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  • David Pujadas : la face cachée du 20 h (communiqué)

    19 mai — France 2, la rivale de TF1, , , , , 107305

    Nous publions un communiqué du SNJ revenant sur la décision de la direction de France Télévisions d'évincer David Pujadas de la présentation du JT de 20h.

    Sur son piédestal du 20 h de France 2, David Pujadas se croyait intouchable, protégé par de bons chiffres d'audience. Le présentateur vedette vient pourtant d'être écarté. Une décision de Delphine Ernotte, Présidente de France Télévisions, qui peut paraître brutale.

    Le SNJ France Télévisions ne peut se réjouir des soubresauts que traverse le Service Public depuis cette annonce. Car M. Pujadas a été la figure de proue de l'Information de France 2 pendant 16 ans. Il est donc normal que son départ suscite des interrogations.

    Cependant, le SNJ rappelle qu'il n'avait cessé d'alerter la direction de l'Information sur les dérives de l'édition phare de la chaîne, sous le règne de David Pujadas et d'Agnès Vahramian, sa rédactrice-en-chef.

    Non, l'audience ne justifie pas tout, et le côté obscur du 20 h se traduisait par une violence du management, un taylorisme érigé en système, et de la discrimination professionnelle. Alain De Chalvron, ancien correspondant de France 2 en Chine, n'avait-il pas lui-même été « exclu » du 20h pour avoir écrit un rapport sur l'état de la rédaction, pourtant demandé par la Présidente de FTV.

    Le 20 h était tenu par une caste, celle d'un petit groupe de journalistes. L'étage supérieur de la fusée qui décide de tout : le taylorisme journalistique a été imposé comme l'ultime étape d'un système visant à contourner toute contradiction. Autrement dit, les journalistes qui mettent en forme l'information ne sont pas ceux qui la recueillent. Ceux qui fournissent des « bouts de sujets » sont cantonnés à des rôles d'exécutants.

    Sur la planète 20 h, tout le monde est perdant. Alors que des journalistes peu expérimentés érigés en « nouvelles stars » de l'antenne sont en surchauffe, de grands reporters sont réduits à des missions dégradantes : multiplier les éléments.

    De nombreuses dérives de cette édition ont été pointées par le médiateur de FTV. Les sujets « incarnés » ont suscité l'opprobre de bon nombre de téléspectateurs. Quel est l'intérêt journalistique de mettre en scène les journalistes au risque de donner à voir une réalité aseptisée, pour ne pas dire déformée ? Et que dire des micros-trottoirs dans lesquels on laisse parfois des électeurs d'extrême-droite tenir des propos discriminatoires, sans apporter la moindre contradiction ? La diffusion d'un dossier sur des stages destinés à redorer la masculinité des participants, sans apporter de contrepoint ni dénoncer le caractère sexiste, et lancer sur la « fin du patriarcat » a également suscité beaucoup de réactions.

    Autre hasard du calendrier, dans une tribune écrite dans Libération, le directeur de l'Information, Michel Field, qui semble découvrir opportunément le contenu des journaux, s'interroge sur les reportages « incarnés » tout comme sur les « effets de montage, musique et commentaires dramatisants ».

    Le même directeur de l'information qui paraissait peu enclin à défendre l'investigation ces dernières semaines, et qui semble souvent bien loin de s'intéresser à ses équipes de reporters, sauf à les remercier par mail après certaines opérations spéciales.

    Le SNJ n'a pas à se féliciter ou à se plaindre d'un choix qui n'est pas de notre ressort. C'est une prérogative, de la présidente sans aucun doute.

    Le choix du calendrier est néanmoins catastrophique puisqu'il jette sur le service public un nouveau doute quant au lien politique entre des décisions et le changement d'actionnaire.

    Notre seule vigilance s'opère sur les contenus, et les principes qui régissent notre profession. Le choix des équipes quelles qu'elles soient doit se faire dans le respect des uns et des autres, et permettre de repartir sur des bases saines qu'elles soient journalistiques ou sociales.

    Les révolutions de palais ne changent rien pour celles et ceux qui dans l'ombre tentent de faire leur métier du mieux possible.

    Paris, le 17 mai 2017

  • Les projets du Président Macron pour les médias et l'audiovisuel public

    19 mai, par Blaise Magnin — Secteur public : Des programmes de "Service public" ?, , , , , 107306

    À lire son programme, le désormais Président Macron, qui, il est vrai, n'eut pas trop à se plaindre du traitement qu'ils lui ont réservé depuis plus d'un an, considère apparemment les médias comme un sujet mineur. Nous l'avions noté en recensant les mesures concernant les médias dans les programmes des différents candidats : regroupées dans le septième et dernier point d'un vaste chapitre fourre-tout consacré à « la culture », au nombre de quatre, les propositions officielles d'Emmanuel Macron en la matière sont à la fois pauvres et floues. Ce qui ne les empêche pas d'être inquiétantes.

    L'intitulé du septième objectif du candidat Macron dans le domaine culturel, « Protéger l'indépendance éditoriale des médias d'information et conforter les médias de service public », est aussi prometteur que… retors. En effet, dans la novlangue macrono-libérale, les verbes « protéger » et « conforter » prennent un sens très particulier.

    "-" Première proposition : « Créer un nouveau statut de l'entreprise de presse, sur le modèle des trusts anglo-saxons pour garantir l'indépendance éditoriale et journalistique. »

    Ce projet de « création » ne prend sens qu'au regard du diagnostic qui l'inspire : « Aujourd'hui, la présence d'actionnaires industriels et financiers au capital de groupes de presse est une réponse aux difficultés économiques de la presse. Mais elle est source de soupçons sur la réalité de l'indépendance des rédactions et la liberté de la presse. »

    Ainsi, l'invraisemblable concentration des principaux médias français entre les mains d'une poignée d'industriels serait une fatalité économique et ne poserait qu'un problème d'image. La solution proposée ne viserait donc pas à défaire l'emprise financière des oligarques sur les médias, mais à la camoufler derrière un « nouveau statut » juridique. Abrités derrière leur « trust », ou leur « fondation » [1] les Bergé-Niel-Pigasse et autres Drahi pourraient ainsi continuer à faire main basse sur le paysage médiatique sans nourrir les « soupçons ».

    "-" Deuxième proposition : « Simplifier la réglementation audiovisuelle en matière de publicité, de financement et de diffusion, pour lever les freins à la croissance de la production et de la diffusion audiovisuelles et préparer le basculement numérique, tout en préservant la diversité culturelle », pour adapter le secteur « à un environnement ouvert et concurrentiel ».

    Une proposition qui ne renvoie à aucune mesure précise, mais comporte des mots-clés à même de rassurer tous les libéraux férus de dérèglementation et de concurrence marchande – et d'inquiéter celles et ceux qui considèrent que l'information et la culture ne sont pas des marchandises comme les autres. Cette proposition éclaire également sous un jour bien peu rassurant les propositions qui suivent sur le service public audiovisuel.

    Les troisième et quatrième propositions visent en effet directement France Télévisions :

    "-" Troisième proposition : « Nous renforcerons le secteur public de l'audiovisuel pour qu'il réponde aux attentes de tous les Français et accélère sa transformation numérique, en concentrant les moyens sur des chaînes moins nombreuses mais pleinement dédiées à leur mission de service public » ;

    "-" Quatrième proposition : « Nous rapprochons les sociétés audiovisuelles publiques pour une plus grande efficacité et une meilleure adéquation entre le périmètre des chaînes et leurs missions de service public. Leurs conseils d'administration seront plus indépendants et plus ouverts dans sa composition. Ils seront chargés de designer les dirigeants, après appel public à candidatures. »

    « Concentrer les moyens sur des chaînes moins nombreuses », rapprocher les sociétés pour « une plus grande efficacité », voilà qui fleure bon, si ce n'est la privatisation d'une ou plusieurs chaînes – démentie (mais faut-il la croire ?) par Corinne Erhel dans l'émission « L'instant M » du 16 mars –, du moins la réorganisation à la hussarde du groupe public.

    Une (énième) réorganisation qui risque d'être calquée sur les préconisations contenues dans le rapport « France Télévisions 2020, le chemin de l'ambition » remis au gouvernement (en présence d'Emmanuel Macron) en février 2015.

    Le pedigree de l'auteur de ce rapport, Marc Schwartz laisse songeur. Haut fonctionnaire de la Cour des comptes, Marc Schwartz a été directeur financier, puis directeur général adjoint de France Télévisions entre 2000 et 2006. Il a également été mandaté par l'État pour effectuer en 2008 une mission de réflexion et de proposition concernant les relations entre la presse et La Poste et sur le soutien public à l'acheminement des abonnements de presse par postage ou par portage. En 2012, il est chargé d'une médiation pour résoudre le conflit opposant Google aux éditeurs de presse qui aboutira en février 2013 à la création d'un fond de 60 millions d'euros abondé par Google afin de financer les projets numériques de la presse. Enfin, en mai 2015, il est chargé d'une nouvelle mission de médiation pour trouver un équilibre entre les intérêts des plates-formes de streaming, des producteurs et ceux des ayants droit. Jusque-là, rien que de très classique.

    Mais on notera que comme nombre de ses congénères de la haute fonction publique – dont un certain Emmanuel Macron – qui goûtent aux joies rémunératrices des allers-retours entre privé et public, Marc Schwartz a multiplié les incursions dans le privé : en 2006, il rejoint la banque d'investissement Caylon en tant que directeur adjoint, puis fonde l'année suivante un cabinet de conseil spécialisé dans le secteur public et celui des médias ; entre 2010 et 2012, il intègre le groupe Mazars en tant qu'associé, chargé du conseil au secteur public et aux médias, avant de devenir le responsable mondial du département « secteur public ».

    Un bien beau parcours qui peut contribuer à éclairer les positions de Marc Schwartz qui a rejoint en avril dernier l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron afin de « coordonner les propositions pour élaborer le programme politique du candidat à la présidentielle en matière de politique culturelle et de communication ».

