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faut-il avoir peur du populisme ?

Le populisme : un concept sans théorie

anti-élitisme et républicanisme populaire

lundi 13 mars 2006, par Alexandre Dorna

Le populisme parcourt le monde en semant « trouble » et « émoi » au sein des sociétés politiques contemporaines. C’est un phénomène dont le suremploi polysémique permet toutes les combinaisons possibles : il y aurait ainsi un populisme de gauche ou de droite, démocratique ou réactionnaire, solidariste ou xénophobe, communautaire ou républicain ? C’est un mot, donc, qui décourage toutes les typologies et toutes les tentatives de définition. Bref, c’est un terme facile à amalgamer, à diaboliser et à appliquer à n’importe quelle situation de crise ou à n’importe quel homme politique de caractère.

D’où le fait que le populisme est perçu avant tout comme un style, une attitude ou une posture. Bref, une forme sans contenu. Une contestation et une critique sans raison raisonnable ni justification argumentative. Autrement dit : une réaction émotionnelle, contagieuse et tapageuse.

Voilà pourquoi c’est l’événement et le terme politique de tous les dangers et un alibi injurieux pour tous les bien-pensants : partis politiques, parlementaires, élites intellectuelles, puissances économiques et responsables du grand chambardement de la globalisation.

Ce constat nous permet donc d’introduire une réflexion, à la fois, sur la caractérisation hétéroclite et le besoin d’une théorisation plus approfondie du phénomène, faute de quoi les expériences cumulées ne produisent que l’impression d’une histoire « déjà vue » avec des acteurs plus ou moins interchangeables.

Des histoires en quête d’explications de fond

Les multiples descriptions des phénomènes populistes dans le monde entier n’arrivent pas à clarifier l’énigme. Ce recueil d’études n’échappe pas à la règle. Etrange chose. Pourtant, les récits sont riches en informations multiples (dates, données, noms, actes, événements), mais, curieusement, c’est l’accessoire qui l’emporte. Tout se passe comme si une sorte de complexe de Pénélope était imposé par la narration : les cogitations de la nuit s’effacent devant les pratiques du jour. D’où une accumulation d’anecdotes, de malentendus, d’erreurs et d’amalgames. Le résultat est un étrange mélange, fait d’exagérations et d’incompréhensions, de préjugés et de supputations idéologiques. C’est un « demi-concept » peu abordable avec les règles abstraites de la raison intellectuelle et seulement ouvert à l’intuition et à la logique des sentiments. Rien d’étonnant alors que les expériences populistes soient livrées aux chiens de garde de ses pires ennemis : les cléricalismes et les oligarchies. La diversité des mouvements populistes qui ont traversé l’histoire montre la difficulté d’établir une méthodologie comparative valable. Peu de choses sont transférables des expériences du narodnik russe à la révolte des fermiers américains, en passant par les mouvements de libération nationale et populaire d’Amérique latine au XXe siècle, jusqu’aux divers épisodes européens, d’autant que certains auteurs ont une fâcheuse tendance à faire l’amalgame avec les événements fascistes.

Par manque de recherche théorique, certains concluent en disant que "le populisme ne s’incarne ni dans un type défini de régime politique ni dans des contenus idéologiques déterminés". Autrement dit : c’est un presque rien sans importance. Un simple incident sans causes ni conséquences.

Or, aujourd’hui, un nouveau cycle populiste pointe son nez au cœur des grandes démocraties occidentales et reprend force et vigueur un peu partout dans le monde. Pour souligner sa présence, un nombre important de chefs charismatiques l’incarnent en occupant de manière insolite et récurrente l’actualité politique. De quoi rester inconfortablement pantois devant ce « presque rien » qui occupe tous les écrans.

