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Actualités, analyses, réflexions, commentaires

Dernier ajout – vendredi 5 septembre 2014.
actualités, débats, commentaires, prises de position

Dans cette rubrique, on traite, si possible de façon prospective, des problèmes que pose l’actualité politique, culturelle et sociale.

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  • Pour pirater les smartphones et les voitures autonomes, des ondes sonores suffiraient...

    http://fr.cdn.v5.futura-sciences.com/buildsv6/images/wide1920/c/7/2/c72582b5c2_104274_accelerometre-piratage.jpg
    21 mars, par webmaster@futura-sciences.com (Futura-Sciences) — Sécurité, smartphone, accéléromètre, piratage accéléromètre, piratage smartphone, piratage voiture autonome, bracelet Fitbit, Samsung Galaxy S5
    Grâce à une technique d'attaque utilisant des ondes sonores, des chercheurs ont réussi à perturber le fonctionnement des accéléromètres — ces capteurs présents dans de nombreux appareils électroniques — et à en prendre le contrôle. Une méthode qui pourrait potentiellement servir (...)
  • 20 mars : plongez dans la Nuit des ondes gravitationnelles

    http://fr.cdn.v5.futura-sciences.com/buildsv6/images/wide1920/3/c/f/3cfac58460_104460_ondes-gravitationnelles-r-hurt-caltech-jpl.jpg
    21 mars, par webmaster@futura-sciences.com (Futura-Sciences) — physique, onde gravititationnelle, Nuit des ondes gravitationnelles, eLigo, LIGO, VIRGO
    Le 20 mars 2017, on fête la nuit des ondes gravitationnelles en France et en Italie avec de nombreuses manifestations gratuites et pour tout public. Il faut en général s'inscrire, comme à Paris pour la soirée au Grand Rex.
  • Cancer : pourquoi le brocoli est-il un bon protecteur ?

    http://fr.cdn.v5.futura-sciences.com/buildsv6/images/wide1920/a/8/4/a841d78893_104413_brocoli-cancer.jpg
    21 mars, par webmaster@futura-sciences.com (Futura-Sciences) — médecine, fumeur, ex-fumeur, brocoli, chou, Li Tang, tumeur au poumon, cancer du poumon, crucifère, chou de Bruxelles, chou-fleur, navet, radis, cresson, roquette, isothiocyanate, cancer de la vessie, carcinome à petites cellules, tumeur squameuse, fumée de tabac
    Le brocoli est connu pour ses propriétés anti-cancer liées à un de ses composés, le sulforaphane. Une nouvelle étude montre que la molécule agit au niveau génétique dans la cellule, en limitant la présence d'un long ARN non-codant présent dans différents (...)
  • Lettre ouverte aux candidats à l'élection présidentielle (SNJ-CGT)

    20 mars — Transformer les médias : D'autres propositions ,

    Le SNJ-CGT a écrit aux candidats à l'élection présidentielle pour faire part de ses revendications et propositions et leur demander d'exposer leur programme concernant le secteur de la presse et des médias.

    À quelques semaines de l'échéance présidentielle de 2017, le syndicat SNJ-CGT (Syndicat national des journalistes CGT), réuni en congrès (6-8 mars 2017), vous adresse cette lettre au moment où les journalistes sont la cible d'attaques virulentes qui constituent autant de coups portés à la démocratie et à la liberté d'expression.

    Ces agressions s'expriment dans un contexte où la profession et le pluralisme sont, plus que jamais, en grave danger.

    Pourquoi notre profession est-elle en danger ? D'abord parce que son indépendance est menacée, compromettant par exemple notre lien de confiance avec le public, lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, internautes, usagers du multimédia.

    Au cours des deux derniers quinquennats, le processus de concentration s'est accéléré : une poignée de dirigeants de grands groupes industriels, dont en premier lieu les opérateurs de télécommunication ou bancaires, ont fait main basse sur les grands médias. Pour eux, l'information représente un produit d'appel pour valoriser leurs offres commerciales.