    Et à la lecture du rapport (« France Télévisions 2020, le chemin de l'ambition »), on n'est guère surpris que ce grand commis de l'État ait rejoint En Marche !, tant sa tonalité générale rappelle la logorrhée macronienne : de vagues généralités soutenues par une flopée de mots-valises, marqueurs de l'idéologie de marché – le terme « concurrence » apparaît ainsi 25 fois en 120 pages, ce qui peut surprendre dans un texte consacré à une entreprise publique.

    Une grande partie de ce document très technique aborde les relations juridiques entre France Télévisions et l'État, ainsi que des questions de management que nous n'aborderons pas ici. Nous nous bornerons à relever les passages les plus significatifs de l'état d'esprit de son auteur.

    C'est d'abord une logique strictement comptable qui anime le conseiller à la Cour des comptes Marc Schwartz :

    La création de l'entreprise commune a permis de commencer à diminuer le volume d'emploi du groupe

    Les synergies dégagées par France Télévisions dans le cadre de la création de l'entreprise commune devaient permettre de réduire le volume global d'emplois permanents et ainsi contribuer à la maîtrise de la masse salariale. Plusieurs estimations ont été réalisées à différentes étapes de la mise en oeuvre du projet.

    Lorsqu'il s'agit de s'interroger sur les évolutions possibles de la filière de production de France Télévisions, les impératifs de rentabilité et de compétitivité se substituent à toute considération sur les missions de service public :

    Il est toutefois indispensable de restaurer la compétitivité de la filière en poursuivant les efforts de gestion. (…) D'autres groupes européens ont réussi à faire de leurs moyens de fabrication interne un avantage concurrentiel, comme le montre l'exemple de la BBC. Mais cela suppose une meilleure adaptation aux contraintes économiques et une flexibilité accrue, propres à assurer la viabilité de la filière dans le long terme. C'est cette approche que l'État actionnaire est prêt à soutenir pour le prochain mandat.

    Le paragraphe qui suit et qui vise à résumer la philosophie devant guider « l'enjeu de transformation » (sic) du groupe public pourrait s'appliquer à toute entreprise privée, quelle que soit le domaine de production, et figurer dans n'importe quel bréviaire du petit réformateur libéral :

    Une entreprise plus agile et plus efficiente

    France Télévisions doit œuvrer à la gestion la plus efficiente possible de ses moyens, qui conditionne le bon emploi de la ressource publique qui lui est accordée. Cet objectif ne pourra être atteint qu'au moyen d'une évolution vers un fonctionnement plus réactif et plus agile, supposant un allègement des contraintes externes et internes qui pèsent sur le groupe. (…) Sur le plan du fonctionnement interne, la gestion des effectifs et du temps de travail, particulièrement au sein des réseaux régionaux, des fonctions support et des équipes de production et de fabrication, doit gagner en souplesse et en capacité d'adaptation. France Télévisions doit saisir l'occasion des départs à la retraite prévus dans les prochaines années pour retrouver une capacité de redéploiement interne et améliorer sa productivité.

    Quant à la conclusion du rapport, on peut se demander si Marc Schwartz ne s'est pas adonné aux joies de l'écriture automatique pour la rédiger, tant elle est convenue et stéréotypée :

    France Télévisions en 2020 ? Une entreprise agile, performante, réactive, autonome ; une entreprise fière d'elle-même, qui a réussi à libérer les énergies et les talents de ses équipes ; une collectivité humaine qui a retrouvé confiance en elle et reconquis le chemin de l'ambition.

    (…) Le secteur des médias est en mutation rapide, les ressources publiques demeurent contraintes, et le modèle économique des diffuseurs est confronté à un risque d'affaiblissement structurel, en raison de l'arrivée de nouveaux concurrents et de l'organisation segmentée du marché, qui freine la capacité des acteurs à se positionner au mieux au sein d'une chaîne de valeur transformée par l'ouverture des marchés.

    France Télévisions devra rapidement tracer un chemin qui lui permette de retrouver de l'agilité et reprendre le contrôle de son destin, afin de compter en 2020 parmi les leaders européens du secteur et redresser durablement sa situation financière.

    ***

    Après la lecture du programme du Président nouvellement élu (et du rapport remis en 2015 par celui qui a coordonné son projet pour les médias), si on peut être certain que ne sera pas mis un coup d'arrêt à l'appétence des oligarques pour les entreprises médiatiques, il est bien difficile de dire précisément à quelle sauce France Télévisions sera mangée durant ce quinquennat… Mais il y a tout lieu de redouter que son périmètre se réduise et que son maigre financement stagne. La vigilance s'impose d'ores et déjà. Et la mobilisation s'imposera sans doute bientôt si les recommandations figurant dans le rapport Schwartz sont mises en œuvre. Pour que le secteur public de l'audiovisuel ait quelque chance de devenir vraiment un service public, c'est une voie complètement opposée qu'il conviendrait d'emprunter : élargir le périmètre, renforcer le financement et démocratiser le tout, comme nous le proposons [2].

    Blaise Magnin


    [1] Dans l'émission « L'instant M » du 16 mars sur France Inter, Corinne Erhel, l'une des porte-paroles d'Emmanuel Macon, formulait ainsi la proposition : « Un nouveau statut aux sociétés de presse via une fondation. »

  • « Déséquilibrer le réseau France Bleu, c'est le condamner à disparaître »

    18 mai — Grévistes et précaires à Radio France, , , , 107307

    Nous publions un communiqué intersyndical (CFDT, CGT, SNFORT, SNJ, SUD, UNSA) qui proteste notamment contre la décision de confier à Jean-Luc Reichmann, venu de TF1, la présentation d'un jeu diffusé sur tout le territoire, privant du même coup les antennes locales de la fabrication quotidienne de trois quarts d'heures de programme.

    Préavis de grève

    La direction de France Bleu veut imposer à la rentrée une émission nationale à l'horaire inédit de 8h45 à 9h25, de même que sur la tranche 14/16 et donner aux rédactions locales la charge des rendez-vous d'information de la demie en matinale.

    A moyens constants, après les baisses de ces dernières années, cette politique condamnera la grande majorité des locales à sacrifier les journaux du soir, des chroniques ou reportages, et/ou le web. Dans le même temps, elle dévalorise les stations et les équipes.

    En tentant de faire d'une vedette « vue à la TV » le visage de France Bleu, alors que des talents de la chaine sont remerciés en 2mn30, la direction s'apprête à répéter l'erreur déjà commise plusieurs fois.

    Nous réclamons donc :

    Le respect des particularismes de chaque locale qui est l'ADN du réseau : avec des populations, des cultures et des moyens différents, toutes ne peuvent pas avoir la même grille.

    Pour la rédaction nationale de France Bleu, les moyens et la ligne éditoriale qui correspondent à son rôle naturel de complément des 44 locales.
    Un arrêt des mesures d'économie imposées au réseau.

    Les organisations syndicales CFDT, CGT, SNFORT, SNJ, SUD, UNSA, demandent à la direction de France Bleu de :

    - Respecter l'identité du réseau : la proximité.
    - Revenir sur des décisions en contradiction totale avec les idées qui ont émergées des ateliers de grilles.
    - Cesser ses excès d'autoritarisme dont l'ensemble des personnels du réseau souffre.

    Pour cela CFDT, CGT, SNFORT, SNJ, SUD, UNSA déposent un préavis de grève
    le 18 mai 2017 de 0h00 à minuit.

    Source : site du SNJ.

  • « Comment détester Mélenchon », par quelques médiacrates

    http://www.acrimed.org/YxSvnCdgbHU
    16 mai, par Grégory Lassalle — Présidentielle 2017, , 107231

    On peut ne pas partager (ou mal connaître) les positions de Mélenchon sur Cuba ou le Venezuela : elles ne figurent pas dans le programme de « La France insoumise ». On peut s'interroger sur la place qu'il entend accorder aux discussions avec Poutine : le présenter comme un suppôt ou un allié de l'autocrate russe est une contre-vérité. On peut découvrir dans un coin du programme de « La France insoumise » une proposition de la participation à l'ALBA : rien ne contraint à la présenter comme une alliance politico-militaire. Etc. Mais quand des chiens de garde découvrent un os, ils ne le lâchent plus.

    On peut enfin ne pas être toujours convaincu par les modalités de la contestation de certains journalistes par Mélenchon, cette contestation ne relève pas, elle, de la haine que la médiacratie éprouve à son endroit, mais de l'exercice légitime d'un droit de critique : un droit de critique que ne peuvent trouver insultant que des roitelets qui se prétendent au-dessus de toute contestation. Crime parmi le crime, ne pas déférer à leurs invitations – en vérité, à leurs convocations – serait une atteinte à la liberté de la presse !

    Parfois incisifs, mais souvent complaisants à l'égard d'autres responsables politiques [1], animateurs, intervieweurs et commentateurs ne se privent pas d'être arrogants et méprisants à l'égard des candidats qu'ils jugent « petits » [2]. Et dès que l'un d'entre eux occupe une place de premier plan dans des sondages, alors ils sortent l'artillerie lourde [3].

    Voici un échantillon d'interrogatoires à verser au dossier de l'esprit de caste.

    Grégory Lassalle (journaliste)


    [1] Sur l'art délicat de l'interview, voir le n° 21 de notre magazine Médiacritique(s), ou encore notre opulente rubrique consacrée aux entretiens audiovisuels.

    [2] Ce mépris pour les candidats prétendument "petits" est si récurrent qu'il semble être devenu une figure imposée du journalisme politique en période d'élection présidentielle, ainsi que nous le dénoncions en 2007, en 2012, ou encore cette année.

  • Le Monde d'Arnaud Leparmentier macronise la démocratie

    15 mai, par Henri Maler — Présidentielle 2017, , , , 107200

    Dans un article précédent – « Avant le premier tour, Le Monde n'aurait pas roulé pour Macron ? La complainte du médiateur » –, nous avions mis en évidence les contorsions du médiateur du Monde mobilisé pour nier l'évidence : Le Monde, comme c'est parfaitement son droit, a soutenu la candidature d'Emmanuel Macron. Liberté d'opinion, oui ! Tromperie sur la marchandise, non !

