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acrimed | action critique médias

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  • Il y a 56 ans, les médias et le massacre du 17 octobre 1961

    17 octobre, par Henri Maler — Racisme, antisémitisme, xénophobie, homophobie, , 108713

    Le 17 octobre 1961 la fédération de France du Front de libération nationale (FLN) organise une manifestation à Paris. La répression policière est d'une extrême violence : outre l'internement de milliers de manifestants et l'expulsion de centaines d'entre eux, plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d'Algériens sont portés disparus – nombre d'entre eux ont été tués et jetés dans la Seine. Comment la presse a-t-elle rendu compte de ce massacre ? [1]

    À notre connaissance, la meilleure étude publiée à ce jour sur le traitement médiatique du 17-Octobre est due à Mogniss H. Abdallah : dans un article paru dans la revue bimestrielle Hommes & migrations de novembre-décembre 2000, sous le titre « Le 17 octobre 1961 et les médias. De la couverture de l'histoire immédiate au “travail de mémoire” » [2]. Notre contribution doit être comprise comme une incitation à lire cet article de référence.

    L'auteur examine ce traitement médiatique jusqu'en 2000. Mais qu'a-t-on pu lire dans la presse dans les quelques jours qui ont suivi ?

    De droite…

    « La presse populaire de droite, écrit Mogniss H. Abdalllah, à l'instar du Parisien libéré, de L'Aurore ou de Paris-Jour, reprend la version de la préfecture de police. Elle évoque de “violentes manifestations nord-africaines”, emmenées par des “meneurs” et des “tueurs”, “déferlant vers le centre de la ville” […] »

    Voici, par exemple, la « une » du Parisien libéré du 18 octobre, qui attribue les violences aux manifestants :

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    Et en pages intérieures, on peut lire en tête de la page consacrée à la manifestation, cet encadré (extrait) qui résume le journalisme dont il s'agit.

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    Le 19 octobre, Le Parisien libéré « explique » ainsi les manifestations, et en particulier la manifestation de femmes et d'enfants qui s'est déroulée la veille.

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    Le Figaro, de son côté, commence par s'en tenir à une version pro-gouvernementale, en attribuant la violence aux « musulmans algériens ». À la « une », le 18 octobre…

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    Mais, dans les jours suivants, Le Figaro (même Le Figaro…) ne peut dissimuler totalement la vérité. Ainsi, relève Mogniss H. Abdallah, « Le Figaro du 23 octobre se départit quant à lui de son soutien initial à la police pour dénoncer des “scènes de violence à froid” dans les centres d'internement, au Palais des sports ou au stade de Coubertin. »

    À France-Soir, qui est alors un grand quotidien populaire qui affecte de n'épouser aucun parti pris, on commence, là aussi, par avaliser la version policière et renvoyer dos à dos « les extrémistes de l'OAS et du FLN »…

    Comme on peut le voir dans ce commentaire de page intérieure (extrait) :

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    Mais au fil des jours France-Soir recueille également des témoignages sur l'ampleur et la violence de la répression.

    … à gauche

    La presse de gauche sera plus audacieuse. Certes, elle commence par afficher une certaine prudence, qu'elle attribue, non sans raison, à la censure, comme le fait L'Humanité le 18 octobre, ainsi qu'on peut le lire dans cet encadré de page intérieure (extrait) :

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    Les jours suivants, en dépit de cette compréhensible prudence [3], dans l'ensemble de la presse que l'on peut classer à gauche le ton change et les informations filtrent.

    Changement de ton, avec par exemple, cette « une » de Libération (il s'agit du quotidien issu de la Résistance…), le 20 octobre (extrait) :

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    Comme le relève encore Mogniss H. Abdallah, « Libération, Témoignage chrétien ou France Observateur publient sous la forme interrogative “est-il vrai que... ?” ou “y a-t-il eu... ?” de multiples informations sur les exactions policières et leur caractère systématique (hommes frappés et jetés à la Seine ou retrouvés pendus dans les bois, décompte du nombre des morts et des disparus qui discrédite le bilan officiel faisant état de 3 morts et 55 blessés...) “Si tout cela est exact, et nous avons de bonnes raisons de le croire, qui sont les auteurs de ces crimes ?” demande Libération du 19 octobre 1961 ».

    Pendant toute la semaine qui suit, les témoignages s'accumulent et convergent. Et le 27 octobre, bien que la grève des cheminots fasse leur principal titre de « une », L'Humanité et Libération interrogent ou, plutôt, interpellent, sur la base de nouveaux témoignages.

    Ainsi, L'Humanité :

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    Même question, le même jour, dans Libération, qui invoque des témoignages convergents dans cet encadré (extrait) :

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    Enfin, des photos d'Élie Kagan (1928-1999), prises lors de manifestation du 17 octobre sont publiées par Témoignage chrétien : elles sont accablantes.

    Les « petits médias »

    Pourtant, comme le souligne Mogniss H. Abdallah, c'est surtout aux « intellectuels-journalistes » (comme Paul Thibaud ou Claude Bourdet) et aux « petits médias » que l'on doit, dès 1961, le combat le plus acharné pour la vérité : outre les exactions en tous genres, c'est un véritable massacre qui a été perpétré :

    « Les “petits” médias, dont la revue Les Temps modernes, les journaux Témoignages et documents ou Vérité-Liberté, ou encore la maison d'édition François Maspero, publient de multiples documents qui permettront de faire une synthèse sans concession des événements du 17 octobre 1961. Droit et liberté, journal du Mrap, fournit des informations sur d'autres pogroms ailleurs en France (Metz, Nancy). Côté images, le biologiste Jacques Panijel va entreprendre une enquête caméra au poing qui donnera le film “Octobre à Paris”. Beaucoup de ces publications vont être saisies, le film sera interdit, mais paradoxalement, leur contenu diffusé “sous le manteau” va marquer toute une génération, ce qui ne semble pas le cas de la grande presse et son information éphémère, volatile. »

    Mais, en ce mois d'octobre 1961, aucune mobilisation de solidarité ne sera suscitée. Il n'en ira pas de même, quelques mois plus tard, à la suite de la tuerie du 8 février 1962 au métro Charonne. Pis : la mémoire collective et la commémoration de cette tuerie ont longtemps occulté le combat pour la vérité et la reconnaissance du massacre du 17 octobre 1961. Ce combat, qui est d'abord un combat pour l'information, n'est pas fini.

    Henri Maler


    [1] Cet article a été publié sur notre site le 17 octobre 2011, sous le titre « Il y a cinquante ans, les médias et le massacre du 17 octobre 1961 » (note d'Acrimed, 18 octobre 2016).

    [2] Mogniss H. Abdallah, « Le 17 octobre 1961 et les médias. De la couverture de l'histoire immédiate au “travail de mémoire” », revue Hommes & migrations. Article issu du n° 1 228, novembre-décembre 2000 : L'héritage colonial, un trou de mémoire. Une version en pdf est disponible sur le site de la revue « Hommes & migrations. L'article peut également être consulté sur le site « Nouveau millénaire. Défis libertaires ».

    [3] Dont on peut penser qu'elle n'est pas dénuée de toute arrière-pensée politique.

  • Poursuite de la lente asphyxie de France Télévisions

    16 octobre, par Henri Maler — Télévisions publiques : Sous le règne d'Emmanuel Macron, 108714

    Ce n'est qu'un aspect de la politique du gouvernement, mais parmi les plus graves : les principaux services publics sont touchés par un budget d'austérité. Cette austérité frappe également l'audiovisuel public, sans susciter autant de réactions qu'il le faudrait [1]. On peut comprendre que l'avenir de l'audiovisuel ne soit pas la principale préoccupation des Français. On peut le comprendre d'autant mieux que le secteur public est loin d'être, à proprement parler, un service public. Quand il se bat contre un secteur privé en pleine expansion, avec les mêmes armes et sur le même terrain, il ne peut que décevoir les attentes en matière de pluralisme de l'information et de créativité de ses programmes. Avec les mêmes armes, mais à armes inégales en ce qui concerne les moyens. Sur le même terrain, mais avec des exceptions : France 2 n'est pas un simple clone de TF1.

    Mais la désaffection d'une partie des publics à l'égard des grands médias est telle que ce sont des médias alternatifs – indépendants, associatifs, coopératifs, affranchis de la tutelle des milliardaires et de l'État qui recueillent une adhésion croissante. Il reste que ces médias alternatifs ne peuvent pas être à eux seuls une alternatives aux médias dominants : ils sont ou doivent être une composante, à bien des égards essentielle, d'une transformation générale des médias à laquelle il ne faudrait pas renoncer. C'est à ce titre que la critique de France Télévisions nous importe et que son avenir nous concerne tous, quelles que soient nos préférences d'usagers.

