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Nonisme, Nouveaux droits de l’Homme, Droit à la transparence évaluative, Non au CPE, Non de Gauche

Refus des réformes ou obéissance ? Pour un droit des évalués dans la déclaration des droits de l’Homme.

On n’est pas plus con parce qu’on dit NON

dimanche 2 avril 2006, par Jean-Léon Beauvois

La stigmatisation du "non" et des "nonistes" dans le débat politique a des sources diverses, dont certaines sont peu conformes à la démocratie et à la qualité des débats. Or, il se trouve que ceux qui disent aujourd’hui non au CPE sont réellement du côté de notre civilisation européenne et de l’un de ses fleurons : les droits de l’Homme. Les gens, les foules ou les électorats qui disent non ont en effet à se défendre contre trois types d’arguments ou de mouvements portés par les prêtres et par les adorateurs du politiquement correct.

les arguments raisonnables du « Oui »

Les premiers arguments sont en droit les seuls politiquement valables (je ne dis pas politiquement correct !) Il s’agit des arguments raisonnables en faveur du oui. Je ne suis pas manichéen, et j’accepte qu’il peut arriver qu’on ait bien raison, voire bien des raisons de dire oui. On pouvait avoir des arguments raisonnables en faveur du oui au référendum de mai. Je les connaissais. Mais, de mon point de vue, ces arguments en faveur du oui ne l’emportaient pas en raison sur les arguments en faveur du non. Si un Président inspiré organisait demain un référendum sur le vote des immigrés et si ce Président vous suggérait de répondre oui, je pense que vous seriez dans le cas où les arguments raisonnables en faveur du oui peuvent l’emporter. Et sans doute n’hésiteriez-vous pas à répondre oui, puisque les bons arguments sont nombreux qui vont dans le sens d’une réponse oui à la question du vote des immigrés.

Le oui et le non ont ainsi leurs arguments raisonnables, qui sont plus ou moins bons ou mauvais, majoritairement bons ou majoritairement mauvais. Voire aussi bons ou aussi mauvais les uns que les autres. Tout démocrate non dogmatique peut admettre cette idée.

Mais notre démocratie n’est peut-être plus raisonnable et ne conduit plus toujours à juger les arguments sur le critère de la raison politique. Ainsi, à la faveur d’un procès propagandiste assez honteux, on peut s’attacher non pas à contre argumenter les arguments raisonnables adverses, mais à stigmatiser globalement la position adverse. On peut ainsi proclamer, comme ce fut le cas durant le récent référendum sur le projet de constitution européenne, que le non vient des viscères quand le oui vient, lui, de l’intellect. Le non serait prétendument le fruit de la passion lorsque le oui serait tout aussi prétendument celui de la raison. Par bonheur pour la démocratie, cet argument propagandiste honteux n’a pas fonctionné. Je crois tout simplement qu’en mai, les arguments raisonnables en faveur du non étaient bien meilleurs que les arguments en faveur du oui et que les électeurs qui ne sont pas les plus couillons s’en sont assez vite rendu compte [1].

Dans un monde où il n’est pas complètement faux de dire que rien n’est tout blanc et que rien n’est tout noir, même les tenants du CPE peuvent avoir des arguments raisonnables [2], raisonnables parce qu’ils ont du sens dans une cohérence d’ensemble et qu’ils procèdent de cette cohérence (ici, incontestablement, une cohérence libérale : plus il est facile de licencier, plus il est facile d’embaucher car tout doit passer chez nous par la satisfaction des desideratas et la psychologie des employeurs, desideratas et psychologie érigés en « lois de l’économie »). La question en politique n’est pas d’avoir des arguments, c’est d’avoir ou les meilleurs arguments ou les plus percutants auprès d’un électorat. Donc, les nonistes doivent affronter, et c‘est la moindre des choses en politique, les arguments du oui. Cela s’appelle le débat. L’expérience a montré que ce n’est pas ce débat qui leur posait le plus de problèmes.

nous sommes prédisposés à dire oui

Les nonistes auront plus de difficultés à bousculer nos prédispositions à l’acquiescement et à l’obéissance, prédispositions qui poussent à dire oui plutôt que non et qui sont constamment parlées dans un sens très positif par les nomenklaturas, les chefs et les gens chics. Donc par les journalistes [3].