    Ces nouveaux patrons de presse, souvent en affaires avec le pouvoir, contrôlent contenus et contenants au travers de la convergence des supports rendue possible par les nouvelles technologies. En clair, si, de facto, il existe plus de sources d'information, en réalité l'uniformisation des contenus et la monopolisation des médias tuent le pluralisme qui est réduit à sa portion congrue. Le débat démocratique est annihilé au profit du prêt-à-penser néolibéral, privant les citoyens de clés pour comprendre.

    Cela se traduit concrètement par la disparition de titres. Parmi les titres qui subsistent, combien sont indépendants des grands groupes ? Des sites « pure player » se sont créés mais leur modèle économique reste fragile. La presse syndicale, associative et militante est sous perfusion.

    L'audiovisuel public est miné par la politique d'austérité réduisant les emplois et imposant mutualisations et polyvalences qui nuisent à la qualité de l'info. Après la suppression de 750 équivalents temps plein à partir de 2012, Delphine Ernotte, nommée en 2015 PDG de France Télévisions arrivant du groupe de télécommunications Orange, continue dans la même logique. Au total entre 2012 et 2020, ce sont 1250 emplois qui auront disparu soit 12% des effectifs.

    L'information est de plus en plus sous contrôle.

    La loi Bloche (15 novembre 2016) qui vise « à renforcer la liberté, l'indépendance et le pluralisme des médias » est très loin de répondre à l'urgence de la situation. Le texte ne s'attaque pas au problème de fond, celui de la propriété des médias. La loi prévoit une charte éthique par entreprise avant le 1er juillet 2017. De plus rien ne change sur la protection des sources, réforme promise par l'actuel chef de l'Etat, et sur l'indépendance des rédactions.

    Les concentrations s'accélèrent…

    Nous assistons à une véritable révolution copernicienne dans les modèles économiques et financiers des médias ces dernières années avec une accélération des concentrations. Après la prise emblématique du Monde par un trio formé d'un banquier (Mathieu Pigasse) et de deux hommes d'affaires — Xavier Niel (Free) et Pierre Berger — Vincent Bolloré, qui possède aussi bien des entreprises de publicité et de communication, des instituts de sondages (CSA), des plantations, des groupes de transports, des entreprises de stockage d'énergie, est aujourd'hui le principal actionnaire via Vivendi de Canal +. Les méthodes brutales de management du groupe breton ont montré le poids des puissances d'argent sur les médias dont il a pris le contrôle : censure à Canal+, et licenciements massifs de 90 journalistes en lutte sur I-Télé. Patrick Drahi, principal actionnaire du groupe Altice Media Communication endetté à hauteur de 50 milliards d'euros, contrôle Libération, le groupe L'Express et BFM

    En presse régionale, le pluralisme est moribond. Le Crédit mutuel contrôle tous les quotidiens de l'Est de la France jusqu'en Rhône-Alpes. Le Crédit Agricole dispose de 30% des parts du groupe La Voix du Nord, qui est également propriété du groupe belge Rossel. Le quotidien lillois est au centre d'un plan social drastique. Le groupe belge pourrait prochainement s'emparer de Paris Normandie moyennant un plan de licenciements. On peut aussi rappeler les opérations de Bernard Arnault (2e fortune en France) sur les quotidiens nationaux, comme Le Parisien, et le contrôle de la presse magazine par de grands groupes multinationaux (Lagardère, Mondadori, Bertelsmann, etc.).

    La profession se précarise…

    Depuis 2009 le nombre de journalistes diminue régulièrement. En six ans la profession a perdu 1400 titulaires de la carte de presse, soit 4% de ses membres, même si le nombre d'entrants dans la profession est à peu près stable chaque année. Ces deux dernières années, ce sont plus de 250 journalistes de plus de 15 ans d'ancienneté qui sont partis des rédactions à l'arrivée de nouveaux actionnaires soit en clause de cession soit lors de PSE ou de plans de départ volontaires.

    Les reporters-photographes sont sinistrés et les agences photographiques qui faisaient la renommée de notre pays ont disparu du marché de la photo d'actualité.