    Les quinquennats s'enchaînent, et de Sarkozy à Hollande, de Hollande à Macron, la lente asphyxie de l'audiovisuel public se poursuit avec une remarquable continuité.

    De quinquennat en quinquennat

    En 2008, Sarkozy avait annoncé la suppression totale de la publicité à France Télévisions, avant de la maintenir avant 20 h. Supprimer la publicité ? Excellente nouvelle… à condition qu'existe un financement de substitution. Sinon, sous couvert de défendre la qualité du service public, il s'agit exclusivement d'un cadeau offert aux chaînes privées.

    En 2012, à peine François Hollande avait-il commencé son règne que, austérité oblige, les mesures d'économie se sont succédées avec 750 suppressions d'emplois à la clé [2].

    En 2015, Delphine Ernotte, à peine élue à la présidence de France Télévisions, propose un « plan stratégique » qui, faisant d'austérité vertu, se résume à des mesures de management qui se traduisent par la recherche d'une fusion et d'une centralisation croissantes des rédactions et la marginalisation progressive de France 3 [3].

    En 2016, un nouveau Contrat d'Objectifs et de Moyens (COM) est signé avec l'État. Nouveaux engagements : supprimer 500 emplois supplémentaires à France Télévisons d'ici 2020.

    Enfin Emmanuel Macron parut

    Et le projet de budget de 2018 prévoit 80 millions d'euros d'économie pour l'ensemble de l'audiovisuel public, dont 50 millions d'euros, pour France Télévisions. Ce qui, selon la CGT pourrait se traduire à France Télévisions par la suppression supplémentaire de 700 postes.

    Aucune mesure n'est prévue pour compenser l'aggravation continue du sous-financement de France Télévisions et, plus généralement, de l'ensemble de l'audiovisuel public : ni taxe sur la publicité hors-médias, ni augmentation progressive de la redevance, ni modification de son assiette. La redevance elle-même est de plus en plus contestée par des usagers quand le secteur public a de plus en plus de difficultés à faire valoir ses différences avec le secteur privé.

    Dans le même temps les « décrets Tasca » restent en vigueur : ceux-ci contraignent la télévision publique à externaliser une grande partie de sa production et à financer des programmes qui restent la propriété des producteurs privés et dont la télévision publique ne peut tirer aucun bénéfice !

    Mais le plus redoutable est encore dans les cartons. L'« objectif 7 » du document intitulé « Culture » présenté avant l'élection présidentielle par le mouvement « En Marche » titrait fièrement : « Protéger l'indépendance éditoriale des médias d'information et conforter les médias de service public ».

    L'analyse que nous avions proposé de son contenu [4] reste valide :

    Parmi les mesures envisagées, on peut y lire cette inquiétante généralité : « Simplifier la réglementation audiovisuelle en matière de publicité, de financement et de diffusion, pour lever les freins à la croissance de la production et de la diffusion audiovisuelles […] ». Sans doute pour « conforter les médias de service public » en le livrant à une concurrence commerciale sans « freins » avec le secteur privé.
    Pis : l'une des mesures suivantes propose de « renforcer le secteur public de l'audiovisuel »... mais aux dépens de ce même secteur ! Comment ? « En concentrant les moyens sur des chaînes moins nombreuses mais pleinement dédiées à leur mission de service public. » Et d'ajouter : « Nous rapprochons (sic) les sociétés audiovisuelles publiques pour une plus grande efficacité et une meilleure adéquation entre le périmètre des chaînes et leurs missions de service public. Leurs conseils d'administration seront plus indépendants et plus ouverts dans sa composition. Ils seront chargés de désigner les dirigeants, après appel public à candidatures. » Des « chaînes moins nombreuses ? » Au micro de Sonia Devillers dans l'émission « L'instant M » du 16 mars, Corinne Erhel [5] récusait pourtant tout projet de privatisation d'une chaîne du secteur public. Elle affirmait par ailleurs vouloir « stabiliser les choses » et établir une « coopération renforcée » entre les différents pôles du secteur public en prenant pour exemple, « excellent » selon elle, la chaîne publique d'information en continu Franceinfo.

    D'ores et déjà, la fin des vingt éditions de proximité de France 3 est annoncée pour 2018.

    ***

    Réduire le périmètre du secteur public pour le recentrer sur des missions indéfinies qu'il devrait remplir avec des moyens en constante diminution : tel est le projet du nouveau gouvernement. Traduction probable : un mélange de « télé pédago » pour faire chic et de « télé démago » pour garantir l'audience à moindre coût. Comment, dans de telles conditions, le secteur public pourrait-il être un service public ou une composante d'un service public de l'information et de la culture ?

    Henri Maler

    PS. Pour un service public de l'information et de la culture [6]

    L'information et la culture sont des biens communs. Ils ne peuvent le rester ou le devenir qu'à condition que l'ensemble de leurs moyens de production et de diffusion fassent l'objet d'une appropriation démocratique qui donne la priorité à des médias sans but lucratif.
    Une telle appropriation devrait reposer sur la conjugaison de deux formes de propriété : la propriété publique et la propriété coopérative. L'ensemble de ces mesures pourraient permettre de développer un service public de l'information et de la culture, adossé à deux formes de propriétés ou deux secteurs : le secteur public et le secteur associatif.


    [1] Une grève de France Télévisions est annoncée pour le 17 octobre 2017. Elle mérite notre soutien.

    [5] Une « marcheuse » transfuge du Parti socialiste.

    [6] Extrait de « Transformer les médias » (avril 2013).

  • France Télévisions : en grève le 17 octobre (communiqués)

    13 octobre — Télévisions publiques : Sous le règne d'Emmanuel Macron 108680

    Nous publions ci-dessous le préavis de grève déposé par la CGT, la CFDT et FO, ainsi qu'un communiqué de la CGT de France Télévisions (Acrimed)

    Le préavis de grève intersysndical (CGT, CFDT, FO)

    Mais quelle est donc la stratégie du gouvernement pour France télévisions ? (CGT de France Télévisions)

    Bien malin qui peut répondre à cette question. Pour l'instant celui qui a la mission de gouverner (gouverner c'est prévoir), n'a visiblement qu'une seule volonté, amputer le budget de l'entreprise de 50 M€ en 2018.

    Incompétence manifeste…

    Vu de loin, sous les lambris dorés du ministère de « tutelle », 50 M€ ça peut paraître mineur dans un budget de près de 3 Milliards d'euros. Cet argument fait d'ailleurs partie des éléments de langage que la ministre répète en boucle à longueur d'interview. Et pourtant…

    50 M€, c'est plus de 3 fois le budget identifié de la chaine info, c'est la moitié du budget du Pôle Nord-Ouest de France 3, c'est plus de la moitié du budget de la filière production de France télévisions, c'est le budget d'une trentaine de locales, etc.

    Cette coupe claire est une véritable déclaration de guerre à l'encontre des salariés d'une entreprise « à l'os », qui subissent depuis des années les effets d'une politique de restriction budgétaire bête et méchante et qui ont pourtant relevé tous les défis de la modernisation.

    750 postes supprimés entre 2012 et 2015, 500 d'ici 2020 auxquels s'ajouteraient combien de postes à supprimer en 2018 ? 700 ? Plus de 2000 sur la période 2012-2020… 20% des effectifs… Est-ce vraiment ainsi que M. Macron compte s'y prendre pour endiguer le chômage de masse ?

    Que penser d'un actionnaire (L'Etat) qui s'autorise, sans aucun scrupule, à renier sa signature sur un contrat d'objectifs et de moyens (COM) signé il y a à peine un an en décembre 2016 ? Marc Tessier, Patrick de Carolis, Rémy Pflimlin et désormais Delphine Ernotte. Tous auront été successivement roulés dans la farine par un actionnaire qui donne, au plus haut niveau, l'exemple de sa déloyauté.

    Facteur aggravant pour M.Macron : à l'époque de la négociation du COM, il était aux affaires en tant que ministre d'Etat en charge des finances, il a même validé le fameux rapport Schwartz de 2015 qui servit de feuille de route pour la désignation de la PDG de FTV puis pour la négociation du COM actuel.

    … Ou volonté de démolir]

    Aucune vision stratégique associée à cette amputation des ressources. Il s'agit d'une coupe aveugle, brutale, pour casser, démolir, démanteler. Et cette décision aura des conséquences majeures sur l'avenir de l'entreprise puisqu'elle entravera toutes ses capacités de développement.