    Emmanuel Macron est désormais Président de la République ! Personne ne songe à le contester. Mais de là à faire assaut de légitimisme, il y a plus qu'un pas : un fossé. Légitimisme ? C'est-à-dire le soutien inconditionnel au pouvoir en place au nom de sa légitimité électorale. Le Monde est un quotidien légitimiste : c'est parfaitement son droit. Mais il ne fait aucun doute que le légitimisme ne fait pas bon ménage avec le journalisme. Comme on va le voir…

    Emmanuel Macron a été élu avec une majorité des suffrages exprimés : personne ne songe à le contester. Peut-on pour autant célébrer cette victoire électorale comme un « triomphe » que même Emmanuel Macron et ses partisans ne revendiquent pas ? Le Monde, plus enthousiaste que les plus enthousiastes, l'affiche à la « Une » du quotidien daté du 8 mai 2017

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    Un titre de parti-pris ? Pourquoi pas ? En vérité, un slogan de propagande post-électorale présenté comme une information. Mais que nul ne s'avise à mettre en doute, ou même à discuter cette prétendue information.

    Arnaud Leparmentier vitupère

    Françoise Degois, une journaliste qui, comme elle dit elle-même, fut « Conseillère spéciale de Ségolène Royal dans une autre vie » ose (en s'appuyant sur un sondage d'opinion sans doute discutable comme ils le sont tous) mettre en question les ressorts, forcément multiples (et parfois contradictoires), dont dépend le sens politique du vote en faveur d'Emmanuel Macron :

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    Aussitôt, un cerbère du Monde, en l'occurrence son directeur éditorial, aboie :

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    En guise de réponse, le journaliste sourcilleux a corrigé l'erreur d'attribution, mais c'est pour mieux montrer ses crocs. On vous les montre à nouveau :

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    Un mensonge, doublé d'une insulte, confortée par une bêtise : cela fait beaucoup en si peu de signes. Un mensonge : personne ne dénie la victoire électorale. Une insulte : quiconque s'interroge sur son sens n'est pas un « pseudo démocrate ». Et une bêtise : il faut être obtus comme un directeur éditorial du Monde pour affirmer que le peuple n'existe qu'à travers sa représentation électorale, ou feindre d'ignorer qu'un même candidat peut agréger des votes motivés par des logiques foncièrement différentes, voire opposées. Et ce n'est pas fini…

    Nouveau tweet, nouvel aboiement contre un twitteur qui ose, lui aussi, mettre en question, non le résultat final, mais le sens du vote :

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    Et en guise d'apothéose démocratique, un tweet plus tard :

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    Une rage de « pseudo-démocrate », à n'en pas douter, qui prétend effacer des tablettes de l'histoire électorale, un résultat qui n'a pas eu ses faveurs. Légitimiste, jusqu'au bout, puisque, comme n'importe quel journaliste le sait, ce résultat a été effacé par le Traité de Lisbonne. Malheur à qui oserait prétendre que les vingt et quelque millions d'électeurs ayant glissé un bulletin Macron dans l'urne n'étaient pas tous convaincus par son projet européen qui, il est vrai, entérine le Traité.

    Qu'un nouveau « tweetos » – un peu excédé, visiblement – avance un nouvel argument, et les jappements, toujours plus furieux, reprennent de plus belle. Vous contestez le tweet précédent d'Arnaud Leparmentier ? « Vous êtes totalitaire » : un émule d'Hitler et de Staline en quelque sorte ?

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    Le point Godwin [1] atteint en trois tweets ! Voilà qui en dit long sur la capacité du directeur éditorial du Monde à échanger des arguments rationnels et à affronter la contradiction …

    Qu'Arnaud Leparmentier, en journaliste ouvertement dépendant, se rêve en partenaire d'Emmanuel Macron et se comporte comme un « fan » enamouré est pour moins troublant ! Peut-être espère-t-il que son zèle lui vaudra une séance photo avec le nouveau locataire de l'Elysée, pour que le cliché vienne compléter celui qui figure sur son compte twitter et sur lequel il s'exhibe (voir en annexe) en compagnie d'Angela Merkel

    Quant à savoir si son acharnement outrancier de polémiste atrabilaire est conforme au rôle d'un des directeurs éditoriaux du Monde, nous laisserons au directeur du Monde, Jérôme Fénoglio, le soin de l'évaluer. Nous lui laissons le dernier mot.

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    L'éditorialiste du Monde surenchérit

    Moins de deux jours après son accès de rage prétendument démocratique, le twitteur Leparmentier a été relayé par un rédacteur d'éditorial. S'agit-il du même personnage ? Nous l'ignorons. Le style a changé, mais pas le fond. Habituellement un éditorial du Monde est plus solennel qu'un sermon dominical. Solennel et souvent perfide, comme celui que Le Monde a mis en ligne le 10 mai 2017.

    Son titre est suggestif : « L'étrange procès en légitimité fait à Emmanuel Macron ». Sa présentation prononce la sentence : « Le nouveau président serait un président minoritaire, en dépit des 66 % de suffrages qui se sont portés sur son nom. C'est un fort mauvais procès. » Sur quoi repose cette affirmation ? Sur, nous dit-on, ce « simple constat : à peine élu, voilà Emmanuel Macron récusé par certains. ». Qui est « certains » ? Nul ne le sait, mais on va le découvrir. Que disent-ils ? On l'ignore et ce ne serait pas le rôle des journalistes du Monde – rappelons que cette prose émane de journalistes ! – de le dire ! Que récusent les « certains » ? Emmanuel Macron, son élection ou son programme ? Peu importe à l'éditorialiste mondain qui, légitimiste, défend son idole d'un crime (imaginaire) de lèse-majesté.

    En quoi consisterait donc l'audace des « certains » ? En une intolérable atteinte à la démocratie macronisée. Pensez-donc : Macron « n'a pas encore pris ses fonctions et voilà sa légitimité mise en doute ».

    « Légitimité » : le mot est fort, mais le mot est flou. Le Monde, dans cet édito, n'entend rien d'autre que la régularité et le résultat du scrutin. C'est indiscutable : Macron a bien obtenu la majorité des suffrages exprimés... et, à ce que l'on sache, personne ne le conteste. Mais Le Monde « sait » visiblement bien des choses, quitte à les inventer.

    C'est d'abord le fait même que certains critiquent les projets politiques macroniens qui semble insupportable au Monde : « L'on ne sait rien de son gouvernement, pas même s'il aura une majorité à l'Assemblée et voilà, déjà, ses projets condamnés. » À tort ou à raison pourtant, ses projets et non son élection, ont « déjà » été condamnés par « certains ». Ont-ils raison ? Ont-ils tort ? Cela se discute après l'élection comme avant – même si pour l'éditorialiste du Monde, cela ne semble guère discutable. « Les faits sont sacrés, dit-on, les commentaires sont libres ». Mais que valent des commentaires quand, comme la suite le confirme, ils reposent sur une falsification ?

    Vient alors la mention des « certains » qui ont osé : « Notamment par les procureurs de La France insoumise et les sans-culottes autoproclamés qui n'ont pas attendu 24 heures pour descendre dans la rue et décréter la “ guerre sociale”. » Les procureurs du Monde macronisé, en professionnels de la détestation politique et du mépris social, ont choisi leurs cibles. C'est leur droit, mais cela ne leur donne pas tous les droits, à commencer par celui de désinformer : de tailler sur mesure – à la mesure de leur démesure – les arguments de ses adversaires qui, voyez-vous, se borneraient à affirmer que Macron « serait un président minoritaire, en dépit des 66 % de suffrages qui se sont portés sur son nom ».

    Et la machine à calculer du Monde qui sert de cerveau à l'éditorialiste anonyme établit ce que toutes les machines à calculer ont déjà établi : qu'Emmanuel Macron « n'a recueilli le soutien que de 43,6 % des électeurs inscrits ». Et Le Monde d'affirmer que c'est pour cela et seulement pour cela que l'élection de Macron serait contestée [2].

    La sentence, impitoyable, s'abat alors sur les « certains » : « […] l'on ne saurait, sans danger, contester le principe même de l'élection : le président de la République est celui des candidats qui a obtenu la majorité des suffrages exprimés. » Peu importe si les « certains » dont il est question ne contestent pas « le principe même de l'élection » : s'interroger sur le sens des résultats serait un déni de démocratie !

    « L'outrance pourrait prêter à sourire si cette intolérance ne témoignait d'un fâcheux déni des règles de la démocratie » : c'est Le Monde qui l'affirme, fort de sa propre outrance, qui l'autorise à omettre que parmi les règles de la démocratie figure le droit de manifester et de s'opposer aux projets du président élu. Fâcheux déni, par Le Monde, des règles de la démocratie… et du journalisme.

    Or c'est bien ce droit d'opposition que Le Monde, dont l'imaginaire argumentatif défie la plus élémentaire déontologie, conteste ou propose de différer : « Il sera bien temps pour ses adversaires de combattre Emmanuel Macron sur le terrain parlementaire ou social. Qu'ils lui accordent, dans l'immédiat, non pas un état de grâce, ni même un délai de grâce, mais tout simplement le temps de s'installer, de constituer son équipe et d'engager son action. Ce serait la moindre des corrections démocratiques. »

    Garant autoproclamé de la correction démocratique, Le Monde macronisé a infligé à ses lecteurs, non une leçon de journalisme, mais un cours de maintien.

    Henri Maler (avec Blaise Magnin)


    Annexe : Môa et Angela Merkel

    Décoration d'un compte Twitter...

