libéralisme ou démocratie : accueil

[Plan du site maniprop.com]
Accueil du site > Actualités, analyses, réflexions, commentaires > les français votent contre

élections présidentielles, vote de rejet, vote d’adhésion, l’argent des maffias

les français votent contre

Pourquoi les candidats ne s’en prennent-ils pas aux maffias ?

dimanche 25 février 2007, par Jean-François Baudillon

Une très forte proportion d’électrices et d’électeurs interrogés par sondages déclarent, à moins de deux mois du 1er tour, qu’ils pourraient encore changer par rapport à leur intention de vote actuelle. Très vraisemblablement pas parce qu’ils pensent être convaincus dans les prochaines semaines par le programme et la dimension personnelle d’un candidat, mais parce qu’ils ne savent pas encore celle ou celui qu’ils veulent éliminer en votant contre.

Les Français, en tout cas depuis 1981, ne cessent de voter contre. Sans doute parce aucun candidat, aucune formation politique n’est capable d’incarner avec la crédibilité suffisante le projet qu’ils attendent pour eux, pour leurs enfants, pour leur patrie- pour autant que ce mot ait encore un sens- , pour l’humanité. Il est frappant de constater que les deux candidats les plus médiatisés suscitent un très fort rejet et, ce qui est encore plus inquiétant pour eux, un doute sur leur capacité à exercer la fonction présidentielle, y compris de la part de celles et ceux qui se déclarent prêts à voter pour eux.

Vis à vis de Nicolas SARKOZY, le rejet est lié pour partie à ses provocations, ses positions tranchées et extrêmes et pour partie à un curieux mélange d’autoritarisme apparent et de séduction populiste qui prête le flan à des interprétations diverses allant jusqu’à vouloir le diaboliser. Son attitude changeante, jouant sur les effets de surprise, conduit certains à lui reprocher à la fois de ne pas tenir compte de l’opinion des plus faibles et de se laisser aller parfois, par calcul démagogique à la compassion .

Il est sans doute aussi injuste de reprocher à Ségolène ROYAL d’avoir choisi le registre de la compassion et des promesses irréalistes. Au moins autant que Nicolas SARKOZY, certainement plus encore, elle se situe ainsi dans le droit fil de François MITTERRAND et de Jacques CHIRAC, les seuls présidents réélus au cours des 25 dernières années. On aurait pu penser que les Français auraient sanctionné en 1988 François MITTERRAND du fait du virage pris en 1983 en faveur de l’Europe libérale et de ses exigences. Ce ne fut pas le cas. De même ils n’ont pas sanctionné Jacques CHIRAC en 2002 alors que la fracture sociale ne s’était pas résorbée.

Les Français n’ont pas seulement la mémoire courte. Ils ont aussi l’esprit confus, perturbé, la peur au ventre et « le moral dans les chaussettes ». Ils supportent d’autant moins, lors de ces dernières années, les inégalités qu’ils ont pris conscience du déclin de la France dans le processus actuel de mondialisation qui favorise l’essor et demain la domination des pays à bas salaire et à fort potentiel technologique comme la Chine et l’Inde. Ils attendent des plus riches non seulement de la compassion, mais un devoir de solidarité en faveur des mal logés, mal nourris, mal soignés, mal éduqué, mal aimés. Une sorte d’assistance que l’on qualifiait de paternalisme au 19ième siècle et qui de nos jours est avant tout maternante, comme Michel SCNEIDER l’a démontré dans son livre : Big mother. D’où le désir d’un avenir sous la protection de la « bonne mère ».

Mais la majorité des Français, sans pour autant être favorables à la préférence nationale, considère, comme Michel ROCARD, que la France ne peut accueillir toute la misère du monde et que « nos riches » ( c’est à dire ceux qui ne sont pas encore partis) ne veulent pas partager avec un nombre croissant de défavorisés attirés par notre mode de vie et de protection sociale, tandis que les nouveaux riches des pays d’où ils viennent prospèrent impunément.

Le capitalisme financier, celui des stock options et des OPA est évidemment injuste et insupportable. Les dirigeants français ne peuvent s’y opposer qu’en fermant les frontières et en sortant de l’Union européenne, solution préconisée par le Front National et d’autres protestataires. En effet ce nouveau capitalisme, qui permet à un petit nombre d’accéder à des fortunes rapides et qui ruinent les classes moyennes, est devenu international et profitera de plus en plus aux nouveaux riches des pays de l’Est de l’Asie, de l’Amérique latine et aux dictateurs Africains qui placent leur argent dans des paradis fiscaux. Il ne suffit donc pas de s’en prendre aux Etats-Unis et au Japon pour éradiquer cette vague déferlante de la barbarie moderne.

La solution, qui ne peut être seulement française, se trouve dans le grand absent de toute campagne, en France comme ailleurs : l’argent des mafias. Cet argent, qui représente une somme colossale, et qui est au cœur du capitalisme financier moderne, est pour partie recyclé dans des activités licites, notamment l’immobilier et le tourisme. Mais il échappe presque totalement aux efforts de redistribution des Etats et des organisations internationales. Pour le moment, aucun journaliste n’a soulevé cette question au cours de cette pré-campagne électorale et apparemment, il n’y a pas eu d’intervention sur ce sujet dans les forum de la démocratie participative interactive, ni dans les grandes messes des deux principaux candidats. On pourrait d’ailleurs se poser la question de la provenance de telles sommes investies dans le financement des campagnes présidentielles et du retour attendu, en se souvenant du syndrome Kennedy.

Aussi je reste persuadé que la candidate ou le candidat qui se déclarera prêt à lutter par tous les moyens contre le système mafieux redonnerait aux électeurs l’espoir et l’envie de voter pour, pour le courage (y compris physique) et la symbolique des rites sacrificiels.

Répondre à cet article

19 Messages de forum


Suivre la vie du site RSS 2.0 | libéralisme-démocraties : Plan du site | Espace privé | SPIP