    Quant aux salaires, les négociations de branche ou par forme de presse sont quasiment inexistantes. En 1980 le salaire brut moyen d'un journaliste représentait 1,8 du salaire moyen français, aujourd'hui il en représente 1,2. Les entreprises jouent sur cette précarisation en proposant aux jeunes journalistes de devenir auto-entrepreneur ou producteur, y compris dans le service public. La précarisation des journalistes s'accompagne de l'appauvrissement du métier par les obligations de plus en plus imposées à exercer poly compétences et autres tâches techniques.

    Quelles solutions ?

    Le SNJ-CGT qui défend depuis longtemps le pluralisme, l'éthique, la déontologie et les conditions de travail des journalistes vous demande de prendre en compte ses revendications. Il faut pour cela s'inspirer du programme du Conseil National de la Résistance, qui avait pour ambition « d'assurer la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances de l'argent et des influences étrangères ».

    Notre syndicat demande :

    "-" L'inscription dans la Constitution du droit à l'information ;
    "-" Un projet de loi mettant en place les conditions de l'indépendance juridique des rédactions par rapport aux actionnaires.
    "-" Le renforcement d'un service public des médias audiovisuels.
    "-" Une réflexion sur l'impression et sur la distribution.
    "-" Une refonte du CSA.
    "-" Un statut novateur pour les entreprises de presse afin de garantir une presse démocratique, associative, alternative, pluraliste et indépendante.
    "-" L'inscription du financement de l'audiovisuel public dans la Constitution.

    Il vous demande aussi de :

    "-" Assurer la protection du secret des sources des journalistes en réformant enfin la loi de 2010.
    "-" Relancer les dispositions anti-concentration dans les médias.
    "-" Prohiber la détention de médias aux groupes bénéficiant de commandes publiques.
    "-" Sauvegarder les droits d'auteurs en abolissant la loi Hadopi et toutes les dispositions qui favorisent la mutualisation des contenus.
    "-" Un statut pour les lanceurs d'alerte
    "-" De vous assurer que les aides publiques à la presse accompagnent des politiques volontaristes privilégiant la qualité de l'information et la sauvegarde des emplois.

    Notre combat est aussi celui de la démocratie. Contre les mesures sécuritaires du quinquennat actuel (loi Renseignement et Etat d'urgence).

    C'est pourquoi nous vous demandons d'agir en appuyant nos propositions pour renforcer le pluralisme et l'indépendance des journalistes dans ce pays.

    Nous attendons des réponses à nos très vives inquiétudes et nous vous prions d'accepter nos salutations syndicalistes.

    Montreuil, le 15/03/2017

  • Journée de la critique des médias du 25 mars 2017 : demandez le programme !

    20 mars, par Acrimed — Débats et initiatives : annonces et présentations, ,

    Après 2015 et 2016, une troisième journée, de 13h30 à 21h30.

    Après les succès des éditions 2015 et 2016, Acrimed organisera, le 25 mars 2017, la troisième Journée de la critique des médias.

    De 13h30 à 21h30
    2 bis rue Mercœur
    (Paris 11e, métro Voltaire ou Charonne)

    « Tout le monde déteste les médias ? » Tel aurait pu être l'intitulé provocateur de la troisième Journée de la critique des médias organisée par Acrimed le 25 mars 2017. Mais toutes les critiques ne se valent pas et ne proposent pas une transformation démocratique des médias.

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    Quelles critiques des médias ?
    Pour quelles transformations des médias ?

    Au menu

    - 13h30 : ouverture des portes
    - 14h : accueil en vidéos et introduction

    - 14h30 – 16 h30 : Première table ronde : Quelles critiques des médias ? État des lieux

    La défiance à l'égard des grands médias nourrit, de tous côtés, des critiques très disparates qui divergent profondément (quand elles ne lui sont pas ouvertement hostiles) d'une critique radicale, indépendante et intransigeante, comme celle d'Acrimed. De la critique instrumentalisée par les responsables politiques à la critique édulcorée et neutralisée au sein des grands médias, de la critique dévoyée que l'extrême-droite place au cœur de son offre politique à la critique pervertie par des médias de droite.