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    [1] La loi de Godwin est une règle empirique énoncée 1990 par Mike Godwin, qui prédit que : « Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s'approche de 100 %. »

    [2] On notera au passage que, pour Le Monde, toutes les oppositions se valent et que la volonté de faire barrage au Front national a le même sens que n'importe quelle autre « tactique » électorale : « Ce n'est pas tout, ajoutent les sceptiques. Quelques 40 % des électeurs qui ont voté Macron l'ont fait, disent-ils, pour faire barrage à la candidate du Front national. La belle affaire ! Comme si la victoire de François Mitterrand en 1981 ne résultait pas, pour une bonne part, du rejet de Valéry Giscard d'Estaing. Et tout autant celle de François Hollande face à Nicolas Sarkozy en 2012. »

  • 20 mai 2017 : Journée de la Critique des Médias organisée par Acrimed-Rennes

    11 mai, par Acrimed — Débats et initiatives : nos agendas, 107158

    Le groupe rennais d'Acrimed vous invite à sa troisième Journée de Critique des Médias le samedi 20 mai 2017.

    Depuis un siècle, les Rennais et les Rennaises lisent et apprécient Ouest-France. Toutes et tous ? Non, depuis presque quatre ans, un petit groupe d'irréductibles qui ne l'apprécient guère ne laissent rien passer au journal de Louis Echelard (ayant remplacé depuis peu François Régis Hutin).

    Quatre ans, ça se fête ! Et c'est pourquoi l'antenne rennaise d'Acrimed vous convie au centre social Carrefour 18 (7 rue d'Espagne, 35200 Rennes) de 13h30 à 20h30 le samedi 20 mai.

    Ce sera l'occasion de discuter médiatisation des mouvements sociaux, sexisme médiatique, médias africains et locaux, fake news mais aussi, actualité oblige, de la présidentielle et des dérives qu'elle engendre.

    Pour votre plaisir, voici le programme détaillé de l'après-midi :

    "-" 13h30 à 15h00 - Accueil, présentation de l'association.
    Intervention de Denis Souchon : « De la réforme des régimes sociaux (1995) au mouvement contre la Loi Travail (2016), retour sur vingt ans de médiatisation des mouvements sociaux »

    "-" 15h30 à 16h30 - Trois ateliers au choix : L'usage des sondages ; Le traitement des « petits » candidats contre les « grands » ; Personnalisation plutôt que programmes.

    "-" 16h45-17h45 - Nouveau choix d'ateliers : Sexisme médiatique ; « Qui nous sauvera des Fake News ? » ; Médias africains (avec notamment Makaïla Nguebla, blogueur Tchadien).

    "-" 18h00 - Table ronde : Parcours croisés de médias locaux.

    Le tout sera agrémenté d'expositions : des dessins du caricaturiste rennais Pierre Ramine, un jeu autour des patrons de presse et en exclusivité un super « éditocratoquizz ».

    Et pour tenir toute l'après-midi, restauration et buvette seront bien évidemment de la partie.

    Pour toute info complémentaire, besoin d'hébergement, proposition de coup de main, n'hésitez pas à nous contacter : acrimedrennes

    L'évènement Facebook : https://www.facebook.com/events/1963563580596626/

  • Acrimed et Alain Finkielkraut font cause commune contre l'« ivresse du pouvoir médiatique »

    http://www.acrimed.org/JMsNh5zHhzE
    10 mai, par Acrimed — Les annonces, 107159

    Le 18 avril dernier sur France Culture, Guillaume Erner, animateur de la matinale, accueillait Alain Finkielkraut, de France Culture (mais aussi, entre autres, de l'Académie française, de Causeur, du Figaro, de BFM TV et d'I-télé), pour faire entendre les « dernières réflexions avant le vote » d'« une voix importante du champ intellectuel et culturel français ». L'occasion était trop belle pour nous de saluer le combat et l'audace du théoricien de « la défaite de la pensée ».

    Si vous aussi, comme Alain Finkielkraut, pensez que « nous vivons un grand moment d'arrogance médiatique » et qu'il faut « arrêter de toute urgence cette ivresse du pouvoir médiatique »

    Si vous aussi, comme Alain Finkielkraut, en avez assez de voir les mêmes intellectuels médiatiques monopoliser les studios de radio et les plateaux de télévision [1]

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    ainsi que les unes des grands titres de la presse…

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    Si vous aussi, comme Alain Finkielkraut, n'avez qu'un mot à dire à toute l'éditocratie réunie…

    … Alors n'attendez plus pour nous soutenir ! Car hormis notre magazine trimestriel, Médiacritique(s), et nos fabuleux produits derivés en vente dans notre fabuleuse boutique en ligne, tout est gratuit sur notre site, dans nos débats et nos manifestations publiques. Pour poursuivre notre action, nous avons donc besoin non seulement de phares de la pensée comme Alain Finkielkraut, mais aussi d'euros et… d'adhérentes et d'adhérents ! C'est à ce prix que nous pourrons continuer à intervenir pour faire de la question des médias la question politique qu'elle doit être et transformer l'ordre médiatique existant.

    Alors, si comme Alain Finkielkraut vous voulez répliquer à tous ces arrogants omniprésents, rien de plus simple : adhérez ou faites un don à Acrimed !


    [1] Nous empruntons ce montage au compte twitter de Sébastien Fontenelle consultable ici.

  • Photojournalisme : le dernier coup bas du quinquennat Hollande ? (SNJ)

    9 mai, par Acrimed — Le photojournalisme, , , , , 107160

    Nous publions ci-dessous un communiqué du SNJ. (Acrimed)

    60 euros la pige : l'une des dernières décisions du gouvernement Cazeneuve aura été de fixer par décret la rémunération minimum des photographes et dessinateurs pigistes. Ce décret est paru au Journal officiel ce dimanche 7 mai 2017. 60 euros la commande pour « un temps minimum d'exécution » de cinq heures. Un tel salaire ne permettra pas aux photographes rémunérés à la pige de vivre décemment. Il ne leur permettra pas non plus de renouveler leur matériel. Les statistiques de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP) font état d'une diminution continue et régulière du nombre de photoreporters pigistes. L'objectif de l'État est-il de parvenir à une extinction complète de ces témoins historiques de notre quotidien ?

    Ce décret était attendu depuis 2011 : six années pour aboutir à un texte de régression ! La parution du barème fait entrer les œuvres des photographes et dessinateurs pigistes dans le champ des accords collectifs sur les droits d'auteurs : les repasses, fréquemment payées demi-tarif aujourd'hui en application d'un usage ancien, pourraient demain n'être rémunérées qu'une poignées d'euros. Une nouvelle baisse de revenu en perspective pour les photographes !

    Ainsi le quinquennat Hollande, caractérisé par des promesses non tenues en ce qui concerne les conditions nécessaires demandées par les journalistes pour garantir une information de qualité, s'est-il achevé, pour les photoreporters, comme l'avaient écrit les organisations de journalistes et les sociétés d'auteurs lors de la dernière édition du festival Visa pour l'image dans leur manifeste : « Cinq ans, trois ministres [de la Culture], zéro mesure ».

    Le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, déplore que le gouvernement ait cédé aux organisations patronales, qui non seulement avaient refusé la négociation d'un barème dans leurs branches respectives, mais ont osé prétendre qu'un tel barème allait les étrangler. Le SNJ appelle la profession à se mobiliser pour obtenir, dans toutes les formes de presse, des barèmes de piges dignes de ce nom.

    Paris, le 8 mai 2017

    Source : site du SNJ

    Sur le même sujet, Acrimed signale :

    "-" L'étude de la Scam « Photojournaliste : une profession sacrifiée » parue en 2015.
    "-" Le manifeste « 5 ans, 3 ministres de la Culture, 0 mesure » lancé en 2016 par La Scam, la SAIF, le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-journalistes et l'UPP.
    "-" Notre rubrique consacrée au photojournalisme.

  • Le spectacle des préparatifs du grand débat : coulisses, décor et température

    http://www.acrimed.org/jzeQhzl2qJo
    8 mai, par Pauline Perrenot, Vincent Bollenot — Présidentielle 2017, , , , 107137

    Deux moments médiatiques méritent, selon nombre de commentateurs, de devenir mémorables. Un moment majeur dont on ne dira rien ici : le débat entre les deux candidats restant en concurrence, organisé par TF1 et France 2 le mercredi 3 mai, à quatre jours du second tour de l'élection présidentielle. Et un moment mineur : la mise en scène des préparatifs de ce débat. Le premier devait offrir une belle occasion, selon les termes de Nathalie Saint Cricq, l'une des deux journalistes chargés d'animer la soirée, de proposer un débat de fond au-delà des foires d'empoigne, de présenter des confrontations « pas simplement sur des histoires de personnalités, mais sur aussi des dossiers ». Mais la préparation du « choc politique » sur le fond permit à de nombreux médias de fabriquer par avance un choc médiatique entre deux personnalités, à coups de reportages se disputant l'information la plus vide.

    Des enjeux politiques de la température

    L'« avant-débat », comme il est convenu de l'appeler, fut l'occasion de spéculations de diverse nature et de pronostics plus ou moins hasardeux. Avant de toucher le « fond », il fut surtout question de « forme », et, dès le matin, divers médias révélèrent toute l'arrière-cuisine de la mise en scène du débat à venir. Ces « informations » ont concerné en premier lieu le plateau de télévision où devaient se dérouler les échanges. Toute la journée, France Info a diffusé en boucle une interview de Céline Asselot, « allée dans les coulisses de l'émission » pour récolter des informations essentielles, répondant à des questions non moins pertinentes de Célyne Baÿt-Darcourt :


    - D'abord le décor : à quoi va-t-il ressembler ?
    - Alors c'est un décor plutôt épuré, aux tons champagne, hein, couleurs choisies parce que c'est à la fois doux et solennel, voilà « solennel » c'est ce qu'on nous a expliqué hier ; en toile de fond, une grande photo de l'Élysée sans doute pour se mettre dans l'ambiance…
    - Floue paraît-il non ?
    - Oui, absolument pour qu'on… pour que voilà, ça ne perturbe pas non plus les deux candidats. Et puis au centre du plateau, une table de deux mètres cinquante et des fauteuils, face à face, comme d'habitude finalement, les chaines auraient bien aimé innover un petit peu cette année et ont proposé d'ailleurs des pupitres à l'américaine, comme ça c'est fait pendant les débats avant le premier tour, mais les candidats préféraient un peu plus de confort.

