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Élections présidentielles, gauche antilibérale, au-delà d’une unitée manquée

La gauche antilibérale peut-elle être encore à la hauteur du Non de Gauche

La gauche antilibérale peut encore être utile au peuple de gauche, si elle le veut vraiment

vendredi 12 janvier 2007, par Jean-Léon Beauvois

On pouvait craindre - et je craignais - que de vieux réflexes viennent parasiter les tentatives d’une union des antilibéraux pour peser dans la campagne pour l’élection présidentielle et dans la campagne pour les élections législatives qui suivra. Ces réflexes ont bel et bien joué et ont transformé les espoirs nés du NON de gauche en amertume ou en volontarisme individuel un peu désespéré.

Quels étaient ces réflexes ? J’en évoquerai au moins trois.

Quelques vieux réflexes

- un réflexe d’appareil : ce réflexe conduit à vouloir être candidat pour faire valoir l’image de son mouvement ou de son parti. C’est vrai que notre système électoral (absence de proportionnelle aux élections législatives, notamment) conduit à considérer l’élection présidentielle comme la seule permettant à un petit parti de se faire entendre, même si ça coûte, et même si cette image ne peut être, du coup, que celle de la pure « protestation ». Ce réflexe conduisait à ce que chaque parti prétende que son candidat naturel était le meilleur représentant de la gauche antilibérale unie. réflexe : je veux bien l’union, mais sur mon nom.

- un réflexe anticommuniste : Ce n’est pas demain que les partis d’extrême gauche abandonneront le vieux réflexe (réflexe que les événements de 1968 et leurs répliques des années 70 ont exacerbé pour de bien longues années - je ne dis pas : suscité), réflexe consistant à se méfier a priori de toute alliance avec les vieux staliniens du PCF et, a fortiori de toute candidature commune issue du PCF. Ce réflexe conduisait à ce que la candidate « naturelle » du PCF soit difficilement admise comme représentante de la gauche antilibérale unie. Réflexe : ne signer jamais d’accord sous la houlette du PCF.

- un réflexe protestataire : Ce réflexe conduit à se méfier a priori de toute perspective d’exercice du pouvoir pour être en mesure d’émettre une parole libérée de certaines contraintes qui sont celles, précisément, de l’exercice du pouvoir (aujourd’hui : tenir compte des opinions européennes, accepter quelques pré-requis de la globalisation, accepter les évolutions géopolitiques, nécessité de faire des alliances partisanes...) Ce réflexe conduisait à ce que soit a priori rejetée toute proposition de candidat suspect de vouloir pactiser après les élections avec d’autres partis de gauche. Réflexe : surtout pas d’accord de deuxième tour avec la gauche social-traite.

Je ne dis pas que ces réflexes sont, pris chacun pour lui-même, politiquement insensés ou même inadaptés. Mais ces trois réflexes jouant ensemble ne pouvaient que conduire à l’échec d’une tentative d’union antilibérale suffisamment arrimée pour présenter un candidat ou une candidate unique (et je passe évidemment sur les aspirations purement personnelles à être candidat, sur l’incapacité d’ATTAC à jouer le rôle éminent que cette association avait joué en 1955). Aussi, nombre de ceux qui ont sincèrement souhaité cette union exprime aujourd’hui de l’amertume.

réitération d’une proposition

Le 13 mai 2005 (cela fait plus d’un an et demi !), redoutant les difficultés que je viens d’évoquer, je faisais une proposition qui me semblait permettre de sauver les aspirations antilibérales d’une grande partie de la gauche, aspirations qui s’étaient puissamment manifestées dans la campagne pour le référendum. J’écrivais : « Alors je rêve d’une solution pragmatique et viable. Sans pour autant s’unir, ce qui est sans doute impossible, que ceux qui ont défendu le NON de gauche puissent au moins se retrouver après le 29 mai, dans une coordination permanente, statutaire, ayant pour mission 1. d’établir, non une politique, mais quelques objectifs plausibles et précis (chiffrés, datés [1]), et 2. de négocier ces objectifs avec la gauche qui se veut « de gouvernement » (et qui pourra peut-être ainsi retrouver le pouvoir), tant pour ce qui est de la constitution et de la politique européennes que pour ce qui est de la politique française. Il ne s’agit pas de revendiquer le pouvoir mais d’imposer à la gauche dite « de gouvernement » quelques objectifs d’une réelle politique de gauche. En quelque sorte, recaler cette gauche à gauche. Cette coordination, dès lors qu’elle serait publique, reconnue et acceptée par le peuple de gauche, pourrait peser grâce à un atout capital eu égard aux masses électorales qu’elle représenterait : l’atout de la discipline républicaine. »

Je réitère cette proposition en l’adaptant aux circonstances qui sont celle de l’échec d’aujourd’hui. Car il ne faut pas que l’échec des discussions pour une candidature unique interdise l’émergence d’une structure représentant la gauche antilibérale en France.

