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Il ne peut exister une démocratie d’opinion sans débats publics

Merde à la démocratie d’opinions, 2 : ne rêvons pas avec ce faux ami

Pour que les individus redeviennent des citoyens

jeudi 6 septembre 2007, par Jean-Léon Beauvois

Quoi de plus « juste » a priori qu’un fonctionnement dans lequel les partis, les syndicats, les députés, les ministres, les candidats aux responsabilités politiques... s’inspirent, pour leurs actions, leurs programmes ... de ce que pensent et souhaitent les gens ? Mais quelle est la réalité politique de cette notion : « ce que pensent les gens » ? Cette réalité est très problématique, à moins d’accepter l’idée que la démocratie doit devenir un système éminemment manipulatoire fait de pensées molles.

« Une politique réellement démocratique se trouve placée devant la forme moderne d’une très vieille alternative, celle du philosophe roi (ou du despote éclairé) et du démagogue, ou, si l’on préfère, l’alternative de l’arrogance technocratique qui prétend faire le bonheur des hommes sans eux ou même malgré eux et de la démission démagogique qui accepte telle quelle la sanction de la demande, qu’elle se manifeste à travers les enquêtes de marché, les scores de l’audimat ou les cotes de popularité. Une politique réellement démocratique doit s’efforcer d’échapper à cette alternative. » Pierre Bourdieu, 1996 [1]

une campagne présidentielle qui est allée loin en matière de démagogie

Un trait souvent évoqué de la récente campagne électorale pour l’élection du Président de la République Française est une relative mise à l’écart par les « principaux » candidats [2] des appareils et du corps politique français au profit d’un lien plus direct, nettement moins médiatisé par les partis mais au contraire très médiatisé par la presse, entre les candidats eux-mêmes et le peuple. Pris à partie pour leurs outrances, le candidat Sarkosy, bien que dénonçant ici la démocratie d’opinion, s’est défendu là en affirmant devant les appareils que « le peuple le comprenait (lui) » et la candidate Ségolène Royal en clamant « n’avoir pas peur (elle) du peuple », les citoyens étant, « les meilleurs experts en ce qui les concerne ». Sans oublier l’évanescent Bayrou pour qui « c’est le terrain qui va nous dire ce qu’il faut faire ».

Un lien assez peu médiatisé par les élites entre un candidat à la fonction présidentielle et ses électeurs est une implication des institutions de la V° République et de l’élection du Président au suffrage individuel direct, qui se trouve ainsi depuis 1965 élu comme le fut Louis-Napoléon et comme l’est aujourd’hui le vainqueur de la StarAc [3]. Certes, mais la récente élection est allée très loin dans la direction d’un renvoi en touche des représentants du peuple et des experts. Ségolène Royal n’est-t-elle pas allée jusqu’à vouloir doubler les instances de contrôle politique par des « jurys citoyens » (C’était évidemment à l’heure où elle était elle-même « la madonne des sondages »). Aussi a-t-on vu se déployer plusieurs débats parallèles suscités par cette dépossession des appareils et des personnels intermédiaires (hommes et femmes politiques, journalistes politiques, belles plumes...) d’une part importante de la fonction politique qu’ils pensaient détenir de droit [4]. Chacun voulait comprendre à sa façon , et pour redorer son blason, ce court-circuitage d’une classe politique et plus généralement d’une « élite » par ce qui apparaissait comme un appel direct au peuple et à la parole du peuple. Devait-on voir là surgir de nouvelles formes de démocratie ?

Ces débats n’ont pas été sans charrier quelques ambiguïtés. Ainsi vit-on, même dans Le Monde, la « démocratie participative » [5] confondue avec la « démocratie d’opinion », les deux idées étant pourtant en droit parfaitement distinctes, même si on peut (par toujours) les opposer à l’idée de représentation formelle en démocratie représentative. C’est que le coup de massue reçue par la classe politique confrontée à une démagogie non seulement efficace mais encore revendiquée et même militante écartelait douloureusement les esprits.

J’ai ailleurs discuté des formes plus ou moins sincères ou plus ou moins manipulatrices de la démocratie participative [6]. Je voudrais ici prendre le temps de revenir sur celui de démocratie d’opinion que je n’ai fait qu’effleurer dans un précédent article (Merde à la démocratie d’opinions), ce que m’ont reproché des amis sincères. Ces deux concepts ont été souvent invoqués et même souvent pris à partie dans les déchaînements de la démagogie de l’année électorale.

Un faux ami

Le concept de « démocratie d’opinion » a un sens qui s’énonce en positif et un sens dérivé obligatoire qui s’énonce en négatif. En positif, ce concept pose que l’action politique doit être conduite sous le contrôle permanent et direct d’une opinion majoritaire connue (dite « opinion publique »). Cette opinion doit avoir le statut d’injonction politique. Si l’opinion publique française est en faveur de l’intervention militaire en Dolmatie (67% des Français dans le dernier sondage de la SOUPRESS), le gouvernement français se doit d’intervenir militairement en Dolmatie. On peut dire en ce sens que c’est l’opinion qui gouverne, ce que certains tiennent pour la définition même de la démocratie d’opinion. En négatif, la démocratie d’opinion implique une mise à distance de l’action politique des élites (élus et experts) qui, dans la démocratie représentative et commissionnaire, ont pour fonction d’élaborer des programmes d’action politique sur lesquels s’engagent contradictoirement les candidats durant les campagnes et, s’ils sont élus, qu’ils seront censés appliquer jusqu’à une prochaine élection, et ceci en dépit d’éventuelles variations de l’opinion majoritaire (dans la démocratie représentative, seule, l’opinion portée par une élection formelle a valeur d’injonction).