    La question de l'assise des candidats semblant essentielle à l'avenir du pays, la journaliste insiste sur la qualité des fauteuils avant d'embrayer sur un autre enjeu capital pour le libre-choix politique des auditeurs et auditrices : la température sur le plateau.


    - Voilà des fauteuils donc c'est vrai que c'est plus confortable, quant à la température du studio, vous savez que c'est presque toujours un détail important, [elle] a été fixée à dix-neuf degrés, histoire de ne pas risquer d'avoir trop chaud sous l'œil des quatorze caméras du studio.
    - Et de ne pas avoir de goutte, hein…
    - Ah, ce serait dommage…
    - … qui perle sur le front, c'est pas très joli.

    Et c'est ainsi que la goutte de sueur est devenue un cliché repris par plusieurs émissions politiques, comme par exemple sur France Inter, où l'on a appris à 13 heures 10 que les candidats « préfèrent être assis, [et que] la température du studio [est un] élément clé si l'on veut éviter la pas très esthétique goutte de sueur ». Dans de nombreux médias, cette information capitale a déclenché commentaires et micro-reportages, tout aussi capitaux :

    - Ouest France présente ainsi un historique des thermomètres présidentiels : « la température du studio : en 2007, Nicolas Sarkozy voulait 19 °C, parce qu'il a tendance à transpirer, et Ségolène Royal, 21° ; ils ont transigé à 20°. »

    - Europe 1 insiste sur l'importance de l'information : « une température – c'est important – aux alentours de 19 degrés, pour éviter tout risque de transpiration ».

    - Après les émissions de France Info, le site reprend ce « détail » : « Autre détail : la température sur le plateau. Elle sera de 19-20°C pour éviter que les candidats ne transpirent trop. Par ailleurs, il n'y aura pas de public sur place. »

    Chaque média ajoute ainsi son grain de sel à la « tension » de l'événement, des traditionnels « reportages » devant les QG des candidats à la revue des méthodes employées par ces derniers pour se mettre « dans le bain ».

    Ainsi de Sud-Ouest :

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    … ou encore de 20minutes :

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    Dans un article publié sur le site de RTL, scrutant avec attention les « les derniers détails techniques du match Macron-Le Pen », le lecteur a été quant à lui gratifié d'un encart spécial lui délivrant « les 8 éléments à connaître » avant le débat. Huit éléments tout à fait politiques :

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    Fidèle à sa mission de service public, France Inter est allé jusqu'à interroger le réalisateur de l'émission pour entendre ses précieux éclairages sur la climatisation et le décorum :

    Tristan Carné est le réalisateur de l'émission de ce soir : « La température des plateaux n'est plus tellement un problème dans la mesure où on a des clims qui sont beaucoup plus performantes qu'avant, les lumières aussi ont beaucoup progressé, donc ont est aux alentours de dix-neuf, vingt degrés mais c'est pas un travail insurmontable aujourd'hui, là où ça l'était peut-être plus en tous cas davantage il y a quelques années quand les systèmes de lumière et de climatisation étaient moins performants. » Quant au décor, il ressemble beaucoup à celui de 2012 : couleur champagne avec une photo de l'Élysée au fond du plateau. Un décor sobre, accueillant, on a envie de dire apaisant qui servira d'écrin à un débat qui s'annonce tout sauf apaisé.

    Sur l'antenne de RTL, Yves Calvi a consacré la pastille quotidienne « 3 minutes pour comprendre » [1] à l'interview du même réalisateur. La série de questions qu'il pose à Tristan Carné, ne laisse aucun doute quant à l' « expertise » qu'il prétend nous apporter : « l 'état d'esprit » du réalisateur, son possible « trac », l'heure à laquelle il apprendra l'autorisation ou non des plans de coupe, l'interdiction ou non des téléphones portables, la tenue ou non de pauses au cours du débat. Rien n'a été laissé de côté, pas même cette interrogation profonde que nous peinons à transcrire dans son intégralité : « Ils seront assis ? »

    Le champ de « l'expertise » semblait saturé. Mais le service public et ses reporters dépêchés sur le terrain entendirent bien prouver le contraire : animant le pré-débat sur France 2, et visiblement chagrin d'avoir été remplacé dans le rôle de l'animateur-vedette à cette occasion, David Pujadas prit sa revanche, pas peu fier d'annoncer la présence sur place d'une des journalistes de la chaine, « dans la coulisse, juste avant que la zone soit bouclée ». S'en suivit, en trois actes, le thriller de Maryse Burgot :

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    Nous croyions avoir touché le fond. C'était sans compter sur Gala, désireux de nous livrer une expertise de son cru. Le magazine a consacré un article aux secrets de communication du parti d'extrême-droite, un parti dont la « normalisation » passe aussi de toute évidence par la question... du maquillage. Extraits :

    Connue pour son visage et ses expressions rudes, la candidate du Front National cherche à se radoucir. […] Marine Le Pen s'est entourée d'une conseillère en communication pour tenter de gagner des voix. Réputée dure et agressive, elle a radicalement transformé son look, d'abord vestimentaire mais aussi côté beauté. Si ses gestes et son attitude face à Emmanuel Macron ont été ultra offensifs et très masculins, son make-up tente de raconter une toute autre histoire. Ses paroles et ses répliques sont dures, en total contraste avec ses lèvres très fines qui se voient à peine. Au lieu de sur-jouer avec un rouge très fort, elle calme le jeu subtilement avec un rouge à lèvre rosé en parfait raccord avec ses yeux pour donner un maximum d'harmonie à son visage. Histoire de dire qu'elle prend soin d'elle mais refuse d'en faire trop.

    Indispensable.

    « Un plan de coupe, ça peut être meurtrier »

    S'il n'a pas été question, avant le débat, d'analyser les programmes et les coupes budgétaires proposées par les candidats, les médias ont consacré beaucoup de temps à commenter une autre forme de coupe : les « plans de coupe » (à savoir filmer un candidat pendant que son adversaire parle pour observer ses réactions). Cela paraît anodin ? Cette grande première a suscité pourtant une avalanche des commentaires, à commencer dans les deux émissions précédemment évoquées :

    "-" Sur France Info :


    - Finalement les plans de coupe vont être autorisés pendant ce débat.
    - Oui ce qui veut dire qu'on pourra voir à l'écran un candidat pendant que l'autre parle, on pourra voir par exemple un des participants en train de sourire, de faire non de la tête, ou encore de lire ses notes, ça parait anodin, ça l'est pas du tout hein : depuis 1981 les finalistes à la présidentielle avaient toujours refusé ces fameux plans de coupe, ils les jugeaient trop risqués, mais les chaines ont beaucoup insisté cette année parce que ça permet un débat plus dynamique, plus riche pour les téléspectateurs, alors les discussions ont été très longues, hein Marine le Pen était particulièrement réticente, et puis finalement en fin de matinée les candidats sont tombés d'accord : oui aux plans de coupe, mais de manière modérée, donc ce ne sera pas non plus heu… virevoltant hein.
    - Oui. Mais on sait pas combien ? « Modéré » on ne sait pas ce que ça veut dire…
    - Non, non, non.

    "-" Sur France Inter :


    - Alors il y avait une ultime réunion de calage ce matin au CSA entre les équipes d'Emmanuel Macron et de Marine le Pen, et après de longues et âpres discussions les deux partis sont tombés d'accord sur un usage modéré des plans de coupe, il y en aura donc quelques-uns et c'est une première depuis 1981, Michel Field, le directeur de l'information à France Télévision : « Je dois dire que l'un et l'autre ont été un peu refroidis par le débat à 11 sur BFM à cause de l'usage qu'ils ont jugé l'un et l'autre un peu intempestif et d'ailleurs pas seulement sur leur candidat leur champion respectif, mais sur d'autres aussi. Et je pense que là, comme les plans de coupe, ça fait toujours peur… un plan de coupe ça peut être meurtrier ! » Et notamment si l'on est surpris en train de regarder ses fiches voire son portable comme François Fillon lors du débat à 11 le 20 mars dernier…

    Sur les sites internet des grands médias, chacun y va de son petit commentaire, voire de son frétillant pronostic [2] :

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    Sur BFM...

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    Au Parisien...

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    Au Monde...

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    À Télérama...

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    Sur RTL...

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    Sur France Info...

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    Au Figaro...

    Face à un tel événement, on se rassurera le lendemain à la lecture du Huffington Post :

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    Où l'on apprend que « ces images tant redoutées [...] ont surtout montré des postures et des gestes plutôt maîtrisés ». Misère…

    Échauffements éditoriaux avant le match

    Après le premier débat entre les cinq candidats à la présidentielle, nous avions qualifié en ces termes sa couverture médiatique : « La cause est entendue : une élection est une compétition, une "compétition électorale", précisément. Et un débat qui met aux prises les candidats, est, selon le mot cent fois entendu, un "match". Et la tradition sportive veut qu'un tel "match" mobilise son lot de commentaires… et de commentateurs. » Le débat du 3 mai ne fit nullement exception, et des « experts » en tout genre firent de nouveau leur apparition afin de gloser – sportivement – sur les postures et les stratégies en présence. Les auditeurs de France Info ont ainsi eu droit à une partie de tennis, à moins que ce ne fut un match de boxe. Célyne Bayt-Darcourt a invité un « docteur en sciences politiques » (à moins que ce ne soit un communiquant) pour trancher :


    - [Les candidats] ont-ils raison de consacrer cette journée à la préparation de ce duel ? La réponse de Jean-Christophe Gallien [3]
    - Ben je crois que c'est essentiel, c'est un peu comme leur finale de Roland Garros à chacun d'entre eux, et puis c'est leur première en plus, donc c'est une préparation sportive de haut niveau, on s'y prépare…
    - Comme à un combat ?
    - Exactement, je crois que c'est même presque plus un combat de boxe effectivement, c'est une mauvaise image Roland Garros parce que c'est presque un peu trop gentil, la seule vérité c'est qu'on a un filet entre soi mais c'est vrai que c'est un peu ça.

