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Obéissance, influence, pouvoir de la télévision,

Le « jeu de la mort ». Réponses à des interrogations légitimes qui m’ont été adressées

Après "La Zone extrème", le débat...

mardi 6 avril 2010, par Jean-Léon Beauvois

La diffusion du "Jeu de la mort" a provoqué d’un choc émotif et même passionnel. Je m’y attendais quelque peu mais j’étais loin de m’attendre à ce qu’il me vaille autant de messages et de mails accusateurs, quelquefois d’une violence inouïe. Je ne réponds pas directement à chacun, mais je traite dans cet article de quelques problèmes soulevés par ces accusations. Ces problèmes portent sur l’intérêt scientifique de l’expérimentation, sur son acceptabilité éthique. De façon quelque peu secondaire, j’en profite pour répondre à trois critiques théoriques précises. Pour une présentation scientifique, voir Beauvois, J.-L., Courbet, D., Oberlé, D., (2012). The Prescriptive Power of the Television Host. A Transposition of Milgram’s Obedience Paradigm to the Context of TV Game Show. Revue européenne de psychologie appliquée / European review of applied psychology, 62, 111-119. doi:10.1016/j.erap.2012.02.001

Je ne répondrai pas ici de façon individualisée à chaque personne qui est intervenue dans le forum de mon précédent article. J’essayerai plutôt de traiter des problèmes qui ont été soulevés soit dans ce forum soit directement par des mails me faisant part des interrogations suscitées tant par l’expérimentation proprement dite que par le documentaire.

1. Je crois pouvoir demander à ce que soit immédiatement éliminée toute suspicion d’une motivation perverse de ma part à « passer à la télévision ». J’ai déjà refusé de participer à des émissions dont les attendus idéologiques ne me convenaient pas ou pour lesquelles je ne me jugeais pas compétent. D’ailleurs, j’ai pris prés de deux années de réflexion avant de donner mon accord. C’est long comme temps de réflexion pour quelqu’un qui « crève d’envie de passer à la télé ». Il n’est pas exclu que la personne même de Christophe Nick, militant, producteur et/ou auteur de documentaires d’exception [1] ait pesé sur ma décision. Quoiqu’il en soit, lorsque j’ai donné mon accord, c’était sur des bases claires qui n’ont jamais été mises en cause : Christophe était l’auteur-producteur du documentaire sur les dérives envisageables de la télé réalité. Même si nous pouvions donner notre avis, Christophe était évidemment maître du propos, de la matière qu’il utiliserait dans ce documentaire et de la façon dont il utiliserait cette matière. Mon rôle (et celui de l’équipe qu’il me fallait coopter) était d’aider à la conception et à la validité scientifique d’une transposition de Milgram dans un contexte télévisuel de jeu. Il n’était même pas certain au départ que nous apparaîtrions dans le documentaire, même si c’était probable.

La question reste donc : pourquoi ai-je accepté ? Voyons d’abord les raisons scientifiques ; je parlerai ensuite d’éthique. Je terminerai par quelques points purement théoriques ayant suscité contestation.

Le "Jeu de la mort" : cette transposition de Milgram était-elle scientifiquement utile ?

2. Les reproductions réussies des expérimentations de Milgram ne manquent pas [2]. Ni moi, ni mes collègues n’étions prêts à nous engager dans une nouvelle reproduction qui n’aurait été que, la Nième [3]. Mais ce que nous proposait Christophe était réellement nouveau : il s’agissait certes de reproduire le dispositif de Milgram (procédure des chocs électriques progressifs suite à des erreurs), mais dans un tout autre contexte que celui, toujours reproduit, d’une recherche scientifique impliquant l’autorité dite « légitime » d’un scientifique. En quelque sorte : Milgram, mais dans un nouvel emballage social, un emballage télévisuel et donc un nouveau pouvoir. Le pouvoir (à distinguer de l’influence) qu’il s’agissait de mettre en évidence était un pouvoir jusqu’à présent non exploré par la méthode expérimentale. Nous avions besoin, comme Milgram lui-même avait eu besoin des ingrédients du contexte scientifique (Université, laboratoire, blouse grise, matériel sophistiqué…), des principaux ingrédients du contexte télévisuel : un studio, une musique particulière, pas forcément de très bon goût, un public qui scande aux bons moments [4],un chauffeur de salle, une animatrice et, bien sûr, des caméras, nos sujets devant se sentir filmés et n’avoir aucun doute sur ce point. Éviter les caméras serait revenu à délester l’emballage télévisuel de son élément principal [5].