Tant le sens positif que le sens négatif du concept de démocratie d’opinion ont des conséquences dont on doit prendre acte. Je ne m’arrêterai que sur l’une d’entre elles. L’élaboration de programmes et le gouvernement du pays sur la base de ce qu’on sait ou croit savoir de l’opinion majoritaire tend évidemment à réduire les écarts politiques entre les différents partis et les différents « principaux » candidats dans la mesure où ils se réfèrent à la même connaissance de l’opinion. On l’a vu durant la récente campagne présidentielle avec la convergence des deux candidats finaux sur certaines options fortes attribuées à l’opinion (par exemple sur le concept d’ordre et sur la politique de répression des jeunes délinquants). Ils tendent donc à réduire aussi les écarts de programmes desquels ces candidats se réclament. Ainsi a-t-on eu l’impression que les candidats élaboraient un programme au fur et à mesure qu’évoluait la campagne et qu’ils rencontraient de nouvelles gens. Ségolène Royal ne cacha même pas qu’elle était encombrée par le programme socialiste. Les enjeux porteront alors surtout sur le style, la personnalité, la faconde des candidats, peut-être même sur leur catégorie d’appartenance (un homme ? une femme ?), le peuple se portant, au mieux, sur ceux qu’ils jugent les plus capables de conduire le pays sur les bases de l’opinion majoritaire, au pire sur ceux qui conviennent le mieux à un idéal de nana ou de mec (« il nous faut un homme à poigne ! »). Et certains journalistes d’applaudir : « mais c’est normal qu’on s’intéresse à la personnalité des candidats ! ». Certes, mais ce qui n’est pas normal, c’est que cela devienne le critère N° 1.

Ce concept est un « faux-ami ». À première vue, un tel concept ne devrait qu’enchanter un démocrate puisqu’il laisse entendre que, dans une démocratie d’opinion achevée et paisible, démocratie vers laquelle on prétend que nous nous dirigeons tranquillement, ce que pensent les gens (ou au moins ce que pensent une majorité des gens) guide les hommes, les femmes et le pouvoir politique, plus que ce que Martine Storti appelle « l’oligarchie des visibles ». D’aucuns ont même trouvé « pléonastique » l’association de démocratie avec opinions. Quoi de plus « juste » qu’un fonctionnement dans lequel les partis, les syndicats, les députés, les ministres, les candidats aux responsabilités politiques... s’inspirent, pour leurs actions, pour leurs programmes... de ce que pensent en temps réel les gens de la société ou du collectif qu’ils sont supposés gérer et pousser au développement ? D’autant plus que nous disposons aujourd’hui de méthodes dites « scientifiques » pour savoir ce que pensent les gens sans qu’ils aient à le manifester dans la rue de manière brutale ou vulgaire. Il s’agit bien évidemment des sondages, ces outils indispensables à une démocratie d’opinion apaisée [7] Les sondages sont à ce point associés à l’idée de démocratie d’opinion (peut-être même en viennent-ils peu à peu à imposer cette démocratie-là) qu’on a pu parler de la « démocratie des sondages » que l’on souhaiterait encadrer où à laquelle certains souhaiteraient mettre un frein [8].

À rêver encore un moment, n’hésitons pas à avancer que dans une démocratie d’opinion achevée, une démocratie dans laquelle c’est bien l’opinion des gens qui dirige l’action politique, les médias, dits « libres », s’attachent à établir [9] et à refléter directement et le plus parfaitement possible cette fameuse pensée populaire, tant la pensée majoritaire que la pensée minoritaire d’ailleurs (susceptible de devenir majoritaire), quitte à les critiquer ou à leur apporter de nouveaux arguments,. Ils peuvent ainsi servir d’aiguillon au personnel politique lorsque celui-ci en vient à oublier les enseignements des derniers sondages.

Il est probable que cette représentation idyllique s’accompagne, chez nombre d’évangélistes de la démocratie d’opinion, d’une idée additionnelle qui parachève leur rêve : dans la mesure où l’on peut avoir « scientifiquement » accès à ce que pensent réellement et authentiquement les gens, on devrait pouvoir s’en tenir là et se passer de ces débats douteux que les élites ne contrôlent pas toujours très bien (elles s’en sont rendu compte en 2005) et durant lesquels les gens peuvent être manipulés par des exaltés ou des extrémistes qui titillent leurs tripes et bas instincts. Car il va de soi, pour un tenant sincère de la démocratie d’opinion, que ce que pensent les gens ne peut être, dans la réalité profonde de la pensée populaire, dès lors que "les autres" (les adversaires politiques) ne titillent pas les bas instincts, que tiède, raisonnable, peu éloigné du centre et des marais. C’est pourquoi la démocratie d’opinion est rêvée comme étant une démocratie tranquille, peu soumise aux crises et ruptures [10].