    La métaphore est filée pendant tout l'entretien :

    - « Il faut attaquer ou alors il faut rester en fond de court pour prendre une image tennistique (sic) ? »
    - « Moi, j'crois qu'il faut prendre le contrôle du rythme, et très vite, c'est à dire les dix premières minutes sont essentielles, […], enfin voilà, on est dans ce jeu là : monter au filet oui de temps en temps, et rester en fond de court de temps en temps. »

    Il faut dire que cette « image tennistique » n'est pas l'apanage de France Info [4], puisque quelques minutes avant le match, LCP Public Sénat a proposé un plateau de prestigieux commentateurs discutant dans les mêmes termes. Anne-Sophie Beauvais, directrice de « Science Po alumni » expliqua ainsi :

    - « La personnalité est aussi une question importante dans ces débats, parce que c'est ça qu'on découvre […] Ce qu'on répète beaucoup quand même c'est que celui qui est en tête, c'est de prendre peu de risques, et d'essayer d'être… heu, non pas le plus lisse, mais dans tous les cas – vous faisiez des comparaisons sportives – c'est peut-être pas lui qui va monter tout de suite au filet. »
    - « Il joue à l'italienne, si on veut faire une métaphore sportive, footballistique. Il joue en défense. »
    - « Voilà. […] Nicolas Sarkozy face à Ségolène Royal, les conseils qui lui étaient donnés à l'époque, c'était de rester finalement presque un peu en fond de court. »

    Toute la journée durant, la presse est ainsi devenue le théâtre de la parole professorale et professionnelle... Ouest France interviewe le gratin de l'expertise politique, incarné par Philippe Moreau Chevrolet, président de MCBG Conseil, une « agence de communication spécialisée dans la communication personnelle des dirigeants » comme le stipule sa biographie en ligne. Et que nous a appris cet ancien journaliste ? Que « la campagne [allait] redonner "un peu de poids politique" au rendez-vous cathodique du soir. » Diantre ! C'est dire si ses analyses des enjeux du débat pèsent lourd : Macron devra « montrer qu'il est non seulement capable de dominer Marine Le Pen, une véritable bête politique, mais aussi capable de diriger le pays avec une ligne claire ». Quant à Marine Le Pen, « elle adoptera sûrement "un caractère maternant avec Macron. C'est-à-dire ne pas le prendre complètement au sérieux, le prendre de haut, l'infantiliser." » [5]

    Paroles, paroles, paroles…

    Les débats pré-débat se sont également focalisés sur les échanges de « petites phrases » ayant marqué la campagne… voire l'histoire de la Cinquième République. Du « monopole du cœur » à « l'homme du passif », on ne compte pas le nombre de médias ayant ainsi déterré les « phrases choc » des précédents débats pour la présidentielle, à l'instar du Parisien :

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    Pour d'autres, trop impatients, le débat qui s'annonçait a été l'occasion de commenter une nouvelle fois les débats... déjà passés ! C'est ainsi que les ondes de France Info ont rembobiné la campagne de 2017, en expliquant « la genèse et la montée en puissance de ce duel Macron-Le Pen », et en revenant sur les moments chocs de leur affrontement [6].

    Enfin, derniers temps d'antenne avant la tempête, les JT de 20h des différentes chaines ont consacré l'intégralité de leur programmation au débat qui ne s'était pas encore tenu, sans une once de fond politique. Nous nous contenterons ici de l'exemple de TF1, très informé sur les préparatifs des uns, les notes des autres, l'état d'esprit de Brigitte Macron (« Très bonne (sic). Pour moi, [Emmanuel Macron] a la force d'une évidence. Au revoir. »), et riche en micros-trottoirs cherchant à prendre le pouls traditionnel des Français. Sur les 35 minutes de journal, TF1 a ainsi consacré 29 minutes aux aspects techniques et aux préparatifs du débat, 3 minutes seulement aux programmes et 2 minutes... à d'autres informations, séquence sobrement annoncée, dans le rappel des titres, comme... « Le reste des informations » !

    L'absence d'informations sur le fond révèle essentiellement la focale médiatique qui, aux explications sur les programmes, tend à privilégier les échanges violents et personnels, mettant en scène un duel entre des protagonistes prétendument charismatiques et non entre des programmes politiques ayant des incidences concrètes. C'est notamment ce mécanisme qui explique en partie, comme nous l'avons déjà souligné, la normalisation du Front national, résumé aux bons ou gros mots et aux apparences physiques de ses leaders qui paraissent « présidentiables ».

    ***

    Même si – preuve qu'un autre journalisme est possible – des articles de qualité et des émissions de belle facture auront parfois apporté du contenu important, les élections présidentielles 2017 auront été particulièrement marquées [7] par la peopolisation des candidats, à grand renfort de « métaphores » sportives masquant mal l'incapacité généralisée, en particulier sur les plateaux télé « pré » et « post » débats, à discuter des programmes, des enjeux stratégiques, des aspirations des militants ou des citoyens. Ce type de métaphores, qui aident des animateurs en manque de temps pour éplucher « les dossiers » (puisqu'ils déploient de grands efforts pour connaître avec précision la qualité de la climatisation, du gazon ou de la terre battue) contribue à la longue à dépolitiser des enjeux politiques réduits à des confrontations épiques, et ainsi rendre équivalents toutes les options et invisibles les conséquences potentielles des choix électoraux.

    Et le débat d'après le débat, notamment sur BFM-TV, fut conforme à tout ce qu'on pouvait en attendre. On releva qu'il ne fut pas digne de la fonction présidentielle : qu'il ne fut pas « à la hauteur » ! Les préparatifs médiatiques du débat, eux, avaient atteint des sommets !

    Vincent Bollenot et Pauline Perrenot grâce aux observations de Bruno Dastillung et Kahina Seghir, et à la vidéo de Florent Michaux.

    _________________
    Annexe

    France Info, 3 mai 2017.

    - Émilie Gauterot, expliquez-nous la genèse et la montée en puissance de ce duel Macron Le Pen…
    - Affrontement en filigrane, à la marge d'abord, dans un avant premier tour à onze, Marine Le Pen répartit les attaques, s'en prend d'ailleurs surtout au départ à François Fillon. Emmanuel Macron se veut courtois, bienveillant, ne tire jamais le premier, ne réagit qu'en riposte comme lors du débat à cinq du 20 mars, sur la question du burkini : [Extrait du débat à cinq]. Lors de ce premier débat, Marine Le Pen évoque aussi sans le nommer son adversaire, formé dans les grandes écoles de la République, fonctionnaire puis banquier, puis re-politique, Emmanuel Macron l'interrompt et lâche dans un sourire : « Ah ça je crois que c'est pour moi, vous vous ennuieriez sans moi ». Nouvelle passe d'armes directe lors du débat à onze, on est le 4 avril, Emmanuel Macron cible Marine Le Pen lorsqu'il évoque l'Europe : [Extrait du débat à cinq]. Marine Le Pen identifiée à son père, ce sera dès lors l'un des axes du candidat d'En Marche, sur les questions internationales ; Marine Le Pen lancera, elle, lors de ce débat : « Emmanuel Macron a un talent incroyable, en sept minutes, il a trouvé le moyen de ne rien dire ».
    - Attaques plutôt limitées quand même avant le premier tour, ça c'est nettement durci depuis.
    - Premier temps : mercredi dernier à Amiens, affrontements à distance en visitant les salariés de l'usine Whirlpool, visite surprise de Marine Le Pen d'abord : [Extrait d'une déclaration de Marine Le Pen]. Et Emmanuel Macron lui succède l'après midi et prévient : « Je ne lui laisserait pas un centimètre d'espace, pas une seconde de répit, pas une once d'énergie », deuxième temps avant hier premier mai, les deux candidats se rendent coup à coup par meetings interposés : [Extraits des deux meetings]. Un premier mai qui a été pour chacun l'occasion de décliner ses angles d'attaque, Marine Le Pen appelant à faire “ barrage à la finance, à l'arrogance et à l'argent roi ” », Emmanuel Macron ciblant le parti des agents du désastre et des instruments du pire. Peu de confrontations finalement depuis le départ sur le fond, sur les détails des programmes.


    [1] Cette pastille se définit ainsi sur le site de RTL : « Toute la semaine à 7h18 et à 8h15 le weekend, la rédaction de RTL vous apporte son expertise et vous éclaire sur des faits d'actualités. »

    [2] De là à dire que ces plans de coupe vont déterminer l'élection présidentielle chez ces gogos d'électeurs et d'électrices pour lesquels seuls les apparences comptent…

    [3] Celui-ci est certes docteur en sciences politiques et professeur associé à Paris 1, mais surtout directeur d'un cabinet de communication proche des milieux de pouvoir.

    [4] Notre liste est loin d'être exhaustive puisque les médias ont pratiquement tous cédé au vocabulaire sportif en guise de métaphore du débat, de la traditionnelle « passe d'armes » au match de boxe.

    [5] Comme le communicant ne suffisait pas à brasser le vent nécessaire à l'article de Ouest France, le quotidien a donné la parole à un second expert, Arnaud Mercier, professeur à l'Institut Français de la Presse : « L'enjeu, c'est le pourcentage, le rapport de force. […] Marine Le Pen va-t-elle franchir ou non la barre des 40 % ? L'indécision d'une importante part de l'électorat de François Fillon, Jean-Luc Mélenchon, un peu moins Benoît Hamon, amène une configuration nouvelle. L'attitude qu'ils vont adopter (voter ou non, blanc ou pas, voter Macron pour faire barrage) peut découler de la performance du candidat d'En Marche ! »

    [6] La transcription figure en annexe.

  • Violences policières « en marge » des manifestations : les mots pour (ne pas) le dire

    5 mai, par Maxime Friot — Mobilisations contre la « Loi Travail » (2016), , , 107075

    « Blessures, mutilations, violences, tirs dans le dos », « mise en place de dispositifs générant de fortes tensions », « usage non conforme de l'armement », « répression sans discernement », « mise en danger d'autrui », « abus de pouvoirs, humiliation, injures, menaces »… Autant de phénomènes observés et rapportés dans un « Rapport d'information sur les actions de maintien de l'ordre menées depuis le début des manifestations d'opposition à la loi sur le travail en février 2016 » publié par Reporterre et consacré aux pratiques de « maintien de l'ordre » pendant la mobilisation contre la loi Travail [1].

