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Élections présidentielles. Ségolène Royal, une base de son succès

Une femme à l’Elysée. L’amour toujours ! Chronique d’une élection annoncée

mercredi 14 février 2007, par Philippe Coutant

Les élections présidentielles sont dans toutes les têtes. Le refus de Sarko le fascho nourrit les inquiétudes et va certainement favoriser l’élection de la première femme présidente de la république [1]. Parmi les raisons, qui vont mener Ségolène Royal au trône présidentiel, une mérite d’être développée. Elle n’est évoquée presque nulle part.

Cette argumentation s’appuie sur les analyses de Pierre Legendre [2] reprises et développées par Christian Geffray [3].

L’amour des dominés

L’hypothèse principale de cette approche est la suivante : dès leur enfance, les humains échangent leur soumission contre une place et un discours, qui donne sens à leur existence. Ce processus est inconscient et recouvert par les croyances élaborées par les humains pour parler de l’origine des sociétés. La soumission sans contrainte est la règle générale et non l’exception. C’est un postulat indémontrable à priori, mais a posteriori l’étude de ses conséquences prouve la justesse et la pertinence de cette hypothèse.

Ce constat est un invariant anthropologique, le juger mauvais sur le plan moral ou politique ne mène à rien. Il est scandaleux, si on pense que les humains sont libres par nature. Il signifie simplement que la liberté est une conquête, très souvent partielle et éphémère. La liberté est un résultat, pas un attribut de l’être. Ce n’est pas une propriété hors le temps et l’espace, elle existe toujours dans une situation précise. La soumission sans contraintes est un dispositif que l’on peut analyser après-coup. Il fonctionne avec le regard, les images, l’émotion et les affects, le désir comme le note Dominique Quessada dans son livre sur la politique de la publicité [4].

On peut comprendre, de ce point de vue, l’importance du discours et des pratiques discursives relevées par Michel Foucault. Les discours sont liés à des agencements relationnels entre les humains. Le pouvoir asymétrique n’est pas spécialement lié aux qualités des personnes en situation de pouvoir. Il fonctionne avec des dispositifs précis. Le pouvoir se dissémine partout dans la société. Même parmi les personnes victimes de l’apartheid social, les situations de pouvoir se développent et se reproduisent. C’est notamment la base du féminisme et de l’anticolonialisme depuis assez longtemps. La soumission sans contrainte fonctionne donc avec des maîtres, petits ou grands. Le maître se trouve au sommet du dispositif, il distribue les places et énonce un discours sur la vie. Ce maître peut être le père de famille, le président d’un pays, le chef religieux, le roi, le leader politique, le capitaine ou le coach de l’équipe sportive, etc. Les maîtres changent, les discours sociaux, qui les accompagnent aussi. Dany Robert Dufour appelle cela les Grands sujets [5].

Dans ce fonctionnement, les dominés/ées et les maîtres sont liés les uns aux autres par un attachement en rapport avec le désir. Les maîtres sont obligés à l’amour des dominés/es. Cet amour, les dominés/ées en ont besoin pour être reconnus/es et supporter la domination. Au travers des évolutions des sociétés, la structure perdure. Avec le capitalisme, un changement se produit. Les dominants ne s’intéressent qu’au pouvoir pour l’argent (le capital). L’amour des dominés/ées n’est plus à l’ordre du jour. Nous sommes passés/ées de la valeur des humains à la valeur des biens. Jacques Lacan constate que le capitalisme évacue le sexe comme production du désir. Dans cette nouvelle situation, nous avons des dominants et plus de maîtres. L’amour des dominés/ées est en panne et c’est devenu une source de problèmes. La reconnaissance ne fonctionne plus selon le mode ancien. La production de discours (Michel Foucault) n’a plus de consistance, la post-modernité développe une pensée molle, ce que relève Jean-Pierre Le Goff à propos de la pensée chewing gum des managers [6].

Le ciel est vide, toutes les théories qui légitimaient les maîtres ont fait faillite. La position en extériorité de Dieu, des rois, des pères morts ne peut plus justifier l’ordre social fondé sur l’inégalité. La quête d’amour des dominés/ées est une errance douloureuse, dont se foutent complètement les dominants actuels. Pourtant, il est maintenant clair que le bonheur humain est lié au désir et pas seulement à la distribution des biens (l’exploitation de la plus value du marxisme, des syndicalistes révolutionnaires et autres radicaux anti-capitalistes), ni uniquement à l’émancipation (la domination de l’individu par l’institution collective des anarchistes, des libertaires et autres anarcho-syndicalistes). Le bonheur humain a une exigence désirante. Comme les capitalistes ne sont plus des maîtres au sens ancien du terme, on ne sait plus ce qu’être humain veut dire. Le rapport à l’autre devient un problème récurrent, l’être ensemble on ne sait plus trop ce que c’est, l’existentiel est très souvent lié au désarroi et à la détresse, le désir est en panne pour beaucoup de gens.

l’atout de Ségolène Royal

C’est ce contexte, qui explique pourquoi Ségolène Royal a de fortes chances d’être élue présidente de la république, elle sera élue parce qu’elle promet de l’amour. Elle écoute et elle prône l’empathie ... Sarko, lui, promet la schlague, la punition. Cela peut convenir à des personnalités autoritaires en demande de surmoi social, en quête de pureté. A ce jeu là, Le Pen reste toujours le plus fort.