    L'état licencie dans l'audiovisuel public, sans aucun souci des efforts de ses personnels et du rôle central de la télévision publique dans la période que nous vivons. Le coup porté est d'une violence inégalée et ses effets sont immédiats.

    Pour mémoire, France télévisions est le premier investisseur dans la création audiovisuelle avec plus de 50% des investissements en fiction, documentaire et animation. Avec 50 M€ de moins, on pourrait imaginer réduire ces commandes aux producteurs privés… Or, Madame Nyssen a déjà fait savoir qu'elle ne voulait pas qu'on touche à la création, à savoir le chiffre d'affaires des producteurs privés.

    De même, Madame Nyssen se dit opposée au retour de la publicité après 20H, solution pourtant évidente pour compenser la coupe budgétaire.

    Hors de question, en outre, de voir FTV à nouveau plongée dans le déficit, comme ce fut le cas pendant les années qui ont suivi la réforme Sarkozy ou en 2012, après l'arrivée de François Hollande à la tête de l'Etat.

    Quant à la réforme de la redevance, une nécessité absolue et une des plus grandes arlésiennes de l'audiovisuel public, pas de volonté de la mettre en œuvre pour 2018.

    Mais alors, quelle issue reste-t-il ? Que veut réellement l'Etat actionnaire ? Accélérer les réformes ? Démanteler la filière de production ? Battre des records de postes supprimés grâce aux mutualisations au Siège ? Passer de 24 à 13 antennes régionales ? Supprimer les Locales ? Stopper le feuilleton de Montpellier ? Suspendre les projets de S-VOD ou de plateforme culturelle ? Contraindre les stations d'Outre-mer à vivoter avec des budgets de plus en plus déconnectés des besoins ?

    Comment imaginer en rajouter par rapport à un COM qui prévoit déjà le non remplacement d'un départ sur deux d'ici 2020 (200 en 2018) ? On a la curieuse impression que, pour notre ministre comme pour M. Macron, les seuls critères qui comptent, sont ceux des agences de notation, des marchés financiers, des libéraux de tous poils. Regardez, ça bouge en France, ça se réforme, ça se modernise puisqu'on casse l'emploi public, son périmètre et ses missions...

    Il est temps de dire non à cette politique.
    Tous en grève et à Paris le 17 octobre !

    Source

  • Le Point sur les « imposteurs de la pensée »

    12 octobre, par Thibault Roques — Profession ? Intellectuel pour médias, , 108681

    En découvrant la couverture du Point du jeudi 28 septembre, on ne pouvait que se réjouir en constatant qu'était mis à l'honneur, en appel de « une », « Le livre noir des imposteurs de la pensée par Bronner et Géhin ».

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    Nous avons pu croire un instant que les intellectuels médiatiques et autres éditocrates omniprésents, qui envahissent notamment les colonnes du Point, allaient enfin être démasqués. Il n'en était rien, malheureusement. Curieusement, ni BHL ni Brice Couturier, pas plus que Philippe Tesson ou Jean-Paul Brighelli, n'étaient en cause. Singulière cécité d'un magazine qui aurait pourtant beaucoup gagné à réfléchir aux postures et impostures des penseurs qu'il abrite [1].

    C'est assez dire notre déception ! Force fut heureusement de se consoler grâce au gros titre en « une » qui précisait les intentions réelles de l'hebdomadaire : nous endormir.

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    Thibault Roques


    [1] Le titre lui-même n'était qu'une imposture puisqu'il n'annonçait pas un article des auteurs mentionnés, mais un dossier organisé autour de leur ouvrage intitulé non pas « les imposteurs de la pensée », mais Le Danger sociologique. Nous y reviendrons.

  • Double peine publicitaire pour les lecteurs des Inrockuptibles

    10 octobre, par Denis Souchon — Publicité : dépendances économiques et éditoriales, , , , , 108642

    Dans Les Inrockuptibles du 13 septembre on peut voir :

    - en pages 2 et 3 une publicité pour « Black opium », un parfum Yves Saint Laurent.

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    - en pages 20 et 21 un hommage émouvant à Pierre Bergé décédé le 8 septembre et qui fut le co-fondateur de l'entreprise Yves Saint Laurent [1]. Pierre Bergé, 363è fortune française selon le « Classement Challenges 2016 », était co-actionnaire du Monde avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse qui est le propriétaire des... Inrockuptibles.

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    Toujours dans le même numéro de l'hebdomadaire de M. Pigasse [2] on peut voir :

    - en pages 8 et 9, une double page de publicité pour « Miss Dior », un parfum Dior ;

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    - en pages 56 et 57, un article enthousiaste sur une exposition consacrée à Christian Dior [3].

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    Comme dans la plupart des hebdomadaires d'information politique et générale, dans ce numéro des Inrockuptibles, plus du quart de la pagination est occupé par des publicités [4]. Un envahissement publicitaire qui est un problème en soi. Problème d'autant plus grave lorsqu'à des pages de réclame répondent des articles mettant avantageusement en avant le produit, ou la marque, vanté et vendu par ailleurs. On est alors en droit de se poser quelques questions : s'agit-il d'une fâcheuse coïncidence, peut-être même rendue possible par une séparation absolument imperméable – et vertueuse – entre la rédaction et la régie publicitaire du magazine ? Ou au contraire, la rédaction a-t-elle opportunément signalé à la régie la préparation d'articles plutôt aimables pour deux marques de luxe qui ont tenu à saluer l'effort par l'achat de ces pages ? Quelle que soit la réponse à ces questions, c'est bien évidemment le problème du poids de la publicité dans le modèle économique des médias, et ses conséquences sur l'indépendance des rédactions, qui est ici posé.

    Denis Souchon


    [1] « Un homme qui, à travers l'aventure Saint Laurent et ses nombreux engagements a marqué son époque. »

    [2] Hebdomadaire qui fut un temps rebaptisé le Télérama des petits bobos par le journal aujourd'hui disparu, Pour lire, pas lu.

    [3] « Couturier légendaire (…) la grande modernité du couturier (...) »

    [4] 27 % exactement

  • Jeudi d'Acrimed : la précarisation du métier de photojournaliste (19 octobre)

    5 octobre, par Acrimed — Débats et initiatives : annonces et présentations, 108599

    Rendez-vous le 19 octobre à 19h, à la Bourse du travail à Paris, en présence d'Emmanuel Vire, secrétaire général SNJ-CGT et de Jean-Claude Coutausse, photojournaliste. Tous deux sont membres de la coordination des photojournalistes. Entrée libre.

    Baisse des tarifs des piges, chute des commandes de la part des titres de presse, recours accru aux photographies institutionnelles issues des services de communication et aux photographies « libres de droits », syndication des contenus [1] : autant de phénomènes témoignant de la précarisation du métier de photojournaliste [2].

    Face à ce contexte économique et à la succession de décisions politiques néfastes à leurs conditions de travail (citons en particulier la loi Hadopi de 2009 et un décret de mai 2017), les photojournalistes se mobilisent.

    En 2016, la Société civile des auteurs multimédia (Scam) a édité un manifeste (« Cinq ans, trois ministres, zéro mesure »), dans lequel les photojournalistes revendiquent la mise en place d'un barème de piges, la remise à plat du « Code de bonnes pratiques entre éditeurs, agences et photographes » datant de 2014, ainsi que l'encadrement de l'usage des droits réservés (DR).

    Autre mobilisation : celle d'un collectif d'agences et de photographes qui, dans une lettre ouverte adressée à la Ministre de la culture et de la communication Audrey Azoulay en décembre 2016, dénonce le non-respect des délais de paiement de factures (à hauteur de 500 000 euros), pratique en vogue dans les groupes Le Monde et Altice notamment. Il est alors demandé à la ministre de respecter l'engagement pris quelques mois plus tôt à l'occasion du festival « Visa pour l'image » : suspendre les aides à la presse versées aux groupes concernés.

    Depuis, agences, photographes et syndicats intensifient la mobilisation, revendiquant le respect de leurs droits (droits d'auteur, paiement dans les délais, sensibilisation des plus jeunes photographes à leurs droits, etc.).

    Pour évoquer la situation du métier de photojournaliste et les mobilisations en cours, nos invités seront Emmanuel Vire, secrétaire général SNJ-CGT et Jean-Claude Coutausse, photojournaliste travaillant essentiellement pour Le Monde et au sein des collectifs Divergence et French politics. Tous deux sont membres de la coordination des photojournalistes.