    Pourtant, la presse (qu'elle soit locale ou nationale) ne l'entend souvent pas de cette oreille. Les pratiques policières y sont au contraire présentées de façon récurrente comme des « réponses » – des « ripostes » – efficaces, dont les objectifs et les conséquences sont évoqués dans des formules toutes faites mais qui sont loin d'être neutres, et les avalisent [2]. Petit lexique pour temps de mobilisation, ébauché à partir d'articles de la presse locale et nationale sur la mobilisation contre la loi Travail à Rennes, sur la période mars-juin 2016.

    Les interventions policières : des réponses ?

    Sauf exception, les « forces de l'ordre » ne sauraient intervenir qu'en réaction à une menace antérieure – ou une « provocation ». Autrement dit : c'est les autres (les manifestants) qui ont commencé !

    Ainsi, les CRS se contentent le plus souvent de « répliquer » :

    « Des manifestants font le pressing près de l'ancien Gaumont. Les CRS répliquent une fois encore. » (ouest-france.fr, 31 mars 2016)

    « Des bouteilles de verre sont lancées en pleine place de la République, au milieu des passants. Les CRS répliquent rue d'Orléans. » (ouest-france.fr, 31 mars 2016)

    … ou de « répondre » :

    « Aux jets de pierre et de fumigènes, les CRS ont répondu par des tirs de flash-ball, devant des badauds médusés par le spectacle. » (20minutes.fr, 22 mars 2016)

    « En réponse, les forces de l'ordre ont chargé le cortège » (20minutes.fr, 28 avril 2016)

    À moins qu'ils ne soient contraints de « riposter » [3] :

    « Environ 300 manifestants ont défié la police qui a riposté avec des bombes lacrymogènes. » (ouest-france.fr, 17 mars 2016)

    « Aux jets de pierres, celles-ci ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogène et d'un lanceur de balles. » (letelegramme.fr, 22 mars 2016)

    Les pratiques policières : préventives et efficaces ?

    L'usage de la force et l'occupation de l'espace public ne sauraient être évoquées sans qu'on souligne leur pertinence ou leur efficacité. Autrement dit : il faut ce qu'il faut…

    … Il faut savoir dissuader :

    « Le déploiement exceptionnel de forces de l'ordre à Rennes, ce samedi, a dissuadé les casseurs de renouveler les violences commises vendredi soir. » (ouest-france.fr, 14 mai 2016)

    … empêcher :

    « Dans la soirée, de nouveaux incidents ont eu lieu place Sainte-Anne, près de la salle municipale évacuée vendredi matin, avec un groupe d'une centaine de jeunes, mais les forces de l'ordre sont parvenues à empêcher ces individus de circuler dans le centre-ville, selon la même source. » (lexpress.fr, 15 mai 2016)

    … protéger :

    « Le centre-ville historique reste donc sous la protection des barrières anti-émeutes. La vie reprend aussi ses droits et les commerçants peuvent enfin souffler. » (ouest-france.fr, 14 mai 2016)

    Et en général, les forces de l'ordre… réussissent :

    « La police a aussi réussi à interpeller un homme. » (ouest-france.fr, 17 mars 2016)

    « Ils ont chargé et ont réussi à récupérer tout le matériel. » (ouest-france.fr, 24 mars 2016)

    Les violences policières : des incidents difficiles à éviter ?

    Les manifestants victimes de violence ne sauraient trop se plaindre des désagréments subis (pour mieux s'en assurer, on évitera généralement de leur donner la parole). Désagréments dont on s'abstiendra d'interroger trop précisément les causes. Autrement dit : n'exagérons rien, et puis de toute façon on ne pouvait pas faire autrement.

    Commençons par l'euphémisme préféré des commentateurs :

    « La polémique enfle après l'intervention musclée des forces de l'ordre près de la rocade de la ville de Rennes jeudi. » (BFM TV, 3 juin 2016)

    Certes, les manifestants sont parfois « incommodés » ou « très légèrement blessés » par un tel déploiement de « muscles » :

    « De très nombreuses personnes étaient incommodées par les gaz, le cortège étant composé en grande majorité de salariés, de familles avec enfants, de retraités. » (AFP, 9 avril 2016)

    « Une lycéenne a été très légèrement blessée par un éclat de grenade lacrymogène. » (ouest-france.fr, 24 mars 2016)

    Et c'est ainsi que les manifestations sont parfois émaillées d'« incidents » – heureusement rares :

    « Un incident a particulièrement fait monter la tension dans la ville : le 28 avril, en marge d'un défilé contre la loi Travail, un étudiant en géographie de Rennes 2, âgé de 20 ans, a perdu l'usage de son œil après avoir été touché par un projectile. » (lefigaro.fr, 3 mai 2016)

    « Incident » – « petit événement fortuit et imprévisible », comme le définit le Trésor de la langue française –, voilà bien le mot approprié pour évoquer la perte d'un œil due à « un projectile » non identifié. Du reste, on n'oublie généralement pas de rappeler que ledit « incident » s'est produit « en marge » de la manifestation : « Un étudiant âgé de 20 ans a été grièvement blessé à l'œil gauche à Rennes en marge de la manifestation » (ouest-france.fr, 28 avril 2016) ; « Le jeune homme grièvement blessé à l'œil par un projectile en marge d'une manifestation contre la loi travail à Rennes le 28 avril a porté plainte contre X pour "violence aggravée" à l'IGPN » (lefigaro.fr, 6 mai 2016). Autre formulation disponible : on aurait affaire à des « dérapages », au sujet desquels Ouest-France s'interroge benoîtement :

    « Dérapages contre les manifestants : une fatalité ? » (ouest-france.fr, 4 juin 2016)

    Une partie de la réponse à cette délicate question se loge dans l'emploi du verbe devoir, dans une tournure récurrente en pareil cas – mais beaucoup moins quand il s'agit d'évoquer les agissements des manifestants :

    « Les forces de l'ordre ont dû utiliser des lacrymogènes. » (ouest-france.fr, 12 mai 2016)

    « Ces derniers ont dû faire usage de gaz lacrymogènes et de tirs de lanceurs de balles de défense (LBD) pour refouler les manifestants. » (20minutes.fr, 30 mai 2016)

    Et si l'on en est réduit à devoir malgré tout appeler les choses par leur nom et à évoquer crûment des « violences policières », il reste un dernier recours, l'usage de guillemets, hautement déontologiques (mais dont on peut se passer pour évoquer les « violences » des manifestants – qu'on peut parfois évoquer, puisqu'on les redoute, avant même qu'elles aient eu lieu) :

    « Ce qui inquiète les autorités, c'est surtout le rassemblement annoncé samedi et censé dénoncer “les violences policières”. » (20minutes.fr, 12 mai 2016)

    « Les forces de l'ordre s'attendent à l'arrivée ce samedi de 700 à 1000 manifestants contre les “violences policières”. » (lefigaro.fr, 13 mai 2016)

    ***

    Cette façon de présenter les pratiques policières – des réponses inéluctables, efficaces, et aux conséquences mineures – constitue-t-elle une forme de légitimation médiatique des violences policières par la presse ? Poser la question constitue une part de la réponse. Ce discours journalistique ne saurait être justifié, comme ont pourtant tendance à le faire certains défenseurs inconditionnels de l'institution policière, ni par le rôle joué par les forces de police face aux menaces d'attentats et lors des attentats eux-mêmes, ni par le tribut en morts et blessés payé par des policiers dans ces circonstances. Certes quelques médias ont pris soin de questionner les violences policières et même d'appréhender ce phénomène comme un fait social et politique plutôt que comme un fait divers. Mais malgré ces exceptions, le discours journalistique reste, dans sa grande majorité, un discours assujetti à un seul et unique point de vue, légitimant les violences structurelles, et, par là-même, les visions qu'ont les dominants de l'espace social et la manière dont ce dernier devrait être à la fois organisé et régi.

    Maxime Friot

    P.S. La rédaction de cet article a été achevée avant les manifestations du premier mai qui ont vu, à Paris, de violents affrontements largement médiatisés au cours desquels des policiers ont été blessés (dont l'un grièvement). Par ailleurs, de nombreux manifestants (notamment parmi ceux qui ne prenaient pas part à ces affrontements) ont été, selon plusieurs témoignages dont les médias n'ont quasiment pas fait état, victimes de violences policières.


    [1] En particulier à Rennes, ville qui nous a intéressé pour construire ce lexique.

    [2] L'idée n'est pas de réaliser une recension exhaustive mais plutôt de dégager des habitudes de langage que nous trouvons significatives.

    [3] Un terme bien utile et fort utilisé en contexte militaire, comme nous l'avions noté à propos de la guerre de Libye.

  • Jeudi d'Acrimed (18 mai) : La presse vidéoludique, entre pôle commercial et pôle alternatif

    4 mai, par Acrimed — Débats et initiatives : nos agendas, , 107076

    Entre présidentielle et législatives, la vie (médiatique) continue...

    Au même titre que d'autres types de presse culturelle, la presse vidéoludique est justiciable d'une critique telle que nous la concevons. C'est pour cette raison que nous avons choisi d'inviter Ivan Gaudé, co-fondateur du journal Canard PC et Thomas Cusseau, rédacteur en chef du journal en ligne Gamekult.

    Le jeudi 18 mai 2017 à 19h
    à la Bourse du travail de Paris
    3, rue du Château d'Eau, Paris 10ème (métro République)
    Entrée libre

    Adossés à une industrie puissante et prospère, la presse et le journalisme vidéoludiques sont tiraillés entre deux pôles aux pratiques et aux finalités opposées. D'un côté, les acteurs dominants du secteur adoptent une approche essentiellement promotionnelle, tandis que d'autres titres, plus alternatifs et indépendants des éditeurs de jeux, privilégient une approche journalistique plus critique.

