libéralisme ou démocratie : accueil

[Plan du site maniprop.com]
Accueil du site > Actualités, analyses, réflexions, commentaires > Pacte écologique et analyse du discours politique

Nicolas Hulot, élections présidentielles,

Pacte écologique et analyse du discours politique

Un Vert, ça va. Dix Verts, bonjour les débats !

vendredi 2 mars 2007, par Pascal Marchand

Environnement... Développement durable... L’écologie serait-elle devenue un enjeu de la campagne présidentielle ? On a pu le croire avec les vertes déclarations des candidats autoproclamés qui vont jusqu’à répondre à l’injonction de s’engager du présentateur d’émissions d’aventure (depuis 1987) et de nature (depuis 1998 et surtout après l’ère du sponsoring de Rhône-Poulenc), Nicolas Hulot (salarié de TF1 qui possède le nom et les droits de l’émission et de ses produits dérivés).

Ne présentez pas votre candidature, Nicolas, c’est inutile : votre combat est mon combat ! Je signe le pacte et j’explique pourquoi c’est pour moi tout... naturel.

Le débat

Quoi qu’on puisse en penser, cette première, et pour l’instant seule, séance publique de débat thématique est, néanmoins, exemplaire.

Unité de temps : le matin du 31 janvier 2007, chaque candidat à l’élection présidentielle de juin 2007 dispose - à condition d’avoir répondu à l’invitation de signer le Pacte écologique de Nicolas Hulot [1] - de quinze minutes, rigoureusement contrôlées, pour témoigner de son engagement.

Unité de lieu : le musée des Arts premiers du quai Branly, devant un même public composé de la Fondation et les membres du Comité de Veille Ecologique, des ONG environnementales, notamment celles réunies au sein de l’Alliance pour la Planète, des cinquante représentants des signataires du Pacte écologique et de la presse.

Unité de thème et de condition : chacun est invité à rappeler pourquoi il est signataire du Pacte écologique et à présenter ses engagements sur des mesures concrètes. La prise de parole prend la forme d’une déclaration, sans question-réponse avec le public, auquel il est expressément demandé de ne manifester aucun signe partisan.

Rarement un débat politique aura rassemblé des conditions aussi favorables à une étude comparative des discours. Se succèdent donc à la tribune (cliquez pour visionner les vidéos) : Segolène Royal (Parti socialiste), Antoine Waechter (Mouvement Ecologiste Indépendant), France Gamerre (Génération écologie), Jean-Marc Governatori (La France en action), François Bayrou (Union pour la Démocratie Française), Corinne Lepage (Cap 21), Marie-George Buffet (Parti communiste), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la république) et Nicolas Sarkozy (Union pour un mouvement populaire).

Leurs interventions orales[[ Quelques orateurs ont mis en ligne le texte de leur intervention. Mais, pour certains, la déclaration prononcée s’éloigne sensiblement du texte écrit. Par souci d’homogénéité, nous ne considérerons donc ici que les textes tels qu’ils ont été prononcés et dont il est possible de consulter les vidéos sur le web (liens à partir de marchand) ont été intégralement retranscrites pour être analysées par ordinateur. Les questions très générales qui ont dirigé l’analyse étaient les suivantes : chacun des débatteurs a-t-il une « marque » propre dans son discours ? Y a-t-il des proximités ou des distances entre leurs vocabulaires ? Mais plus précisément, nous avons ajouté au corpus la déclaration de non-candidature, le 22 janvier 2007, dans laquelle Nicolas Hulot exposait la démarche et les mesures du Pacte écologique. Nous pouvons ainsi comparer chacun des discours avec ce texte de référence.

L’analyse

Caractéristiques générales du corpus

Après un premier comptage, les onze discours représentent 26171 mots prononcés, correspondant à un lexique de 4327 mots différents (dont 2399 n’ont été prononcés qu’une fois).

Les bases de la méthode suivie pour analyser ce corpus relèvent de la lexicométrie et sont notamment exposées, sur mon site, à propos de l’Analyse assistée par ordinateur des "Déclarations de politique générale" des Premiers ministres. Il s’agit construire un tableau croisant, en lignes les 500 mots les plus prononcés et, en colonnes, les onze discours. Plusieurs calculs statistiques permettent ensuite de calculer la proximité ou l’éloignement des lignes entre elles (mots) et des colonnes entre elles (discours).