    Nous vous attendons nombreuses et nombreux !

    « Jeudi d'Acrimed »
    jeudi 19 octobre 2017 à 19 heures
    à la Bourse du travail de Paris
    3, rue du Château-d'Eau, Paris 10e
    Entrée libre

    [1] La syndication est un système permettant aux grands groupes de presse de diffuser la même photo dans les différents titres de presse qu'ils possèdent en ne la payant qu'une fois.

    [2] À ce propos, lire par exemple Le Journaliste(SNJ), numéro spécial, octobre 2017, pp. 24-25.

  • Actualité des médias (n°8 - septembre 2017)

    4 octobre, par Benjamin Lagues, Jérémie Fabre — L'actualité des médias (2017-), 108580

    Avec cet article, nous poursuivons notre série d'information mensuelle sur l'actualité des médias [1].

    I. Du côté des journalistes, des médiacrates et de leurs œuvres

    "-" Le Ravi traîné devant la justice pour diffamation - Le mensuel régional associatif Le Ravi, diffusé en région PACA, a dû faire face à la justice fin septembre pour diffamation. Cela fait suite à une enquête intitulée « Odel Var : les élus d'abord, les enfants après » publié en mai 2017, qui dénonçait des conflits d'intérêt au sein de l'Office départemental d'éducation et de loisirs (Odel Var). D'après Le Ravi, « Cette citation directe fait suite à une plainte de Marc Lauriol, conseiller départemental LR du Var et candidat malheureux à la députation en juin dernier (éliminé au premier tour), de Josette Pons, ex-députée LR du Var, ex-maire de Brignoles (depuis juillet elle a passé la main à son premier adjoint) et actuelle présidente de la communauté d'agglomération de la Provence verte, ainsi que par l'Odel (Office départemental d'éducation et de loisirs), dont Lauriol est le directeur et que préside Pons. » À Brignoles justement, le mensuel était introuvable à sa sortie, comme le rapportait alors Politis : « Des exemplaires auraient été “renvoyés” sans même avoir été proposés à la vente. » Journal indépendant d'enquêtes politiques et sociales, Le Ravi fait partie de ces médias du tiers secteur au financement fragile auxquels nous apportons notre soutien.

    "-" Le bilan d'Arthur à la tête de Oüi FM est désastreux - Lorsque l'ancien animateur a racheté la radio rock Oüi FM en 2008 (pour 5 millions d'euros), cette dernière rassemblait 2,3 % des parts d'audience selon Médiamétrie. D'après les derniers chiffres, révélés par Le Canard enchaîné du 6 septembre, cette part est depuis tombée à 1 %. Cette chute a entraîné le départ de plusieurs annonceurs importants. Conséquence directe : treize animateurs et réalisateurs ont été renvoyés et sept émissions ont été supprimées… « Au total, près de la moitié du personnel de [Oüi FM] est partie ou a été dégagée avec classe. Plusieurs animateurs intermittents, qui cumulaient les CDD de grille depuis huit ans, n'ont tout simplement pas été rappelés pour la rentrée. » Interrogé par Capital, un ancien employé de la radio explique que « l'équipe qui a racheté Oüi FM a bien travaillé sur l'exposition, le nombre de fréquences mais a vraiment cassé l'élan de cette radio. Elle adoptait une gouvernance à vue, qui changeait de cap tous les six mois. On se heurtait à une direction qui n'écoutait pas nos revendications et ne connaissait pas bien le public [...] La radio est surtout un média d'habitude, pourquoi ne pas avoir laissé plus longtemps des équipes s'installer ? » Pour tenter de redresser les audiences, Arthur n'a pour l'instant pas trouvé mieux que de prendre lui-même le micro pour une émission aux heures de grande écoute.

    "-" Bagarre au Parisien autour d'un édito favorable à la loi travail - Une déclaration d'amour qui ne passe pas. Fin août, en pleine présentation des ordonnances de la loi travail par Emmanuel Macron, Le Parisien-Aujourd'hui en France fait paraître un editorial qui dit tout le bien qu'il convient de penser de cette réforme. Or, selon la société des journalistes (SDJ) du quotidien, ce type de prise de position est incompatible avec la ligne éditoriale du journal lequel est censé être « fédérateur, neutre et non partisan » selon un communiqué interne obtenu par Libération. La SDJ du Parisien-Aujourd'hui en France se déclare pour la suppression de l'éditorial dans le journal. De son côté, la rédaction en chef aurait maintenu son choix en expliquant que « la très saine objectivité du journal n'empêche pas d'avoir des prises de position. Je n'ai pas de problème avec le fait que ça suscite des débats au sein de la rédaction, c'est la vie d'une rédaction ». Après ce bottage en touche, la direction de la rédaction a cru bon ajouter : « On ne peut pas être tiède. L'édito est là pour piquer dans un sens ou dans l'autre. » Mais plus souvent dans un sens que dans l'autre…

    "-" La police française s'attaque à son tour au média alternatif Indymedia - Après l'Allemagne qui a fait fermer, en août dernier, le site Indymedia Linksunten, la police française fait pression sur les antennes locales, en l'occurrence Indymedia Nantes et Grenoble. Ainsi, relate un texte commun de Rebellyon, La rotative, Paris-Luttes, Expansive, Renversé et CQFD (entre autres), « après la publication d'un communiqué revendiquant l'incendie d'un garage de la gendarmerie de Grenoble dans la nuit du 20 au 21 septembre, Indymedia Grenoble et Indymedia Nantes ont été menacés par la police française. Les équipes qui administrent ces sites ont reçu des courriels de l'Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication (OCLCTIC) exigeant la dépublication sous vingt-quatre heures des articles concernés, sous peine de blocage et déréférencement des sites. » D'après le communiqué d'Indymedia Grenoble, publié après ces menaces policières, les antennes françaises se sont « pliées à cette demande directe des bureaux de police ». De son côté, CQFD explique que « c'est la notion de “terrorisme” qui est mobilisée par les gouvernements pour censurer des médias libres (...). Alors que les notions de terrorisme et de provocation ne sont pas définies, la loi française permet depuis février 2015 de faire disparaître des sites ou des textes sans recours au juge, sur simple requête de l'administration policière. »

    "-" Elise Lucet et Laurent Richard traînés devant la justice par l'Azerbaïdjan - Les deux journalistes de Cash investigation (France 2) ont comparu début septembre devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour diffamation. En cause, leur affirmation que l'Azerbaïdjan est une « dictature parmi les plus féroces au monde ». D'après Le Monde, qui raconte une journée de procès virant parfois à l'absurde, la constitution de partie civile de l'Azerbaïdjan devrait finalement être jugée irrecevable car il s'agit d'un État et non d'un particulier. Autre problème soulevé par Le Monde, le « danger pour la liberté de la presse que constituerait le fait qu'un État étranger puisse poursuivre un journaliste en diffamation sur le sol français, alors même que l'État français ne dispose pas lui-même de ce droit. » Une affaire à suivre…

    II. Du côté des entreprises médiatiques et de leurs propriétaires

    "-" Altice média regroupe ses activités dans un même immeuble - Les grandes manoeuvres continuent à Altice. Le groupe détenu par le milliardaire Patrick Drahi a annoncé vouloir regrouper ses activités audiovisuelles (BFMTV, RMC…) dans un même immeuble du XVe arrondissement où l'opérateur SFR serait déjà en train d'emménager. D'après CBNews, « les nouveaux locaux accueilleront un millier de salariés et seront dotés de sept studios de tournage ». La médias de presse écrite détenus par le groupe (Libération et l'Express) ne semblent pas concernés par ce rapprochement.

    "-" L'audiovisuel public en surchauffe - Le gouvernement d'Édouard Philippe a annoncé une baisse de budget pour l'audiovisuel public de 80 millions d'euros. D'après Le Monde, ces coupes seront inégalement réparties : « 50 millions d'euros pour France Télévisions, 20 millions environ pour Radio France, 5 millions pour Arte et quelques millions d'euros pour France Médias Monde. » À France Télévisions, ces sommes ne seront pas compensées par la publicité. Selon CBNews, le CSA s'est en effet prononcé contre le retour de la publicité après 20h, ce que demandait la présidente de France Télévisions Delphine Ernotte. Quoi qu'il en soit, l'importante baisse de budget imposée à l'audiovisuel public apparaît comme une étape supplémentaire du démantèlement du secteur public audiovisuel [2]. Cet serrage de ceinture budgétaire a lieu dans un contexte déjà tendu dans l'audiovisuel public. Des grèves ont éclaté en septembre à France culture, France inter et France 3. Après la fermeture des éditions de Mulhouse et du Mans, la direction de France Télévisions a en effet annoncé vouloir supprimer la totalité des éditions locales du journal télévisé (JT) de France 3 d'ici à la fin de l'année 2018. Actuellement, un JT local de sept minutes est diffusé tous les jours à 19h15 sur les différentes antennes du réseau France 3. La direction affirme qu'il n'y aura pas de conséquence sur l'emploi, ce que le syndicat SNJ-CGT dément, ironisant sur le motif de cette suppression : « La direction de France Télévisions martèle que les éditions locales ne sont plus vues. À qui la faute ? Elle a toujours refusé de les diffuser sur les box. Elle se sert aujourd'hui de l'argument de la visibilité pour trancher dans le vif. » Une journée de grève a été menée en conséquence le mercredi 27 septembre.