    Avec :

    Dominique Albertini (journaliste, Libération), Aurore Krol (Acrimed) Aude Lancelin (licenciée de L'Obs, auteure de Le monde libre) et David Perrotin (journaliste politique, BuzzFeed).

    - Intermèdes

    - 16h45-18h 45 : Deuxième table ronde : Quelles transformations des médias ? Quelques pistes

    La critique des médias a pour enjeu de rendre sensible la nécessité d'une transformation profonde des médias. Quel sera dans vingt ans, le paysage médiatique que nous craignons ? Quel est le paysage médiatique que nous souhaitons ? Et en particulier quel projet pour un service public de l'information et de la culture ? Avec quel secteur public de l'audiovisuel digne de ses missions ? Avec quelle contribution médias indépendant, associatifs, alternatifs ?

    Avec :

    Pierre Barron (de la radio Fréquence Paris Plurielle), un intervenant d'Acrimed et Fernando Malverde (syndicaliste à France Télévisions).

    - Intermèdes

    - 19h30 : Conférence gesticulée de Philippe Merlant

    - 20h30 : Conclusion de la journée

    Pendant toute la journée : interventions (intempestives) de Nicolas Lambert, vidéos, et bien d'autres surprises.

  • Espagne. El Salto, bien plus qu'un journal, une coopérative ! (tribune)

    19 mars — Autres pays d'Europe,

    Nous publions ci-dessous, sous forme de « tribune » [1], une présentation d'El Salto et son manifeste.

    El Salto. L'histoire de cette coopérative vient de loin. Dans les années 80, un groupe de personnes a imaginé un moyen de raconter la réalité à contre-courant des informations « mainstream » qui affluent quotidiennement : le bulletin Molotov fait son apparition et publie 39 numéros. En 1994, Molotov fusionne avec l'agence de contre-information UPA, et constitue le collectif UPA-Molotov. En 2000, cette dynamique donne naissance au mensuel Molotov qui publie 43 numéros au format tabloïd. Lorsque le dernier numéro de Molotov est publié en décembre 2003, ce n'est pas tant pour disparaître que pour réaliser une mutation. Cette fois, il est question d'amorcer un processus pluriel qui veut transcender le champ militant ; ce qui donnera naissance au site d'information et au journal bimensuel Diagonal distribué dans tout l'État espagnol. Douze ans et 284 numéros plus tard, Diagonal fait un nouveau pas en avant, « bondit » et devient... El Salto, le « saut » en castillan. Le 15 décembre 2016, Diagonal publie donc son dernier numéro... Mais, encore une fois, au-delà de la disparition de Diagonal, il s'agit bien plus d'une mutation profonde dont le seul défi est d'arriver à être lu par la voisine de palier, pour qu'elle comprenne ce qu'est le patriarcat et le capitalisme...

    El Salto, c'est une coopérative impulsée par le journal Diagonal et plus de 20 autres médias dont le média féministe Pikara Magazine, la revue Pueblos, le site d'informations économiques El Salmón Contracorriente, AraInfo en Aragon, Bostezo à Valence et d'autres collectifs audiovisuels comme Siberia TV, ainsi que des projets radiophoniques... Une campagne d'information a démarré fin novembre 2016 pour une durée de 6 mois, afin d'atteindre le premier objectif de 10 000 abonnés, garant de toute indépendance. Déjà le numéro zéro vient de paraître, et le premier numéro du mensuel sera distribué en avril. Au mois de mai, le nouveau site internet sera accessible. Mais d'ores et déjà, il est possible d'affirmer qu'El Salto poursuit la voie d'un autre journalisme, un journalisme qui fonctionne de façon horizontale sans dépendre économiquement de la publicité des grandes entreprises ni des gouvernements, un journalisme de qualité et rigoureux, un journalisme qui cherche à coopérer plutôt qu'à entrer en compétition, un journalisme qui contribue au changement social.

    Nous publions ici leur manifeste.

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    Ils nous disent : impossible.

    Nous répondons : nous sommes déjà en train de le faire


    Ils nous disent : mettez-vous en concurrence, c'est la logique du marché. Nous répondons : nous coopérons, nous fonctionnons différemment.