Quelques résultats

Lorsqu’on compare le discours de Nicolas Hulot aux dix autres, on note qu’il a tendance à employer spécifiquement des mots tels que : pacte écologique, demander, esprit, mutation, conscience, candidature, candidat, encore, enjeu, exigence, signataire, climatique, cause, campagne électorale, fondation, électoral, surtout, craindre, réflexion, logique, supplémentaire, ainsi, risque, réalité, veille, maintenir, comité, parfois, ignorer, fondamental, jeu, impératif, mobilisation, lors, engagement, dès, alternative, proposition, venir, celui, raison... En revanche, Nicolas Hulot emploie peu ou pas des mots comme : être, développement, durable, proposer, falloir, vouloir, mettre en, économie, grand, énergie, France, aller, faire...

Nous pouvons alors calculer si les dix intervenants reprennent, dans leur discours, les mêmes termes que Nicolas Hulot. Le graphique suivant montre ce calcul.

PNG - 145 ko
figure 1
Les barres vertes montrent les spécificités du discours de Nicolas Hulot. On voit qu’elles sont en général assez peu reprises par les candidats et sont même évitées par la plupart d’entre eux, surtout par A.Waechter, N. Dupont-Aignan et J.-M. Governatori, mais également par C. Lepage, F. Bayrou, M.-G. Buffet, S. Royal et N. Sarkozy. Les barres rouges figurent les mots que N. Hulot n’emploie pas. On va essentiellement les retrouver chez J.-M. Governatori et N. Sarkozy, mais également chez N. Dupont-Aignan. En revanche, A. Waechter et C. Lepage évitent les mêmes termes que N.Hulot.

Les distances entre les discours peuvent être mathématiquement représentées graphiquement sur un plan (analyse des correspondances lexicales). Le graphique ci-dessous représente les distances entre les discours des dix intervenants. En simplifiant, les discours proches emploient les mêmes mots ; les discours éloignés emploient des mots différents. Le discours de Nicolas Hulot n’est positionné ici qu’à titre illustratif et ne participe pas au calcul.

PNG - 50 ko
figure 2
Les candidats dans un espace à deux dimensions dont Nicolas Hulot est au centre

A gauche de l’axe horizontal, C. Lepage, M.-G. Buffet et S. Royal privilégient les mots : engager, urgence écologique, intégrer, environnement, agriculture, protection, citoyen, enfant, principe, œuvre, fiscalité, concerner, loi, assurer, efficacité, déjà, pollution, public, promouvoir, proposer, changement climatique, mettre en œuvre, écologique, réforme... Le vocabulaire se veut concret.

De l’autre côté, F. Bayrou, J.-M. Governatori, N. Sarkozy et N. Dupont-Aignan, mais également D. Voynet, emploient beaucoup de verbes que l’on appelle « déclaratifs » : dire, vouloir dire, croire, parler... D’autres verbes également traduisent « l’état » : être, aller, avoir, faire, arriver, pouvoir, changer (et changer pas), évoluer... Les mots non-verbaux sont également plus abstraits : ça, conscience, point, chose, bien évidemment, fois, politique, sens, chacun, intérêt, sujet, etc., famille, révolution, effectivement...

Le deuxième axe (vertical) vient différencier, dans ce dernier groupe, les discours de F. Bayrou (en haut) et J.-M. Governatori (en bas). F. Bayrou recourt à des termes tels que : idée, humanité, problème, sujet, climat, scientifique, espèce, majeur, menace, responsabilité... C’est aussi F. Bayrou qui évoque le plus la fonction de Président de la République. La recherche statistique de son extrait le plus significatif donne le suivant : « J’ai en tête, comme vous, à la fois la réunion qui a lieu en ce moment à Paris, mais aussi le chiffre que Al Gore a indiqué dans sa contribution, dans son film ; je crois qu’il dit il y a neuf cent vingt quatre communications majeures sur le sujet et, sur les neuf cent vingt quatre communications majeures, toutes vont dans le même sens. Unanimité des scientifiques, et unanimité des scientifiques aussi pour signaler la gravité du problème, c’est-à-dire l’importance de l’accélération devant laquelle nous sommes ».

