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Coaching et contrôle social. De l’empire à l’emprise des coachs

vendredi 13 octobre 2006

L’empire des coachs. Une nouvelle forme de contrôle social. Par Roland Gori et Pierre Le Coz, Albin Michel.

Cet ouvrage est nécessaire, la présence des coachs est, dans la vie sociale moderne, un constat qui fait question. Question située aux frontières d’une approche socio-économique, d’une analyse psychopathologique, et d’une réflexion philosophique. Les auteurs (l’un est psychanalyste, l’autre philosophe) choisissent le ton polémique voire pamphlétaire pour dégager le sens et la valeur des pratiques de coachs. La rigueur du style, outre qu’elle donne vie à la lecture, n’empêche pas l’ampleur et la profondeur des réflexions déployées. L’omniprésence des coachs est d’abord rapportée au fonctionnement socio-économique moderne, l’ardeur de la compétition marchande a naturellement su trouver des modèles dans les principes et les pratiques de la compétition sportive. La circulation des coachs va du terrain de sport, du vestiaire, aux lieux feutrés du management de toute nature. La question de l’absence de frontières entre le sportif et l’industriel, entre contraintes économiques et vie personnelle est abordée frontalement dans le constat d’une disparition catastrophique de la césure entre l’intime et le public. La télé-réalité semble être la partie émergente et spectaculaire de cette abolition progressive du personnel, de cet affadissement du singulier. Le capital humain semble se substituer à l’irréductible du psychisme humain. Cette thèse centrale est déclinée dans l’analyse des terrains multiples et foisonnants de la pratique du coach de l’entreprise à toute vie sociale (y compris la vie familiale : le parent est-il un coach ?), elle est plus particulièrement approfondie pour le domaine de la santé. L’éducation à la santé, la prévention associée au coaching semble conduire, pour les auteurs, au contrôle social et à une nouvelle pratique de normalisation. Un travail sérieux et documenté tend à montrer qu’il pourrait y avoir des effets inversement proportionnels en termes de prévention et d’éducation aux investissements massifs affectés au coaching. Le mérite de cet ouvrage tient à son engagement politique, les auteurs ne dissimulant pas leurs positions. Ils sont sensibles aux accointances ou plutôt aux déterminations politiques, économiques, sociales de techniques dites de relations humaines du coaching. C’est pourquoi ils les rejettent avec force, détermination et méthode. Leur opposition au coaching peut se résumer ainsi : sous couvert de retrouver l’humain, la part personnelle dans les divers moments de la vie d’un sujet (au travail, dans sa vie personnelle, face à la maladie) un processus de déshumanisation se déploie. La disqualification de la part complexe et unique de chaque être paraît être l’essentiel de l’œuvre de coachs qui inculquent en douceur et contraignent chacun à être conforme aux besoins de l’entreprise, aux nécessités d’une « médicalisation de l’existence » (selon les termes de R. Gori dans un autre ouvrage : La santé totalitaire qui complète les positions développées dans le présent ouvrage). La vivacité du ton, sa dimension de dénonciation sans nuances pourrait situer les limites de ce livre, celles notamment qui empêcheraient de reconnaître la valeur de l’argumentation pour en rester au ton, à la forme de l’écriture. On peut se demander si la bataille juste et nécessaire des idées et des conceptions n’est pas entravée pour le profit d’un constat politique pour lequel l’essai et le pamphlet peuvent apparaître inopérants. Ou peut également faire le pari de l’extrême fragilité de conceptions déterministes, technicistes et simplistes mises en œuvre par les coachs. L’inventaire de ces notions, de cette idéologie est fait avec verve et ironie par les auteurs. Il pourrait contribuer à leur chute inévitable devant l’altérité et la complexité du psychisme de chaque être humain. Le pessimisme actif de R. Gori et P. Lecoz laisse passer un peu d’espoir malgré le totalitarisme rampant du coaching. Benjamin Jacobi.

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