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Qui perd et qui gagne à la spéculation

Questions à un « trader fou » et aux « sages banquiers » (pléonasme)

Peut-on bannir la spéculation

mardi 19 février 2008, par Jean-Loup Arnaud

Cette réflexion-interrogations est venue de mon étonnement dans le traitement médiatique de ce qui s’est passé à la Société Générale .Je comprends que le projecteur se soit focalisé sur l’aspect romanesque et intrigant : un trader qui , après avoir eu connaissance des techniques de contrôle interne , arrive à prendre des positions sur le marché à options plus de 50 MILLIARS d’euros , sans que , selon les responsables de la banque , ceux-ci aient pu le découvrir immédiatement . Ce qui paraît invraissemblable a toujours été "vendeur " . Mais les zones d’ombre , l’opacité entretenue par les banques , la commission bancaire , la Banque de France et les acteurs de la finance internationale cachent bien d’autres réalités qui nous concernent tous . J’ai tenté d’en approcher très modestement certaines , sans avoir la prétention de tout expliquer et encore moins d’apporter des solutions miracle du type « il y a qu’à » ou « faut qu’on »

L’affaire de la Société Générale et de J. Kerviel n’a pas fini de susciter de multiples questions. Les commissions des finances des deux assemblées, ainsi que des journalistes, experts et simples citoyens, en ont soulevé de multiples. Sans les reprendre toutes, je limiterai mon bref propos à quatre questions que les internautes qui visitent ce site ne manqueront de compléter tout en réagissant à ce qui n’est qu’une première tentative d’exploration d’un univers soumis à divers contrôles internes et externes, mais qui reste peu transparent en dépit des affirmations et de l’apparente bonne volonté des uns et des autres : celui des institutions financières en général et des banques en particulier .

Première question basique : qui peut spéculer ?

Réponse convenue, formelle : chacun d’entre nous à condition d’avoir pu épargner et investir sur le marché des valeurs mobilières, à l’exception des banques, en tout cas de la Société Générale si l’on en croit les déclarations récentes de son Président .

Plus sérieusement, encore faut-il préciser de quelle spéculation il s’agit. Tout dépend à la fois du risque pris et du montant des sommes en cause. S’il est vrai que le petit actionnaire qui détient quelques actions « spécule » sur la plus value qu’il pourra dégager en cas de hausse du cours de l’action – et à condition de vendre (et d’avoir acheté) au bon moment - , cette spéculation n’a rien à voir avec celle pratiquée par les traders, essentiellement (en France) au profit des banques qui les emploient.

Il convient de rappeler que les traders spéculent sur divers marchés à options (obligations , actions , devises , matières premières, montages plus sophistiqués…) en utilisant exclusivement les fonds propres des banques. On peut certes s’en réjouir en considérant qu’il serait dangereux – voire irresponsable – de placer les fonds confiés par les clients des banques en leur faisant courir le risque non seulement de tout perdre, mais encore de devoir couvrir leurs pertes au-delà des sommes investies. Certes. Mais on peut alors se demander pour quelles raisons ces sages banquiers prennent de tels risques sur leurs fonds propres et pour quelles raisons ils sont si discrets sur les plus-values réalisées au cours ces dernières années grâce aux connaissances (notamment mathématiques) et à l’expérience de traders rémunérés par ces banques, singulièrement au moyen du bonus qui leur est alloué en fonction des plus values réalisées. Du fait de l’affaire KERVIEL, le projecteur médiatique est fixé sur les limites des engagements pris et des pertes potentielles. Il faudrait, pour comprendre le phénomène dans toute son ampleur, le déplacer un peu afin de savoir aussi jusqu’à combien les banques ont pu gagner grâce à ce type de « spéculation », terme aujourd’hui banni médiatiquement, bien qu’il soit difficile de nier la réalité. J’ai relevé dans les propos prêtés à J.KERVIEL - les media , comme les banques , ne prêtent qu’aux riches – le terme de « martingale » . Je ne fréquente pas les casinos, mais je sais qu’il est fréquemment utilisé par les joueurs . Avec une différence majeure : les joueurs perdent le plus souvent au bout du compte (sinon il n’y aurait plus de casinos), alors que, toutes choses égales par ailleurs, les banques arrivent, dans ce jeu très particulier de prises de position futures (certains diront virtuelles), mais qu’il faudra bien finir par dénouer, à gagner. d’où la seconde question : gagner au détriment de qui ? Avec, en corollaire, l’interrogation en cas de perte : au profit de qui ? Avant de tenter d’y répondre – ou au moins de cerner le problème - , il est nécessaire de rappeler que les banques ne sont pas les seuls acteurs de ces prises de position optionnelles à prendre des risques sur leurs fonds propres - les fonds souverains et ceux provenant des économies parallèles sont certainement plus importants – et que de plus la part des banques françaises est marginale (moins de 2%) , ce marché étant encore (peut-être pas éternellement) détenu par des institutions et intermédiaires anglo-saxons.