Que veut dire « ce que pensent les gens » ? Idées simples et critiques de l’agrégation des opinions

Malheureusement pour les tenants de la démocratie d’opinion (publique), « ce que pensent les gens » ne peut être érigé en concept politique, qu’on essaye d’y loger des « opinions » (« je crois que la peine de mort est dissuasive »), des « attitudes » (« je suis favorable à la peine de mort »), des « croyances » (« seule, l’application de la peine de mort réduira la délinquance sexuelle »), des « intentions » (« je voterai pour un candidat se proclamant pour la peine de mort »)..., bref, ce que mesurent les sondages [11].

Une vue bien trop simple : Bourdieu proclamait que « l’opinion publique, ça n’existe pas » [12]. Il avait ses arguments. Nous utiliserons d’ailleurs certains de ses arguments et d’autres plus expérimentaux. Mais nous devons d’abord partir d’idées simples, ces idées que présuppose l’idée de démocratie d’opinion telle que nous venons de la définir et telle qu’elle est vendue aux gens qui peuvent la recevoir parce qu’ils ont ces idées dans la tête.

Deux premières idées courantes sont que ce que disent les gens concernant ce qu’ils pensent, sauf bien sûr s’ils mentent ou se foutent de vous, reflètent une réalité interne à eux-mêmes (ils ne vont pas la chercher dans le journal) (idée a), et que cette réalité interne est relativement stable (idée b) pour que puisse être envisagée une politique. Il s’agit d’une réalité à laquelle chacun peut accéder lorsqu’il s’interroge ou quand on le lui demande, et indépendante du fait qu’on s’interroge à son propos. Une autre idée (idée c) est que cette réalité est suffisante pour permettre à chacun d’intervenir et de déployer un point de vue sur la plupart des problèmes qui se posent au niveau politique. Une dernière idée indispensable (idée d) est enfin que cette réalité a sa consistance propre et peut être exprimée sans gauchissement ou déformations en réponse à un grand ensemble de questions et dans de très nombreux formats de réponses (qu’on pose pour la connaître des questions impliquant des réponses par oui ou non, ou qu’on demande de la déployer dans un long entretien peu dirigé).

C’est cette réalité-là qu’on implique lorsqu’on dit avec cette belle fierté de démocrate « j’ai mes convictions ». « Mes convictions », c’est supposé être une réalité que j’ai en moi, une réalité stable et indépendante de la question qu’on me pose mais que je peux montrer si on me le demande gentiment en exprimant fidèlement ce qu’elle contient. C’est une réalité qui me permet de juger dans un univers relativement large de problèmes. L’une de mes convictions, c’est par exemple que la peine de mort fait peur aux malfrats et grands pervers et qu’il faut la rétablir au moins pour les crimes les plus odieux. J’ai en moi cette idée, elle n’a pas varié depuis pas mal de temps, je n’en changerai pas facilement, et je peux vous la bonnir telle qu’elle est si vous le souhaitez. Et quel que soit le type de questions que vous me poserez, je vous la bonnirai telle quelle, dans sa pureté, sans devoir la farder ou la déformer, ce que je n’accepterais pas. Cette idée simple de ce que sont nos convictions n’exclut pas le changement, mais elle implique qu’il n’est ni facile ni fréquent. Il est le fait d’évolutions lentes (évolution de l’opinion publique), supposées produites par des faits nouveaux d’une certaine ampleur (par exemple l’échec des USA en Irak ; la réduction du chômage due à l’action gouvernementale...) ou par de sérieux débats (à l’occasion d’un référendum ou de manifestations par exemple). Mais la caractéristique de « mes convictions », c’est qu’elles sont en moi, qu’elles sont peu versatiles et qu’elles me permettent de juger de l’essentiel de ce qui se passe concernant l’action politique.

Déjà, si ces idées étaient valables, se poserait un problème que n’ont pas manqué de pointer psychologues sociaux, sociologues et statisticiens, celui de l’agrégation des opinions individuelles en une entité d’ordre supérieur qui aurait pour nom : l’opinion publique. Les problèmes proviennent du fait que l’opinion est le résultat de processus qui peuvent différer considérablement entre les individus et qu’il pourrait s’avérer inconséquent de n’agréger que les résultats de processus très différents, voire divergents.

Cette agrégation, véritable tour de force théorique, pourrait ainsi s’avérer d’autant plus aberrante que les préalables d’une opinion donnée peuvent être très divers. Ils peuvent même être carrément contradictoires. On l’a vu récemment avec le non au référendum de 2005 sur le traité de constitution européenne, un non des plus hétérogènes qui agrégeait des positions de droite dure, de droite tempérée, de gauche rose et de gauche rouge. Auriez-vous pu faire une politique avec ça ? Avec Le Pen et Besancenot dans le même gouvernement ? Pouvait-on alors en référer à une « opinion publique en faveur du non ? ». Notez que les zélateurs de la démocratie d’opinion ne l’ont pas fait. Ils auraient donné des verges pour être battus.