Mon étudiante Zaïa Bekaddour a, dans une fort belle thèse de psychologie sociale soutenue il y a maintenant une dizaine d’années, réalisé une très chouette expérience. Plusieurs types de raisons [4] l’avaient conduite à faire l’hypothèse que le « oui » était plus normatif, ou s’inscrivait davantage dans les normes sociales que le « non ». Elle montrait donc à des étudiants ni plus ni moins dociles que vous et moi, sur une vidéo, une personne assez quelconque tantôt amenée par des questions parfaitement triviales à répondre très souvent oui [5], tantôt amenée, toujours par des questions tout aussi triviales, à répondre aussi souvent non [6]. Il s’agissait dans les deux cas, n’est-ce pas, de la même personne, tantôt conduite par son interlocuteur à dire souvent oui, tantôt conduite à dire souvent non par le même interlocuteur, sans que ces divers oui ou ces divers non soient particulièrement ou subtils ou gentils.

Et bien les étudiants auxquels Zaïa demanda de dire ce qu’ils pensaient de cette personne (j’insiste, il s’agissait réellement de la même) se construisirent une image plus positive d’elle lorsqu’elle disait souvent oui que lorsqu’elle disait souvent non. Comme on dirait aujourd’hui : le oui lui apportait une sorte de « plus » [7]. Je ne pense plus aujourd’hui que cela suffise pour dire que le « oui » est normatif, mais cela montre au moins, et d’autres données vont dans le même sens, qu’on se fait mieux voir par les gens en disant oui qu’en disant non, et ceci indépendamment des bonnes ou mauvaises raisons qu’on a de dire oui ou non [8]. Le oui, comme je l’ai dit, apporte un « plus » social. Il faut savoir lutter contre cette tendance qui vous pousserait à dire oui plutôt que non, indépendamment, j’insiste, de toute bonne ou de toute mauvaise raison. Pensez aux conversations de bus. Il m’est même arrivé d’opiner devant un inconnu à un propos raciste ! Si on y réfléchit, cette tendance au oui est une vraie calamité. Un scientiste n’hésiterait pas à avancer que le non devrait, lors d’un référendum où l’on doit répondre oui ou non, bénéficier d’un handicap préalable de 3 ou 4 points pour compenser le bénéfice initial du oui [9] !

D’autant plus que ce que nous ont appris les innombrables recherches réalisées par des psychologues et des psychologues sociaux sur l’obéissance et sur la discipline [10], et ceci tant dans des situations assez exceptionnelles (et même d’exception) comme la situation dramatique réalisée par Milgram (envoi de chocs électriques possiblement mortels à un pair) que dans des situations tout à fait ordinaires (comme celles qu’on rencontre en famille, à l’école ou au travail), ce que nous ont appris ces recherches, c’est notre prédisposition à l’acquiescement et à l’obéissance. Certainement pas notre prédisposition au refus et à la rébellion. Un très important psychologue de l’éducation et de l’acquisition des valeurs morales et sociales, Martin Hoffman, avançait des statistiques montrant qu’une majorité d’interactions entre un parent et son enfant étaient des faits de discipline et que le plus souvent (dans deux cas sur trois en moyenne) les enfants faisaient ce qu’on leur demandait de faire (obligation) ou s’abstenaient de faire ce qu’on leur demandait de ne pas faire (interdit). Les personnes ne posant pas de problèmes, à coup sûr les plus nombreuses même si elle ne sont pas les plus médiatisables, ont ainsi été formatées dès leur enfance par les éducations familiale et scolaire. Globalement, nous sommes donc davantage programmés à acquiescer qu’à refuser.

Il n’est donc pas très étonnant que les positions collectives de révolte sociale soient vilipendées par les gendres parfaits ou autres variétés de gens éminemment respectables. On dira ainsi que les nonistes « laissent parler leurs tripes », « s’amusent », « sont manipulés comme des ploucs [11] », « semblent trouver du plaisir dans le désordre ou la chienlit », « n’ont pas le sens des réalités », « ne réfléchissent pas aux conséquences de ce qu’ils font », « ne comprennent rien à l’évolution du monde », constituent un affreux « front du refus » ; bref : sont des garnements, des gens de peu de valeur, de ceux auquel une vraie démocratie du mérite personnel devrait refuser le droit de vote. Dans une vraie démocratie du mérite personnel, on dit oui et on obéit comme on l’a appris.

les pressions intéressées de nos alliées

Aussi doivent-ils apparaître comme des êtres étranges, lorsqu’on les voit de loin, ces Français qui disent si facilement et collectivement non (alors qu’on les somme sans ménagement de dire oui) ou ces jeunes qui refusent une loi qu’ont voté ces personnes éminentes et respectables que sont les députés de l’UMP [12], ces Français ou ces jeunes qui donc, et c’est un comble, ne veulent pas en passer par là où le monde les somme de bien vouloir passer et par où d’autres, à l’esprit peut-être moins mutin, ont bien voulu passer [13]. C’est qu’il faut encore subir, lorsqu’on est noniste, les pressions intéressées de notre environnement international et, en particulier, de ces fans du libéralisme que sont nos alliées occidentaux. De France Inter à RMC en effet, en passant par l’A2, et je suppose bien d’autres, on ne manque pas de dire aux Français et aux Jeunes ce que l’étranger, et en particulier les anglo-saxons ou leurs affidés, pensent d’eux. Et que pensent-ils ? Certainement pas du bien. Ils pensent que ces Français et ces jeunes sont décidément des ringards bougons et grincheux.