Certes, la liste est fastidieusement longue, mais, pour mémoire, rappelons quelques exemples de la « vague » néo-populiste européenne : d’abord l’irruption du Front national (FN) sur la scène politique française avec la figure emblématique de Jean-Marie Le Pen. Ensuite, en Autriche, la montée du Parti de la liberté (FPÖ), incarné par Jörg Haider. À la fin des années 1990, le phénomène populiste est présent presque partout en Europe, sous des formes politico-culturelles diverses : les Ligues régionales en Italie, fédérées en Ligue du Nord sous l’égide d’Umberto Bossi ; le Vlaams Blok en Belgique ; les Partis du progrès (PP) dans les pays scandinaves - au Danemark dirigé par Mogens Glistrup, en Norvège, le PP incarné par Carl I. Hagen, la montée du Parti du peuple danois de Pia Kjaersgaard) ; l’Union démocratique du centre (UDC) sous la direction de Christoph Blocher et la Ligue du Tessin. Aussi, au cours des années 1990, Forza Italia de Silvio Berlusconi ; le Parti de la Grande Roumanie de Corneliu Vadim Tudor, le Parti de la vérité et de la vie hongroise dirigé par Istvan Csurka, le parti Leefbaar Nederland de Pim Fortuyn aux Pays-Bas ; le Parti populaire de Paulo Portas au Portugal. Sans oublier l’inscription des figures charismatiques dans des traditions nationales dites « populistes : Lech Walesa, Andrzej Lepper ou Aleksander Kwasniewski en Pologne, Slobodan Milosevic ou Vojislav Seselj en Serbie, Boris Eltsine ou Vladimir Jirinovski en Russie, Alexandre Loukachenko en Biélorussie. Ou encore le leader islamiste turc Tayyip Erdogan, interdit de politique pour “incitation à la haine religieuse”.

En France, depuis des années, nous traversons une situation potentiellement néo-populiste : Bové, Tapie, De Villiers, sans oublier M. Saint-Josse. Ce sont les visages les plus visibles, mais d’autres restent dans les coulisses : Borloo, Kouchner et, au cœur de la mouvance islamiste française, les frères Ramadan, et de plus en plus Sarkozi.

L’Amérique latine aussi connaît un nouveau cycle populiste avec plusieurs figures classées à gauche ou à droite : Lula, Fox, Marcos, Chavez et bien d’autres, dont la notoriété est moindre, mais la montée en puissance certaine. Par ailleurs, le même phénomène est observable sous diverses étiquettes en Afrique et en Asie où pullulent chefs de guerre et meneurs religieux, lesquels ont remplacé les anciens chefs des mouvements de libération nationale. En Inde, le cas du général Bal Thackeray est paradigmatique. Dans d’autres textes [1], nous avons approfondi l’étude du phénomène et la pertinence des analyses jusqu’à préciser comment et en quoi le populisme est un des symptômes de la crise des démocraties représentatives, poussée par la mondialisation du modèle du système capitaliste, suite à la débâcle du communisme et des expériences révolutionnaires.

Faute d’une définition théorique claire, les contours flous du populisme actuel permettent d’identifier quelques indices pour cerner le prototype et ses variantes à partir des traits suivants :

Un leader charismatique : la personnalisation et l’adhésion à un homme providentiel est l’apanage du populisme.

Un appel au peuple : l’appel au peuple lancé par le leader se caractérise par l’abandon de la fonction programmatique des partis politiques au profit d’une dimension affective de proximité.

Une attitude antiélitiste : c’est la valorisation du peuple contre la classe politique institutionnalisée et la dénonciation de la distance entre gouvernés et gouvernants, ces derniers étant considérés comme corrompus et avilis.

Un discours qui rejette le cosmopolitisme et l’économie libérale, autant qu’il fustige l’injustice sociale, l’insécurité, le chômage et l’immigration.

Un mouvement de masse à l’intention d’une communauté nationale en désespoir.

Une position de rupture avec le système en place, souvent inséparable d’une exigence politique de référendums populaires.

L’évocation des « vertus innées » du peuple, naïve ou manipulatrice, qui rendrait inutiles toutes les médiations.

Avec ces éléments en main, on peut s’interroger sur la pertinence du populisme comme issue possible aux blocages des sociétés en crise, dans lesquelles le pouvoir du peuple est confisqué par les élites technocratiques et la puissance managériale. Certains sont séduits par la force de la contestation populiste et pensent qu’elle peut se débarrasser d’une classe politique inutile et peu vertueuse, et même offrir un socle à la quête d’une nouvelle alternative de démocratie. D’autres resteront hostiles, rappelant que l’« appel au peuple » des populistes est bien trop équivoque, ne serait-ce que parce que la notion de « peuple » peut être comprise de façon bien contradictoire. De plus, les « réalistes » en politique n’oublient pas de faire mention d’un truisme séculaire : les besoins extrêmes du peuple, à certains moments de crise aiguë, font prendre pour argent comptant tout ce qui brille. Il y a aussi ceux qui signalent que les expériences populistes ne remettent pas véritablement en cause la logique du système capitaliste.

