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les oligarchies pour une europe américanisée

Le referendum ou la fuite en avant de la gouvernance libérale

Europe : les élites reviennent à la charge

mercredi 21 novembre 2007, par Alexandre Dorna

Alors que les populations européennes sondées (dont la population française) disent très majoritairement souhaiter un référendum sur le nouveau projet de constitution européenne, les oligarchies politiques et intellectuelles veulent le faire passer sournoisement par les voies parlementaires. Il faut tirer les leçons des suites faites au non en 2005. Et il est urgent que s’instaure un ample débat pour ressouder la volonté populaire.

La mauvaise foi et la forfaiture sont en train de dépasser les limites du politiquement tolérable. Car force est de constater que le « mini-traité » de M. Sarkozy est la copie presque conforme de celui que la majorité des Français a rejeté en 2005.

Un sondage IFOP récent signale que 71% des personnes interrogées veulent un référendum sur le « mini-traité ». Parmi ceux qui veulent un référendum, 76% sont des sympathisants de gauche et 66% des sympathisants de droite. Mais, il y encore autre chose. Les sondages dans d’autres pays européens, à la veille du sommet de Lisbonne du 18 octobre, réalisés par l’institut Harris et publiés par le Financial Times, avaient révélé que 76% des Allemands, 75% des Britanniques, 72% des Italiens et 65% des Espagnols souhaitaient eux aussi être consultés par référendum sur la Constitution européenne bis.

Certes, personne n’est dupe, mais cela ne suffit pas.

L’attitude de l’autruche

Les récents accords de Lisbonne, sous forme de « mini-traité », ont tellement soulagé libéraux et socialistes, inquiets de voir la « construction européenne » stagner depuis deux ans, qu’ils n’ont guère repensé à la ligne politique de la France, encore moins à assumer courageusement la volonté générale exprimée en 2005. Ainsi, le gouvernement de M. Sarkozy et les partis parlementaristes, de l’UMP au parti socialiste, en passant par l’UDF, se sont empressés de foncer sur une ligne de fuite en avant, nourrie de calculs techniciens et d’une volonté délibérée de manipuler l’opinion publique.

L’attitude assumée par le gouvernement et la classe politique parlementaire (UMP et PS) de ratifier le traité sans consulter directement les citoyens montre la perversion d’une démocratie de parade et l’impudeur d’une gouvernance technocratique, et leur méfiance profonde à l’égard de l’opinion publique qu’ils ont promis de respecter. C’est là le fruit du maintien d’une mentalité machiavélique dont la ruse est l’arme de l’imposture. Rien d’étonnant donc que la médiocrité des appareils politiques et idéologiques de l’État s’impose, avec la complicité des élites (intellectuelles et scientifiques), fascinées par l’esprit nihiliste du capitalisme moderne, après avoir fait le deuil de l’idéologie marxiste.

Si la ratification parlementaire semble acquise, elle ne doit pas être synonyme d’absence de délibérations publiques. Vouloir contourner l’opinion publique parce qu’une majorité affirmée des Français a dit « non » est appliquer la conduite de l’autruche en politique. En cela, les dirigeants socialistes sont une sorte de paradigme de l’imposture. Bien entendu, une telle imposture ne fait que renforcer l’image d’un projet porté uniquement par des élites mercenaires. Le gouvernement et les parlementaires devraient - dans leur propre intérêt - mieux réfléchir et s’engager à organiser de vrais débats autour de la ratification, par le biais des médias mais aussi par l’utilisation de l’instrument principal du dialogue en démocratie : le référendum.

L’enjeu est politique et national

Comment expliquer l’impasse ? Pour les uns, la « désaffection » citoyenne pour le projet européen est un phénomène visible qui doit être enrayé maintenant ou jamais. La vieille maison est une coquille qui ne résistera pas à l’orage qui la menace faute de ne se reconnaître plus dans ce projet commun. Pour les autres, c’est la déloyauté d’une classe politique qui ne pense que techniquement et à trop court terme, trop occupée à jouir de ses avantages et de ses intérêts corporatistes, avec défaitisme car « on ne peut pas faire autrement ».

La demande d’un référendum se révèle donc nécessaire et ouvertement politique. Pour l’essentiel, dans le traité, seule la forme a changé. Toutes les questions de fond restent, sous une nouvelle couche de maquillage rhétorique. Il suffit de rappeler, à titre d’exemple, que le statut de la Banque centrale européenne demeure inchangé, et que l’OTAN devient le cadre de la défense, car toute politique étrangère indépendante est enterrée, etc.

Les déclarations de M. Giscard d’Estaing sont claires à ce sujet : l’ancien et le nouveau traité se ressemblent. Aucun doute. Ce drôle de coup tordu, à l’encontre de l’idéal républicain et de la volonté populaire, prouve que le principe de l’indépendance nationale est violé.