La mise en œuvre de ce changement du contexte social de l’exercice du pouvoir était terriblement tentante du strict point de vue de l’heuristique scientifique. L’occasion nous était donnée de tester expérimentalement un pouvoir assez souvent supposé (quoique bien souvent nié depuis le 17 mars !) mais jamais montré comme tel dans son exercice. Pourquoi cacher ce qui reste pour moi une évidence épistémologique et historique : lorsqu’un phénomène peut être exploré expérimentalement, les autres méthodes perdent aussitôt beaucoup de leur pertinence. Imaginez ce qu’aurait donné une méthode consistant, par exemple, à faire des entretiens auprès de téléspectateurs sur le thème « quel effet à sur vous et sur vos amis la télévision ? » Ou encore, autre exemple, une méthode inspirée des jeux de rôle. Ou enfin un sondage avec question « seriez-vous prêt, dans le cadre d’un jeu télévisé, à envoyer des chocs électriques de 460 volts à un autre joueur ? »

3. Que la télévision ait de l’influence, c’est ce que tous les gens informés savent depuis bien longtemps. Les modelages, les conditionnements évaluatifs, les simples expositions ou même (interdites dans les publicités) les présentations subliminales (autant de processus d’influence inconsciente avérés en psychologie sociale expérimentale) sont d’observation assez fréquente sur les étranges lucarnes. Ces influences façonnent à long terme les attitudes (par exemple sécuritaires), les valeurs (par exemples libérales [6]), les prédispositions comportementales (par exemple agressives). Je ne peux ici que renvoyer aux articles sur maniprop de Marchand et de Courbet.

Mais, au-delà de ces influences que j’ai rassemblées (avec Claude Rainaudi) sous le concept de propagande glauque, rien ne permettait d’avancer que la télévision ait une quelconque « légitimité » permettant de doter ses agents d’un pouvoir prescriptif, le pouvoir de donner des ordres (ou pouvoir de prescription) : faites ceci ou ne faites pas cela [7]. On savait certes que certains animateurs pouvaient obtenir de personnes venues délibérément dans leur émission des comportements assez extravagants (manger des araignées, se coucher dans un réduit envahi par les rats…). Mais on pouvait évoquer à propos de ces exemples un effet évident d’auto-sélection des personnes en avançant que celles qui satisfont à de telles injonctions sont des personnes très particulières puisqu’elles viennent jouer volontairement à de tels jeu en en connaissant toutes les règles. Mais rien ne permettait d’avancer que la télévision dotait certains de ses agents d’un tel pouvoir prescriptif pouvant s’exercer sur tout un chacun, sur des personnes comme vous et moi, venues, non pour jouer, mais pour simplement aider à l’amélioration d’un jeu télévisé, comme elles le faisaient pour d’autres type de produits marchands. Et sans pouvoir envisager de gains autres que le défraiement de 40 € [8]. À ce pouvoir, je ne croyais d’ailleurs guère moi-même au départ. J’ai donc dû déchanter devant ce qui est un fait expérimental : l’animatrice Tania Young disposait bel et bien dans le jeu de la Zone Extrême d’un pouvoir prescriptif sur des gens qui n’étaient pas venus pour jouer à ce jeu-là et que rien, sauf l’idée agréable mais futile qu’on est un être exceptionnel, ne permet de différencier de vous et moi. Ce pouvoir lui permettait d’obtenir dans la situation la plus typique de Milgram (nous disons : la situation canonique) des actes radicalement contre-attitudinels, non conformes aux motivations et valeurs des « questionneurs ». Et c’est-là l’apport que j’ai la faiblesse de juger important de l’expérimentation [9]. On devra théoriquement réfléchir à la nature sociale de cette sorte de « légitimité » dont la télévision dote ses agents. Si j’ai laissé dire ou dit moi-même que ce pouvoir est peut-être plus important que celui qui s’exerçait dans les recherches de Milgram, c’est parce que nous n’avons pas obtenu plus de désobéissance dans certaines situations (qui ne sont pas évoquées dans le documentaire) mais qui, théoriquement, auraient dû produire de la désobéissance comme elles en produisaient chez Milgram (intervention d’une membre de l’équipe de production demandant l’arrêt du jeu).

4. On est sensé vivre une époque formidable. Tel sociologue important nous décrit la fin de l’autorité. Tel spécialiste des organisations proclame que le pouvoir ne peut être désormais qu’un pouvoir négocié. Tel scientifique de l’éducation voit s’étendre le règne serein de la permissivité et de l’individualisme libérateur. Bref, nous sommes proclamés gagner tous les jours en liberté et en marges de manœuvres. Ça, c’est le discours de ce que j’appelle après d’autres les chantres du système. Ajoutez à cela que la propagande de la guerre froide nous a seriné qu’on était libre dans un pays libre. Aussi oublie-t-on souvent la réalité et le fait obstiné de la soumission et de sa concrétisation comportementale dans l’obéissance. Ce grand écart entre le discours et la réalité donne lieu à des interrogations quelquefois étonnantes : le mensuel Sciences Humaines titrait récemment « l’énigme de la soumission ». Quelle énigme ? Pourquoi n’avoir pas titré l’énigme du management, du commandement, de l’éducation, de l’enseignement… qui sont le recto de la feuille dont la soumission et l’obéissance restent le verso ? On nous présente volontiers quelques élèves, enfants ou salariés « désobéissants ». Ces désobéissances exemplaires et télégéniques sont l’arbre qui cache l’immense forêt, en vérité peu intéressante, des élèves, des enfants, des étudiants, des salariés, des malades… qui font assez régulièrement ce qu’on attend d’eux. Qui obéissent en masse. Ils peuvent le faire en roulant des mécaniques, mais cela ne dérange strictement personne.