Or, le débat n’a pas vraiment eu lieu, d’une part, parce que les détracteurs du populisme se refusent à donner au populisme le statut d’une théorie politique, et de soumettre ses critiques à la délibération citoyenne, préférant le diaboliser et le lapider par medias interposés ; d’autre part, parce que les représentants du populisme ne sont pas enclins à respecter les règles imposées par leurs adversaires.

A la recherche d’une théorie du populisme

L’énorme polémique qui entoure les diverses expériences populistes, depuis le XIXe siècle, n’a pas produit une théorie ni homogène ni cohérente du phénomène. Ses détracteurs ont dénoncé ses excès et ses faiblesses, en particulier le rôle des chefs charismatiques, jusqu’à réduire la question populiste à la psychopathologie des acteurs. D’ailleurs, l’amalgame avec les terribles expériences fascistes et totalitaires ne fait que diaboliser sa portée, tout en revenant à des arguments fallacieux et politiquement marqués : le populisme ne serait que la première phase du totalitarisme, ou un nationalisme dénaturé, ou pis encore : la canalisation des ressentiments de la masse marginale, potentiellement « bestiale, criminelle et délinquante », selon les vieilles descriptions et les anathèmes des juristes et des psychologues organicistes (néo-darwiniens) du XIXe siècle.

A l’opposé, les partisans du populisme n’ont réussi à proposer ni un corps de doctrine ni une théorie politique cohérente. Et si certains arrivent à séparer d’une manière pragmatique la paille du blé, paradoxalement leurs meilleurs efforts se placent plutôt dans la défense des actions et des paroles des leaders populistes remises en question par leurs détracteurs. La tentative de clarification tourne ainsi à son tour à une polémique dont les arguments visent principalement les points faibles ou forts du leadership en termes fortement polarisés et émotionnels. Les affrontements polémiques font que la levée de poussière forme une buée permanente de particules en suspension autour du processus populiste. Restent seulement visibles comme figure de proue le visage et les gestes du leader charismatique. D’où la circularité des analyses et l’inconsistance et la partialité des esquisses théoriques.

Les travaux universitaires, enfin, se révèlent également décevants. Plus encore, le populisme, dans le milieu des Sciences de l’Homme et de la Société ou des sciences politiques, est une sorte de thème « honteux ». D’ailleurs, la plupart des chercheurs, une fois la question posée, ont déclaré forfait. Ce fut le cas de Mme Canovan [2], une spécialiste nord-américaine, cent fois citée, qui, en conclusion d’un ouvrage volumineux, renonce non seulement à formuler une approche explicative globale du populisme, faute de critères comparables, mais dont les vues sur une typologie du phénomène restent fort peu éclairantes.

Pourtant, quelques tentatives intéressantes, issues principalement de la sociologie politique latino-américaine [3] qui est presque la seule à s’être livrée à un examen exhaustif du problème. Or ces chercheurs reconnaissent l’ambiguïté qui rend le phénomène quasi insaisissable.

Il n’est pas question d’entamer ici une analyse de la controverse, ni encore moins de proposer une théorie originale. En fait, penser le populisme comme une déviation idéologique ou une mutation culturelle issue de nulle part n’est pas plausible. L’analyse attentive de la situation, ici et maintenant, s’avère une tâche empirique et péremptoire, sans aucune prétention de généraliser ses résultats ou de construire une théorie prête à s’appliquer à n’importe quel accès de fièvre sociale étiqueté de populisme. Le fait d’avancer des interrogations sur ce vide de réflexion nous semble une amorce indispensable pour reposer le problème et de désambiguïser sa mise en cause.

