteur outré ? Le pigiste, bien sûr, et non son chef ! Vous avez dit crise de confiance des lecteurs ?

    Quand on est payé (si on est payé)

    La plupart des rédactions ont ainsi pour habitude de payer les piges seulement après parution. Or selon la périodicité des médias mais aussi les aléas liés à l'actualité et aux décisions éditoriales, il peut s'écouler un (très) long moment entre le jour où l'on transmet le fruit de notre travail et le jour où celui-ci est publié. Il n'est donc pas rare d'attendre plusieurs mois pour obtenir notre dû. Un décalage difficile à gérer alors que nos revenus nous permettent rarement d'avoir des économies de côté.

    Mais ce système a une autre conséquence perverse : la tentation pour certains médias de ne tout simplement pas rémunérer notre travail si celui-ci n'est finalement pas publié. Et cela tout en nous affirmant que sa qualité n'est pas remise en cause. Pourtant, le code du travail précise bien dans son article L7113-2 que « Tout travail commandé ou accepté par l'éditeur d'un titre de presse (...) est rémunéré, même s'il n'est pas publié ». Des considérations dont s'encombrent peu certains rédacteurs en chef.

    Enfin, cela peut sembler anecdotique mais ce ne l'est pas dans nos rapports avec l'administration et les services de l'Etat, il est également fréquent que la date de la paie et la période de travail mentionnée sur le bulletin de salaire ne soient pas en adéquation.

    Celui-ci est d'ailleurs souvent une surprise. La fourchette est ainsi très large entre les rémunérations proposées par les différents médias. Entre un tarif à 30 € le feuillet (1500 signes) et un autre à 250 €, en passant par des rémunérations au forfait, il nous est difficile de nous y retrouver. Sans parler des grilles encore moindre proposées le plus naturellement du monde par certains médias en ligne, par ailleurs salués pour la qualité des articles qu'ils publient.

    Bien entendu, il nous est également particulièrement difficile d'accéder aux avantages dont peuvent bénéficier les autres salariés des médias auxquels nous collaborons. Comité d'entreprise, ticket restaurant, mutuelle maison ou prise en charge d'une partie du transport, ne font pas vraiment partie de notre vocabulaire. Quelques rédactions accordent cependant ce genre d'avantages à leurs pigistes, mais à condition de réaliser un certain volume de pige dans l'année, ce qui n'est pas aisé quand on multiplie les employeurs.

    Et les photographes ?

    L'après

    Vu le tarif auquel nous travaillons, beaucoup d'entre nous fréquentent Pôle Emploi ou cumulent des activités annexes. Comme pour les intermittents, les entreprises de presse se reposent sur le contribuable pour rémunérer ceux qui travaillent pour elles.

    Seulement voilà nous surfons en permanence sur les marges de la légalité. Ce que dit la loi Cressard, qui régit notre statut ? « Toute convention par laquelle une entreprise de presse s'assure, moyennant rémunération, le concours d'un journaliste professionnel » est « présumée être un contrat de travail ».

    Mais s'agit-il d'un CDD ou d'un CDI ? Le flou règne, car nous ne signons jamais aucun contrat de travail. Alors, par défaut, Pôle Emploi comme nos employeurs nous traitent, administrativement, comme des CDD à répétition. Bien que ce soit illégal.

    La collecte des attestations d'employeur prend un temps délirant. À notre charge d'appeler, de rappeler les services paie de tous nos employeurs pour décrocher tous les fameux sésames. Certains employeurs rechignent également à nous les donner. Ensuite, il faut que les attestations en question soient correctement remplies. Une tâche ardue, vue la complexité de notre statut. Mais une feuille erronée, c'est un trop-perçu de versé, des démarches à recommencer… Si l'on compte le temps pris par notre conseiller Pôle Emploi à essayer de comprendre comment gérer notre situation, le nôtre à demander les papiers, leur rectification, l'envoi de nos bulletins de salaires ET de nos attestations, cela représente une part non négligeable de notre temps de travail.

    Une profession qui se précarise
    Les femmes, plus précaires

    Conséquences

    Au-delà de nos cas individuels, c'est la qualité même du journalisme qui est remise en question. Travailler constamment dans l'urgence, passer moins de temps sur nos sujets, quitte à aller trop vite, être rémunéré au lance-pierres, c'est aussi faire du travail de moins bonne qualité et créer les conditions de la perte de confiance des lecteurs.

    Pour sortir du constat victimaire, nous aimerions fournir des outils pour restaurer un « partenariat » sain avec les rédactions.