Aussi me paraissait-il théoriquement important de montrer que la prédisposition à l’obéissance donne lieu en 2010 aux comportements les plus fréquents dans une situation d’autorité où sont données des prescriptions inattendues, alors même que ces prescriptions sont contraires aux valeurs courantes et sans doute à la morale. Que cela pouvait aider chacun à réfléchir sur les situations qu’il rencontre dans la vie quotidienne. Et, surtout, d’un point de vue théorique, que cette démonstration permettait de mettre à distance le discours que je dis être celui des chantres du système [10]

Venons en à l’éthique, point sur lequel de nombreuses questions convergent.

5. D’abord un propos général. J’ai écrit et je persiste à proclamer que l’éthique qu’on prétend imposer à la recherche dans les disciplines psychologiques repose davantage sur des exigences de nature idéologique et culturelle que sur une morale acceptable par tous comme cela devrait être le cas. Elle met essentiellement en œuvre la conception dominante de ce qu’est la beauté de l’homme que se doit de respecter le chercheur : l’homme est beau notamment quand il prend des décisions, lorsqu’il traite l’information, lorsqu’il réfléchit à ce qu’il fait, lorsqu’il s’engage délibérément dans des causes justes… Il n’est pas beau notamment quand il veut usurper du pouvoir, quand il cancane ou quand il obéit ou se fie à son groupe. Cette conception de la beauté de l’homme n’est guère qu’une production de la valeur sociale qu’on attribue aux gens et aux choses. Elle n’est pas la morale. Un impératif moral est par définition catégorique. Je prétends que si une façon de se comporter avec autrui n’est pas « éthique », ce qui devrait vouloir dire qu’elle va à l’encontre d’un impératif moral catégorique, elle devrait être interdite pour tout le monde et pas seulement pour les chercheurs. Par exemple, s’il n’est pas « éthique » de demander à quelqu’un qui est ou s’est mis volontairement à votre disposition de réaliser une tâche sans lui demander s’il ou elle est ou non d’accord pour réaliser cette tâche et sans qu’il ou elle sache à quoi cela va servir (règle dite du consentement éclairé), cela devrait être interdit à tous, y compris aux chefs et aux étharques [11] dans leurs rapports avec leurs subordonnés, leurs secrétaires et leurs enfants. On sait bien que ce n’est pas le cas : je connais des étharques qui se comportent avec leur secrétaire en compissant la règle du consentement éclairé, quelquefois même avec une violence redoutable. C’est donc que pour eux, il ne s’agit pas là de morale. Qu’ils s’en souviennent lorsqu’ils réfléchissent à la morale scientifique.

Je crains de ne pouvoir jamais être convaincu par les tenants d’une règle alternative qui énoncerait que les chercheurs n’ont pas le droit de faire quelque chose qui est par ailleurs courant dans la vie sociale ou qui est même considéré comme particulièrement valable lorsqu’on est, par exemple, directeur d’usine, commercial, parent ou enseignant. Les chercheurs en sciences sociales et humaines ne peuvent accepter que la société se protège en interdisant l’étude de pratiques qu’elle tolère, voire de pratiques qu’elle valorise et donne à apprendre dans des formations diverses à la vente ou au commandement. [12]. Ce point de vue radical que je tenais à rappeler est ici, me dira t-on, quelque peu surjoué car personne dans la vie sociale ne prescrit à des subordonnés l’envoi à un tiers de chocs électriques possiblement mortels. En tout cas je l’espère. Soit. Mais ce qui reste sûr, c’est qu’on trouverait facilement, dans notre univers social, des salariés qui, sur prescriptions, réalisent des comportements qui les déchirent idéologiquement et moralement et qu’a très bien étudiés Joseph Torrente dans sa thèse (ils ne se trouvent pas seulement dans la police, à l’armée, ou chez les gardiens de prison comme on me l’a écrit ; pensons, par exemple à ces employés d’huissiers de justice précisément étudiés par Torrente qui mettent des gens à la rue).

