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Jean Asselborn : fausses vérités et désinformations

Le Luxembourg, l’Union européenne et l’encerclement de la Russie

L’Union européenne doit-elle être au service de l’OTAN ?

lundi 5 février 2007, par Gaston Vogel


Jean Asselborn, vice-président du gouvernement luxembourgeois et ministre des Affaires étrangères, à Impuls, émission TV-RTL, dimanche le 21 janvier 2007, nous apprend que sous peu, il va se pavaner à Madrid comme représentant d’un pays qui aurait dit oui au projet de constitution.

Ce faisant, il continue à cacher la vérité du vote luxembourgeois qui était un vote de rejet. Aux 43,48 % de non exprimés, il faut en effet ajouter 9,56 % d’abstentions qui sont autant de non ! L’abstention est en effet un refus, qu’on le veuille ou non. Il ne va donc pas à Madrid comme représentant d’un pays qui aurait dit oui.

Il n’a toujours pas compris que le projet de constitution européenne est mort.

Dans son discours arrosé de gouttes de sueur, il a oublié, comme le dit l’éditorialiste du Monde des 21-22 janvier 2007, que « certains pays et pas des moindres n’ont pas encore entamé le processus de ratification et qu’ils n’ont pas l’intention de le faire ». Parmi eux, les Anglais, depuis toujours hostiles à l’Europe. Une tradition médiévale voulait, à tort ou à raison, qu’ils fussent descendus du fils de Noé, Sem, plutôt que de Japhet, ancêtre des Européens. Ils se font de plus en plus Sem, c’est-à-dire rebelles à la résurrection du projet mort-né.

Pour faire passer le truc, il faut l’unanimité. Et c’est là où le bât blesse. D’aucuns parlent de quadrature du cercle.

Madrid n’y changera rien. Ce sera une réunion de plus de croqueurs de canapés, cacahuètes et chips — guère plus ! Les Français en sont enchantés.

*

Interrogé sur les grandes crises internationales, il a évoqué le Moyen-Orient et le Kosovo. Certes, le Moyen-Orient connaît un bain de sang, comme il en a rarement connu dans sa longue histoire. Récemment, 253 petits Hiroshimas ont ébranlé le Liban dans ses bases les plus profondes. Les Occidentaux y sont pour beaucoup. Les Anglais surtout qui, de tous temps, guettaient chaque occasion pour, soit mettre la main sur les richesses des autres peuples, soit s’assurer du contrôle des meilleurs points stratégiques du monde.

Leur histoire au Moyen-Orient illustre l’adage de leur philosophe Hobbes : « Humans are greedy, selfish and distrustful. »

Notre ministre bégaye devant les problèmes essentiels. Dès qu’il est question de l’impérialisme américain, il perd pied. Il a l’air emprunté et le verbe diffus. Devant Bush, Rice et consorts, il se comporte, comme la plupart des diplomates européens, en personnage agenouilleux. C’est tout juste s’il arrive à articuler un faible non quand on l’interroge sur le sens de la criminelle intervention américaine en Iraq. Certes, le Moyen-Orient est en ce moment une énorme poudrière - mais cette poudrière fait partie d’une stratégie globale occidentale. Elle a été voulue et elle est entretenue comme telle. C’est là où se trouvent les plus importantes sources d’énergie. Donc il y faut des corrompus en état de servitude.

Cette stratégie est en réalité orientée contre la Russie. Il ne se passe pas un mois que le cercle ne se resserre autour de ce pays par l’OTAN et l’Union européenne, unis dans un même projet scélérat.

Ce qui rend l’Union européenne si répugnante est son alliance permanente avec l’OTAN et sa complicité à peine dissimulée avec les projets des dirigeants américains de refouler la Russie (roll-back qui vient de remplacer le containment), de rendre ce géant faible et vulnérable pour, en définitive, s’emparer de ses richesses naturelles qui sont légendaires. Pour y arriver, on assiège la Russie en l’encerclant de bases militaires par le biais de l’élargissement de l’OTAN - on dresse les peuples de l’ex-espace soviétique contre elle, en se livrant au travail de sape et en organisant la subversion économique à l’intérieur du pays. Démembrer la Russie, l’effacer de la carte du monde est un ancien rêve américain.

Le phénomène bien que non reconnu officiellement s’observe aisément.

On assiste à la création d’une véritable alliance, patronnée par Washington, entre la Géorgie, l’Ukraine, l’Ouzbékistan, l’Azerbaïdjan et la Moldavie.

La présence américaine et européenne en Afghanistan ne s’explique pas autrement. On n’y est pas pour libérer le peuple de l’emprise des mollahs. On y est pour être au plus près des richesses d’Eurasie. Un Quisling, alias Karsaï, a été mis en place par les Américains pour donner le change.

Souvenons-nous de la gigantesque farce orange de Kiev, ourdie, mise en scène et financée par les USA.

En Ukraine et au Caucase, les choses sont claires pour quiconque voudra bien ouvrir les paupières. On y trouve le milliardaire George Soros avec son Open Society Institute, l’ancien patron de la CIA, James Woolsey, avec son Freedom House, l’ex-secrétaire d’Etat, l’inoubliable Madeleine Albright avec son National Democratic Institute, ainsi que the National Endowment for Democracy, l’une des mille ramifications de la CIA - enfin l’Agence USAID directement liée au gouvernement américain.

Nous avons appris à notre plus grande stupéfaction que des pays de l’Union européenne (sont visées la Pologne, la Roumanie, la Bulgarie) ont hébergé des camps de concentration où les agents de la CIA ont pu en toute liberté torturer les prétendus terroristes y détenus après avoir été trimbalés d’aéroport en aéroport de l’Union européenne. On n’a jamais su si l’avion tortionnaire n’avait pas aussi atterri au Findel.

Prodi, le socialiste, se déclare d’accord pour agrandir la base militaire de Vincenze.

Pas plus tard qu’hier, il a fallu lire dans Le Figaro, en filigrane pour ainsi dire, la nouvelle que Prague s’apprête à recevoir des missiles dirigés contre la Russie.

Et tout cela sans protestation aucune de Solana, sans aucun soupir d’Asselborn, sans larmes de Steinmeier, sans rot de Barroso - un calme stupéfiant règne quand il y va de la très sérieuse affaire de l’encerclement de la Russie. On n’en parle pas ! On le fait !

Il suffit pourtant pour comprendre de lire Zbigniev Brzezinski, géopolitologue et apôtre du Nouvel Ordre mondial américain, dans son Grand échiquier où il développe les idées de la mise en faillite géostratégique de la Russie dans les ex-républiques soviétiques et dans l’ensemble de l’Eurasie.

Que les Asselborn, Barroso et consorts en aient enfin conscience et réagissent de manière appropriée pour garantir une paix durable à la prochaine génération. Mais pour ce faire, il faut être libre d’esprit, indépendant, avoir du charisme, ... mais voilà, on est des agenouillés.

Tant qu’Asselborn n’aura pas compris cette inquiétante problématique, il devra se taire quand il évoque, comme dimanche soir, avec un optimisme béat les futures mutations pacifiques de la diplomatie américaine.

D’ailleurs on l’aime tellement quand il se tait.

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