    "-" Même débordés, les rédacteurs en chef doivent répondre aux pigistes, même rapidement, aux propositions qui leur sont faites. Sans nos propositions, les pages des journaux et les programmes TV seraient bien vides !

    "-" Ils doivent s'engager fermement avant les reportages, grâce à un bon de commande. Définir les conditions de la collaboration avant le départ : tout est clair (sujet, format, tarif, date de rendu…), pour les deux parties. Pourtant, une majorité des rédactions ne le font pas. Mais si jamais le sujet est publié sur plus de pages que prévu, il faut prévoir une augmentation de la rémunération pour les journalistes.

    "-" Les pigistes doivent être payés au rendu de l'article : libre à la rédaction de publier le sujet 6 mois plus tard, mais le pigiste n'a pas à supporter ce délai, qui creuse son budget de façon conséquente.

    "-" Le journalisme sur Internet, qui sera sans doute le support du futur, doit faire des efforts pour payer décemment les pigistes. Nous ne pouvons fournir des enquêtes approfondies avec 10 photos pour 100 euros bruts, quand nous avons travaillé 3 semaines entières !

    "-" Le tarif des piges doit être revu à la hausse parce qu'il n'y a aucune raison qui justifie de telles différences de rémunération entre un journaliste en poste et un journaliste rémunéré à la pige.

    "-" Nous demandons à ce que les règles avec Pôle Emploi soient éclaircies et que les rédactions prennent en compte les complexités et particularités de notre statut.

    Liste des signataires [2]

    Le collectif Youpress
    Le collectif Première personne
    Les Journalopes
    La Fourmilière
    Press On
    Les Incorrigibles
    Le Terrier
    Le collectif 2026
    Presse-Papiers
    Le collectif de l'Est
    Les Journalistes atterrés
    Le collectif Argos
    Les plumé.e.s
    Callipige
    Extra-Muros
    Le réseau Spartacus
    Profession : pigiste

    Une version plus courte de cette tribune fait l'objet d'une pétition proposée par les collectifs Youpress et La Fourmilière et adressée aux entreprises de presse.


    [1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n'engagent pas collectivement l'Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas nécessairement toutes les positions.

    [2] À compléter éventuellement – note d'Acrimed.

  • Prix du livre politique : le microcosme médiatique s'auto-consacre

    14 mars, par Benjamin Lagues — Récompenses pour journalistes et dirigeants des médias, , , 106459

    Des éditocrates consacrent une fois de plus l'un des leurs.

    Le prix du livre politique est un concours organisé chaque année par l'association « Lire la société ». L'objectif de cette association ? « Raviver l'intérêt pour la chose publique » et « promouvoir le débat contradictoire » [1]
    .

    Pour atteindre ce noble but, les membres de l'association ont été choisis dans le microcosme médiatique et politique : des éditocrates, des sondeurs, des intellectuels médiatiques, des hauts-fonctionnaires et des parlementaires [2], sans oublier le directeur de Science Po Paris. Mieux, les présidents de « Lire la société » incarnent également la préoccupation de « promouvoir le débat contradictoire » : Marc Ladreit de la Charrière, milliardaire et président de la désormais célèbre Revue des deux mondes et Louis Schweitzer, président d'honneur de Renault. La liste complète est disponible ici.

    Bref, un beau mariage entre deux microcosmes, politique et médiatique, qui semblent très bien s'entendre quand il s'agit de consacrer les pensées autorisées [3].

    Quant au jury de l'édition 2017 du prix du livre politique, il est composé en grande majorité d'éditorialistes ou journalistes politiques (Laurent Joffrin, Yves Thréard, Françoise Fressoz, etc.) et d'un sondeur. La liste complète est disponible sur le site de l'Assemblée nationale. La voici :

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    Préoccupé, donc, de « promouvoir le débat contradictoire », ce noble aréopage d'experts médiatiques ne pouvait que distinguer un auteur peu entendu dans les médias traditionnels, porteur d'idées nouvelles ! Surprise : c'est Brice Teinturier, sondeur omniprésent dans les médias que dirigent les membres du jury, qui a été primé. Qu'un autre vainqueur eut été désigné n'aurait cependant rien changé car les trois finalistes ne brillaient pas par leur diversité. Qu'on en juge : un membre de l'équipe de campagne d'Alain Juppé (Gilles Boyer), une journaliste politique (Marie-Dominique Lelièvre) et un sondeur (Brice Teinturier).