6. C’est pourquoi j’ai fini par penser qu’il serait au moins utile de faire apparaître aux gens, en matière d’obéissance, le principe situationniste qui, dans mon esprit comme dans celui de la plupart des chercheurs « milgramiens », protège ces malheureux d’une vision bêtement psychologique (parce qu’en fait psychologisante) de leur obéissance [13], que cette vision soit celle des autres ou qu’elle soit, comme on sait que c’est souvent le cas, devenue la leur. Pour tout dire, c’était bien là le principal objectif non théorique que je poursuivais avec cette recherche et sa diffusion télévisée [14]. Certes, ce principe situationniste, même s’il est libérateur, va tellement à rebours de nos conceptions habituelles en matière de comportement humain que j’ai pu lire dans quelque forum que nos questionneurs obéissants n’étaient finalement que des lâches, des salauds ou des imbéciles. Je ne ferai publiquement aucune inférence sur l’intelligence de ceux qui tiennent de tels propos après avoir vu le documentaire (s’ils l’ont vu, l’ont-ils seulement écouté ?). Mais il se trouve que de nombreuses personnes autour de moi, à la campagne, ont su tirer des enseignements plus perspicaces de ce même documentaire, finalement assez conformes à ce que nous souhaitions. Tel qui me disait qu’il aurait peut-être obéi comme les autres (et il ajoutait « malgré ma grande gueule !") ; tel autre qu’il n’aurait jamais cru que la télévision pouvait pousser les gens à de telles extrémités sans qu’ils soient venus pour ça. Tel autre encore qu’il était estomaqué par le fait qu’il suffisait que Tania s’absente pour que les gens jettent les règles aux orties etc. Et jusqu’à celle-là : qu’est-ce qui se serait passé si, quand je travaillais en usine, mon chef m’avait demandé de faire des choses aussi atroces ? Je crois que je n’aurais pas pu, mais à cause des camarades. Et je n’évoque là aucun intellectuel. Personne parmi ces gens n’a porté de jugement péjoratif sur les obéissants. Je ne suis pas sûr, hélas, que ces braves gens représentent la majorité des téléspectateurs ayant regardé Le jeu de la mort. En vérité, je n’en sais rien. Mais leur niveau de compréhension est exactement celui qu’on souhaitait.

Et finalement, j’aime bien la réponse de cette personne obéissante à un journaliste :

Que retirez-vous de votre participation au Jeu de la mort ?

Des choses positives, ça a été une aventure humaine formidable. Ça m’a permis de changer mon point de vue sur la télévision, de faire le tri. Par exemple, Koh-Lanta, ça ne me dit rien. Avant, je regardais en me disant : « On va se vider le cerveau ».

Avez-vous été étonnée d’aller jusqu’aux 460 volts ?

Dans la vie, je ne suis pas comme ça, j’avais une image de moi différente et ça m’a remis en cause. Je suis quelqu’un de sociable, là je ne me reconnais pas. Et ça m’a collé à la peau. Après la diffusion, mes parents, ma sœur et mon ami m’ont dit que j’avais eu du courage. Au travail, les gens se sont posé la bonne question : qu’est-ce qu’ils auraient fait à ma place ? Ça a ouvert un débat sur la télé, l’autorité, l’obéissance (http://www.liberation.fr/medias/0101627416-ca-m-a-colle-a-la-peau).

Et ne croyez pas que c’était-là des propos destinés à plaire au journaliste. Je ne peux qu’espérer que cette expérience individuelle se reproduise pour de nombreux sujets. Mais déjà, dans un questionnaire rempli quelques semaines après l’expérimentation, plusieurs questionneurs insistaient sur ce que leur avait apporté la participation à la Zone Extrême et sur les discussions que cette participation avait suscitées avec leur entourage. Je reparlerai plus loin de ce questionnaire.

7. Ce « message » situationniste justifiait-il une éventuelle souffrance de 80 personnes ? Dieu sait si j’en ai reçu, des engueulades à ce propos. Quelquefois même plus que des engueulades, de vraies mises en cause de mon « humanité », de mon jugement moral… Je ne pense pas que les craintes formulées soient infondées (c’était en fait souvent des certitudes). J’ai vécu personnellement avec ce problème. Mais je pense qu’elles sont quelque peu exagérées, et reposent sur une entière méconnaissance du travail effectué avec les questionneurs. Restons-en un moment à l’expérimentation avant d’en venir au film. Je ne vous dirai pas que je ne ressens aucun malaise. Je mentirais. Mais il est malgré tout important pour un jugement informé et sincère d’insister sur trois points :

71. Contrairement aux sujets des expérimentations de Milgram ou de leurs reproductions, nos sujets pouvaient identifier (ou donner du sens à) leur action autrement qu’en se disant simplement : « je viens de participer à une recherche scientifique ». Ils avaient incontestablement participé à une recherche scientifique, on le leur avait évidemment dit immédiatement après qu’ils soient sortis du plateau. Mais ils pouvaient en outre se dire en quittant le studio, après qu’on leur ait longuement exposé les tenants et aboutissants (jusqu’à l’annonce de la production d’un documentaire pour France 2), « je viens de participer à un projet de mise en garde contre les dérives de la télé réalité » ; ils étaient donc, et le retour des questionnaires nous l’a confirmé, quelque peu engagés dans une sorte de projet qu’on peut qualifier de « militant ». Autant le reconnaître : nous espérions cet engagement et la façon dont nous avions pensé le « suivi » des sujets l’impliquait [15]. Oublier cet aspect du sens que les questionneurs pouvaient donner à leur participation ne peut conduire qu’à une vision terrible et pas suffisamment psychosociale de la façon dont les choses se sont passées et dont les sujets ont pu vivre rétrospectivement la situation. Cet engagement est une première chose dont il faut tenir compte avant même de juger, pour comprendre l’accord des sujets à la poursuite de leur participation.