1. Ils restent attachés, ces ringards, à ce qu’ils appellent des droits que les populations ont arrachés à l’époque ou les dirigeants occidentaux, menacés qu’ils étaient par le modèle communiste, étaient dans l’obligation de lâcher du lest social sous peine de voir grossir les masses attirés par ce modèle ou ses variantes. On a même parlé alors, avec la reconnaissance formelle de droits économiques et sociaux, d’une seconde époque de promotion des droits de l’homme (voir l’article : Nouveaux droits de l’Homme : opacité, sélection des messages) ! Tout était fait alors pour que le peuple avale la croyance que le capitalisme seul garantissait non seulement « les libertés » mais aussi « le progrès » et le bien-être. Les Français semblent toujours crispés sur cette croyance d’un autre âge et ne pas avoir réalisé que, aujourd’hui, l’épouvantail communiste ayant été bousculé et même éliminé, plus rien n’obligeait actionnaires et patronat à renoncer au moindre centime et à maintenir des droits humains coûteux pour les actionnaires [14]. Tel est "le monde d’aujourd’hui". Les Anglais et les Hollandais, et d’autres, semblent non seulement l’avoir compris, eux, mais semblent encore accepter avec la fierté des cocus bienveillants d’avoir été bernés à la fin du XX° siècle par la propagande occidentale (en fait américaine [15]). Et aux yeux de ces nouveaux maltraités du capitalisme, en vérité des maltraités fiers et consentants, les Français semblent encore, eux, avec leur modèle français, s’accrocher à l’idée que le capitalisme (aujourd’hui financier) peut être social si on l’y oblige. Quels ringards !

2. Et ces bougons grincheux refusent les réformes. Crispés qu’ils sont sur leur « modèle » dont ne veut plus le capitalisme international (parce qu’il n’est plus menacé), ces Français et ces jeunes refusent les diktats libéraux, ce que les journalistes collaborateurs appellent « les réformes » alors qu’ils devraient dire « de nouveaux pas vers le néo-libéralisme espéré par le capitalisme financier », ces pas qu’on dit avoir été acceptés par nos voisins européens.

progrès, fin du progrès ; civilisation et recul de civilisation

À ces sermonneurs, nous pourrions déjà répondre que le refus d’une déconfiture ou tout, simplement, de pas en arrière, n’est jamais vil. Après tout, est-il réellement honteux de refuser d’être tous les jours davantage maltraités par ceux-là mêmes qui, pour obtenir notre assentiment historique durant les années 70-80, nous promettaient, il y a donc si peu de temps, certainement pas la précarité, mais le progrès, voire l’abondance ? Est-il honteux, dans un monde qui s’est construit ces cinquante dernières années sur l’idéologie de la croissance nécessaire et bienfaisante, de refuser que nos générations soient les premières de l’époque moderne à s’épuiser devant la fin du progrès économique et social ?

Mais s’il n’était question que de cela, de cette déprime devant la fin inattendue du progrès économique, devant la fuite vers les seules classes moyennes achetées dans le monde des bénéfices de la croissances, nous finirions par comprendre (je ne dis pas justifier) que les bien nourris qui ont participé à notre cocufiage, et en particulier les intellectuels, sermonnent les bougons qui disent aujourd’hui non, et qui ne disent pas non à l’Europe ou aux réformes, mais aux avancées vers un néolibéralisme qui n’est pas ce qu’on leur avait promis et qu’ils se refusent à tenir pour la loi du bon Dieu..

Mais dans le cas du CPE, il y a bien plus que cette déprime. Le CPE n’était pas seulement une acceptation de plus de la fin du progrès économique, c’était aussi l’acceptation d’une reculade majeure au plan de la civilisation occidentale. Et ça, il est difficile de comprendre que des intellectuels, même de droite, puissent l’accepter.

