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Le rapport Lugano, par la Compagnie Sens ascentionnels

samedi 26 novembre 2005

Metteur en scène : Christophe Moyer Interprétation : Jean-Maximilien Sobocinski

J’ai vu cette pièce à Créteil lors des « Rencontres de la Villette hors les murs » et j’y suis allée avec un peu de réticence. Sachant que cette pièce est l’adaptation du roman « Le rapport Lugano », implacable plaidoyer anti-mondialisation de Suzan George, co-fondatrice et vice-présidente de l’association ATTAC, je craignais qu’il s’agisse d’un spectacle ennuyeux, centré sur une argumentation, sans grand ressort théâtral.

En fait il s’agit d’une pièce éblouissante, qu’il ne faut absolument pas manquer si elle passe dans votre ville. Sur scène, un fonctionnaire très terne, dans un environnement grisâtre, seul en scène devant son bureau pour tout décor, expose les conclusions du rapport d’un groupe de travail à ses commanditaires (que l’on ne voit pas). Il nous annonce que ce rapport a pour objectif « d’analyser l’avenir de l’économie capitaliste mondiale, d’identifier les menaces qui pèsent sur ce système et de recommander des stratégies de changement ». Même si on est sensible au sujet, on peut avoir des craintes sur ce que l’on va voir ! Et pourtant on ne s’ennuie pas une minute : toute la pièce est une sorte de suspense où dans un huit clos angoissant défilent l’analyse des menaces qui pèsent sur le capitalisme et les solutions extrêmes préconisées pour tenter de le sauver. L’angoisse tient en grande partie au fait que les éléments analysés aussi bien que les solutions envisagées n’ont rien de fictif : il s’agit de pratiques actuelles ou qui, à quelques virgules près, pourraient l’être ; pour ne pas déflorer la dynamique de la pièce je n’en donnerai pas d’exemple.

Il y a eu incontestablement un remarquable travail d’adaptation du roman pour le transposer en un spectacle serré et passionnant. En effet, pour Suzan George son roman « long exercice de logique (…) dans lequel n’apparaît aucun personnage (…) aucune parole n’est prononcée » était « résolument anti-théâtral ». Bravo donc à Christophe Moyer qui assure en outre la mise en scène. Le minimalisme des moyens, le recours à un seul acteur (mais quel acteur ! Jean-Maximilien Sobocinski, absolument parfait dans son rôle de rapporteur terne, mais convaincu) participent à l’atmosphère assez terrifiante qui se dégage de la pièce.

A partir d’une diffusion actuellement encore confidentielle, Le rapport Lugano devrait dans un premier temps être relayée par tous ceux qui s’intéressent à la fois à la thématique et à l’excellence de la qualité théâtrale. Je n’ai aucun doute sur le fait que, une fois cette étape passée, elle devrait avoir une carrière comparable au film d’Hubert Sauper, Le cauchemar de Darwin. Pour ceux que cela intéresse, la compagnie organise à la demande des représentations suivies de débats (les moyens matériels et financiers sont loin d’être exorbitants, n’hésitez pas à les contacter).

Marie-France Beauvois.

Contact : christophe.moyer@libertysurf.fr

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