    C'est ainsi qu'une fois de plus, le microcosme médiatique s'auto-consacre. Une fois de plus ? Oui : en 2016, c'est l'invisible médiatique Alain Minc qui a été choisi. En 2015, Béatrice Gurrey, une des cheffes du quotidien alternatif Le Monde. En 2014, Frédéric Mitterrand, un marginal médiatique. En 2013, Bruno Le Maire, ministre et député inconnu au bataillon. Etc.

    La bouffonnerie a ses limites : l'association « Lire la société » nous a assurés que Brice Teinturier, bien que membre du jury de l'édition 2017, n'a pas pris part au vote ni aux débats préalables. Cette élégance minimale ne change cependant rien à l'affaire : les éditocrates ont consacré un auteur qu'ils croisent au quotidien dans les matinales radio et les émissions de télévision. Ils ont consacré l'un des leurs, prouvant une fois de plus que le microcosme médiatique tourne en rond dans son bocal, brassant éternellement les mêmes idées… et excluant les autres.

    Benjamin Lagues


    [1] C'est cette même association qui organise l'attribution du prix du livre économique, reçu cette année par François Lenglet, comme nous l'avions relevé.

    [2] Entre autres : Bruno Le Roux, Dominique Reynié, Jean-Pierre Chevènement, Stéphane Rozès, Aurélie Filippetti…

    [3] Par microcosme médiatique, nous entendons seulement les quelques éditocrates, économistes et sondeurs qui parcourent les plateaux télé et radio ; pas les milliers de journalistes produisant l'information qui permet à ces éditocrates de bavarder sur tous les plateaux.

  • Dix revendications pour sauver l'information (SNJ)

    13 mars — Transformer les médias : D'autres propositions , , 106460

    Si le journalisme est devenu un sport de combat, le syndicalisme l'a toujours été. À l'occasion de la dixième édition des Assises du Journalisme et de l'Information, qui se tiendra à Tours du 15 au 17 mars, le Syndicat National des Journalistes (SNJ) met à la disposition de la profession dix revendications pour régénérer les pratiques, assurer les conditions d'une information de qualité et restaurer la confiance entre les journalistes et les citoyens [1].

    1) Création d'une instance nationale de déontologie. Fondée sur le modèle de la Commission de la Carte. Cette instance qui pourra être saisie par toute personne ou institution s'estimant mal traitée, publiera ses avis en s'appuyant sur une Charte d'éthique commune à toute la profession et à toutes les entreprises de médias.

    2) Création d'un statut juridique de l'équipe rédactionnelle. Il s'agit d'instaurer dans chaque entreprise de médias un droit collectif pour incarner l'âme du journal et défendre son indépendance, ainsi que des collèges journalistes obligatoires pour leur permettre d'être représentés par leurs pairs dans les entreprises.

    3) Promulgation d'une loi anti concentrations des médias. Pour mettre fin à la mainmise des industriels milliardaires et des multinationales sur l'information, nécessité de créer de nouveaux seuils, qui prennent en compte les audiences liées aux supports numériques.

    4) Création d'une « taxe Google », s'imposant à tous les agrégateurs de contenus, afin d'abonder le fonds des aides publiques totalement remanié pour servir réellement leur objectif légal initial : pluralisme et qualité de l'information. Entrée dans le comité d'attribution de ces aides des représentants des journalistes et de la société civile.

    5) Conditionnement des aides publiques au respect des règles d'éthique, d'indépendance, et lois sociales communes à la profession (notamment le respect du salariat et l'application de barèmes de salaires décents dans toutes les formes de presse). Augmentation des moyens alloués à la création d'entreprises de presse à but non lucratif dans le cadre de création ou de reprise d'un média par des salariés, sous le statut d'entreprise solidaire de presse d'information.

    6) Renforcement de la protection des sources des journalistes. Il s'agit de les mettre à l'abri des intrusions facilitées par la loi Renseignement. Interdiction de poursuites judiciaires ou civiles contre des journalistes et/ou lanceurs d'alerte pour atteinte au secret des affaires, au secret de l'instruction, au secret des correspondances ou de la vie privée de personnalités publiques dans le cadre d'une enquête relevant d'un impératif prépondérant d'intérêt public. Création d'un statut protecteur du lanceur d'alerte.

    7) Libre accès des journalistes aux lieux de privation des libertés. Centres d'éducation fermés pour mineurs, centres de détention, centres de rétention. Possibilité de visiter ces lieux sur demande express, dans le respect des règles de sécurité, hors le cadre d'une visite parlementaire. Libre accès des journalistes aux lieux recevant du public, gares, centres commerciaux, salles de spectacles, enceintes sportives, sans avoir à solliciter une autorisation de filmer ou de prendre des photos. Libre accès des journalistes aux informations publiques et documents administratifs.