Ainsi, nous avons schématisé [4] quatre pistes d’analyse susceptibles d’apporter un éclairage original au populisme : a) L’approche sociopolitique fonctionnaliste qui explique la participation des masses, en raison du conflit entre les structures sociales et la modernisation poussée par l’innovation technologique. b) L’approche néomarxiste pour laquelle la rhétorique populiste exprime la lutte des classes, lorsque le mouvement ouvrier n’est pas hégémonique. c) L’approche psychosociologique compréhensive, qui se focalise sur le style de domination : les figures du leader charismatique occupent une place centrale dans les processus de changement des mentalités. d) L’approche mythologique à partir de la culture populaire et de son imaginaire romantique.

A ces perspectives socio-politiques, il semble utile d’ajouter l’apport de la psychologie politique [5]. Si personne n’ignore la portée psychologique du populisme et l’énorme charge émotionnelle déclenchée par les crises de société, les tentatives d’utiliser les nouveaux concepts issus du travail empirique en laboratoire sont absentes. Certes, réduire le populisme à des pulsions psychiques est aussi restreint que l’assimiler à une question de classe ou à un principe téléologique. Mais il y a encore à reconnaître, schématiquement, que les mouvements de masse synthétisent deux modes psychologiques d’influence sociale : la fascination et la séduction. La fascination représente la fusion du soi avec un tout exaltant qui cristallise un idéal. Le sujet renonce à son autonomie et porte ses désirs sur un personnage légendaire ou une institution sacralisée (église, parti, armée) qui façonnent « l’âme collective » et fabriquent les « règles communes ». Quant à la séduction, elle joue dans les apparences un rôle non négligeable : partout où il y a un grand naturel, l’artificiel réussit encore mieux. Si la séduction avance masquée, la fascination connaît plusieurs phases d’extériorisation ouverte. Mais aucune des deux ne s’accomplit sans l’incarnation d’un pouvoir alternatif. D’où l’importance du rôle, du statut et des comportements des leaders charismatiques in situ. Ainsi, le leader assume les fonctions de transformation, d’inspiration, de considération, d’encouragement et d’identification. Bref, le leader politique charismatique incite les membres du groupe à se dépasser eux-mêmes pour la réussite de l’ensemble.

Par ailleurs, la partie visible du charisme populiste est le discours. Ce n’est pas le contenu qui rend populiste un discours, mais l’utilisation de la parole d’une manière transversale, afin de toucher toutes les couches de la population.

Par ailleurs, la théorie critique de l’interpellation [6] mérite toute notre attention. Le populisme n’est pas pour lui un mouvement sociopolitique, ni un régime étatique, mais un phénomène de type idéologique qui peut exister à l’intérieur des organisations et des régimes, des classes et des orientations politiques les plus variées et divergentes. Là, la clef de voûte du populisme est l’interpellation discursive, qui fait appel à la structure de base de toute idéologie. Le « fonds de commerce » du populisme est constitué par des éléments profondément enracinés dans les traditions populaires, qui facilitent la formation de divers modes de justifications discursives. C’est quelque chose qui évoque un truisme : une idéologie en chasse une autre, mais le fond demeure. D’où l’hypothèse de Laclau : il faut analyser l’idéologie en dehors de l’adhésion particulière d’une classe sociale. Et, si la matrice idéologique commune à tous est la tradition, c’est à travers le discours que ces contenus sont ré-activés. Il y a là une ébauche d’explication du formidable pouvoir émotionnel que dégage le discours populiste. Car ce sont les composants communs qui peuvent, dans certaines circonstances extraordinaires (crises), déclencher un élan collectif, puisqu’ils s’articulent sur des discours différents, voire des groupes et des classes diverses, mais sont capables d’être convergents pour tirer leur efficacité de ce rapport direct avec les désirs des acteurs.

Récemment, le même Laclau [7] nous propose d’autres outils conceptuels pour mieux percer la « raison populiste ». Il propose de ne pas penser le populisme comme une forme dégradée de la démocratie et de le sortir de la marginalité où il se trouve dans les sciences sociales, pour enfin le situer comme un type de gouvernement capable d’élargir les bases démocratiques de la société, afin d’articuler les demandes diverses de construction du politique. La thèse centrale de l’ouvrage se résume ainsi : “Lorsque les masses populaires sont exclues longtemps de l’arène politique, alors émergent certaines formes de leadership qui ne sont pas dans le cadre orthodoxe de la démocratie libérale. Mais, le populisme, loin d’être un obstacle, est une garantie de démocratie, car il évite que celle-ci se transforme en pure gestion”.