J’avoue que cet argument, pourtant avancé par de belles plumes, ne me convainc qu’à moitié. Autant s’en prendre (ce qui au demeurant ne me chagrinerait guère) au suffrage universel individuel lui-même dans les diverses élections qui rythment notre vie démocratique [13]. Dans les constitutions de nos démocraties libérales, un vote est une agrégation comme celle qu’on prétend dénoncer : il fait une réalité d’ordre supérieur (la « majorité » ; c’est nettement moins net pour la "minorité") d’une somme de choix individuels qui peuvent procéder de préalables idéologiques très divers, sauf, à la longue, avec l’intériorisation par les votants des idées majoritaires justifiant le choix qu’ils ont fait sur des bases diverses, idées qu’ils empruntent aux leaders politiques. Ils ont bien raison, les analystes qui considèrent qu’il y a une même théorie sous-jacente à la sondomanie et à notre mode de suffrage.

Cette agrégation pose un autre problème moins souvent soulevé. C’est que les opinions, telles qu’on peut les connaître, ne sont pas toujours générées dans une même dynamique. Des psychologues sociaux et politologues ont insisté sur l’importance dans le positionnement des attitudes politiques et leur changement de ce qu’ils appellent la perspective. Un exemple. Je connais deux ou trois personnes qui ont fini sur le oui au référendum de 2005, non parce qu’elles étaient pour le projet de constitution européenne, mais parce qu’elles ne voulaient pas « voter comme Le Pen ». D’autres, qui étaient plus sensibles à l’intérêt d’une constitution européenne évoquant des droits sociaux, ont fini sur le non pour ne pas se désolidariser du PC et de l’extrême gauche pour une fois unis. Pour des citoyens quelque peu engagés, la position de leur opinion sur un axe qui va de l’extrême droite à l’extrême gauche et où se placent les divers partis est au moins aussi importante que le contenu de l’opinion. L’agrégation des opinions gomme aussi ces différences de perspectives. Mais là encore, un démocrate dirait que c’est exactement ce qui se passe aussi dans notre mode de scrutin.

Il n’est décidément pas facile d’aimer notre démocratie et de critiquer l’agrégation des opinions. Même ceux qui souhaitent perfectionner notre démocratie doivent accepter cette agrégation dans ce qui est au coeur même des démocraties libérales : le suffrage individuel. Certains l’aiment tellement qu’ils souhaitent l’exporter à travers le monde comme l’universelle panacée.

Inefficacité des idées simples

Mais on a d’autres raisons pour critiquer l’idée de démocratie d’opinion. Ces raisons tiennent au fait que les idées simples que j’ai énoncées ci-dessus ne sont valables que pour une part des opinions des uns et des autres, et une part marginale, non suffisante pour le fonctionnement optimal de la démocratie. Cela tient au fait, non que les gens sont des imbéciles, mais que notre démocratie n’entretient plus depuis belle lurette les débats qui permettraient au citoyen de fonctionner sur le modèle intellectuel qui est celui que présuppose ces idées simples. Si la République est une affaire de citoyens engagés par définition dans l’attachement (au besoin, actif) à la « chose publique » et débattant à son propos, la démocratie est souvent dite faite pour les individus, un tout autre concept. Les individus d’aujourd’hui ont été réduits par quarante ans de médias de masse à l’état, précisément, d’une masse de téléspectateurs, consommateurs, quelquefois électeurs, êtres que la chose publique ne passionne que très éventuellement, sauf lorsqu’elle prend une allure de course hippique [14] ou lorsqu’elle met en cause leur jardin. On ne peut attendre des individus qu’ils aient « leurs convictions », au sens énoncé ci-dessus, sur tous les problèmes qui se posent dans une démocratie. Pour qu’ils en aient (des convictions) il faut où les manipuler en leur donnant à croire qu’ils en ont [15], ou les impliquer pendant quelque temps dans un débat qui aide à leur construction, ce qui n’est pas l’option des démocraties libérales, lesquelles évoluent vers une absence de débat. Je prendrai deux exemples pour illustrer ces assertions.