Aujourd’hui

Cette proposition n’est pas exclusive d’un vote partisan. On peut avoir envie de voter pour le candidat d’un parti ou d’un mouvement auquel on appartient ou pour lequel on a des affections traditionnelles. Nous pouvons aussi avoir envie de voter pour le candidat ou la candidate qui, au sein de la gauche antilibérale, nous semble avoir le plus de chance de « faire des voix » et, donc, de peser pour le second tour [2]. Faisons donc comme en 2002, avec l’idée que Ségolène Royal dispose d’un meilleur service marketing que Lionel Jospin, qu’elle est plus photo et télégénique, plus people, et qu’elle devrait en conséquence battre Jean-Marie Le Pen au premier tour de l’élection présidentielle du printemps [3]. Mais bon Dieu, que les divers candidats se mettent publiquement d’accord [4] sur les quelques objectifs de résultats (objectifs donc chiffrés et datés [5]), et sur les quelques objectifs de mise en œuvre, objectifs de résultats et de mise en oeuvre qu’il faudra imposerà la candidate socialiste [6] si cette candidate espère disposer des voix de la gauche antilibérale. Or, elle doit bien savoir que, sans ces voix, elle ne gagnera pas au second tour. Ce serait là, pour les forces antilibérales, une politique d’union claire et lisible malgré la diversité des candidats : imposer à la gauche dite de gouvernement et à sa candidate de faire une politique de gauche pour avoir toutes les voix de la gauche. Si elle trahit en cours de mandat, c’est que les socialistes auront choisi d’être purement et simplement perdus pour quelques scrutins ou d’avoir à rejoindre la droite.

Quels objectifs ? Ce n’est évidemment pas le petit chroniqueur sur toile que je suis qui va en décider ! Les politiques sont quand même faits pour ça. Un exemple quand même. Facile. Consensuel dans la gauche antilibérale qui n’attend plus le grand soir. Dotons-nous d’un outil de mesure des inégalités [7], et pour commencer des inégalités de salaire après impots. Ces inégalités augmentent depuis des années et des années. Une réduction à mi-mandat de 3-4%, pour atteindre 8% en fin de mandat, vous ne croyez pas que ce serait là aller vers une saine et authentique politique de gauche [8] que ne prévoit pas, aujourd’hui, et ne prévoira pas demain le discours de la candidate socialiste ?

Notes

[1] Seul des objectifs chiffrés et datés permettent d’évaluer la réussite d’un projet et de savoir sans polémique si cet objectif est atteint. Ce n’est pas pour rien que les « grands candidats » donnent souvent des chiffres sans date et des dates sans chiffre

[2] J’aimerais pouvoir avancer que c’est Marie-Georges Buffet, mais les résultats antérieurs me conduisent à reconnaître que je n’en suis pas sûr du tout.

[3] De toute façon, mes amis et ceux qui ont lu mes Illusions Libérales savent que, pour moi, la présence de Le Pen dans un second tour dans lequel il sera sûrement battu encore deux ou trois scrutins n’est pas la catastrophe du siècle. La catastrophe du siècle est plutôt l’incapacité du personnel politique de gauche à tirer des conséquences politiques (je ne dis pas tactiques) des scores de Jean-Marie le Pen. Sarkosi, lui, en tire en se positionnant clairement sur quelques terres de l’extrême droite, popularisant ainsi les thèmes de Le Pen, ce qui peut se retourner contre lui.

[4] Il est essentiel que ces discussions et accords fassent l’objet d’une bonne publicité. Il faut que le peuple de gauche connaissent ces accords pour juger de l’efficacité de ses votes, y compris de l’efficacité de son vote en 2005 dont on pourrait penser aujourd’hui qu’il n’a servi qu’à peu de chose.

[5] trois, quatre ?Cela suffit pour affecter en profondeur une politique

[6] Si celle-ci est encore en troisième voire en quatrième position au premier tour, les socialistes seront-ils enfin capables de comprendre qu’ils doivent revenir sur la politique libérale qu’ils mettent en œuvre depuis 1983 ? Je crains que non, et je crains même qu’ils préfèrent, et peut-être le feront-ils individuellement, rejoindre explicitement la droite et l’UDF.

[7] Il y en a ! On peut aussi en élaborer de nouveaux.

[8] « Français, Françaises, ne dissociez jamais l’égalité de la liberté. » Voeux au peuple Français de François Mitterand.

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