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psychothérapies, psychanalyse, normes sociales, psychologisation

Comportementalisme, Psychanalyse : le débat sur la normalisation des conduites et sur la santé psychologique

des théories à la pratique et au discours social

vendredi 17 février 2006, par Jean-Léon Beauvois

Yann Derobert me reproche gentiment dans son commentaire de mon article antérieur (Comportementalisme : pourquoi est-il si urgent de le caricaturer ?)) de ne pas tenir compte du fait que les psychanalystes ont défendu leurs théories et leurs pratiques, possiblement à juste titre, en affirmant qu’elles se posaient à rebours de la tendance de nos sociétés à normaliser les conduites et à légiférer sur ce que devait être la santé mentale. Il me reproche aussi de ne pas prendre acte des tendances normalisatrices des pratiques comportementalistes. Ce commentaire implique pour réponse un assez long développement, c’est pourquoi j’y consacre cet article.

Cet article traite des psychothérapies. Son objet a à voir avec les idéologies des pratiques et non avec l’efficacité de ces pratiques. Ces idéologies s’ancrent dans le discours social conflictuel sur des référentiels propices à chacun : le référentiel de la science particulièrement sollicité dans un camp, le camp des thérapies cognitivo-comportementales, le réferentiel des conceptions de l’Homme et du social particulièrement sollicité par les tenants de la cure analytique. Mais pour l’observateur engagé dans le comportementalisme théorique que je suis, ces positions de conflits ne doivent pas conduire à négliger ce qui reste commun aux deux types de pratiques : le processus de psychologisation et l’allégeance de fait aux prescriptions sociales.

pour me faire comprendre : une comparaison avec l’idéal bureaucratique

Toute organisation où se délègue du pouvoir social est animée par une prétention, assumée ou non, prétention qu’on peut dire « bureaucratique ». Elle consiste à vouloir établir un formalisme des conduites professionnelles. L’idée trop vite attribuée au seul Taylor d’une « seule meilleure méthode » [1] n’est qu’exemplaire de cette prétention. Je me souviens encore d’un chef d’entreprise (c’était à la fin des années 60), qui nous disait à peu près ceci : « je voudrais pouvoir arriver, par exemple à 10 heures 47 et être en mesure de dire : Jacques, au premier étage, est en train de faire ceci et je sais comment il s’y prend ; Claude, au sous-sol, est en train ce faire cela, et je sais aussi comment il s’y prend. Sylvain... Chacun doit savoir ce qu’il doit faire à l’instant t et comment le faire. » Ce fantasme bureaucratique, bien qu’ayant été souvent critiqué par les théoriciens des organisations n’a de fait jamais été vraiment abandonné par les gens de pouvoir. Tous rêvent, même lorsqu’ils le nient dans un entretien, d’une mécanique sociale bien huilée dont les opérateurs humains seraient des rouages éventuellement formés mais toujours remplaçables (voir mes livres : les illusions libérales, individualisme et pouvoir social et Traité de la servitude libérale). Un rouage humain rémunérable est alors un rouage qui fait ce qu’il doit faire au moment où il doit le faire et qui le fait comme il doit le faire. Le formalisme définit à la fois les conduites idoines et la valeur économique des salariés.

Il n’est jamais commode de passer d’une organisation à la société globale. Il reste que celle-ci dispose d’un outil probablement universel pour asseoir, à son niveau, un formalisme des conduites. Cet outil, c’est le normalisme (ou si vous préférez : les systèmes de normes). Les normes indiquent comment se comporter si l’on veut passer inaperçu (on fait comme tout le monde : normes dites « descriptives ») ou encore si l’on veut se faire bien voir par les évaluateurs sociaux (on adopte, pour peu qu’on les connaisse, les comportements les plus appréciés par ces évaluateurs : normes dites « prescriptives »). Inutile d’en rajouter ici sur le poids de ces normes étudiées par les sociologues et les psychologues sociaux depuis un bon siècle. Elles touchent aux relations interpersonnelles, aux relations familiales, à la sexualité, aux loisirs... Elles touchent même à la pensée lorsqu’il s’agit de « normes de jugement » (voir sur maniprop les articles de Nicole Dubois (droits de l’Homme : une forme de discrimination illégale dans l’évaluation sociale) et Claude Rainaudi (discrimination à l’embauche et norme d’internalité). Ainsi existe-t-il des conduites et des pensées modales définies par ces systèmes de normes. Un formalisme des conduites et des pensées. Il faut néanmoins souligner quelques différences fondamentales entre la normalisme et l’imposition, dans une organisation, d’un formalisme des conduites.