72. Je viens d’évoquer le « suivi ». Il était destiné à ce que les questionneurs ne soient pas dramatiquement affectés par leur comportement expérimental. Autant le rappeler : un collègue ou d’une extrême rigidité théorique, ou malintentionné, à fait savoir à l’avenant que nous n’avions pas fait un suivi des sujets comme nous aurions dû, au point même d’avoir suscité dans la presse une suspicion à notre endroit de « faute professionnelle ». Et de fait, c’eût été une faute professionnelle grave de ne pas faire de suivi.

Ce collègue a des modèles, ce qui est incontestablement son droit. Il devrait pourtant savoir que les « seules meilleures méthodes » (one best way) ont été fustigées après Taylor par les théoriciens des organisations et que nos collègues psychosociologues ont souvent mis en critique l’idée taylorienne et bureaucratique qu’il n’y a qu’une seule méthode, la bonne, et que tout écart à cette seule meilleure méthode est critiquable. Nous avions bel et bien élaboré avant même que ne soit réalisée l’expérimentation un protocole de suivi [16], et nous nous y sommes tenus [17] Certes, ce protocole, bien qu’inspiré de celui de Milgram, ne ressemblait guère à l’idée que notre collègue a sans doute de ce qu’est un « bon suivi ». Pour dire les choses simplement, les principes de notre suivi étaient autant « psychosociaux » que « cliniciens » [18]. Ils étaient aussi bien orientés vers les suites de l’expérimentation que vers celle d’un documentaire impliquant l’image des sujets.

Ces principes avaient parfaitement fonctionné, ce que montraient les réponses au questionnaire :

  quelque 90% de nos sujets, dans les questionnaires retournés deux mois environ après l’expérimentation (66 sur 76), se déclaraient prêts à recommencer et jugeaient le projet auquel ils participaient important.

  Les questionneurs devaient cocher de 0 (certainement pas) à 3 (oui, certainement) 8 énoncés reflétant de « bonnes raisons » d’avoir participé. La moyenne des réponses à ces 8 questions est de 1.93 [19].

  Les questionneurs devaient aussi cocher de 0 (certainement pas) à 3 (oui, certainement) 8 énoncés reflétant de « bonnes raisons » qu’il y aurait eu à ne pas participer. La moyenne des réponses à ces 8 questions est de 0,65 [20].

  Nombreux étaient ceux qui faisaient par ailleurs valoir dans leurs commentaires l’apport décisif pour eux de leur participation à l’expérience proprement dite.

  Nous avons d’ailleurs retrouvé cette ambiance fin février, le jour de la projection du documentaire aux sujets et à leur famille (un mois environ avant sa diffusion sur France 2). Cette projection était, on s’en doute, un élément important de notre suivi. Les discussions postérieures à la présentation du film, tant formelles qu’informelles, nous ont convaincus de la validité de ce suivi. Je pourrai éventuellement en dire plus lorsqu’il sera terminé.

73. Ce qui précède donne à comprendre pourquoi tous les questionneurs (sauf quatre) ont donné leur autorisation à l’utilisation de leur image dans le documentaire. On ne leur a pas extorqué cette autorisation. Ils ont eu au contraire, j’insiste sur ce point, une dizaine de mois (plus que prévu au départ) pour revenir sur la décision prise en mai 2009.

Alors zut, je dirais volontiers que les étharques ont déjà tendance à nous pomper l’air avec la règle du consentement éclairé, une règle éminemment contestable tant sur le plan scientifique que sur le plan idéologique [21], alors il ne faudrait pas que ce soit, lorsque ce consentement est donné avec toutes les garanties de retour possible sur la décision, pour venir dire, aussitôt que cette décision étonne ou ne plaît guère, qu’il y a suspicion, voire, mot aujourd’hui magique, manipulation [22]Enfin un détail, mais un détail qui compte : comme déjà rappelé, les questionneurs ont vu le film avec leur famille, un mois environ avant l’émission. Ils pouvaient encore demander le retrait de leur image après l’avoir donc vue (une personne l’a d’ailleurs demandé à ce moment-là et on a donné suite à sa demande). Le film a été assez applaudi.

Bref, je ne suis pas en train de prétendre que tant la situation expérimentale que la production de leur image dans le documentaire fut une affaire sereine pour tous les sujets. Ni que les suites du documentaire aient été anodines pour chacun. Je ne suis pas naïf à ce point-là, mais je ne vais pas ici faire étalage de mes propres inquiétudes et interrogations. J’en saurai plus à la fin du suivi. J’ai simplement avancé des arguments à l’appui de l’idée que le catastrophisme et l’aspect accusatoire de certaines remarques ou de certaines mises en cause est quelque peu surfait. Regardez encore une fois ci-dessus le discours de la personne désobéissante qui répondait à un journaliste. Vous pouvez faire comme ce journaliste et sortir une phrase (« ça m’a collé à la peau ») de ce discours globalement satisfait, phrase qui, isolée, peut être vue comme dysphorique. Ce sera, l’ensemble du discours étant ce qu’il est, tout simplement malhonnête.

Maintenant, je mettrai en accusation véhémente quiconque s’attacherait à produire ce qu’il tient à suspecter. On sait qu’il est plus facile de semer le trouble que de mettre les gens en confiance et de les aider dans une démarche de restauration de la valeur de soi.