    Ils nous disent : pour qu'il y ait de l'ordre, il doit y avoir une hiérarchie. Nous répondons : pour qu'il y ait de l'ordre, nous avons besoin d'horizontalité, de bonne coordination et d'intelligence collective.

    Ils nous disent : celui qui paie a accès à tous les contenus. Nous répondons : toute information doit toujours être accessible dès le premier moment. Tes ressources ne doivent pas limiter ton droit à l'information.

    Ils nous disent : il est inévitable de se financer avec la publicité des grandes entreprises, sinon l'information n'est pas soutenable. Nous répondons : faisons un média de propriété collective. Une véritable indépendance est possible quand tu ne dépends pas de grands annonceurs, surtout si ce sont des multinationales qui violent les droits humains, économiques et sociaux. Très rapidement, ils finissent par conditionner ton contenu.

    Ils nous disent : les contenus sponsorisés aident à la viabilité et ne font de mal à personne. Nous répondons : vendre de la publicité sous couvert d'information n'est pas éthique, ça déforme l'idée de journalisme et revient à tromper les gens.

    Ils nous disent : plus ton poste est haut placé et spécialisé dans la hiérarchie, plus ton salaire est élevé, c'est logique. Nous répondons : rompons avec la logique selon laquelle le reproductif et le productif sont différents ; de nouveau, horizontalité et égalité salariale ; beaucoup de travaux invisibles sont nécessaires pour qu'un média voie le jour ; mettons-les au même niveau.

    Ils nous disent : baisse les coûts autant que possible. Nous répondons : nous pensons que les coûts ne sont pas seulement économiques mais aussi écologiques et sociaux. Économie sociale et solidaire, distribution en bicyclette et qualité de la vie se trouvent au centre de notre proposition.

    Ils nous disent : l'objectivité et le professionnalisme vont de pair. Nous répondons : l'objectivité n'existe pas, l'honnêteté est d'expliquer depuis quel lieu tu écris et vois la réalité. Nous ne sommes pas dans une tour d'ivoire, nous voulons contribuer au changement social, à la transformation de la réalité avec des contenus de qualité.

    Ils nous disent : impossible. Nous répondons : nous sommes déjà en train de le faire.

    Faisons le pas. Moi aussi, je fais le pari d'un média fait par et pour les citoyens.

    "-" Présentation et traduction : Jérôme Duval
    "-" Version originale du Manifeste en castillan : https://saltamos.net/nos-dicen-imposible-respondemos-ya-lo-estamos-haciendo/


    [1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n'engagent pas collectivement l'Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs

  • Pigistes : « Nous ne voulons plus être les forçats de l'info »

    16 mars — Le journalisme précaire, ,

    Nous publions ci-dessous une « tribune » [1] signée par plusieurs collectifs de pigistes (Acrimed)

    « Ok on prend le sujet. On te fera un bulletin de salaire à ton nom et ensuite tu t'arranges avec le photographe. Ah, c'est pas possible ? Ben, on prend pas le sujet alors » ; « Des indemnités de congés maternité... Hum, pas sûr que vous en ayez » ; « Oups, on a oublié de vous payer ce mois-ci, ça arrivera à la fin du mois prochain »...

    Voilà un florilège de la vie de pigiste... en France !

    Nous pigistes, journalistes indépendants, nous vivons la crise des médias de plein fouet. En cause, l'arrivée du tout gratuit sur Internet, la baisse de la pub dans les journaux papiers qui ne font plus le plein de lecteurs, la concentration des médias aux mains de quelques gros groupes, le statut d'auto-entrepreneur - illégal pour nous mais largement utilisé, parfois à la demande des rédactions - qui permet aux journaux d'économiser les cotisations sociales, alors que dans certaines rédactions, les salaires démesurés des chefs en feraient pâlir plus d'un.

    Variable d'ajustement des journaux, nous subissons depuis 2008 une baisse constante des tarifs des articles et une dégradation croissante de nos conditions de travail.