Il nous faut répéter raisonnablement : l’idéologie d’une Europe fédérale représente le cheval de Troie introduit par l’américanisation de l’économie et de la technoculture européenne, depuis le fameux traité de Rome. Un formidable lobby d’intérêts économiques et idéologiques a rendu inaudibles les avertissements d’un De Gaulle et d’un Mendès France. De Gaulle percevait le danger que représentait l’expansion américaine pour l’indépendance et la souveraineté de la France et pour le monde : « L’impérialisme américain se manifeste sous des formes multiples et diverses. Certains de ses représentants raisonnent en terme de domination des USA sur le monde occidental… D’autres représentants, tenants de l’impérialisme économique, désirent que les USA instaurent un mode de vie pour le monde entier, qu’ils contrôlent et gèrent partout les ressources et le commerce. »

Peut-on oublier la lucidité de Pierre Mendès France qui s’abstint lors du vote sur la CED et s’opposa avec lucidité au marché commun : « Le projet de marché commun tel qu’il nous est présenté est basé sur le libéralisme classique du XXe siècle selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes. L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car, au nom d’une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale… »

Avec une certaine distance, je dirai que le sursaut de la conscience européenne ressemble plus à la position tétanisée des hommes politiques d’Athènes, au IIe siècle avant JC, face à l’expansion de Rome. L’histoire témoigne de la triste place laissée au monde grec par l’Empire dominateur et ses légions. Faut-il simplement rappeler que la chute des empires entraîne celles des pays satellites. Voilà pourquoi, loin de prêcher un anti-américanisme banal, il s’agit plutôt de défendre notre réelle indépendance. Il suffit d’observer comme la moindre crise économique des États-unis se répercute brutalement. Le dernier exemple en date en est la crise bancaire américaine. En conséquence, l’économie libérale telle qu’elle se pratique en Amérique reste une épée de Damoclès suspendue sur la tête du monde. La mondialisation financière de ces dernières années a poussé l’Europe à devenir un levier de la stratégie globale de l’Empire américain. Les « gouvernances » européennes évitent d’en parler.

En autres termes, soyons clairs, l’adoption du traité constitutionnel bis est l’alignement sur la stratégie politique et économique des États-Unis depuis fort longtemps. Le faire approuver en catimini par les parlementaires (en rejetant le référendum voulu par les populations) est lourd de conséquences pour la démocratie et pour l’avenir indépendant de la France. La ligne suivie par les castes gouvernantes non seulement efface la mémoire historique, mais rend les français orphelins de leur destin.

Les méprises des partisans d’une France libre et républicaine

Le non à la Constitution européenne de 2005 est venu des profondeurs du pays et de la multi-fracture provoquée par la politique des oligarchies partisanes. Car le peuple n’est ni de gauche ni de droite.

Or, les partisans du non de 2005 n’ont pas tiré les leçons de la mobilisation nationale et de l’appétit de dépassement des clivages traditionnels exprimé par une majorité transversale de citoyens. Cela ne leur a pas permis de rester unis pour se mettre en ordre de bataille. Il me semble donc utile de repérer ces leçons pour faire de la demande d’un nouveau référendum un pas serein en avant dans la construction d’une plateforme politique alternative. Rappelons avec prudence ces enseignements :

Premièrement : les peuples sont toujours en avance sur leur direction politique en temps de crise. Deuxièmement : aucune figure politique n’a répondu clairement à l’attente populaire de cohésion nationale et à la nécessité de franchir le Rubicon des appareils de droite et de gauche. Troisièmement : il faut parler à tous les partisans du non par-delà leurs propres appartenances politiques et idéologiques. Quatrièmement : les médias continuent à banaliser les concepts de Nation, de République et de peuple citoyen. Cinquièmement : le fossé entre les élites et le peuple empêche le dialogue sociétal stratégique. Sixièmement : il n’y a pas de différence de projet entre les partis de gouvernement de droite et de gauche. Il faut réfléchir sérieusement et en profondeur à ce qui peut relier la nation. Septièmement : nous avons besoin d’un nouveau mode de vie pour réinventer un mode de production juste qui ne tire pas son énergie du malheur des autres.

Ces observations mettent en évidence un besoin de rassemblement de caractère inédit, afin de rendre la république républicaine et la société plus humaine, et le dialogue ouvertement vrai. Toutefois, un rassemblement commence par l’acceptation des différences et la volonté commune de mettre en avant un dialogue dont les axes sont : l’indépendance de la France, l’État régulateur et la cohésion nationale

Pour hisser en puissance la lucidité, il nous faut rejeter les préjugés qui affaiblissent l’esprit d’unité. Les moyens fourbes de la propagande de l’establishment pour diviser le peuple sont puissants et les ruses machiavéliques des politiques nombreuses.

Saisissons l’enjeu européen par les cornes. Le vrai enjeu n’est pas de prendre la Pub de l’Europe pour la réalité de l’Europe. L’opinion publique est scandaleusement manipulée. Disons-le clairement, le discours européiste fédéraliste est une idée techno-nationaliste inspirée d’un eurocentrisme refoulé et pervertie par l’internationale de l’argent. C’est la réponse chétive des élites politiques cyniques et pragmatiques, qui s’accordent sur une vision « raisonnée » de la loi de la jungle, relayées par des élites intellectuelles et techniciennes déracinées.

Il y a donc pour les républicains une tâche incontournable : rassembler pour résister et rendre généreuse une action collective en status nascendi. Il faut réfléchir sérieusement (car nous sommes au milieu du gué) à la signification profonde des vagues successives d’exaspération des masses, qui se heurtent à l’intelligence froide des gouvernants et à un « dessein » techno-libéral qui se réaliserait non seulement sans nous, mais sournoisement contre nous.

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