C’est vrai, le libéralisme en tant qu’idéologie du capitalisme [16] voit du « naturel » partout. Ce serait chouette, n’est-ce pas, si les différences de propriété et de pouvoir entre les gens étaient le fait de la nature de ces gens, certains étant « naturellement faits pour posséder et avoir du pouvoir » et d’autres « naturellement fait pour n’avoir rien et obéir ». Le libéralisme refuse ainsi purement et simplement que la vie sociale ne soit pas une pure production de ce qu’est, évidemment de toute éternité, la nature du monde et des gens. Jean-Marc Sylvestre, avec sa bonhomie nocive habituelle, disait ainsi que le libéralisme n’était pas une idéologie, une construction théorique, mais que le monde avait été fait comme ça, pour être libéral (par qui ? par Dieu ?).

Le libéralisme, en refusant ainsi l’idée que le domaine du social (« le social ») puisse avoir sa nature propre, justifie toutes les sordidités de la « naturalisation » : si la propriété est un fait de nature, si le propriétaire justifie sa propriété d’une loi naturelle, on peut poser comme naturellement légitime l’autodéfense et le meurtre par ce propriétaire d’un voleur qui porte atteinte à cette propriété naturelle. Mœurs sauvages et d’un autre âge, heureusement. Avec la civilisation occidentale, a pu se développer l’idée que la propriété était le fait d’une concession que la société reconnaissait au propriétaire et que c’était bien de l’ordre du social qu’une personne tenait sa propriété. Et que c’était devant le social, la justice en l’occurrence, qu’il fallait renvoyer le voleur, le propriétaire n’étant qu’un plaignant devant ce social. C’est-là, on en conviendra aisément, un fait réjouissant de notre civilisation. Reviendriez-vous volontiers, vous qui croyez en « nos-valeurs-universelles », vous qui vous posez volontiers comme les ayatollah de ces valeurs universelles (voir le débat sur les caricatures), reviendriez-vous volontiers au retour chez nous de la loi du talion et de l’autodéfense type Far West ? Quelle régression !

Il en est de même pour ce qui est de l’évaluation des personnes et des sanctions appliquées aux personnes découlant de cette évaluation. Il fut une époque où donner des ordres, juger de la valeur des personnes, punir, foutre dehors était considéré comme le fait d’une sorte de nature humaine qui différencie clairement la personne du chef (et plus généralement de l’évaluateur) de la personne des soumis (et plus généralement des évalués). On connaît : il y a ceux qui ont un revolver et il y a ceux qui creusent ; toi, tu creuses. Avec les avancées de notre civilisation s’est imposée l’idée que l’évaluation des personnes et l’administration des sanctions qui s’en suit, par les chefs, les patrons, les professeurs et maîtres, les juges... étaient des faits de pouvoir et que les faits de pouvoir étaient des faits éminemment et même strictement sociaux [17]. Comme la propriété, le pouvoir d’une personne est une concession de la société ou de ses supérieurs à cette personne qui se trouve être délégataire d’une parcelle plus ou moins importante du pouvoir social. C’est vrai pour un patron ou un chef comme c’est vrai pour un instituteur, un recruteur ou un psychiatre. S’est donc dans le même temps imposé l’idée qu’une évaluation, en tant que fait social de pouvoir délégué devait être socialement justifiée non seulement systématiquement auprès de l’évalué mais aussi possiblement auprès de toute instance sociale apte à juger comme les prud’hommes. Certes, c’est là une contrainte imposée par le droit à la liberté des patrons dont les humeurs font notre économie et qu’on aimerait tant liberer, mais c’est aussi un fait qu’opn peut espérfer irréversible de civilisation. Le calme revenu, on devrait même envisager d’insérer dans les déclarations des droits de l’homme ce droit des évalués comme un droit humain fondamental. Par exemple : toute personne évaluée par un agent ayant reçu un mandat social à cette fin doit être en mesure de connaître l’évaluation faite sur lui et d’en faire juger le bien-fondé par une instance sociale compétente. Cela va des salariés licenciés pour non convenance aux mis en examen soumis à des expertises psychologiques, via des fonctionnaires dont la promotion a été étudiée par des pairs élus ou nommés. Voilà un droit naturel que les donneurs de leçons aux jeunes en colère s’honoreraient de reconnaître aujourd’hui.

Le CPE constituait donc, non seulement une avancée vers la précarité instituée, mais aussi, avec le licenciement non justifié, un vrai recul de notre civilisation occidentale. Parmi les gens chics, éditorialistes, intellectuels ou patrons phraseurs (je ne parle évidemment pas des godillots Sarkosistes ou Villepinistes), ceux qui le défendaient n’étaient de fait, et du point de vue de la civilisation, que des barbares. Quant au « front du refus », il était du côté du progrès, ce qui est peut-être en cette époque ringard, mais aussi et bel et bien du côté de notre civilisation dont une marque essentielle fut et doit rester la méfiance à l’endroit de l’arbitraire du pouvoir et des pouvoirs.