    Qui peut accepter d'être payé parfois plus d'un an après parution d'un article ? D'avancer tous ses frais de reportage, c'est-à-dire de payer pour travailler ? De voir le tarif fixé d'un article revu à la baisse en cours ou en fin de production, quand il n'est pas simplement annulé sans contrepartie ? De n'avoir pas de réponse des rédacteurs en chef, qui sont, certes nos supérieurs hiérarchiques mais aussi des confrères ?

    Quand nous nous appelons, avec un brin d'autodérision, les « forçats de l'information », c'est parce que, derrière les pages bien calibrées de vos journaux, l'information est souvent proposée, relayée, vérifiée par des pigistes, qui proposent des angles originaux, partent en reportage en France et à l'étranger et fournissent du travail de qualité, à moindre coût pour les rédactions. Mais qui sait comment survivent la plupart d'entre nous ?

    Notre tribune s'alarme de la précarisation de notre rémunération, quel que soit le nombre d'années d'études ou d'expérience, avec de nombreux pigistes qui gagnent seulement quelques centaines d'euros mensuels pour des semaines de 70 heures. Elle remet aussi en question une façon de travailler que nous voyons comme la garante d'une indépendance et d'une qualité journalistiques indispensables pour rétablir la confiance avec les lecteurs/téléspectateurs/auditeurs.

    Pour bien comprendre notre parcours du combattant, voici les grandes étapes de notre quotidien.

    Quand on propose le sujet

    Ça y est, à force de recherches - un temps long, nécessaire, mais non rémunéré - le pigiste a trouvé LA bonne idée de sujet. Synopsis (résumé) écrit, il l'envoie par mail aux rédactions. Et attend… Souvent, obtenir une réponse, un « oui » ou même un « non », relève du parcours du combattant. Il faut « relancer », par mail, par téléphone, parfois durant des semaines. Et une incompréhension : répondre par mail ne prend que quelques instants, alors pourquoi ne pas faire l'effort ? « C'est qu'ils ne sont pas intéressés » ? Que nenni. Il nous est tous arrivé de vendre des sujets à des magazines qui ont répondu à force de relances ! Mais quand la réponse arrive - alléluia - tout n'est pas gagné. Alors que les rédactions ont souvent conscience du faible salaire qu'elles proposent, certaines refusent que le pigiste « revende » (réécrit, sous une autre forme) son sujet à un autre support, même non concurrentiel. C'est pourtant souvent pour le pigiste l'unique solution de gagner décemment sa vie. Car passer une semaine sur un sujet payé 200 euros, non, ce n'est pas viable.

    Quand on fait le sujet

    Premier challenge : avoir un engagement ferme de la rédaction. Parce que oui, avant de partir en reportage à côté de chez nous, au fin fond de la forêt amazonienne ou dans une zone où la sécurité laisse à désirer, nous avons besoin de savoir au nom de quel média nous travaillons et de nous assurer que le sujet sera bien publié/diffusé et donc payé. Pourtant, combien de fois entendons-nous : « sujet intéressant, faites-le et on avise à votre retour » ?

    Et si la rédaction ne prend finalement pas le sujet, j'aurais fait le reportage pour rien ? Qui travaille ainsi, sans garantie ? Et s'il m'arrive quoi que ce soit en reportage, qui me couvre ? Une situation d'autant plus alarmante que les médias rechignent de plus en plus à envoyer leurs propres journalistes sur des terrains compliqués, notamment en zone de conflit, préférant faire appel à des pigistes. Moins protégés par les rédactions, donc plus vulnérables en cas de problème.

    Autre défi à relever par le pigiste avant de faire son sujet : faire prendre en charge les frais de reportage par la rédaction. Jusqu'à preuve du contraire, un article ne sort jamais d'une pochette surprise. Cela demande du temps, des déplacements, un investissement financier. Pourquoi nous refuse-t-on alors de payer un billet de train ? Ou une nuit d'hôtel parce qu'il n'est pas possible de faire l'aller-retour dans la journée ? Refuser de prendre en charge les frais de reportage revient à faire payer un pigiste pour qu'il fasse son travail. Y'a pas comme un hic ? Et pendant ce temps là, pour les journalistes intégrés à une rédaction la question ne se pose même pas : s'ils partent en reportage, évidemment que leurs déjeuners/nuités/transports/taxis seront payés par le média !