Exemple 1. Question : Êtes-vous pour qu’on fasse de la lutte contre les pandémies une grande cause nationale ? Oui ou Non ? Nous pouvons douter que de nombreux français aient réfléchi à cette question et aient, disponible dans leur mémoire, une réponse toute prête générée par « leurs convictions ». On peut même avancer que de nombreux français n’ont pas, dans ces convictions, les sept ou huit concepts nécessaires à l’élaboration raisonnable d’une réponse réfléchie (ce qui serait, pour les psychologues sociaux, un traitement « central » ou « systématique » du problème). Est-ce à dire qu’ils ne répondront pas ? Bien sûr que non. Ils disposent au moins de la signification des mots qu’ils connaissent pour trouver certaines idées chouettes et d’autres idées détestables. Certains répondront, peut-être même une majorité, qui adopteront un traitement dit « périphérique » (ou « heuristique ») du problème. Les pandémies, c’est une vraie vérole, n’est-ce pas ? Et pourquoi ne pas supprimer cette vérole de notre sol. Oui, il faut en faire une cause nationale. Évidemment, ils ne se demanderont pas (ils n’auront pas le temps et il n’y aura pas eu de débat) s’il n’y a pas d’autres causes qui mériteraient, plus que la lutte contre les pandémies, d’être proclamées causes nationales, ils ne se demanderont pas davantage où l’on prendra l’argent, si cet argent ne serait pas mieux investi ailleurs et autrement, si ce n’est pas au niveau Européen qu’il faudrait poser le problème... Pour cela, il faudrait un débat. Notre démocratie n’aime pas les débats, les journalistes ayant décrété qu’ils emmerdent le peuple (« ne nous sortez pas tant de chiffres... »). Quelques journalistes préfèreront annoncer : l’opinion publique française est à 79 % pour qu’on fasse de la lutte contre les pandémies une grande cause nationale. Des journalistes sérieux diraient plutôt : la question a été posée à 1147 français. 106 n’ont pas voulu répondre, 316 se sont dit sans opinion, 152 ont répondu non, 573 ont répondu oui, soit 50 % de l’échantillon et 79% des réponses exprimées, la marge d’erreur de ce dernier chiffre étant de 3,1%. Les autres journalistes avanceront qu’ils n’ont pas à tenir compte des chiffe-molles qui « ne prennent pas leur responsabilité » et « n’ont pas d’opinion » (sic). Vous leur répondrez qu’ils tiennent compte de ceux qui parlent sans réfléchir et disent n’importe quoi.

Exemple 2. Question : Pensez-vous que Alain Delon serait un bon Président de la République ? Oui ou Non ? En dépit de l’élégance, de l’immense talent et de la popularité de l’acteur, on peut parier que peu de Français se soient un jour posé la question de sa candidature à la Présidence de la République. Je doute d’ailleurs qu’en dépit de Sa Grandeur, Alain Delon y ait lui-même jamais pensé. Je vous pose la question de but en blanc. Vous êtes face à une alternative : ou vous me rétorquez que ma question est farfelue, ce que les théoriciens de la conversation tiendraient pour une grave tentative de me faire perdre la face, ou vous répondrez en faisant comme si j’avais respecté les règles de la conversation et, donc, comme si la question posée était une question pertinente. Après tout, il est parti de rien, Alain Delon, il a réussi dans sa branche au point d’y figurer comme l’un des numéros Un, c’est un homme à poigne qui a des idées bien arrêtées, y compris sur la peine de mort, il saurait certainement s’entourer... Pourquoi serait-il un mauvais Président ? Je pose la question à 1000 personnes représentatives de l’électorat français. 110 refusent de répondre et acceptent de me faire perdre la face ; 215, plus diplomates, disent hésiter entre oui et non, 290 répondent non, 385 répondent oui, sans d’ailleurs y voir malice. Le lendemain, un grand titre : 57% de Français aimeraient voir Alain Delon à la Présidence de la République. Cela suffirait peut-être pour qu’on constate un « mouvement d’opinion » en faveur d’Alain Delon [16].

Ce que montrent ces exemples. Ces deux exemples illustrent une véritable loi : ce n’est pas parce que les gens n’ont pas d’opinion a priori sur une question ni même parce qu’ils n’ont pas les outils conceptuels pour en élaborer une, qu’on ne peut obtenir une « opinion publique » - et même une opinion majoritaire - à une question d’opinion. On obtient alors assez généralement l’opinion qu’on souhaitait obtenir. Là où le citoyen manquerait d’arguments par absence de débat politique organisé sur la question, l’individu, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est doté d’une certaine tendance à rouler des mécaniques, trouve toujours quelque chose à répondre, quelque chose qui n’est pas insensé puisqu’on peut le prédire. Encore une fois, on se trouve devant cette réalité : en dépit de l’estime qu’il a pour lui-même (et peut-être à cause de cette estime), l’individu est, en tant précisément qu’individu, l’être le plus manipulable qui soit [17]

Un tout petit peu de théorie

Les quatre idées simples a, b, c et d que présuppose une conception honorable de la démocratie d’opinion ont été autrefois acceptées par des théoriciens des sciences sociales et humaines. Elles sont proches de ce qu’on a appelé le modèle des fichiers. Des chercheurs ont ainsi, sur la base d’idées défendues durant les années 60, avancé qu’une attitude (grosso modo : être pour ou contre les X) était une évaluation des X qui découlait par un processus conscient ou inconscient d’informations contenues et soigneusement stockées dans trois fichiers de notre mémoire, des informations qu’on allait chercher lorsqu’on devait exprimer cette attitude, par exemple dans un sondage. Des informations en rapport avec nos comportements (la semaine dernière encore, j’ai tout fait pour éviter un X), d’autres en rapport avec nos affects et sentiments (la dernière fois que j’ai dû interagir avec un X, j’ai senti de la répulsion monter en moi), d’autres enfin en rapport avec des connaissances dont on dispose ou dont on croit disposer concernant les X (les X gagnent plus d’argent que moi tout en travaillant nettement moins que moi). La synthèse des informations tirées de ces trois fichiers donne lieu à une évaluation globale qu’on appelle une attitude. Cette attitude pourrait bien elle-même, pour peu qu’on ait été dans la position de l’exprimer plusieurs fois, stockée à un nœud de notre mémoire et venir directement, sans qu’on ait à puiser dans les fichiers. On disait alors que de telles attitudes étaient très accessibles. Elles déboulaient toutes seules et à toute vitesse de notre mémoire.

