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Litvinenko, le terrorisme islamiste et l’arme nucléaire

Affaire Litvinenko : l’hypothèse du terrorisme nucléaire

Le polonium 210 est avant tout un « détonateur nucléaire »

samedi 23 décembre 2006, par Claude Rainaudi

L’hypothèse de l’empoisonnement délibéré de Litvinenko ne tient pas. Une autre, effrayante, est plausible : l’existence d’une bombe nucléaire terroriste qui n’attend que son détonateur.

Litvinenko est mort d’avoir ingéré une grande quantité de polonium 210. Nul ne conteste ce fait. On a donc accusé la Russie, comme d’habitude, d’être responsable de tout ce qui va mal en ce bas monde, et même d’avoir subrepticement mêlé l’isotope toxique au brouet d’un innocent.

Malheureusement pour la crédibilité des médias dominants, Litvinenko pourrait bien ne pas être un innocent, et son polonium destiné à bien pire que la mort d’un seul homme.


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Alexandre Litvinenko
Une photo récente d’Alexandre Litvinenko. Cliquez dessus pour l’agrandir.

L’empoisonnement de Litvinenko au polonium 210 : une légende urbaine

Alexandre Litvinenko a bien avalé ce produit. Mais il est clair que personne, même pas le très riche et très pourri Berezovski, n’aurait dépensé vingt millions d’euros pour empoisonner un seul homme. Or, la quantité de polonium utilisée est estimée valoir environ vingt millions d’euros. Cela n’a aucun sens : pour dix fois moins, vous pouvez recruter des spécialistes qui vous arrangeront un suicide parfait ou un très crédible accident de la route. Pour encore moins cher, la cible disparaîtra sans laisser de traces.

Si Litvinenko a avalé du polonium, c’est très probablement du fait d’un accident de manipulation. Le polonium est un produit extrêmement difficile à confiner. Si vous descellez le récipient qui le contient, par exemple pour prélever un échantillon, il se met littéralement à se disperser dans tous les sens et vous avez un sérieux souci. Tant pis pour vous, vous n’aviez qu’à ne pas vous lancer dans le terrorisme nucléaire.

Le polonium 210 et le terrorisme nucléaire

La possibilité d’une contrebande de polonium destiné aux terroristes tchétchènes et à leurs alliés d’el Quaïda a été timidement évoquée par certains médias. Nous verrons qu’il s’agit sans doute de l’hypothèse la plus crédible dont nous disposons. Toutefois, ces médias n’ont envisagé que l’utilisation du polonium dans une « bombe sale [1] ».

Il se trouve que :

- le polonium est de peu d’intérêt dans ce cadre ;

- sa véritable utilité est autre, et très inquiétante.

Les caractéristiques du polonium 210

Parmi les nombreuses caractéristiques de cet isotope, la plus spécifique est qu’il s’agit du meilleur générateur connu de rayonnement alpha. Ce rayonnement est arrêté par une feuille de papier. En revanche, à l’intérieur d’un organisme vivant, il est plus dévastateur que les rayonnements bêta ou gamma. Le polonium n’émet que du rayonnement alpha, il est donc très difficile à détecter s’il est confiné de façon convenable. Par ailleurs, il en émet beaucoup, parce que, si l’on peut faire cette comparaison, il « brûle vite ». En termes techniques, sa demi-vie est de moins de six mois [2]. Cela signifie qu’au bout de moins de six mois la moitié du polonium n’a plus d’intérêt, au bout d’un an, les trois quarts ont été « consumés » et ainsi de suite...

Le polonium est donc une source alpha intense à brève vie, qui coûte horriblement cher. Par ailleurs, il y a très peu de polonium sur terre et il est bien gardé [3]. Nous verrons pourquoi.

Utiliser un produit hors de prix et difficile d’accès pour une « bombe sale » serait presque aussi idiot que de s’en servir pour empoisonner un ancien second couteau du FSB. Certains produits radioactifs à usage médical ou industriel sont bien plus faciles à obtenir, et en plus grandes quantités.

Le prix incroyablement élevé du polonium 210 et la surveillance dont il fait l’objet viennent d’une raison simple : la principale utilité de ce produit est de servir dans le « détonateur » d’une charge nucléaire.