Terminons avec quelques considérations théoriques

Je m’arrêterai sur trois points à propos desquels j’ai reçu quelques contestations assorties de « leçons ». Assez souvent de collègues. Je ne vois pas toujours le bien fondé de ces contestations, même si l’une d’entre elles tient à l’imprécision de mon langage, ce dont je m’excuse. Je commencerai d’ailleurs par elle. Je terminerai par la plus spécifique à la psychologie sociale.

8. J’ai dit dans le documentaire que la télévision avait aujourd’hui plus de pouvoir que la religion. Que n’ai-je pas dit là ! Je m’excuse encore ; voilà ce que j’aurais dû dire : la télévision a aujourd’hui plus d’influence et de pouvoir que la religion majoritaire [23]. C’est ce que j’avais en tête et je reconnais avoir procédé dans le feu d’une péroraison finale qui devait être courte à un raccourci pouvant prêter à confusion. Mais je suis prêt à faire un pari sérieux, y compris avec l’un de ceux que j’ai choqués. Si nous prenons un échantillon de français qui se disent catholiques et si on étudie sur une période donnée (un an ?) leurs contacts avec la télévision et leurs contacts avec leur religion déclarée, il sera facile de faire apparaître non seulement que ces contacts sont plus nombreux et durables avec la première qu’avec la seconde, mais encore que les contacts avec la première ont plus d’incidence sur leurs pensées, leurs valeurs et leurs comportements que les contacts avec la seconde. Si quelqu’un est prêt à faire l’étude (je n’aime pas faire des recherches dont je suis sûr du résultat), je suis, moi, prêt à parier un lot consistant.

9. J’ai parlé de "totalitarisme tranquille", et cette expression a été souvent reprise et contestée dans la presse et les forums. Que n’ai-je pas encore dit là ! « Nous ne sommes pas en Union Soviétique ». « Vous semblez ne pas savoir ce que fut le nazisme »… À ce propos, je reste dans mes bottes. Les intellectuels sont assez bizarres. Ils se gavent de mots comme « complexité », voire « hypercomplexité »… et ils se satisfont d’une vision unidimensionnelle et fort peu complexe des sociétés en opposant « les démocraties » aux « totalitarismes » qu’ils différencient d’ailleurs mal des "dictatures". Ils le devraient pourtant. Ces contestations relevaient en effet d’une définition assez courante mais insuffisante du totalitarisme qu’on a hérité de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide : « Le totalitarisme désigne un mode de gouvernement, un régime politique dans lequel un parti unique détient la totalité des pouvoirs et ne tolère aucune opposition (monopartisme), exigeant le rassemblement de tous les citoyens en un bloc unique derrière l’Etat » (définition emprunté à La Toupie, dictionnaire de politique sur internet). Cette définition est impeccable pour peu qu’on souhaite opposer des régimes politiques au notre. On dirait qu’elle a été faite pour ça. Elle caractérise en effet ce que furent nos ennemis : le fascisme italien et le nazisme allemand d’abord, le communisme soviétique ensuite. De ce point de vue l’expression « totalitarisme démocratique » est plus qu’une oxymore, c’est une véritable contradiction. Nous ne pouvons en être puisque nous sommes une démocratie. Je pense qu’il faut dépasser ces positions héritées : je crois en effet que chaque fois qu’un concept caractérise nos ennemis alors que son contraire nous caractérise, c’est que ce concept est un concept propagandiste et peu utile d’un point de vue analytique. Ce dépassement passe par une approche plus complexe des sociétés, approche pour laquelle une dimension ne suffit pas (l’opposition totalitarisme/démocratie). Il en faut au moins deux :

  une première dimension oppose les régimes dans lesquels une seule doctrine (ou idéologie, avec ses variantes) rend compte des effets de normalisation des opinions et des pensées aux régimes qui entretiennent une pluralité de doctrines actives et acceptées. Dans les régimes totalitaires, la totalité pénètre toutes les unités. la doctrine pénètre ainsi le tissus social jusque dans la vie privée et les relations entre les personnes qui en viennent à adhérer aux mêmes croyances. Le totalitarisme s’oppose ainsi au pluralisme (des doctrines acceptées).

  Une seconde dimension oppose les régimes autocratiques (dont les "dictatures") aux régimes démocratiques. Cette opposition ne porte plus sur les doctrines mais sur l’exercice du pouvoir politique et permet de caractériser sa concentration. Il est très concentré dans les régimes autocratiques et très dispersé (au niveau de l’état, des régions, des communes, des organisations) dans les régimes démocratiques.

Qu’il y ait un lien historique entre les deux dimensions, cela ne fait aucun doute. Les régimes que je viens d’évoquer étaient totalitaires ET autocratiques. C’est ce qui explique que les deux dimensions aient été mêlées dans les textes traitant du totalitarisme, y compris des textes importants dont les auteurs m’ont été envoyés à la figure. Mais ce lien historique ne doit pas être pris pour une nécessité théorique, de droit. De nouvelles formes de propagandes internes aux démocraties (en tout cas aux démocraties libérales) peuvent produire le nivellement des doctrines propre au totalitarisme. Le concept de propagande glauque (par opposition aux propagandes noires, blanches et grises des militaires) est associé à cette idée. Si le XX°siècle nous a habitué aux dictatures dont la plupart étaient totalitaires, il est probable que le XXI° siècle nous donne à voir des démocraties totalitaires. C’est en tout cas bien parti.