spécificités du normalisme social

Ces spécificités peuvent être synthétisées en une phrase : lorsqu’elle se soumet à une norme sociale (je ne dis pas à une règlementation ou à une loi), la personne n’en a, aujourd’hui, qu’une conscience limitée. Elle peut même ne pas en avoir conscience du tout [2]. Il y a, dans notre société actuelle, des raisons diverses mais théoriquement connexes à cette conscience limitée.

La première tient au fait que le contrôle social est moins saillant que le contrôle hiérarchique qui reste le modèle du contrôle organisationnel. Le salarié sait que ses conduites professionnelles peuvent être contrôlées par un supérieur, un chef ou un responsable. Celui-ci n’est pas qu’un concept. C’est aussi une personne physique. L’acteur social par contre, même lorsqu’il se doute que ses conduites sont l’objet d’un regard, voire d’un contrôle de la société, ne peut avoir qu’une conscience diffuse et épisodique de ce contrôle dont les symboles apparaissent de façon épisodique et aléatoire.

La deuxième tient au caractère quelque peu moins univoque de la prescription sociale par rapport à la prescription organisationnelle. Le formalisme bureaucratique implique le plus souvent, dans une situation donnée, une conduite et une seule. On a longtemps dit : la seule meilleure. Le normalisme social ouvre le plus fréquemment un registre de conduites normatives à l’intérieur duquel l’acteur social peut opérer une sélection. Il peut donc avoir l’impression de mettre sa touche personnelle. Ce n’est pas la même chose pour un cadre de faire du tennis ou du marathon. L’essentiel est de ne pas donner dans les sports collectifs populaires.

Une troisième tient au caractère quelquefois diffus, voire abscons, des objectifs (ou, pour reprendre un terme qui m’est cher, des utilités sociales) que doivent réaliser les normes sociales lorsqu’elles sont appliquées. Un travailleur connaît les buts et objectifs (la plupart de performance et de stabilité des hiérarchies) poursuivis par le formalisme auquel il se soumet. Ce n’est pas toujours le cas d’un acteur social qui se soumet à une norme sociale. Ce n’est pas le cas notamment lorsqu’il s’agit de certaines normes de jugement [3]. Il n’est pas aisé, pour une acteur social, de voir le but, ou l’utilité sociale que réalise, par exemple, le respect de la norme prescriptive de jugement d’ancrage individuel (norme prescrivant de mettre l’accent quand vous parlez de vous-même sur ce qui vous différencie de vos pairs plutôt que sur ce que vous avez de commun avec eux). Cette utilité sociale, typiquement libérale, est pourtant bien réelle : donner, autant que faire se peut, les rapports sociaux comme des rapports entre individus et non comme des rapports entre groupes.

la psychologisation

Certes, les sociétés libérales ne sont pas seules à entretenir des systèmes de normes. Toutes les sociétés impliquent, de façon plus ou moins autoritaire, ces régulations et prescriptions. Où les sociétés libérales se distinguent, c’est dans la forme prise par la négation, ou au moins l’occultation de ce qui reste le normalisme, c’est-à-dire la prescription sociale. Les raisons pour lesquelles un salarié fait ce qu’il doit faire comme il doit le faire ne sont, somme toute, pas très mystérieuses, qu’il soit content ou mécontent de le faire. Il a été formé et il est payé pour ça, c’est son travail et il ne veut pas le perdre. Certes, on en appellera à de fines raisons psychologiques s’il excelle, s’il s’avère nul, ou s’il se démet et lâche la brouette. Mais s’il applique sans se distinguer le formalisme, on acceptera l’idée qu’il ne fait finalement que son travail.