Je n’exclus aucunement que ce modèle ait été un bon modèle dans les années 50, une grande décennie d’ailleurs pour la recherche sur le concept d’attitude. C’était une époque ou de nombreuses questions étaient l’objet d’enjeux et de débats à cause de l’opposition entre deux modèles politiques forts qui clivaient les populations. Les gens lisaient encore les journaux de la presse d’opinion. Je revois avec tendresse ma pauvre tante Augustine, ex-paysanne de son état, perdue dans une vallée reculée des Alpes, qui recevait le journal communiste « La Terre » et le lisait de A jusqu’à Z avec une attention soutenue. Les gens avaient des appartenances (et donc des relations sociales) religieuses, politiques, syndicales, de lieu de travail, villageoises, de quartier... auxquelles ils attribuaient suffisamment de valeur pour qu’elles pyissent leur fournir des modèles et des idées pour remplir ces fichiers et, sur la base de ces fichiers, confirmer une attitude probablement déjà acquise dans les relations sociales. Depuis la fin de la guerre froide par la victoire à plate couture du bloc capitaliste, une véritable propagande individualiste et libérale a amené les gens à n’accepter que leur statut d’individus, et même d’individus à tout crin, des individus devant surtout se méfier des tentatives explicites d’influences [18] et nier ce qu’ils doivent à ces appartenances (« je ne suis pas encarté, moi ! ») ; et on matraque bien plus souvent qu’avant l’idée finalement assez sotte que, seuls devant leur télé ou le rayon de l’hyper marché, éventuellement devant leur Télé Z ou leur jeux favoris, ils doivent se faire leur opinion sur tout (« Je veux me faire mon opinion par moi-même ! »), sur l’augmentation du prix de l’essence, sur les agissements de Cecilia Sarkosi au Bénin, sur le devenir de l’art abstrait en basse Bretagne, sur l’interdiction de l’avortement sous le régime communiste de Roumanie, sur la chute des cours en bourse, sur les nouveaux soins en matière de calvitie... Vous croyez, vraiment, qu’on peut raisonnablement sur la base des informations qui circulent dans la fluidité sociale habituelle construire un savoir préalable qui permet de répondre à ces questions et d’élaborer une opinion permettant une action politique ? La machine à fabriquer des attitudes s’est peu à peu vidée des fichiers qu’elle contenait, peut-être, autrefois. Elle ne peut être remplacée que par une appréciation de l’intérêt personnel qui n’est pas toujours ni très apparent ni très bon guide et qui fait de l’individu, non un citoyen, mais un client ou un consommateur.

C’est la raison pour laquelle un nouveau modèle théorique a pris le pas. Les psychologues sociaux américains, sont très forts, comme nos hommes et femmes politiques d’ailleurs [19], pour attribuer des mots alléchants à des réalités finalement peu réjouissantes. Ils ont ainsi remplacé le « modèle des fichiers » par un modèle... « constructiviste ». C’est chouette, non ? Ce modèle est très simple. Lorsqu’on vous pose une question d’opinion, vous « construisez » la plupart du temps [20] cette opinion dans le cours de l’interaction (les théoriciens disent « on line »). Et vous la construisez sur la base des informations saillantes à ce moment-là. Autant emprunter à Jean-Christophe Giger :

« Nous ne récupérerions pas une attitude préformée, stockée en mémoire et consultable à souhait, mais nous construisons à chaque fois une évaluation épisodique et circonstanciée. Ainsi, répondre à la question « êtes-vous pour ou contre l’augmentation du prix de l’essence à la pompe ? » impliquerait une réflexion, si rapide soit-elle : on se voit donner de l’argent, on se sent soudainement frustré de devoir encore mettre la main au porte-monnaie, on se rappelle le prix du dernier plein... De même, notre groupe rock préféré, les transports en commun, la cuisine à l’huile d’olive ou bien encore le parti politique auquel on adhère depuis 20 ans seraient autant d’objets d’attitudes quotidiens et habituels envers lesquels nous n’aurions aucune évaluation stockée en mémoire et prête à l’emploi et envers lesquels nous construisons un attitude quand nous devons les évaluer. »(p.126-127 du chapitre cité supra.)

Malheureusement, mes collègues psychologues sociaux n’ont pas l’habitude de traiter des propagandes. La plupart sont d’ailleurs convaincus, bcbg qu’ils sont, que celles-ci ont disparu avec la fin que l’on sait de la guerre froide. Certes, ils étudient les influences inconscientes parce que c’est leur job et qu’ils le font généralement bien, mais chacun dans son coin théorique, sans penser aux processus idéologiques et sociaux d’ampleur dans lesquels ces influences fonctionnent à plein. À y penser, ils auraient peur de passer pour des extrémistes et de ne pas être publiés. Eh bien, il suffit d’ajouter à cette vision « constructiviste » des attitudes et opinions, ce que font certains chercheurs, que le processus de construction « on line » fait aussi nécessairement intervenir quelques faits très récemment connus (« encore un enfant assassiné par un pédophile ! »), quelques concepts particulièrement disponibles en mémoire parce que récurrents dans les JT (peine plancher, remise de peine...), et quelques évaluations tout aussi disponibles et récurrentes (les juges sont laxistes) pour comprendre que ce processus est particulièrement sensible à la propagande glauque Propagande médiatique. La fabrique des opinions de base par la propagande glauque dont notre démocratie est hélas saturée. L’opinion publique serait alors très aisément modelée par cette forme insidieuse (parce que non « visible », non explicite) de propagande.