Ce concept de totalitarisme tranquille (certains disent doux ou « soft ») des démocraties libérales n’est pas une coquetterie personnelle. Il affleure dans la littérature politique depuis plusieurs années [24].

10 Plus spécialisés sont ceux qui nous ont reproché notre « situationnisme » théorique (la situation explique l’essentiel des comportements observés dans cette situation). Ils ne se présentent pas comme « personnologistes » (c’est la personnalité des gens qui expliquent ce qu’ils font dans une situation donnée). Non. Et ils ont raison lorsqu’ils avancent que la « bonne » théorie devrait être celle d’une « interaction entre la situation et la personnalité ». Entièrement raison. Mais il y a un hic. C’est que la plupart des « mesures de personnalité » dont nous disposons ont été construites dans une perspective méthodologique qui n’a strictement rien d’interactionniste. Bien au contraire, elles ont été construites dans une sorte de vide environnemental délibéré, un peu comme si elles devaient surnager au-dessus de l’embrouillamini des situations. C’est la raison pour laquelle elles restent essentiellement évaluatives (il y a presque toujours les bons et les mauvais du point de vue de la valeur sociale) et que, lorsqu’on les plonge dans une situation précise, comme celle de Milgram, elles n’expliquent que très peu de la variance observée, si elles en expliquent. Par ailleurs, ce qui est essentiel, la notion d’interaction personnes/situations ne signifie pas simplement que les différentes personnes ne sont pas aussi sensibles les unes que les autres à une situation donnée, mais que les personnes ont des sensibilités différentes aux diverses situations et à leurs variations. Milgram a réalisé une vingtaine de situations dans lesquelles on obéit plus ou moins. La théorie interactionniste impliquerait donc que certaines personnes obéissent plutôt dans la situation X alors que d’autres obéissent plutôt dans la situation Y et d’autres encore dans la situation Z. On est loin très loin de cette analyse lorsqu’on se demande s’il y a des gens qui obéissent plus que d’autres dans la situation canonique.

Bref, du strict point de vue interactionniste, les « variables de personnalité » devraient être extraites d’une analyse fine des interactions Personnes/Situations, sur des plans impliquant un grand nombre de personnes observées chacune dans un grand nombre de situations. À l’idée de « grand nombre » près, c’est un peu ce que faisait Lewin et ses collègues, durant les années 40, dans l’analyse des climats sociaux (peut-on établir une caractéristique qui différencie Sue de Sarah et qui rende compte de leurs différences de comportements dans les différents climats ?) Mais pour s’engager dans ce travail, il faudrait renoncer à des « caractéristiques de personnalité » qu’on plonge a priori et qui n’en sont pas [25], mais auxquelles on tient comme on tient à une peau idéologique.

Notes

[1] Chroniques de la violence ordinaire, Résistances, La mise à mort du travail…

[2] Notez le mot expérimentation. Parler du « test de Milgram » signe une méconnaissance anodine mais qui devient crasse lorsqu’on parle avec l’air de celui qui sait tout.

[3] C’est l’une des raisons de fait pour lesquelles les reproductions de Milgram sont de fait interdites aux Etats-Unis. L’autre raison principale étant d’ordre éthique.

[4] Le public n’était pas un public tout-venant : il avait été recruté par un organisme spécialisé fournissant habituellement les publics des émissions de télévision. Les publics changeaient toutes les demi-journées. Un même public voyait donc quatre « jeux ». Il était « naïf » lors du premier jeu. Puis il était informé, entre le premier jeu et le deuxième, du fait qu’il s’agissait d’une recherche, que le « candidat » était un comédien et qu’il ne recevait aucun choc électrique, ses cris ayant été enregistrés. Bien qu’il ne s’agisse pas de publics en quelque sorte « spontanés », un questionnaire a été rempli par tous les membres de ces publics. Les données sont en cours de traitement.

[5] Mais il faut se souvenir que, sauf dans l’une des variantes non évoquées dans le documentaire, les questionneurs, s’ils se savaient filmés, étaient convaincus, durant le jeu, qu’ils ne passeraient pas à la télévision. Ce n’est qu’après le jeu, durant le debriefing, qu’ils ont appris que leur image pouvait être éventuellement utilisée dans un documentaire. Évidemment, ils pouvaient alors refuser.

[6] Lundi 29 mars un président d’université présentait dans le journal de France 2, sur le mode de l’évidence idéologique, comme une réussite exemplaire le fait que son université fonctionne « comme une entreprise ». Voilà comment se sont délitées peu à peu les connotations positives du concept de « service public universitaire ».