Ce n’est plus le cas lorsque les gens ont, dans la vie sociale, les conduites normatives qu’impliquent leur position, leur sexe, leur âge... On oublie alors, sauf lorsqu’on peut les taxer de communautarisme rétrograde, qu’ils se soumettent à des normes et on se met à penser que, s’ils font ce qu’ils font, c’est parce que c’est leur nature psychologique de le faire. Ne sommes-nous pas des êtres libres ? J’ai souvent décrit dans mes livres ce processus de psychologisation ou encore de naturalisation que facilitent les illusions de liberté [4]. La psychologie sociale expérimentale fournit en effet, pour sa description scientifique, d’excellents concepts. Elle permet en outre de faire appel à quelques processus qui font que cette psychologisation est d’autant plus aisée que le contrôle social est moins saillant, que la normativité se satisfait souvent de plusieurs conduites possibles et que ses objectifs sont abscons, ces trois spécificités de nombre de nos normes sociales.

En toute rigueur théorique, on pourrait penser que se trouve associée à la prise en considération des normes sociales, l’idée que les gens normatifs (qui font ce qui est attendu qu’ils fassent) sont des gens disons : convenables, voire des gens biens, ceux qui s’y refusent pouvant être qualifiés de gens peu fréquentables ou même de moins que rien. Ce langage est celui de la valeur. Ce serait-là en effet une question somme toute assez simple de définition de la valeur sociale des personnes (comme le fait de faire, dans une organisation, ce qu’on doit faire au moment où on doit le faire donne la valeur économique) [5]. Mais globalement, la fidélité (ou la normativité) des conduites et des pensées devrait en toute rigueur théorique définir un concept qui n’a rien de « psychologique » : la valeur sociale et économique des personnes.

Mais voilà : la psychologisation et, corrélativement, l’occultation du caractère prescriptif du social [6], vient brouiller cette appréhension qui restait donc purement théorique de la valeur sociale. Les gens (socialement) biens vont devenir et se ressentir comme des gens sans problèmes psychologiques (à l’aise, cools), qui réalisent donc une nature psychologique sans problèmes en faisant ce qu’ils font, les moins que rien devant par contre en être bourrés, leur nature les conduisant vers des conduites dysfonctionnelles ou perverses. C’est ce passage de la valeur sociale à une psychologie "naturelle" qui représente la pire des perversités idéologiques puisque nous sommes là confrontés à une désignation sociale, non plus de la valeur sociale, ce qui serait somme toute peu surprenant, mais de ce qui est psychologiquement sain et de ce qui est psychologiquement problématique, voire pathologique. Un fait non plus social mais de nature.

J’ai été un peu long pour en venir là, mais ces préalables me paraissaient indispensables : le processus fondamental qui transforme la valeur sociale en valeur psychologique (et donc en santé psychologique), et du coup la non normativité en outil de désignation de symptômes, est le processus idéologique de psychologisation. C’est sur ce processus-là que devraient réfléchir tant les uns que les autres engagé dans des querelles sur la "normalisation".

En théorie...

En théorie, ni les comportementalistes ni les psychanalystes ne peuvent s’offusquer de ce qui précède, même s’ils ne sont pas concernés au même titre par le normalisme.