    Nos invités, qui appartiennent résolument à ce second pôle, nous éclairerons sur les logiques délétères qui minent trop souvent cette presse ; pêle-mêle : certains titres de presse sont rachetés par des groupes dont l'unique intérêt est la rentabilité financière à court terme ; les relations qu'entretiennent certains médias spécialisés avec les éditeurs de jeux vidéo, amènent régulièrement à la publication de publicités déguisées ; la pression de l'audience incite à privilégier les succès commerciaux et les sujets intéressant prioritairement les acteurs dominants le secteur ; les impératifs marchands favorisent les contenus consacrés à la production matérielle du secteur (les jeux, accessoires et consoles) au détriment de l'analyse des pratiques culturelles et des enquêtes sociales, etc.

  • Actualité des médias n°4 (avril 2017)

    4 mai, par Benjamin Lagues, Jérémie Fabre — L'actualité des médias (2017-) 107077

    Avec cet article, nous poursuivons notre série d'information mensuelle sur l'actualité des médias [1]

    I. Du côté des programmes et des informations

    "-" Public sénat veut virer Jean-Pierre Elkabbach, qui s'accrocheJean-Pierre Elkabbach s'accroche à son siège. Co-fondateur et salarié, via sa boîte de production, de la chaîne Public Sénat, M. Elkabbach est menacé de licenciement par cette même chaîne. En cause : l'éditocrate n'a pas annoncé au président de Public Sénat, Emmanuel Kessler, qu'il participera dorénavant à la matinale de CNews, le nouveau nom de la chaîne d'informations en continu de Vincent Bolloré (ex i-Télé). Une matinale considérée comme concurrente de Public Sénat. Malgré cette volonté de licencier l'éditorialiste, le départ d'Elkabbach n'aboutit pas pour l'instant, d'après Arrêt sur images, en raison de l'influence qu'aurait ce dernier sur les sénateurs, lesquels sénateurs composent le Conseil d'administration de la chaîne.

    "-" Aymeric Caron a dû partir de “C l'hebdo” (France 5) parce que trop militant… du mauvais bord – À la télévision publique, tous les militantismes n'ont pas le même crédit. Aymeric Caron, ex-chroniqueur dans l'émission « On n'est pas couché », produite et présentée par Laurent Ruquier, a été embauché en début de saison 2016 / 2017 par l'émission « C l'hebdo » (France 5), une émission qui a pour objet de « décrypter l'actu de la semaine ». Après seulement trois numéros, M. Caron a quitté l'émission. Raison invoquée : le journaliste est militant. La présentatrice, Anne-Elisabeth Lemoine (par ailleurs chroniqueuse à “C à vous”), considérait en effet qu'Aymeric Caron « est quelqu'un qui a une opinion qui prime sur son envie de questionner ou d'interroger le monde. » Ce à quoi Aymeric Caron a répondu : « Oui, je suis végan, militant pour les droits des animaux, écolo, et partisan d'une société du partage et de la solidarité. Oui, j'ai déjà écrit sur ces sujets et je continuerai à le faire. Cela me discrédite-t-il en tant que journaliste ? Pour moi sont tout aussi militants les pelletées de journalistes et chroniqueurs que l'on entend du soir au matin sur toutes les radios et les télés nous vendre le même modèle néo-libéral, parfois mâtiné de racisme et de xénophobie. (...) Cela ne les a jamais empêchés de travailler, bien au contraire. » Acrimed, qui chronique à longueur de colonnes l'anémie du pluralisme médiatique, ne pourra pas lui donner tort.

    "-" Joseph Macé-Scaron, journaliste à Marianne, devient "plume" de François Fillon – Dans son édition du 19 avril, Le Canard enchaîné révèle que le journaliste Joseph Macé-Scaron collabore depuis plusieurs semaines à l'écriture des discours du candidat à l'élection présidentielle François Fillon. Or Macé-Scaron, entre deux plagiats, est l'ancien directeur de la publication de Marianne et jusqu'alors président de son comité éditorial. L'après-midi même, le directeur de la rédaction, Renaud Dély, publie une « mise au point » réaffirmant l'indépendance du journal. Quelques heures plus tard, la société des rédacteurs de Marianne publie à son tour un communiqué – beaucoup plus critique – déclarant que « la révélation de cette collaboration avec un candidat en campagne est une trahison, non seulement de la déontologie journalistique, mais également des valeurs fondamentales de Marianne. »

    II. Du côté des entreprises médiatiques et de leurs propriétaires

    "-" Arnaud Lagardère prend la présidence d'Europe 1 L'actionnaire historique du groupe éponyme entend redresser lui-même les audiences d'Europe 1, en forte baisse d'après la dernière étude de Médiamétrie. Pour Le Point, « entre janvier et mars 2017, non seulement Europe 1 passe derrière RMC pour la première fois de son histoire, mais elle quitte aussi le podium des radios généralistes. En pleine campagne présidentielle, Europe 1 est distancée par RTL, France Inter et la radio désormais dirigée par Cécilia Ragueneau. Un véritable coup de tonnerre dans le monde de la radio. » Ce n'est pas la première fois qu'Arnaud Lagardère prend la présidence directe d'une partie en difficulté de son empire, puisqu'il avait déjà exercé la présidence de sa branche sport. L'objectif affiché est désormais de retrouver les mêmes audiences que la station concurrente RTL. Dans cette course à l'audience, Lagardère pourrait débaucher, d'après Le Monde, Frédéric Schlesinger, directeur des antennes de Radio France, pour le poste vacant de directeur d'Europe 1.

    "-" Trop de Macron à Challenges pour ses propres journalistesDans un communiqué relayé par Acrimed, la société des journalistes du magazine Challenges s'inquiète de l'équilibre politique du journal pendant la campagne présidentielle. Il est notamment question d'un déséquilibre pro-Emmanuel Macron flagrant sur les publications en ligne, et de pressions incessantes de l'éditorialiste Maurice Szafran. Une obsession de l'ancien dirigeant de l'hebdomadaire Marianne que nous n'avions pas manqué de remarquer. Ce parti pris n'est pas sans rappeler celui d'autres médias comme Sciences et Avenir ou le magazine L'Histoire, bien évidemment sans rapport avec les déclarations pro-Macron de leur propriétaire commun Claude Perdriel...

    "-" Censure ordinaire au Figaro ? – Pendant le débat organisé par France 2 le 20 avril, le candidat à l'élection présidentielle Nicolas Dupont-Aignan a révélé en direct un échange de SMS entre lui et « un grand patron de presse français, industriel, au service d'un candidat » : « Le boycott de mon journal n'est que la conséquence de ton attitude contre Fillon et ce n'est pas restant dans ton coin que tu y arriveras mais en étant dans une équipe gouvernementale. Il vaut mieux manger une soupe que du pain rassis. (...) Cela n'arrivera plus quand tu cesseras de combattre Fillon. (...) Si tu changes d'avis, il n'y aura plus de censure je te le promets. » Interrogé par Marianne, Nicolas Dupont-Aignan confirmera que le patron de presse en question est bien Serge Dassault, propriétaire du Figaro. La société des journalistes du journal réfute de son côté cette accusation.

    III. Du côté des institutions

    "-" Le SNJ reste le premier syndicat des journalistes – Le syndicat national des journalistes (SNJ) est arrivé en tête lors des élections professionnelles de début avril avec 37,83 % des voix, devant la CGT (24,56 %), la CFDT (19,37 %) et FO (8,72 %).

    "-" Dossier synthétique de l'INA sur le programme médias et numérique des candidats à la présidentielle – Quelles sont les propositions d'Emmanuel Macron et Marine Le Pen concernant les médias ? Le site de l'INA a synthétisé les programmes des deux candidats [2]. L'auteur de la synthèse distingue la presse de l'audiovisuel (qui comprend France Télévisions). En ce qui concerne la presse, M. Macron concentre ses propositions sur l'indépendance des rédactions et les droits d'auteurs. Pour préserver l'indépendance de la presse, le candidat d'En marche ! propose de « créer un statut de l'entreprise de presse inspiré des trusts anglo-saxons garantissant l'indépendance éditoriale via une fondation. » Rien sur les concentrations médiatiques, comme nous l'avions relevé en examinant les différents programmes. Quant à Marine Le Pen, elle propose « d'interdire aux groupes dépendant à plus de 30 % de la commande publique de posséder un média. » Concernant l'audiovisuel, M. Macron propose de « simplifier la réglementation sur la publicité, ainsi qu'en matière de financement et de diffusion » (suite à quoi le lecteur n'est pas plus éclairé). Nous avions supposé, en examinant les différents programmes, que cette simplification était envisagée pour « conforter les médias de service public en le livrant à une concurrence commerciale sans freins avec le secteur privé », ce qui aboutirait inévitablement à un alignement des pratiques du secteur public sur les pires pratiques du secteur privé. M. Macron propose par ailleurs de « rapprocher les sociétés de l'audiovisuel public, dont les conseils d'administration (CA) seront chargés de désigner les dirigeants ». Sans préciser qui composera ces CA [3]... Enfin, Emmanuel Macron veut « accélérer la transformation numérique en concentrant les moyens sur moins de chaînes. » Rien d'explicite, donc, sur le financement du secteur public. Un point sur lequel Marine Le Pen se prononce et préconise de « faire des économies sur les très hauts salaires, voire sur les effectifs » – c'est-à-dire de licencier des salariés, journalistes ou pas. Enfin, la candidate du FN souhaite la « création de trois collèges composés de représentants de l'État, de professionnels et de représentants de la société civile ». Sur ce point, nous affirmions que « faute de précisions sur les missions d'un Conseil réduit à l'audiovisuel, et sur l'identité et les modalités de désignation de ses représentants, l'amélioration démocratique proclamée peut virer aux pires dérives bureaucratiques. »

    Jérémie Fabre et Benjamin Lagues


    [2] Voir ici pour M. Macron et pour Mme Le Pen.

    [3] Aujourd'hui, le CA de France télévisions est composé par des représentants de l'État, du Parlement, des personnalités qualifiées représentant le CSA, et, minoritairement, des salariés de France Télévisions.

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