Nous, nous ne voulons plus de la domination, nous refusons d’être dominés/ées ou d’être des dominants. Ce souhait est à nuancer, puisque l’idée libertaire continue d’abriter des dominants et des dominés/es. Notre désir est incertain, peu sécurisé, obligé de se recomposer régulièrement, le doute est souvent présent.

L’avenir semble plus ouvert aux femmes. Elles représentent la modernité et une solution à des démocraties en voie d’épuisement. Les femmes accèdent aux hautes fonctions en Allemagne, au Chili, au Libéria, au Medef... François Hollande a redonné vie au PS moribond en soutenant Ségolène. C’est une énarque, elle a été ministre et pourtant on ne la voit pas comme telle, alors qu’elle est bien intégrée à la classe dominante. Elle reçoit l’espoir des dominés/es, elle l’accepte et ça marche. Elle désamorce les critiques avec calme et son sourire est là pour nous et visiblement beaucoup de gens aiment cela. C’est une femme moderne, une mère qui assure, suffisamment bon chic bon genre pour faire rêver. De plus, une femme élue à l’Elysée, c’est symboliquement fort.

Voilà pourquoi, il est probable que Ségolène Royal soit élue présidente en France. En ce qui concerne l’écart avec ses prédécesseurs, il n’y a pas photo. Pour ma part, je tiens à préciser que je ne suis pas ségoléniste, ni royaliste. Mon but n’est pas de faire voter ou pas pour Ségolène Royal, mais d’essayer de comprendre ce qui nous arrive, aussi bien localement qu’au niveau hexagonal, pour ensuite construire collectivement des réponses adaptées. Nantes le 3 Janvier 2007

PS de maniprop : Comme de droit sur maniprop, les propos de cet article ne sont pas nécessairement en accord avec les opinions des responsables du site.

Notes

[1] voir le post-criptum.

[2] Pierre Legendre est aujourd’hui plutôt du côté de l’ordre, il appuie les thèses de la droite sur la nécessité de l’autorité, sur le pacs, le mariage homosexuel ou l’adoption par les couples gays et lesbiens. Il n’en a pas toujours été ainsi. En 1974, il a publié un livre intitulé L’amour du censeur. Son œuvre essaie de construire une anthropologie basée sur l’analyse du droit et la psychanalyse. Son travail porte sur ce qui institue l’humain. Il a publié un petit livre aux éditions Mille et une nuits "La fabrique de l’homme occidental" en 2000. Selon ses thèses, les constructions culturelles et juridiques encadrent le désir et protègent de la folie.

[3] Christian Geffray (1954-2001) était un anthropologue, qui a utilisé la psychanalyse pour étudier les sociétés humaines. Il a développé une théorie nommée anthropologie analytique. Il a publié, entre autres, deux livres : Le nom du Maître. Contribution à l’anthropologie analytique », Strasbourg, Arcanes, 1997, réédité chez Eres et Trésors. Anthropologie analytique de la valeur, Strasbourg, Arcanes, 2001. Jean Zin a réalisé une note de lecture sur cet auteur disponible sur le net : « L’amour du maître » http://perso.orange.fr/marxiens/philo/geffray.htm On trouve deux autres documents parlant de cet auteur par un auteur canadien : « La valeur des biens contre les hommes de valeur ». Sur « l’anthropologie analytique » de Christian Geffray par Yann Guillaud http://www.erudit.org/revue/as/2001/v25/n3/000262ar.html et « Anthropologie et discours analytique », Conférence éditée par Yann Guillaud (http://www.erudit.org/revue/as/2001/v25/n3/000263ar.html)

[4] La société de consommation de soi, politique de la publicité Editions Verticales, 1999. Deux notes de lectures sur ce livre sont disponibles sur le site http://1libertaire.free.fr

[5] Plusieurs textes sur Dany Robert Dufour sont présents sur le site : . Note de lecture sur le livre de Dany Robert Dufour L’art de réduire les têtes. Sur la nouvelle servitude de l’homme libéré à l’ère du capitalisme total 2003, Collection Médiations éditions Denoël. http://1libertaire.free.fr/DRDufour06.html. Quels sujets ? Pour quelle culture ? Dany-Robert Dufour, essai de compte rendu sur http://1libertaire.free.fr/DRDufour14.html. On peut aussi lire le document suivant sur Internet : Portrait du grand Sujet de Dany-Robert Dufour. http://www.cairn.be/article.php ?ID_REVUE=RAI&ID_NUMPUBLIE=RAI_002&ID_ARTICLE=RAI_002_0009

[6] A propos de la pensée chewing gum des managers, il est possible de consulter deux textes sur Internet « Modernisation " com "... Philosophie. » Invité récemment d’Espaces Marx, Regards, l’Humanité, Jean-Pierre Le Goff explore les carcans idéologiques de la modernité. http://www.humanite.presse.fr/journal/2003-02-14/2003-02-14-258203. La Barbarie douce et l’école Extrait du site Librairie La Gryffe >Journal La Griffe >La Griffe n°18 - REFLEXES n°3 http://1libertaire.free.fr/EcoleBarbarieDouce01.html

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