    "-" Les hebdomadaires français se vendent de moins en moins - Afficher Emmanuel Macron en Une ne suffit plus : les hebdomadaires sont à la peine. D'après France Inter, qui revient sur les derniers chiffres de ventes des magazines français d'informations, le résultat est mauvais. Ainsi, « L'année présidentielle écoulée n'a pas suffi à les ramener dans le vert. C'est Le Point qui paie le prix le plus fort, avec un repli de 6,44%, suivi par L'Obs, à -4,65% et Paris Match, qui perd de son côté 4,35%. »

    "-" Décès de Pierre Bergé et changement dans l'actionnariat du Monde - Co-propriétaire du Groupe Le Monde depuis 2010, l'homme d'affaires Pierre Bergé est décédé le 8 septembre. Le Monde lui a rendu un hommage appuyé dans un article, parlant de « défenseur du journalisme de qualité ». On apprend dans ce même article que les prises de position publiques de Pierre Bergé contre des décisions de la rédaction de son journal « ont parfois pu troubler nos lecteurs ou alimenter les thèses des complotistes. » Au nombre desquels, sans doute, Acrimed ! En effet, nous avions relevé en 2015 des déclarations incendiaires de Pierre Bergé contre une enquête de son journal, et dénoncé les manigances des actionnaires du Monde contre les décisions de la rédaction. Xavier Niel et Matthieu Pigasse, les deux autres actionnaires majoritaires du Groupe Le Monde, se sont engagés à reprendre les parts de Pierre Bergé. Ils possèderont donc à eux deux 80 % du Groupe Le Monde.

    "-" SFR et Bouygues rattrapés par l'État - Début septembre, le ministre de l'action et des comptes publics, Gérald Darmanin a demandé aux deux opérateurs de mettre fin à un montage fiscal très coûteux pour le trésor public. Dans ce montage qui utilise les projets de kiosque en ligne proposant des journaux en version numérique lancés par SFR et Bouygues pour leurs abonnés, comme l'explique BusinessInsider, « SFR et Bouygues ont décidé d'appliquer à une partie significative de l'abonnement global d'un utilisateur un taux super réduit de TVA de 2,1% — qui est pourtant réservée aux éditeurs de presse. Par comparaison, la télévision est taxée à 10% et la téléphonie à 20%. Avec sa combine fiscale, SFR s'applique ce taux même si le service n'est pas utilisé, comme le détaille le site Nextinpact. Résultat, SFR et Bouygues réduisent le montant de TVA dû à l'État. » Une méthode douteuse qui a finalement fait réagir Bercy.

    Jérémie Fabre et Benjamin Lagues


    [2] Un démantèlement progressif sur lequel nous sommes récemment revenus dans notre article « Pour une refondation de l'audiovisuel public : histoire, diagnostic et propositions ». Quant à la publicité sur le secteur public, nous expliquions à quel point il pouvait être pervers dans notre article « Pour une refondation de l'audiovisuel public - La question du financement ».

  • France Info « éduque » les enfants sur la réforme du Code du travail et les manifestations

    2 octobre, par Vincent Bollenot — Mobilisations contre la « Loi Travail » (2016), , 108581

    Chaque jour, l'émission « Franceinfo junior » « propose, nous dit-on, une lecture pédagogique de l'actualité » à grands renforts de spécialistes. Sous couvert d'éduquer les enfants, le journal adopte, le temps de quelques minutes, un ton paternaliste pour mettre dans la bouche d'enfants des questions d'adultes, et diffuser aux oreilles des adultes un discours professoral et, forcément, infantilisant. En cette période de mouvement social contre les ordonnances modifiant la législation du travail, l'émission ne pouvait pas éluder une telle actualité.

    Mercredi 20 septembre, veille d'un large mouvement de grèves et manifestations interprofessionnel et intersyndical, « Franceinfo junior » interroge et s'interroge : « Pourquoi des manifestations contre la réforme du Code du travail ? »

    1. « C'est pas une loi sur le temps de travail, hein »

    Une triple question est d'abord posée qui invite à une synthèse des enjeux de ces ordonnances : « Qu'est ce que c'est que cette loi ? Emmanuel Macron veut qu'on travaille plus ? Enfin, qu'est-ce qu'il veut faire comme loi ? »

    Le journaliste, Raphaël Ebenstein, ne répond pas à la question générale, mais seulement à la deuxième question qu'il transpose à sa convenance : « Alors non. Ce n'est pas une loi sur le temps de travail, hein. Ça ça ne change pas : la durée légale en France, c'est 35 heures par semaine, mais il y a déjà beaucoup d'exceptions. »

    Cette explication, parce qu'elle est destinée à une enfant (mais de fait entendue par des adultes), se présente comme une simplification, mais une simplification abusive. Rien (ou presque) n'est dit non seulement des exceptions existantes, mais surtout de la durée effective du travail négociable et modulable au niveau des branches et des entreprises et sur la durée effective des CDI fragilisés par la facilitation les ruptures conventionnelles des contrats d'embauches. Soit très exactement ce qui fait l'objet de contestations.

    2. « Les Français ont voté pour lui »

    La question suivante revient sur le processus des ordonnances, en demandant au journaliste s'il ne s'agit pas d'une entreprise individuelle du président de la République. Et le journaliste de répondre :

    « C'est marrant parce qu'on raisonne à l'instant “T”, au jour d'aujourd'hui. Mais les ordonnances […] c'est quelque chose qui est permis par notre Constitution, notre loi fondamentale, ce qui fait qu'aujourd'hui on a une Ve République avec des règles. Ces ordonnances, elles sont autorisées, elles sont permises, elles sont à la disposition du gouvernant pour pouvoir prendre des décisions plus vite, sans passer par les députés, en sachant que les députés, eux, quand même, vont autoriser Emmanuel Macron à prendre ces décisions. Donc ça passe quand même par le Parlement mais uniquement pour autoriser à prendre les décisions. »

    Pas de doute : c'est constitutionnel ! Mais c'est une procédure contestable (et contestée). Et les « décisions » soumises au Parlement, notamment pour valider les ordonnances ne permettent pas de les amender. Observer un pieux silence sur ces points peut difficilement se prévaloir des exigences de simplification pédagogique.

    Il en va de même du deuxième argument :

    « Ça ne vient pas de nulle part les ordonnances, on en parle maintenant, mais c'est quelque chose dont Emmanuel Macron a parlé quand il était candidat, il a dit qu'il voulait aller vite, donc ça, c'était avant le premier tour de la présidentielle. Donc c'est une décision qu'il a prise avec ses proches, décision qui l'engage puisque les Français ont voté pour lui, l'ont élu président, donc lui il estime qu'il a le droit de le faire et de fonctionner comme ça. »

    Il « estime »… La nuance est d'importance ! Mais qu'« estiment » donc ceux qui ne sont pas d'accord (puisque tous ceux et celles qui ont voté pour Emmanuel Macron ne l'ont pas fait en approuvant la procédure des ordonnances et leur contenu) ?

    3. Ceux qui sont « contre la loi parce qu'ils la trouvent mauvaise »

    La petite fille demande alors au journaliste quelles sont les personnes qui manifestent dans la rue. Réponse in extenso :

    « On trouve beaucoup de gens différents dans les manifestations, mais ce sont des gens qui sont militants dans un syndicat, surtout la CGT hein. Qu'ils travaillent dans une usine automobile, un supermarché ou à la SNCF, il y a même des retraités, des professeurs de collège, d'école, ils sont contre la loi qu'ils trouvent mauvaise, et même si ça ne les concerne pas eux-mêmes, ils disent qu'ils manifestent pour les autres, pour ceux qui n'osent pas aller dans la rue, ils sont donc prêts à faire grève, à revenir plusieurs fois. Et bah l'an dernier quand il y avait déjà eu des manifestations contre une autre loi, la loi El Khomri, certains, ils avaient manifesté au moins dix fois, entre le mois d'avril et le mois de juillet. »

    Tous les manifestants ne sont pas « militants dans un syndicat ». Et que pensent, même pédagogiquement – ou schématiquement – résumé, ceux qui sont « contre la loi parce qu'ils la trouvent mauvaise » ? Les enfants seraient-ils trop jeunes pour le savoir ?