le comportementaliste s’intéresse directement aux conduites et aux jugements. Il prétend donner dans la science descriptive déterministe d’esprit galiléen. Il rendra donc compte des déterminations de ces conduites et jugements, ce qui veut dire qu’il cherche à savoir dans quelle mesure une variable donnée dont il sait créer des états empiriques [7] affecte ou non la réalisation d’une conduite ou l’émission d’un jugement [8]. Pour prendre un premier exemple inspiré d’une recherche de R.-V. Joule [9], le comportementaliste s’attachera à montrer que l’acceptation, sollicitée par les seules circonstances, d’un premier comportement normatif qu’on ne refuse généralement pas (aider un passant à trouver son chemin) détermine la réalisation d’un autre comportement normatif qu’on est loin de réaliser toujours (signaler à un promeneur qu’il vient de perdre 10 euros, plutôt que de garder ces 10 euros pour soi). Une détermination au demeurant très facile à attester. Certains promeneurs solitaires (groupe A) sont sollicités pour aider un passant (en fait un premier complice de l’expérimentateur) à trouver une rue alors que d’autres promeneurs ne sont pas sollicités (groupe B). Mais tous ces promeneurs qui acceptent unanimement le comportement d’aide se trouvent ensuite cheminant derrière un second complice de l’expérimentateur qui laisse tomber délibérément un billet de 10 euros en sortant son mouchoir. Les promeneurs du groupe A sont nettement plus nombreux à réaliser le comportement normatif consistant à ramasser le billet de 10 € et à courir derrière celui qu’ils croient être un autre promeneur pour lui remettre ce billet. Il serait absurde d’avancer qu’ils le font parce qu’ils sont « psychologiquement sains » : ils ne l’auraient probablement pas fait s’ils n’avaient pas été préalablement sollicités par les circonstances. Je pourrais multiplier les exemples de ce type. Même si cela ennuie quelques intellectuels et quelques journalistes qui n’aiment pas les sciences psychologiques, on sait depuis un bon siècle de recherches pas mal de choses sur la production des comportements normatifs (comme les comportements d’aide) et contre-normatifs (comme les comportements d’agression). Je préfère prendre un second exemple dans le registre des jugements, emprunté aux recherches sur une norme, cette fois, de jugement : la norme d’internalité [10]. On vous demande pourquoi Jean-Claude a accepté de travailler 37 heures pour le salaire de 35. Vous vous dites qu’il n’avait probablement pas le choix, la pression patronale et les menaces de délocalisation expliquant certainement cela. Mais si la personne qui vous pose la question est l’un de vos évaluateurs potentiels (un chef, un recruteur, un juge, un formateur, et peut-être un psychologue ...), vous aurez plutôt tendance à avancer que Jean-Claude est peut-être quelqu’un qui se soumet facilement ou, si vous avez envie d’être humainement positif, quelqu’un qui est particulièrement conscient des enjeux économiques d’aujourd’hui. La saillance du contrôle social représenté ici par un évaluateur potentiel prédispose à la normativité (dans l’exemple à l’internalité).

A priori donc, le théoricien-chercheur comportementaliste est probablement le moins suspect de naturaliser ou de psychologiser (et a fortiori de biologiser) la vie sociale : il s’efforce de montrer comment des variables le plus souvent situationnelles affectent les conduites et, notamment, les conduites normatives et contre-normatives. De plus, sur un plan épistémologique, l’idée même de naturalisation lui est étrangère. Il y serait même allergique. Comme tous les scientifiques, il est en recherche de lois qui ne sont pas faites pour « dire ce qui se passe dans le réel ». Il se situe dans des registres de possibilités qui sont ou qui ne sont pas réalisées dans ce réel. Ce sont plutôt ses contradicteurs qui lui reprocheront souvent de ne pas assez « naturaliser ». C’est ce qu’ils font, ces contradicteurs, lorsqu’ils lui reprochent de mettre en œuvre des situations qui ne sont pas celles « de la vie réelle » ou encore, ce qui est un comble, « de la nature » (mythe commode et idéologiquement diabolique des situations sociales dites « naturelles »). Il doit se défendre en rappelant que les situations sociales sont, du point de vue des théories psychologiques, tout aussi arbitraires que les situations expérimentales. En quoi est-il, par exemple, plus arbitraire d’avoir à défendre par écrit une thèse parce qu’un expérimentateur vous le demande que d’avoir à la défendre parce qu’un professeur vous le demande ? Nombre de critiques de l’expérimentation comportementaliste repose sur l’idée que la société est « naturelle ». Ce sont eux, pourraient dire les comportementalistes, qui veulent normaliser et voir une saine nature dans ce que font habituellement les gens.