Quant à J.-M. Governatori, il privilégie les mots : effectivement, étiquetage, isolation, France (en) action, politique, bien-être, être humain, gramme, CO²... Son extrait le plus significatif est le suivant : « Mais comment voulez-vous avancer, quand la première consommatrice de France se fiche du résultat ? Et qui est la première consommatrice de France ? C’est bien la puissance publique. C’est bien elle, non seulement qui donne l’exemple, qui consomme plus que quiconque, et qui ne va pas dans le sens adéquat. J’ai une voiture qui fait cent grammes de CO² au kilomètre. Et la voiture moyenne en France fait cent soixante grammes de CO² au kilomètre ».

On peut consulter les extraits spécifiques de chacun des candidats sur mon site.

Quelques éléments de réflexion

On notera, tout d’abord, que c’est F. Gamerre (Génération Ecologie) qui se rapproche le plus du discours de N. Hulot et J.-M. Governatori qui s’en éloigne le plus. Il s’agit peut-être d’un paradoxe lorsqu’on sait qu’il est le seul à continuer à réclamer encore la candidature de N. Hulot.

On ne pourra pas éviter d’évoquer, ensuite, une opposition entre trois femmes - dont les deux candidates socialiste et communiste - qui tiennent un discours d’action (noms et verbes d’action), et quatre hommes de partis ou mouvements de droite qui privilégient le mode déclaratif et performatif. Engagement dans une cause pour les femmes de gauche contre engagement dans leur discours pour les hommes de droite ?

Une autre dimension vient se rajouter aux précédentes : les discours de C. Lepage, M.-G. Buffet et S. Royal sont ceux qui se rapprochent le plus de leur texte écrit, plus référentiel, plus objectivant. En revanche, F. Bayrou, J.-M. Governatori, N. Sarkozy et N. Dupont-Aignan prennent plus de distance vis-à-vis de l’écrit et adoptent un style rhétorique plus subjectivant, marquant la proximité avec l’auditoire, quitte à s’éloigner de l’objet ou à le ramener à des considération très générales.

Mais que fait D. Voynet au milieu des hommes et - qui plus est - de droite ? On peut se risquer à une hypothèse. D. Voynet est la candidate dont le discours oral s’éloigne le plus du discours écrit. Sa légitimité en matière d’écologie ne peut pas être mise cause. Elle a pu, alors, sans risque pour sa visibilité d’écologiste, s’éloigner du discours - objectivant et attendu - qu’elle avait préparé.

Voilà, voilà, voilà ! Ils sont tous Verts. Ce n’est donc pas sur cette dimension que se fera la différence. Chacun est même plus vert que les autres. Ils l’ont tous affirmé avec des trémolos écolos dans la voix. Bien sûr, quand certaines ont traité de la cause (ce qui ne présume en rien de leur engagement réel), certains en ont davantage profité pour parler d’eux-mêmes. Le même discours peut, sans doute, être coupé-collé pour une autre occasion. Mais pour tous, c’est une bonne chose de réglée : on va pouvoir passer à autre chose. Et si on avait enterré la cause en amenant tous les candidats à l’adopter ? Pour conclure, la phrase la plus spécifique de N. Hulot s’impose : « Je crains aussi et surtout que, dès lors que l’hypothèque de ma candidature soit levée, chemin faisant, la campagne électorale ne retrouve ses codes, ses priorités conventionnelles, ses joutes et ses fractures usuelles, et ne traite progressivement cet enjeu fondamental que de manière accessoire et non plus de manière essentielle, jusqu’à peut-être l’oublier complètement ».

On peut être présentateur de TF1 et ne pas être exempt de quelque lucidité.

Notes

[1] Le présentateur du « magazine de l’extrême » n’a pas attiré les « extrêmes ».

Répondre à cet article

41 Messages de forum


Suivre la vie du site RSS 2.0 | libéralisme-démocraties : Plan du site | Espace privé | SPIP