    4. « Les policiers, bah ils répliquent »

    L'écolière suivante pose la question fatidique de la violence en manifestation, amenant une nouvelle réponse, toute en finesse :

    « Alors normalement, les manifestations, elles sont plutôt calmes hein. La plupart des gens ils marchent derrière des pancartes, des banderoles, ils chantent, ils crient, il y a des stands de sandwich, de boissons dans des camionnettes, c'est plutôt joyeux. Mais il y a aussi des personnes qui profitent de la présence d'une foule hein, de… de dizaines de milliers de personnes, pour venir commettre des violences, surtout contre la police. Et oui, dans ce cas évidemment ça peut devenir grave : ils jettent des pierres, des sortes de… de bombes sur les policiers, les policiers bah ils répliquent avec des gaz lacrymogènes, hein, les gaz lacrymogènes ça pique très fort les yeux et la gorge, il y a souvent des blessés. Mais ça ne concerne que très peu de gens hein, au total, par rapport à tous les manifestants. »

    Des « sortes de bombes » ? La modération n'est visiblement pas de mise. Des policiers qui « répliquent » ? Toujours ? Seulement ? Rien ne sera dit de l'arbitraire préfectoral, moins encore des violences policières.

    5. « Est-ce que c'est la rue rue qui décide ? »

    La dernière question concerne, au fond, le rapport de force entre le mouvement social et le gouvernement. Ce dernier peut-il plier face aux mobilisations ? À nouveau, à défaut de faire dans la pédagogie et la synthèse, la réponse donne dans la caricature et l'exagération :

    « La question, c'est qui fait la loi, finalement. Est-ce que ce sont les députés, au Parlement, avec les ordonnances donc d'Emmanuel Macron, ou est-ce que c'est la rue rue qui décide, le “mouvement social” comme on l'appelle, et bien c'est un peu le test. Le problème, c'est qu'il y a un décalage dans le temps, entre le moment où les Français votent pour un programme, et dans le programme d'Emmanuel Macron il y a les ordonnances sur le code du travail, et le moment présent, où aujourd'hui le gouvernement est dans l'action, il y a un décalage. Est-ce que les Français sont toujours d'accord avec le “Emmanuel Macron” pour lequel ils ont voté au mois de mai ? C'est la difficulté : est-ce qu'on peut se dédire, si près d'une élection ? »

    Tout le propos tient, une fois encore, dans cet argument controversé : en votant pour Emmanuel Macron, les électeurs auraient voté pour son programme.

    ***

    On comprend bien l'intérêt de cet exercice journalistique. Occupant la bande sonore à peu de frais (récolter quelques questions dans une école parisienne et inviter un éditorialiste à y répondre), dans une démarche forcément attendrissante (naïveté des enfants, ton professoral du ou de la « spécialiste »), l'émission est typique des exercices de « pédagogie » médiatique. Mais une pédagogie digne de ce nom, même quand elle s'adresse, du moins en principe, à des enfants, devrait être équilibrée et présenter les arguments en présence. Quand la pédagogie abandonne la pluralité des points de vue et passe sous silence les nuances nécessaires à la compréhension des enjeux, elle se fait caricature.

    Vincent Bollenot (avec Henri Maler)

  • Journalistes au service de l'Europe libérale ? (SNJ-CGT)

    29 septembre — Les écoles reconnues et quelques autres, , 108539

    Nous publions ci-dessous un communiqué du SNJ-CGT sur une formation dispensée par un think tank européen très orienté. (Acrimed)

    « L'Académie Notre Europe », émanation du think tank Institut Jacques-Delors, organise à partir du mois d'octobre une formation en direction des journalistes.

    Le premier vendredi de chaque mois, d'octobre à juin, une vingtaine de journalistes suivront une formation de quatre heures dont l'objectif est de « favoriser les échanges entre relais d'opinion et protagonistes de la construction européenne ».

    Les intervenants seront « d'anciens commissaires européens, des dirigeants d'organisations internationales, d'anciens ministres et des décideurs européens et nationaux de haut niveau » (sic).

    Jusque-là, rien de répréhensible, mais les déclarations d'Enrico Letta, ex-premier ministre italien et libéral assumé, actuel dirigeant de l'École des affaires internationales de Sciences Po à Paris, président en exercice de l'Institut Jacques-Delors et initiateur du projet de l'Académie Notre Europe, ne sont pas pour rassurer : « Un vent nouveau souffle sur l'Europe (…). L'élection d'Emmanuel Macron, dont la campagne résolument pro-européenne a été une nouveauté et une réussite, a profondément renouvelé la politique française. Nous souhaitons accompagner ce renouveau et contribuer à la formation d'une nouvelle classe dirigeante pro-européenne, préparée et capable de faire face à la complexité des défis que traverse l'Europe. Une classe dirigeante jeune, avec des idées novatrices et l'enthousiasme nécessaire pour refonder le projet européen. »

    Les libéraux européens rêvent depuis longtemps de transformer les journalistes en simples « relais d'opinion », au détriment de leur responsabilité sociale de décrypteurs de l'information au service des citoyens.

    Le SNJ-CGT dénonce ces formations (payantes) et leur statut de formation continue, éligible aux crédits de formation des entreprises.

    Ce n'est pas la première fois que de telles formations en direction des journalistes sont organisées pour tenter d'intégrer la profession dans un processus européen qui, de plus en plus, tourne le dos aux citoyens.

    Pour le SNJ-CGT, le journaliste ne doit pas être dépendant des groupes de pression, quels qu'ils soient, et encore moins se transformer en agent de communication au service des pouvoirs.

    Le SNJ-CGT appelle à l'inverse les journalistes à enquêter, analyser, décrypter le fonctionnement de l'Union européenne, de plus en plus guidée par des valeurs ultralibérales.

    Montreuil, le 27/09/2017

  • Laurent Baffie s'amuse ? Salut les sexistes !

    28 septembre, par Pauline Perrenot — Sexisme et journalisme, 108531

    Au cours de l'émission « Salut les terriens ! » diffusée le 23 septembre sur C8, Laurent Baffie soulève la jupe de Nolwenn Leroy sous les rires de Thierry Ardisson, qui interroge : « C'est pour l'audience ? ». « Faut du cul ! Faut du cul ! », s'empresse de répondre le chroniqueur/humoriste, secondé par un présentateur simulant la réprimande à coups de propos sexistes : « C'est une jeune maman Laurent ! ». Et Baffie de conclure l'échange : « Une belle jeune maman ! »

    Cette séquence, et les réactions qu'elle a provoquées dans certains médias comme Public, Gala ou encore dans l'émission « Touche pas à mon poste », témoignent de l'enracinement dans les médias de ces comportements qui nourrissent la culture du viol [1]. Comme à chaque fois, la défense-réflexe d'un collègue (et ami pour certains) adoubé pour son « franc parler », le divertissement et l'ambiance « bon enfant » de l'émission sont brandis comme autant de paravents justifiant que l'on appelle « blague », « jeu », ou que l'on présente comme un simple « geste déplacé », voire comme un simulacre ce qui est en réalité une agression.

    Cette agression est d'autant plus grave que, propos sexistes à l'appui, elle prétendait faire rire les téléspectateurs. La réaction « C'est une jeune maman ! » revêt en effet ici un caractère doublement pervers : elle ramène tout d'abord Nolwenn Leroy à son statut de mère, alors que la chanteuse est invitée pour promouvoir son nouvel album. Puis, prononcée sur le ton de la réprimande – surjouée et feinte qui plus est – elle laisse à penser que le fait d'être une « jeune mère » fait figure d'exception et constitue en lui-même un argument contre ce qui vient de se passer. Comprenons : « Pour toutes les autres, ce n'est pas grave, mais elle c'est une jeune mère, alors quand même ! » : voilà qui alourdit encore un peu plus le dossier « Sexisme médiatique » de l'émission « Salut les terriens ! » [2].

    Le « bienveillant » Laurent Baffie

    Depuis l'émission, cette agression fait l'objet d'analyses et de commentaires dans les médias, pour le meilleur [3]… mais également bien souvent pour le pire.