    Donc, pour le pigiste, pas d'autre choix que de se transformer en roi du système D. Coucou la génération reportage-couch-surfing !

    Quand on rend le sujet

    Une fois le sujet terminé, le pigiste n'a en général AUCUNE nouvelle de son article. Cela convient-il ? Y a-t-il des corrections éventuelles ? Souvent, la rédaction s'agite 24h avant le bouclage ultime, alors que cela fait 3 semaines que l'article a été rendu, et que malheureusement, le pigiste est déjà sur d'autres dossiers, quand pas au fin fond de la savane en reportage. Evidemment, sans ses carnets !

    C'est sans compter le travail de réécriture. Un peu, c'est normal, mais reprendre trois ou quatre fois l'article quand la rédaction a changé d'avis sur la forme de l'article, c'est du temps non rémunéré et non passé sur d'autres piges.

    Enfin, parfois, les sujets sont publiés, montés avec des erreurs ajoutées par les rédacteurs en chef. Non, cette citation n'a jamais été prononcée, et le titre putassier, qu'on ne nous a pas fait valider, va à l'encontre de votre angle. Mais qui va faire face à un interlocuteur outré ? Le pigiste, bien sûr, et non son chef ! Vous avez dit crise de confiance des lecteurs ?

    Quand on est payé (si on est payé)

    La plupart des rédactions ont ainsi pour habitude de payer les piges seulement après parution. Or selon la périodicité des médias mais aussi les aléas liés à l'actualité et aux décisions éditoriales, il peut s'écouler un (très) long moment entre le jour où l'on transmet le fruit de notre travail et le jour où celui-ci est publié. Il n'est donc pas rare d'attendre plusieurs mois pour obtenir notre dû. Un décalage difficile à gérer alors que nos revenus nous permettent rarement d'avoir des économies de côté.

    Mais ce système a une autre conséquence perverse : la tentation pour certains médias de ne tout simplement pas rémunérer notre travail si celui-ci n'est finalement pas publié. Et cela tout en nous affirmant que sa qualité n'est pas remise en cause. Pourtant, le code du travail précise bien dans son article L7113-2 que « Tout travail commandé ou accepté par l'éditeur d'un titre de presse (...) est rémunéré, même s'il n'est pas publié ». Des considérations dont s'encombrent peu certains rédacteurs en chef.

    Enfin, cela peut sembler anecdotique mais ce ne l'est pas dans nos rapports avec l'administration et les services de l'Etat, il est également fréquent que la date de la paie et la période de travail mentionnée sur le bulletin de salaire ne soient pas en adéquation.

    Celui-ci est d'ailleurs souvent une surprise. La fourchette est ainsi très large entre les rémunérations proposées par les différents médias. Entre un tarif à 30 € le feuillet (1500 signes) et un autre à 250 €, en passant par des rémunérations au forfait, il nous est difficile de nous y retrouver. Sans parler des grilles encore moindre proposées le plus naturellement du monde par certains médias en ligne, par ailleurs salués pour la qualité des articles qu'ils publient.

    Bien entendu, il nous est également particulièrement difficile d'accéder aux avantages dont peuvent bénéficier les autres salariés des médias auxquels nous collaborons. Comité d'entreprise, ticket restaurant, mutuelle maison ou prise en charge d'une partie du transport, ne font pas vraiment partie de notre vocabulaire. Quelques rédactions accordent cependant ce genre d'avantages à leurs pigistes, mais à condition de réaliser un certain volume de pige dans l'année, ce qui n'est pas aisé quand on multiplie les employeurs.

    Et les photographes ?

    L'après

    Vu le tarif auquel nous travaillons, beaucoup d'entre nous fréquentent Pôle Emploi ou cumulent des activités annexes. Comme pour les intermittents, les entreprises de presse se reposent sur le contribuable pour rémunérer ceux qui travaillent pour elles.