Le polonium 210 et l’amorçage d’une charge nucléaire

Pour obtenir une explosion nucléaire, on doit d’abord rassembler suffisamment de matière fissile [4] pour dépasser la masse critique de cette matière. Lorsqu’une masse critique est assemblée, la réaction nucléaire en son sein va s’accélérer jusqu’à l’explosion [5]. Si l’on dispose de peu de matière fissile, on peut lui faire atteindre la masse critique en la comprimant très brièvement à l’aide d’explosifs classiques, on parle alors de bombe à implosion.

Dans ces deux cas, on ne contrôlera pas le point de démarrage de l’explosion et, dans le cas de la bombe à implosion, ce démarrage pourrait avoir lieu trop tard. Il est donc souhaitable de disposer d’un « détonateur » qui va amorcer la réaction en chaîne dans les meilleures conditions.

Qu’est-ce que la réaction en chaîne, base de l’explosion nucléaire ? De temps en temps, un atome de matière fissile « éclate » en libérant plusieurs neutrons et de l’énergie. Ces neutrons, lorsqu’ils touchent un autre atome [6], entraînent son éclatement. Ce nouvel atome libère à son tour plusieurs neutrons et de l’énergie. Si chaque atome qui « éclate » en fait éclater plusieurs, la réaction s’emballe et c’est, dans certains cas, l’explosion. Le « détonateur » vise à faire démarrer cette explosion très rapidement, en lançant une grande quantité de neutrons dans la masse fissile. Ainsi, de nombreux atomes répartis dans la bombe vont éclater en un temps très bref et l’ensemble de la masse exploser dans les meilleures conditions d’efficacité.

De nos jours, on utilise des générateurs de neutrons, hors de portée des moyens techniques des terroristes. Mais les premières bombes utilisaient des détonateurs au polonium 210. Lorsque le béryllium est exposé à un rayonnement alpha, il émet une grande quantité de neutrons. Nous avons vu que le rayonnement alpha est très facile à arrêter et que le polonium en produit beaucoup en peu de temps. Les détonateurs étaient formés de béryllium recouvert d’une pellicule isolante (plaqué or, par exemple) en contact avec du polonium. Au moment de l’activation de la charge, par divers procédés, le détonateur est broyé et le béryllium mélangé instantanément au polonium 210. Une nuée de neutrons se rue alors dans la masse fissile et c’est l’explosion. Un tel détonateur peut peser moins de dix grammes. Il n’émet pas de radiation [7] et il peut être très chaud, du fait de la « décomposition » du polonium en son sein.

Litvinenko a été en contact avec du polonium (il en est même mort). Le polonium sert à amorcer une explosion nucléaire. À qui ce produit pouvait-il être destiné ?

Litvinenko et le terrorisme islamiste

L’affaire a fait peu de bruit en France, et pourtant... Litvinenko était musulman de façon clandestine, même son épouse l’ignorait. Il se trouve que les idéologies religieuses ont cette faiblesse que leurs adeptes sont persuadés de leur vérité. De peur d’être rôti tout vif dans le septième enfer de Zandru, Litvinenko a avoué sa croyance sur son lit de mort et demandé à être enseveli suivant le rite musulman, ce qui fut fait. Ses obsèques ont été suivies, entre autres, par le représentant à Londres de la filière terroriste dite « tchétchènes » [8], Zakaiev - recherché pour meurtres, prise d’otages, incitation à la haine raciale et protégé par Tony Blair - et par Boris Berezovski, un affreux milliardaire recherché par la police russe et soupçonné de financer le terrorisme.

Que Litvinenko se soit converti à l’islam cela n’aurait, ma foi, rien de bien suspect, Cassius Clay en a fait autant et n’a tué personne. Mais qu’il ait caché cela, y compris à sa famille, et qu’il ait eu des liens étroits avec un dirigeant terroriste et un mec plus que louche, voilà qui pourrait attirer l’attention. Bizarrement, les médias dominants n’ont, une fois de plus, pas relevé ce point.