    Sur la première marche de ce sinistre podium, un article de Gala signé de « La rédaction » le lendemain de l'émission de C8, dans lequel on peut lire ceci :


    ""

    À la bonne heure !

    Non contente de peiner à nommer un acte condamné par la loi [4], la rédaction de Gala écume un à un les procédés rhétoriques contribuant à minimiser l'agression et, ce faisant, à la légitimer. Le magazine féminin prend moins de pincettes et use de moins de guillemets lorsqu'il s'agit de défendre ouvertement Laurent Baffie, un homme « bienveillant » ayant le « compliment » – ce que Gala estime être un compliment – facile… Et comme ce n'était pas suffisant, Gala renvoie à un second article de son cru, véritable chanson de gestes retraçant le parcours d'un papa exemplaire ayant « à cœur de défendre [la lutte contre] les violences conjugales » :


    ""

    Apporter toutes les preuves de la bonne foi de l'agresseur en oubliant totalement la victime… De telles saillies en disent long sur les complaisances dont bénéficie le sexisme dans certains médias.

    Un phénomène dont le magazine Public sait quelque chose, qui, de fioritures en euphémismes, romance et édulcore à outrance son « récit des faits » [5] :

    Samedi soir, lors de l'interview de Nolwenn Leroy par Thierry Ardisson sur le plateau de Salut les Terriens (C8), Laurent Baffie a eu un geste déplacé envers la chanteuse française qui a tout récemment donné naissance à son premier enfant, fruit des amours avec le tennisman Arnaud Clément. Invitée pour parler de son nouvel album, Gemme, la belle a, alors qu'elle complimentait Michel Fugain assis juste à côté d'elle, vu la main de l'humoriste se poser sur sa cuisse et tenter de remonter sa robe.

    On notera ici que ce n'est pas l'humoriste qui a posé sa main sur la cuisse de la chanteuse, mais « sa main qui s'est posée ». À l'insu de son plein gré ?

    « Touche pas à mon poste »… évidemment

    L'émission « Touche pas à mon poste », diffusée elle aussi par C8, ne pouvait se garder de réagir. Coutumiers et coutumières de la banalisation des agressions sexuelles, comme le rappelle à bon escient le journaliste David Perrotin pour Buzzfeed, les chroniqueurs et chroniqueuses de l'émission se disputent la défense de Baffie au gré de plaidoyers consternants, après que Rokhaya Diallo a tenté d'exprimer un avis divergent en condamnant le geste de l'humoriste :


    - Cyril Hanouna : « Je te le dis [à Rokhaya Diallo], c'est un pote contre qui t'es énervée et je comprends moyen la polémique. […] Alors on va regarder l'image parce que le CSA a précisé qu'il allait ouvrir une enquête là-dessus. Alors le CSA il bosse beaucoup hein sur C8. Ils ont qu'une chaîne. On regarde. »

    - Valérie Benaïm : « Je comprends ce que tu veux dire, mais là en l'occurrence tu as parlé de jeu. Et on avait tout à fait conscience qu'il s'agissait entre eux d'un jeu. La seule personne qui a le droit de dire […] “ je n'ai pas été à l'aise, je trouve que Laurent Baffie a été trop loin ”, c'est Nolwenn Leroy, c'est la seule qui a le droit de dire ou pas comment elle a vécu et ce qu'elle a ressenti. Et effectivement, s'il n'y avait pas cette notion de jeu, et s'ils n'avaient pas dit l'un et l'autre, lui qu'elle est belle et qu'il l'admire et elle, qu'elle aime énormément Laurent et que ce sont des amis, ça aurait pu prêter à confusion mais là, il n'y a pas confusion. »

    - Isabelle Morini-Bosc : « Moi aussi c'est le personnage de Baffie, je suis désolée Rokhaya, mais il est comme ça Baffie. Moi quand il m'appelle « pute » dans la rue, « Hé ! La pute ! », c'est évident que je pense sincèrement qu'il ne pense pas que je le suis. »

    - Cyril Hanouna : « Il vous appelle “Hé ! La pute” ? »

    - Isabelle Morini-Bosc : « Oui, c'est là que je me suis retournée d'ailleurs parce qu'avant, j'avais pas entendu. [Rires généralisés] Là honnêtement c'est gentillet et tout, et le fait que le CSA réagisse à ça parce que quelqu'un a fait un signalement, je trouve ça désastreux. »

    « Désastreux », c'est bien le mot.

    ***

    Suite aux nombreuses plaintes d'internautes, le CSA a effectivement ouvert une enquête. Thierry Ardisson a réagi :

    Je suis un citoyen français qui répond aux lois de mon pays. Si une association de lutte contre le remonté de jupe m'attaque, très bien. Mais, moi, le CSA, je ne reconnais pas cette juridiction intermédiaire ! Le truc coûte 40 millions d'euros par an à la collectivité nationale, au moment où on ampute le budget de FranceTélévisions de 80 millions d'euros ! Le CSA s'appuie sur des signalements, je déteste ce système de dénonciation anonyme. On se croirait en 1942, époque où les Français avaient déjà une fâcheuse tendance à dénoncer. […] Je fais ce que je veux ! C'était une blague entre Laurent Baffie et Nolwenn Leroy qui sont par ailleurs très très potes ! [6]

    « Je trouve cela incroyable ! C'est Orwell ! On rêve ! », lance encore le présentateur… On ne peut que lui retourner l'indignation : dans le petit monde des « Terriens », l'ignorance c'est la force, et l'agression le consentement.

    Pauline Perrenot

    Post-scriptum : Laurent Baffie lit-il les textes qu'il signe ?

    Le 25 septembre, Le Monde publiait un « Manifeste pour un média citoyen » [7]. Média qui, selon les signataires au rang desquels se trouve Laurent Baffie, « sera féministe et défendra les droits LGBTI : il soutiendra l'émancipation des femmes et l'égalité entre les genres. »

    ""


    [1] Les mouvements féministes définissent la « culture du viol » comme l'ensemble des mécanismes rhétoriques et des comportements contribuant à minimiser, relativiser, nier voire approuver les agressions sexuelles et les viols dans la société. Parmi ceux-ci par exemple, trouver des excuses à la personne qui agresse et/ou culpabiliser la personne qui subit l'agression.

    [2] Voir nos deux articles sur le sujet, concernant Jade Lagardère et Brigitte Macron.

    [3] Voir notamment, sur le site TerraFemina un article de Charlotte Arce dans lequel on peut lire ceci : « Cette tendance qu'ont certaines émissions à minimiser les actes de l'agresseur, à les excuser ou à rejeter la faute sur Nolwenn Leroy fait partie intégrante de la culture du viol et contribue à perpétuer les violences sexistes et sexuelles. » Ou encore l'article de Nadia Daam dans Slate.

    [5] Sur le sujet, lire aussi notre article Violences conjugales : l'insoutenable légèreté du journalisme.

    [6] Les propos cités par TVMag.

    [7] Article payant.

  • L'AFP définitivement condamnée pour discrimination syndicale (SNJ-CGT)

    27 septembre — Pratiques et dérives de l'AFP et autres agences, , , 108532

    Nous publions ci-dessous un communiqué du SNJ-CGT sur un cas de discrimination pour laquelle l'AFP avait été condamnée en 2015 (Acrimed)

    Sous la présidence d'Emmanuel Hoog, la discrimination syndicale existe bel et bien à l'Agence France-Presse. Dans un arrêt rendu le 20 septembre dernier, la cour de Cassation vient de le confirmer.

    Pourtant il y a deux ans tout juste, le PDG Emmanuel Hoog avait déclaré devant tous les secrétaires de branches CGT (SNJ-CGT, UFICT-LC et SGLCE), que "la discrimination syndicale n'était pas un sujet à l'Agence".

    Rappel des faits. En mai 2012, le délégué du personnel (reporter-photographe ayant alors plus de 25 ans d'ancienneté maison) postule sur un poste de rédacteur-en-chef adjoint au service photo après avoir déjà postulé 10 fois depuis 2005, année de son premier mandat, sur d'autres postes à responsabilité toujours refusés "sans explications ni raison objective" selon la Cour d'appel. Seul candidat en interne, la direction de l'AFP - pour qui faire des économies est sans doute une priorité - préfère alors aller chercher un candidat en externe, photographe dans une petite agence photo qui, selon elle, "adhère aux projets de la direction".