Notes

[1] une remarque pour celui qui écouterait Bernard Ghetta avec ferveur : le fait que ce qui se serait passé si le oui l’avait emporté ne s’est pas passé depuis mai ne signifie nullement que l’Europe se meurt. Simplement : il ne se passe pas ce que les ouiouistes et Bernard Ghetta souhaitaient qu’il se passe. Ce serait un comble si le non n’avait servi à rien. Les conséquences positives du Non mettront bien plus de temps à apparaître dans un contexte de longue date préparé pour le Oui.

[2] Je ne les ai pas entendus dans les propos des petits patrons savoyards qui ne savaient guère qu’injurier les nonistes et se poser en saints laïques

[3] Certes on aime bien les jeunes rebelles. À condition qu’il s’agisse de jeunes rebelles qui, en tant qu’individu différent des autres, essayent de se dégager des pesanteurs sociales. Les groupes ou collectifs sociaux qui se rebellent chez nous n’ont pas la même faveur auprès de nos intellectuels et critiques littéraires. La rébellion n’a leur faveur que si elle est orange ou exotique.

[4] Dont des raisons purement psycholinguistiques : il semble bien qu’il soit plus « économique » (ou plus « facile ») de répondre oui à une question que de répondre non. De nombreux modèles linguistiques postulent qu’on ne répond non qu’après avoir évalué et rejeté la réponse oui, programmée comme réponse automatique par défaut. D’autres raisons étaient issues de la motricité c hez nous du oui et du non. Dire oui vous amène à ébaucher un sourire. Dire non à faire une mimique qui participe habituellement à la surprise.

[5] Par exemple : Vous habillez-vous avant de sortir ?... questions amenant presque 100% de réponses oui

[6] Aimez-vous être réveillé la nuit ?... questions amenant presque 100% de réponses non

[7] Comme de nombreuses recherches effectuées par mes doctorants, cette recherche n’a pas été publiée. Nombreux sont les doctorants en effet, qui, leur thèse terminée, trouvent plus urgent de chercher à se nourrir que de chercher à publier leurs résultats afin d’être qualifiés pour un très hypothétique poste à l’Université !

[8] Il va de soi qu’il s’agit là d’un "effet" observé en situation expérimentale et non d’un diktat de Dieu ou de la nature. Ce "plus" apporté par le oui peut disparaître ou s’émousser dans des conditions sociales chargées, notamment dans des situations ou pèsent les rapports sociaux et les relations intergroupes.

[9] Si je refuse l’obscurantisme qui consiste à négliger l’apport des sciences psychologiques à la compréhension des phénomènes sous le prétexte qu’on a d’autres explications plus intéressantes ou gratifiantes, je refuse tout autant le scientisme qui consisterait à penser que ces sciences doivent nous imposer des pratiques sociales et politiques.

[10] Voir mon livre : Les illusions libérales, individualisme et pouvoir social aux Presses Universitaires de Grenoble

[11] Évidemment par les politiciens et syndicalistes adverses.

[12] En saine démocratie, on ne dit plus « les députés » tout court, mais « les députés de l’UMP », quant un parti, l’UMP en l’occurrence, minoritaire dans l’opinion, se trouve disposer à lui seul de la majorité de la chambre des députés à la suite d’événements aussi douteux que les événements d’avril-mai 2002. Un Président réellement démocrate aurait suscité de nouvelles élections législatives un an plus tard.

[13] Milgram n’a pas voulu publier les différences d’obéissance entre les ressortissants de nations variées soumis à sa célèble situation. Il en avait pourtant observé qui étaient statistiquement significatives.

[14] Je n’invente pas : tel est le contenu de l’éditorial d’un journal américain que Bernard Ghetta a lu aux auditeurs de France Inter le Jeudi 30 mars

[15] voir encore mes « illusions libérales »

[16] Peut-être préfèrerez-vous les catégories non marxistes de Jean-Paul II et parler de libéralisme culturel et de libéralisme économique...

[17] Certes, j’en ai connu de ces petits patrons qui oscillaient dans la légitimation de leur position entre le droit venu de Dieu (je suis patron par la grâce de Dieu) et le droit venu d’une psychologie naturelle (je suis patron parce que je suis né pour être patron). Mais il s’agissait, justement, de (petits) patrons.

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