une démocratie d’opinion, pourquoi pas ? mais si elle est aussi et d’abord une démocratie de débats

Nous n’aurions pas fini, si nous le souhaitions, de tirer les conséquences théoriques du référendum de 2005, véritable cas d’école pour les sciences politiques et sociales. Durant l’été 2004, la connaissance qu’on avait de l’opinion publique donnait à penser que les Français se prononceraient pour le projet de constitution européenne. L’opinion publique était en faveur de l’Europe. Et de fait, cela faisait des années que la propagande glauque avait fait de l’Europe un concept très positif dans la masse des individus tièdes et des « non-encartés » [21] ; de Giscard d’Estaing, le promoteur du projet, un homme « très intelligent » ; de l’économie de marché la voie royale du progrès économique ; du couple libéralisme - démocratie un véritable cliché... Bref : l’opinion publique étant ce qu’elle était alors, Chirac roulait sur du velours avec son référendum.

La tuile : des associations et partis très minoritaires réussissent à imposer un débat. Et on se rend compte que les Français, pourtant engagés dans le processus de pipolisation et la construction JTlienne ou 7-9ienne de leurs idées aiment toujours débattre. On n’avait rien vu de tel depuis belle lurette. Certes, les éditorialistes et autres faiseurs d’opinion (publique) n’apprécient guère. On est en train de remplacer leur pédagogie par la démagogie, leur raison par les tripes... Pauvre Guetta ! La maîtrise des opinions de base leur échappe. [22]. On connaît le résultat. Le débat a pu créer chez les gens une opinion majoritaire fondée en argumentation, en rhétorique en quelque sorte, et, donc, ce qu’on n’avait plus vu depuis longtemps, en raison politique démocratique.

De 2005, nous pouvons tirer des enseignements dont beaucoup, déjà, se doutaient. Notre démocratie a peu à peu annihilé le débat public, le débat citoyen, au profit d’une nourriture pour individus faite d’idées mixées, de personnalisation (devenue aujourd’hui pipolisation) ne laissant de place qu’aux idées ou égoïstes [23] ou tièdes et manipulées, les tenants d’un vrai débat faisant figure de pédants ou de chiants. Or, et j’espère cette fois avoir pu me faire comprendre, seule une démocratie de débats pour citoyens peut-être une démocratie d’opinion honorable. Sans débats, on ne peut dire que merde à la démocratie d’opinion, cette démocratie pour individus massifiés et gavés. Je ne suis pas sûr que de vrais débats conduisent toujours, comme en 2005, les citoyens vers des majorités d’opinion qui me ravissent. Mais qu’importe. Je devrais reconnaître que l’opinion majoritaire, même si elle me déplaît, est alors ancrée dans un authentique univers rhétorique de vraisemblance politique, un univers que produisent les débats et non ce qui, aujourd’hui, tend vers un pudding de clichés et d’évaluations brutes, produits de l’uniformisation des gens par les médias.

Désolé, mais le cliché si souvent asséné par des hommes ou femmes politiques (qui n’y croient d’ailleurs absolument pas) selon lequel les Français sont intelligents n’a pas de réalité politique pour moi. L’intelligence, y compris la mienne et celle des Français, ne vaut que si l’on s’en sert pour argumenter et traiter de l’information. Notre démocratie n’y incite guère. Alors, dans ces conditions, une démocratie d’opinion ne peut être qu’une démocratie de médias, une démocratie manipulée par les propagandes glauques.

Notes

[1] Tribune libre, Sociologie et Démocratie

[2] l’idée de « principaux candidats » est une idée typiquement antidémocratique puisqu’elle pose que tous les candidats n’ont pas, a priori, la même valeur et les mêmes chances.

[3] Il est probable que les penseurs de notre constitution n’aient pas anticipé les effets délétères de ce qui n’était alors (au début des années 60) qu’une « radio avec images ». Pouvez-vous imaginer le Candidat de Gaulle se livrant à la pipolisation, et faisant le zouave à l’émission du dimanche après-midi entre le déjà brillant Johnny Halliday et l’illustre Raymond Kopa ?

[4] voir en particulier dans les « Rebonds » de Libération de la fin 2006, l’humeur acrimonieuse d’un Alain Duhamel, lorsqu’il s’en prend à la démocratie d’opinion sur la seule base du stéréotype selon lequel le peuple n’est que tripes sans raison...

[5] celle de Ségolène Royal, il est vrai, que j’ai moi-même sur Maniprop tenue pour une démocratie clientéliste (Jurys populaires de Ségolène Royal : une démocratie individualiste et consumériste)

[6] voir mon article : Quelques questions préalables à la mise en route de programmes de démocratie participative dans Sciences de la société N° 69 - octobre 2006.