Seconde question : qui perd et qui gagne ?

Si l’on ne sait pas – et sans doute on ne saura jamais tant qu’il n’existera pas un ordre financier international qui s’impose partout dans le monde – quels sont les gagnants (on vient d’évoquer des pistes), on peut se douter des catégories potentielles de perdants : bien évidemment certains spéculateurs à contre courant , mais aussi les petits actionnaires qui ne peuvent qu’enregistrer les pertes provoquées (ou plus exactement accentuées) par l’éclatement chronique des bulles spéculatives et indirectement l’ensemble des travailleurs, retraités et ayant –droits durement frappés par ces cycles économiques (passant inévitablement par le ralentissement de la croissance, voire par la dépression) d’autant plus intenses que l’excès de liquidités n’a pas été maîtrisé et qu’une course folle aux risques – et à la mutualisation de ces risques – a été engagée sans vision d’ensemble, ni lien avec la réalité économique. En fait – chacun le pressent , mais éprouve quelque difficulté à le formuler -, c’est le fonctionnement actuel du capitalisme financier qui est en cause , et singulièrement son internalisation croissante sans règles du jeu suffisamment rigoureuses et pouvant être contrôlées et sanctionnées. D’ où la troisième question .

Troisième question : doit-on et peut-on interdire cette forme de spéculation ?

Par souci de réalisme , il vaut mieux se demander d’abord si on peut. Sur un plan international, certainement pas : on peut seulement espérer à très long terme (dans 10.000 ans, nous serons libres, pour reprendre la prophétie poétique de Léo Ferré dans Il n’y a plus rien) une certaine régulation de cet ordre financier et monétaire international. En attendant ces lendemains qui chantent, comment ne pas déchanter ? Il est peu probable que les membres actuels de l’Union européenne, même avec les nouvelles règles de prise de décision qui résulteront de l’éventuelle application du traité, parviennent à un accord sur ce point qui conduise à fixer des limites et des règles d’encadrement valables pour les acteurs européens, et singulièrement les banques européennes. En supposant qu’on y parvienne, les responsables de ces institutions financières ne manqueraient pas de faire valoir que ces règles prudentielles de saine gestion pourraient à terme fragiliser ces banques et institutions financières par rapport à des concurrents plus audacieux et plus puissants .

Quatrième question, la plus difficile évidemment : que conclure de tout cela ?

Je préfère à ce stade laisser le débat ouvert et attendre les réactions des uns et des autres avant de tenter, au terme de ce débat, d’esquisser des pistes de réflexion et pourquoi pas d’action auprès des décideurs économiques, financiers et politiques qui savent bien que le seul contre- pouvoir passe aujourd’hui par ce qu’on a longtemps appelé le quatrième pouvoir, mais qui prend aujourd’hui une forme et une dimension nouvelles avec le développement d’internet.

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