[7] Mes conceptions en matière de pouvoir sont présentées dans le dernier chapitre de mon livre Les illusions libérales, individualisme et pouvoir social. Que ces conceptions soient autogestionnaires n’est ici que tangentiellement pertinent

[8] Il nous semblait que ceci était suffisamment dit dans le documentaire. Je le rappelle à ceux qui pensent que les sujets ont obéi pour gagner le million d’€. Les écrans clignotants annonçant des gains faisaient partie de l’emballage, mais les questionneurs savaient dès le départ qu’il n’y avait rien à gagner pour eux et pour le « candidat ».

[9] Un autre est évidemment que le taux d’obéissance est déterminé par la situation, puisque ce taux diminue considérablement lorsque l’animatrice, après avoir donné les règles qui restent les mêmes, s’absente du plateau. Je reviendrai plus loin sur la notion d’interaction personnalité/situation.

[10] Que nous ayons porté atteinte à une assomption fondamentale de ce discours sur le système, c’est ce que montre à la fois le nombre et l’extrême vacuité des interprétations alternatives de nos résultats qui ont été proposées sur les antennes par des personnes au demeurant charmantes et respectables (confiance plutôt qu’obéissance ; situation de jeu donc d’irréalité…) Je crois qu’il suffisait de voir le désarroi de nos questionneurs pour juger l’inefficacité de ces interprétations. Autant savoir qu’elles ont été également avancées pour que soit évité le choc produit par les résultats de Milgram.

[11] J’utilise volontiers ce mot pour parler des gens qui se sont fait la voix de l’éthique en matière de recherche. On trouvera ma critique de la « règle » du consentement éclairé dans R. Gori & J.-P. Caverni (Eds.), Le consentement. Droit nouveau ou imposture ? Paris, Éditions In Press.

[12] Surtout lorsqu’on sait que les pratiques qui seraient vite quasiment interdites aux chercheurs du public ne sont pas toujours questionnées dans la recherche privée et ne le sont jamais dans les recherches conduites par les militaires (par exemple en matière d’action psychologique)

[13] Je reviendrai plus loin sur la conception dite interactionniste qui maintient une possibilité de perception psychologisante.

[14] Je partageais bien sûr aussi, et peut-être en premier lieu, celui de Christophe Nick de mettre des obstacles au déboulé en France des télé réalités morbides qui pourraient un jour programmer « la mort en direct ».

[15] par exemple l’envoi à chaque questionneur d’un rapport détaillé sur les résultats de la recherche qu’il devait lire avant de répondre au questionnaire dont je viens de parler.

[16] Il a été de fait quelque peu étiré dans le temps dans la mesure ou le documentaire, prévu pour la fin de l’année 2009, n’a été présenté par France 2 qu’en Mars 2010.

[17] Ce collègue nous avait d’ailleurs demandé ce protocole, mais personne parmi nous ne jugeait tant son exigence que le caractère impératif de cette exigence recevable. Nous nous demandions un peu pour qui il se prenait.

[18] Nous ne pouvons en dire plus, ce suivi n’étant pas aujourd’hui terminé.

[19] 2,59 pour l’énoncé : « il faut lutter contre les dérives de la télé réalité ».

[20] 0,29 pour l’énoncé « je ne m’en suis pas encore remis ».

[21] Je ne peux malheureusement pas m’étendre sur ce point comme je l’ai fait dans divers écrits.

[22] Est-ce l’air du temps ? Le discours ambiant a tendance à confondre des concepts importants aussi différents que « exercice du pouvoir », « influence », « persuasion » et… « manipulation ». Le laxisme en la matière (idéologiquement utile) est tel que, aussitôt qu’on voit quelqu’un faire quelque chose qui surprend ou qui gène, on peut évoquer sans avoir l’air ridicule le deus ex machina de la manipulation. Mais c’est bien sûr ! Cette personne a été manipulée ! On m’a ainsi reproché (à moi et/ou à Christophe Nick) d’avoir « manipulé » les sujets. Qu’on m’indique alors la technique de manipulation utilisée, ou cela ne veut plus rien dire puisque tout peut être dit. Et puis, le simple fait que les sujets aient eu près de 10 mois pour revenir sur leur décision, insérés qu’ils étaient dans leur milieu, rend ce concept fort peu opératoire. Sur une semaine, passons (on a assez écrit avec R.-V. Joule dans notre Petit traité sur le fait avéré de l’adhérence des gens à leur décision. Mais sur 10 mois de vie ordinaire, en milieu ordinaire, non, ce n’est tout simplement pas sérieux. Il faut trouver autre chose.

[23] J’exclue évidemment les religions ayant un statut minoritaire comme la religion musulmane et le judaïsme (pour ces dernières, je pense que mon énoncé est peut-être faux). Aujourd’hui, les Français sont encore majoritaires qui cochent « catholique » dans les sondages

[24] Je me dois de renvoyer au livre d’André Bellon et Anne-Cécile Robert, 2001, Un totalitarisme tranquille, la démocratie confisquée, Editions Syllepse. Également, de Roland Gori et Marie-José Del Volgo, 2005, La santé totalitaire, Paris, Denoël, dans lequel les auteurs évoquent un totalitarisme démocratique.

[25] En fait, ce ne sont pas des « mesures de personnalité » mais des mesures de la valeur sociale des personnes.

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