L’hypothèse que Litvinenko se soit intoxiqué en transportant la matière première d’un détonateur nucléaire pour le compte de terroristes n’est qu’une hypothèse. Elle est toutefois bien plus crédible que l’histoire abracadabrante de l’empoisonnement d’un personnage secondaire avec un produit radioactif - donc facile à détecter - à vingt millions d’euros.

Si l’on admet de poser cette hypothèse - pourquoi la refuser ? - on admet aussi la possibilité de son corollaire : les terroristes islamistes cherchent à se procurer du polonium 210 et, donc, ont probablement besoin d’un détonateur nucléaire, puisque c’est à ça que sert le polonium.

Menace de terrorisme nucléaire ?

Je rappelle un point important : le polonium 210 a une durée de vie limitée. Le stocker n’a aucune utilité. Si l’on cherche à s’en procurer, à grands frais et en prenant beaucoup de risques, c’est pour s’en servir rapidement.

« - Mais, me diront mes fans, ça fait longtemps que tu nous dis que la bombe nucléaire terroriste, ce n’est pas possible ! »

Je maintiens que réaliser une bombe nucléaire vectorisable par missile ou aéronef n’est pas à la portée des terroristes. De même en ce qui concerne la production de matière fissile. Il s’agit de projets industriels de très grande ampleur. En revanche, l’usinage de matière fissile obtenue par divers moyens (plusieurs kilos de plutonium auraient « disparu » aux USA...) et la mise en forme d’une bombe « primitive » reste possible, disons à l’échelle d’une PME. Une telle bombe, encombrante et fragile, devrait sans doute être assemblée sur le lieu de l’explosion, et probablement sous terre, pour éviter qu’elle ne soit trahie par la présence de rayonnements gamma et de gaz pas vraiment naturels.

L’existence d’un tel engin est évidemment improbable. Toutefois, elle reste, à ma connaissance, la seule raison logique de l’achat de polonium 210 par des terroristes. À moins qu’il ne s’agisse de préparer un gros coup de bluff : « Nous avons bombe et déto : voilez les femmes et buvez d’l’eau. »

On nous prend pour des andouilles

Je répète que l’hypothèse de la bombe islamiste déjà prête et n’attendant que son détonateur reste une hypothèse pleine de trous (en particulier en ce qui concerne l’obtention de la matière fissile et son transport), elle n’en est pas moins plausible. En revanche, celle de l’empoisonnement à vingt millions d’euros d’un personnage sans importance particulière est absurde. C’est pourtant celle qui nous a été servie par les médias dominants, sans même un début de réflexion. Pourquoi ? Par ailleurs, l’utilité du polonium 210 dans un détonateur nucléaire n’est pas évoquée. Pourquoi ? Enfin, les liens de Litvinenko avec le terrorisme ne sont jamais présentés. Pourquoi ?

P.-S.

Quelques liens en anglais pour y voir plus clair (articles de Cheryl Rofer) :

- How Terrorists Might Make a Bomb

- Polonium FAQs

Notes

[1] Une « bombe sale » est destinée à contaminer le lieu de son explosion avec des produits radioactifs. Son effet explosif (onde de choc, chaleur générée) est limité. Si un attentat impliquant une « bombe sale » se produisait, il faudrait évacuer la zone et la décontaminer avant de laisser les gens y revenir.

[2] Plus précisément, la demi-vie du polonium 210 est de 138 jours. À titre de comparaison, celle de l’uranium 235 est 700 millions d’années et celle du plutonium 239 est de 24000 ans.

[3] les possibilités d’achat par internet portent sur des quantités infimes et sur un produit traité pour ne pouvoir être détourné de sa fonction industrielle

[4] en général de l’uranium fortement enrichi ou du plutonium

[5] La forme de la charge, son environnement (réflecteurs), sa densité (qui peut être augmentée par explosion périphérique) interviennent dans la détermination de la masse critique à un moment donné.

[6] en fait, son noyau

[7] Nous avons vu que les rayonnements alpha sont facilement arrêtés

[8] beaucoup de ses dirigeants sont des mercenaires séoudiens, jordaniens ou afghans, directement liés à ben Laden et soutenus par les néoconservateurs étasuniens

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