    Seulement voilà nous surfons en permanence sur les marges de la légalité. Ce que dit la loi Cressard, qui régit notre statut ? « Toute convention par laquelle une entreprise de presse s'assure, moyennant rémunération, le concours d'un journaliste professionnel » est « présumée être un contrat de travail ».

    Mais s'agit-il d'un CDD ou d'un CDI ? Le flou règne, car nous ne signons jamais aucun contrat de travail. Alors, par défaut, Pôle Emploi comme nos employeurs nous traitent, administrativement, comme des CDD à répétition. Bien que ce soit illégal.

    La collecte des attestations d'employeur prend un temps délirant. À notre charge d'appeler, de rappeler les services paie de tous nos employeurs pour décrocher tous les fameux sésames. Certains employeurs rechignent également à nous les donner. Ensuite, il faut que les attestations en question soient correctement remplies. Une tâche ardue, vue la complexité de notre statut. Mais une feuille erronée, c'est un trop-perçu de versé, des démarches à recommencer… Si l'on compte le temps pris par notre conseiller Pôle Emploi à essayer de comprendre comment gérer notre situation, le nôtre à demander les papiers, leur rectification, l'envoi de nos bulletins de salaires ET de nos attestations, cela représente une part non négligeable de notre temps de travail.

    Une profession qui se précarise
    Les femmes, plus précaires

    Conséquences

    Au-delà de nos cas individuels, c'est la qualité même du journalisme qui est remise en question. Travailler constamment dans l'urgence, passer moins de temps sur nos sujets, quitte à aller trop vite, être rémunéré au lance-pierres, c'est aussi faire du travail de moins bonne qualité et créer les conditions de la perte de confiance des lecteurs.

    Pour sortir du constat victimaire, nous aimerions fournir des outils pour restaurer un « partenariat » sain avec les rédactions.

    "-" Même débordés, les rédacteurs en chef doivent répondre aux pigistes, même rapidement, aux propositions qui leur sont faites. Sans nos propositions, les pages des journaux et les programmes TV seraient bien vides !

    "-" Ils doivent s'engager fermement avant les reportages, grâce à un bon de commande. Définir les conditions de la collaboration avant le départ : tout est clair (sujet, format, tarif, date de rendu…), pour les deux parties. Pourtant, une majorité des rédactions ne le font pas. Mais si jamais le sujet est publié sur plus de pages que prévu, il faut prévoir une augmentation de la rémunération pour les journalistes.

    "-" Les pigistes doivent être payés au rendu de l'article : libre à la rédaction de publier le sujet 6 mois plus tard, mais le pigiste n'a pas à supporter ce délai, qui creuse son budget de façon conséquente.

    "-" Le journalisme sur Internet, qui sera sans doute le support du futur, doit faire des efforts pour payer décemment les pigistes. Nous ne pouvons fournir des enquêtes approfondies avec 10 photos pour 100 euros bruts, quand nous avons travaillé 3 semaines entières !

    "-" Le tarif des piges doit être revu à la hausse parce qu'il n'y a aucune raison qui justifie de telles différences de rémunération entre un journaliste en poste et un journaliste rémunéré à la pige.

    "-" Nous demandons à ce que les règles avec Pôle Emploi soient éclaircies et que les rédactions prennent en compte les complexités et particularités de notre statut.

    Liste des signataires [2]

    Le collectif Youpress
    Le collectif Première personne
    Les Journalopes
    La Fourmilière
    Press On
    Les Incorrigibles
    Le Terrier
    Le collectif 2026
    Presse-Papiers
    Le collectif de l'Est
    Les Journalistes atterrés
    Le collectif Argos
    Les plumé.e.s
    Callipige
    Extra-Muros

    Une version plus courte de cette tribune fait l'objet d'une pétition proposée par les collectifs Youpress et La Fourmilière et adressée aux entreprises de presse.


    [1] Les articles publiés sous forme de « tribune » n'engagent pas collectivement l'Association Acrimed, mais seulement leurs auteurs dont nous ne partageons pas nécessairement toutes les positions.

    [2] À compléter éventuellement – note d'Acrimed.

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