En conséquence, l’étude du populisme gagne-t-elle en densité. Le long chemin vers la compréhension théorique commence à s’ouvrir. Mais sans prétendre à l’énonciation d’un paradigme unique. Faut-il rappeler que les racines théoriques se trouvent dans les luttes agraires et syndicalistes, les représentants du socialisme, l’anarchisme et le mutualisme français sans oublier quelques grands théoriciens, aujourd’hui au purgatoire, de la pensée des sciences sociales et politiques, tels que : Leroux, Sorel et Proudhon, autant que Pareto, Michels ou Emerson.

Le populisme possède plusieurs variantes. C’est pourquoi la reconstitution théorique du populisme passe par la saisie, parmi ses actes et ses propos politiques, par-delà ses échecs et même ses apostasies, des composants d’une doctrine en opposition aux autres visions politiques en concurrence.

En effet, la pensée populiste n’est soumise ni à l’Etat ni au marché, car il critique tout autant l’étatisme collectiviste que l’individualisme libéral. L’aspiration à la liberté comme à l’égalité le rend clairement anticapitaliste et réfractaire à tous les régimes oligarchiques. D’autant plus lorsque règne la marchandisation des hommes, car cela empêche toutes les formes de vie commune harmonieuse et de justice sociale.

Le populisme est attaché à une politique conforme aux expressions démocratiques collectives sur la base de la proximité populaire. Il se définit plus par rapport aux actions locales qu’à celles qui se réclament de la « grande cause du peuple », du « grand soir » ou des « lendemains qui chantent ». C’est la demande de création de nouveaux lieux de contre-pouvoir où la participation des citoyens à la vie publique est plus importante que le jeu des institutions.

Le besoin de partage est pour lui d’une importance vitale, car départager la propriété rend la société plus juste. L’attitude anti-élitiste du populisme est le signe d’un républicanisme populaire, incompatible donc avec tous les systèmes autoritaires auxquels certains prétendent l’assimiler.

Trouvant son fondement moral dans la tradition populaire, le vrai populisme républicain n’est-il pas ainsi incompatible avec les discours de leaders autoproclamés qui prétendent parler au nom du peuple, et se gardent bien de lui donner la parole. Voilà pourquoi il n’a que mépris pour les nouvelles castes techniciennes et bureaucratiques, autant que les formes de gestion directoriales et managériales.

En somme, replacé dans sa propre logique, le populisme a autant de légitimité doctrinale que les autres courants idéologiques institutionnels cramponnés au pouvoir. Qu’ils soient de gauche ou droite, les différences ont cessé d’exister. C’est en cela que le populisme offre, parfois d’une manière intuitive et peu systématique (lorsque le cadre républicain lui fait défaut), une alternative à l’hégémonie néolibérale, fondée sur la seule politique représentative d’une démocratie confisquée par les oligarchies aux nom des majorités.

En guise de conclusion

Par-delà la figure du « monstre » populiste aux mille visages, dont les marques de rejet et de séduction se manifestent dans les débats et les esprits de notre temps, il y a une réalité surplombante qui s’avère une source plus importante d’explication : la crise télescopique que traverse la société moderne. Inutile de réduire la nature du populisme à ses protagonistes flamboyants et de se barricader derrière une psychologie de la personnalité, dont la portée est contestable et fort limitée. En revanche, rappeler la dynamique psycho-socio-politico-historique du populisme, c’est déjà une demande des analysées précises et contextualisées dans un cadre politico-culturel donné, sans lequel aucun jugement n’échappe pas aux biais idéologiques.

Notes

[1] Dorna, A, Le Populisme, Paris, PUF. 1999 ; Dorna, A, De l’âme et de la cité, Paris, L’Harmattan, 2004.

[2] Canovan, M, Populism, London, Junctions books, 1982

[3] voir Dorna 1999

[4] Dorna 1999

[5] Dorna, A, Fondements de la psychologie politique, Paris, PUF, 1998.

[6] Laclau, E, Politica e ideologia en la politica marxista, México, Siglo XXI, 1978.

[7] Laclau E. La razon populista. Mexico.FCE, 2005.

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