[7] Dire que les sondages se trompent ou qu’on ne croit pas aux sondages relève de l’obscurantisme le plus simplet. Ce sont les commentateurs ou les commanditaires qui se trompent en faisant dire aux sondages ce qu’ils ne sont pas faits pour dire. Et Dieu sait si les commentateurs et commanditaires se trompent souvent !

[8] Une vraie position démocratique seraient, plutôt que de vouloir « mettre des freins » voire supprimer les sondages, ce qui serait une censure, d’enseigner aux citoyens les méthodes statistiques en jeu dans les sondages, ceci dès l’école, et de faire ainsi connaître très tôt leurs limites statistiques et leurs limites théoriques. Comme la rhétorique était tenue pour une compétence politique dans la Grèce démocratique, notre démocratie devrait impliquer, outre la rhétorique, toujours utile, cette compétence statistique de base. Il est vrai qu’il est bien d’autres types de sottises qui ne pourraient plus être proférées, par exemple sur les statistiques de la délinquance ou sur celles du chômage.

[9] Les médias sont des commanditaires de sondages.

[10] Les adversaires de la démocratie d’opinion peuvent avoir, de leur côté, une conception de la pensée populaire et de l’opinion publique très péjorative. Le peuple seul ne pourrait avoir d’idées justes susceptibles de fonder l’action politique. Le peuple seul ne pourrait être que versatile, passionnel et irrationnel. C’étaient déjà ceux-là qui, avec Platon, condamnaient la république de la doxa (et du même coup leurs concurrents sophistes), la « tyrannie de l’incompétence », et rêvaient d’une république des philosophes. Ce sont toujours ceux-là mêmes qui prônent aujourd’hui une « pédagogie » pour aider le peuple à penser (droit), sans que d’ailleurs personne ne leur ait jamais demandé d’être des pédagogues.

[11] Ce qui suit repose sur les données d’une discipline scientifique (au sens le plus normatif cette fois de ce mot), la psychologie sociale expérimentale. Le lecteur curieux trouvera certaines de ces données dans mon livre Les illusions libérales Individualisme et pouvoir social (Presses Universitaires de Grenoble). Il en trouvera d’autres dans N. Dubois, Psychologie sociale de la cognition (Dunod), notamment dans le chapitre de Jean-Christophe Giger.

[12] Les temps modernes, janv. 1973, repris dans Questions de sociologie, Ed. de Minuit, 1980. Le concept d’opinion publique est pourtant loin d’être nouveau. Il a pu effrayer. On cite souvent Necker, Ministre de Louis XVI (« l’opinion publique, comme du haut d’un trône, décerne des prix et des couronnes, fait et défait des réputation... »). Il a pu enchanter aussi bien, notamment des enragés de notre Révolution Française comme Jacques Roux : ("Vous ne souffrirez pas que vos mandataires s’écartent de l’opinion publique, qui seule dicte les lois et qui est toujours droite et toute puissante"). Patrick Champagne a bien décrit les évolutions de ce concept jusqu’à l’ère des sondages (Champagne, P., Faire l’opinion. Le nouveau jeu politique,Paris : Ed. de Minuit, 1990 ») Ce sont effectivement ces derniers qui ont modelé le sens actuel que revêt l’idée d’opinion publique. C’est ce sens actuel qui j’adopte ici.

[13] Autogestionnaire, je n’ai jamais goûté aux charmes de ce scrutin individuel.

[14] Métaphore empruntée, je crois, à Bourdieu. Une belle course hippique, avec un beau cheval pour favori et une belle jument pour principal outsider peut passionner la masse des électeurs comme les passionne la course de la StarAc. Et les journalistes qui ont tout fait 1. pour qu’il s’agisse d’une course et 2. pour que la course soit belle ne manqueront pas de crier à la victoire de la démocratie devant une participation qui reflète davantage la beauté de la course que la qualité cognitive des débats !

[15] « cette table est ronde, mais je ne veux pas vous influencer, vous êtes capables de vous faire votre opinion » !

[16] Ne pas voir là une illustration du processus par lequel Ségolène Royal est subitement devenue « la madone des sondages ». Les choses sont plus complexes, n’est-ce pas ?

[17] Ce que j’ai essayé de montrer dans mon livre Les Illusions libérales...

[18] C’est d’ailleurs ce qui les rend tellement sensibles aux influences inconscientes.

[19] Rigueur ? Non, rénovation !

[20] Encore que certains théoriciens pensent que c’est toujours le cas.

[21] Pensez encore à ce bon Stéphane Paoli sur France Inter : « N’est-ce pas ce qui prouve qu’il nous faudrait plus d’Europe ? »

[22] Pourtant, je mets au défit quiconque de me démontrer que le débat d’alors ne fut pas de meilleure qualité que celui des récentes élections présidentielles. J’ai déjà dit et je répète que, si on le souhaitait vraiment, il serait parfaitement possible de créer un observatoire de la qualité cognitive des débats pré-électoraux. Mais qui le souhaite ? Certainement pas les sondeurs.

[23] Quels pauvres débats que ceux dans lesquels un homme politique répond à un « échantillon » de Français !

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