    En novembre 2015, la chambre sociale de la cour d'appel de Toulouse condamne l'AFP pour discrimination syndicale et relève, notamment, "le caractère subjectif et non matériellement vérifiable des motifs avancés par l'AFP pour justifier son choix du candidat externe, seul autre candidat déclaré, pour occuper ce poste." La direction, figée dans son jusqu'auboutisme, décide alors de se pourvoir en cassation.

    Après cinq ans de procédure, la cour de cassation a aujourd'hui tranché. L'AFP est définitivement condamnée pour discrimination syndicale vis-à-vis d'un élu délégué du personnel SNJ-CGT. Dans son arrêt du 20 septembre, la cour rejette le pourvoi et condamne l'AFP aux dépens.

    Montreuil, le mardi 26 septembre 2017

  • Jean-Marc Four, porte-parole des châtelains médiatiques

    27 septembre, par Denis Souchon — Journalistes et politiques, , 108533

    Le 29 août le journaliste multi-cartes « Bruno Roger-Petit est nommé conseiller, porte-parole de la Présidence de la République, à compter du 1er septembre 2017. » Certes, son activité d'éditorialiste sur le site du magazine Challenges en faisait déjà un quasi porte-parole officieux d'Emmanuel Macron [1]. Il n'en reste pas moins que ce débauchage, qui relève d'un mélange des genres déontologiquement plus que douteux et jette une lumière crue sur les frontières poreuses et les conflits d'intérêts larvés entre un certain journalisme et les « communicants » politiques, causa une certaine gêne chez quelques-uns de ses confrères … Mais pas chez le directeur de la rédaction de France Inter, Jean-Marc Four, qui consacre à « l'affaire » Bruno Roger-Petit sa chronique hebdomadaire du 1er septembre en la titrant « Le porte-parole du Château ».

    Il commence, dans un accès puéril de corporatisme, par présenter cette nomination comme « une petite victoire pour la presse » et les rapports entre « les médias » et Emmanuel Macron comme un match :

    « Médias 1 – Macron 0. C'est l'incarnation de la volte-face de la communication présidentielle. L'épisode Jupiter est derrière nous, l'Elysée a compris qu'en 2017 on ne peut PAS gouverner sans les médias, en les mettant à distance. Bien tenté. Mais raté. La désignation d'un journaliste comme porte-parole en est l'aveu parfait. »

    Ou bien Jean-Marc Four ne lit pas la presse française, ou bien il est amnésique. Comment peut-il créer une opposition entre l'actuel président de la République et « les médias » alors que ce dernier a construit une très grande partie de la notoriété en utilisant et/ou en se laissant utiliser (de manière très intéressée et habile) par les médias dominants ?

    Le directeur de la rédaction de France Inter poursuit en ayant le début du commencement d'un moment de lucidité :

    « Ensuite, il y a, comme souvent, une dimension narcissique dans cette abondance de commentaires. Nous les journalistes nous adorons parler… des journalistes. D'autant que c'est un microcosme. En l'occurrence, nous sommes nombreux à avoir déjà croisé le chemin professionnel de Bruno Roger-Petit. [2] (…) La presse est inquiète. Inquiète, non sans raison, de sa perte de crédibilité progressive auprès du public. De nombreux articles ont donc fustigé cette nomination, sur le thème : c'est un nouveau coup dur, un symbole terrible de la connivence journalistes / pouvoir, journalistes / Macron. »

    Lucidité partielle et passagère car Jean-Marc Four continue en nous livrant deux « observations » qui laissent pantois : « (…) donnons ce crédit à Bruno Roger-Petit : il ne mélange pas les genres. Ou du moins, à partir de ce matin, il ne les mélange plus ! C'est clair : il n'est plus journaliste. Il est porte-parole de l'Elysée. »

    « Du souvenir du passé faisons table rase » nous intime le chroniqueur : l'annonce des nouvelles fonctions politiques de Bruno Roger-Petit qui devraient interpeller Jean-Marc Four sur la porosité entre la région éditocratique de l'espace journalistique et l'espace politique, et donc sur la question de l'indépendance de la presse par rapport aux pouvoirs politiques, ne suscite chez lui que des bravos adressés à l'éditocrate qui pendant des mois s'est livré à une propagande pro-Macron sous couvert d'objectivité journalistique.

    Arrive la « deuxième observation : on fait mine de découvrir la Lune, hein quand même. Avant lui, bien d'autres ont fait ce choix, de Catherine Pégard pour Nicolas Sarkozy à Claude Sérillon pour François Hollande en passant par Françoise Degois pour Ségolène Royal. Ce sont des parcours personnels, respectables dès l'instant où ils sont transparents. Et ce sont des cas rares, rapportés aux quelques 35 000 journalistes français. »

    Les journalistes que cite Jean-Marc Four ne sont peut-être pas nombreux, mais les mettre en regard des 35 000 journalistes français dénote une certaine malhonnêteté intellectuelle. À moins que Jean-Marc Four, croyant découvrir la Lune, ne regarde que le doigt ; car les journalistes qu'il cite ne sont pas vraiment des acteurs lambda de la profession au moment où ils décident de mettre leur savoir-faire et leur entregent au service de dirigeants politiques : Catherine Pégard était directrice de la rédaction du Point, Françoise Degois était n° 2 du service politique de France Inter, quant à Claude Sérillon, sa notoriété d' ex-présentateur du 20h fait de lui une figure de la profession. Et n'en déplaise à Jean-Marc Four, aussi peu nombreux soient-ils, que des responsables éditoriaux de médias de premier plan puissent aussi facilement, et sans délai, passer du métier de journaliste à celui de communicant, qui consiste à tenter d'influencer les journalistes pour influer sur l'information ne peut manquer de jeter la suspicion sur les chefferies éditoriales, sur l'information politique, et in fine sur l'ensemble de la profession.

    La suite du raisonnement est tout aussi effarante : « Il y avait donc quelque chose de troublant à lire toute cette prose fustigeant Bruno Roger-Petit. Comme si le critiquer pouvait servir de sauf-conduit : on s'auto-attribue un certificat d'indépendance journalistique. Le soupçon de connivence qui pèse sur la presse a bien un lien avec le mélange des genres. Mais les mélanger, me semble-t-il, ce n'est pas être porte-parole. C'est être… Janus : journaliste le jour, et conseiller du prince la nuit. Et ça arrive. Et à ce moment-là, on n'est plus en situation, sur la loi Travail, les retraites, ou la politique de défense, de poser les questions qui fâchent… Ces questions auxquelles, justement, l'Élysée doit trouver des réponses. »

    Jean-Marc Four se livre à un numéro d'apprenti-prestidigitateur en essayant de faire croire qu'en matière de « mélange des genres » et de services rendus aux pouvoirs il n'y a qu'un cas de figure, celui consistant pour un journaliste à être « Janus : journaliste le jour, et conseiller du Prince la nuit. » Il ne semble pas lui venir à l'esprit que des journalistes peuvent soutenir des orientations sociales et politiques sans être en contact direct, en service commandé pour le compte de responsables politiques mais parce que, comme n'importe quel individu, ils ont des intérêts à défendre et à promouvoir. Pourtant au moment où il prononce sa chronique il est en compagnie de Nicolas Demorand qui n'est pas un « Janus ». Or la trajectoire, les activités et les prises de positions de l'ancien et calamiteux directeur de Libération sont bien celles d'un chien de garde des dominants.

    ***

    « Comme un chirurgien avec un scalpel, une déconstruction des ressorts qui expliquent le succès médiatique d'un sujet au détriment d'un autre. » Ainsi nous est présentée la chronique de Jean-Marc Four sur le site de France Inter. Avec un tel chirurgien, dont le scalpel de bois évite soigneusement les plaies pourtant béantes de la profession, les éditocrates peuvent dormir tranquillement…


    [1] Son parti-pris systématique en faveur du candidat d'En Marche fut ainsi en partie à l'origine de la diffusion le 16 mars 2017 d'un communiqué du bureau de la société des journalistes (SDJ) de Challenges s'inquiétant « que des contacts extérieurs au journal affirment désormais sans ambiguïté : “Challenges roule pour Macron”, et dénonçant le “nombre d'articles pro-Macron/défavorables à ses adversaires sur le site Internet de Challenges” ; avant de désigner les responsables de ce déséquilibre éditorial : “Si des éditorialistes 'de droite' ont bien été embauchés et tentent de faire contrepoids, la fréquence bien plus élevée des articles de Bruno Roger-Petit et de Maurice Szafran, par rapport à celles des autres éditorialistes, annihile totalement la tentative de rééquilibrage” . »

    [2] Comme ici.

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