    8) Lutte contre les commentaires de haine. Engagement de tous les médias pour une modération obligatoire des commentaires haineux, sexistes, racistes, homophobes, relayés sur les sites d'infos et les réseaux sociaux des médias.

    9) Refonte complète du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA). Changement de composition, du mode de désignation de ses membres, et recadrage de ses missions pour éviter toute tentation de s'immiscer dans la déontologie des journalistes.

    10) Pour un service public de l'information. Une véritable indépendance du CSA vis-à-vis des pouvoirs politiques : refonte du mode de nomination afin que la moitié de ses membres soit désignée par les salariés des entreprises publiques. Désignation des PDG des entreprises de l'audiovisuel public par des conseils d'administrations pluralistes et indépendants, où siégeront des représentants de toutes les catégories professionnelles des entreprises concernées. Augmentation progressive de la redevance afin de la mettre au niveau des ressources de ce type dans les pays européens. Abrogation des décrets « Tasca » qui prévoient des quotas obligatoires de productions privées dans les programmes. Cette obligation entraîne le développement artificiel de sociétés de production dont l'activité est assurée sur le dos de l'audiovisuel public.

    Paris, le 12 Mars 2017

    Source : le site du SNJ.


    [1] Nous publions volontiers ces revendications, parce qu'elles participent à un indispensable débat auquel contribuent nos propres propositions. Note d'Acrimed.

  • Journée de la critique des médias : troisième édition le 25 mars 2017

    13 mars, par Acrimed — Débats et initiatives : annonces et présentations, , 106461

    Après les succès des éditions 2015 et 2016, Acrimed organisera, le 25 mars 2017, la troisième Journée de la critique des médias, de 13h30 à 21h30 au 2 bis rue Mercoeur (Paris 11e, métro Voltaire ou Charonne).

    « Tout le monde déteste les médias ? » Tel aurait pu être l'intitulé provocateur de la troisième Journée de la critique des médias organisée par Acrimed le 25 mars 2017.

    Depuis plusieurs mois, il semble en effet que la défiance à l'égard des médias dominants ne cesse de s'accroître, à un point tel que de plus en plus de responsables politiques adoptent des postures « anti-médias » et multiplient les déclarations opportunistes dénonçant le « système médiatique ». Un opportunisme qui ne doit pas faire oublier la légitimité de la critique des grands médias et de la défiance qui se développe à leur égard, ni nous empêcher de critiquer les réponses que tentent d'apporter les médias dominants à cette défiance [1].

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    Du côté de certains médias de la droite (très) « décomplexée », on note aussi un certain intérêt pour la critique des médias, mais il s'agit dans leur cas de développer une critique fort éloignée de la nôtre. On assiste en réalité à une tentative de hold-up qui dissimule mal ses intentions strictement idéologiques et là encore opportunistes, quitte à frôler parfois le ridicule dans la dénonciation d'une prétendue « bien-pensance de gauche » omniprésente dans les grands médias [2].

    Il nous a semblé important, dans un tel contexte, de revenir sur les conditions du développement de cette défiance et de ces diverses critiques, leur impact, leurs biais, leurs limites. L'opportunisme de certains, s'il n'invalide pas la légitimité de la défiance et de la critique à l'égard des médias dominants, invite par ailleurs à garder le cap d'une critique radicale, intransigeante et inscrite dans une perspective de transformation sociale, qui ne se contente pas de dénoncer certaines « dérives » mais qui formule des propositions pour transformer le champ médiatique.

    Tels sont les thèmes que nous évoquerons, parmi bien d'autres, au cours de la troisième Journée de la critique des médias, qui s'articulera autour de deux tables rondes principales et de diverses prises de parole et séquences vidéo, avec en outre les interventions (intempestives) de Nicolas Lambert, une conférence gesticulée de Philippe Merlant, et bien d'autres surprises.

    Programme indicatif [3]

    -13h30 : ouverture des portes
    -14h : accueil en vidéos et introduction
    -14h30 : première table ronde
    -16h45 : deuxième table ronde
    -19h30 : conférence gesticulée de Philippe Merlant
    -20h30 : conclusion de la journée
    -toute la journée : interventions (intempestives) de Nicolas Lambert, vidéos, et bien d'autres surprises


    [3] Plus de détails sur notre site dans quelques jours.

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