Le psychanalyste ne joue pas dans la même cour. Évidemment, ce que je vais dire ici est le fait de mes conceptions sociocognitives et n’est peut-être pas ce que dirait le psychanalyste lui-même qui, nécessairement, parlerait comme un psychanalyste. J’essayerai au moins d’être respectueux. Qu’il le veuille ou non, sa méthode et la situation de production de connaissances qu’il réalise [11] (le divan) ne sont pas faites pour attester de déterminations au sens que donne à ce terme l’épistémologie des sciences descriptives. Il peut certes en rencontrer, et peut-être même en repérer (il n’est pas le plus benêt !), mais sans que la situation soit structurée pour les faire apparaître puisque l’inconscient freudien, s’il peut se déceler ou se faire suspecter, ne se donne pas à voir et, encore moins, à observer. Il ne peut-être sollicité de façon délibérée pour apparaître de façon systématique dans tel cas et non dans tel autre [12]. Le lieu d’exercice du psychanalyste est donc la parole à propos des conduites, émois, jugements et fantaisies. Ayant la parole de son client (et la sienne) comme matériel, il ne peut traiter que des significations que ce client peut avancer de ce qu’il fait, pense, ressent ou produit (ou, si vous préférez, des théories qu’il peut en avoir) [13]. Et c’est le travail sur ces significations parlées qui aide le psychanalyste à avancer dans l’analyse et à construire ses propres théories. Comme l’a dit mon ami Roland Gori, la preuve ne peut être que dans et par la parole. Les comportements, les émois et les jugements du client ne sont que des prétextes pour donner ou construire des significations et théoriser les structures et l’articulation de ces significations. Lorsque ce client s’attarde de façon trop descriptive sur ses comportements « dans le réel » le psychanalyste aura tendance a voir une résistance et même, quelquefois, à ouvrir et lire Le Monde pour manifester son désintérêt.

Ce qui précède ne signifie absolument pas qu’une psychanalyse, puisqu’elle ne traite pas des déterminations de ce qui est parlé, « ne sert à rien ». Et ceci pour deux raisons au moins. D’une part, les significations que les gens donnent à leurs comportements, émois ou jugements sont des réalités psychologiques. Certaines peuvent bouffer une existence et s’en construire d’autres n’est pas alors une démarche parolique et gratuite. D’autre part, ces significations peuvent participer à la détermination des comportements, émois ou jugements à venir.

Les théories ambiantes fournies par la pensée sociale, celles auxquelles le client a nécessairement recours et entre lesquelles il chemine (dont les théories psychologiques et même freudiennes qui circulent) ne vont pas chez nous dans le sens de la normativité comme valeur directrice. Les significations que travaillent analysant et analysé sont a priori assez bien protégées du normalisme [14]. Elles sont bien au contraire structurées par quelques autres valeurs que les psychanalystes peuvent d’ailleurs volontiers et justement avancer comme non, voire anti normatives. Certaines se sont, depuis Freud, insérées dans le cœur de leur métathéorie. C’est notamment le cas de la singularité individuelle qui devrait prédisposer assez peu à la normativité. On peut donc penser que rien, à priori, ne devrait conduire le client du psychanalyste à vouloir faire comme tout le monde, à plaire aux évaluateurs sociaux... et à voir sa santé mentale dans cette conformité. Il sortira plus probablement du cabinet doté de significations étrangères à de tels objectifs. Je comprends donc parfaitement que les psychanalystes puissent s’insurger avec leurs valeurs contre les tendances à la "normalisation" des comportements, aux définitions normatives (« totalitaires », selon Gori et Del Volgo [15]) de la santé psychologique.

Et dans la vie sociale...

Mais les pratiques et le discours social (ou public) s’inspirant tant des uns que des autres peuvent nous éloigner de ces doctrines idéales.

Pour ce qui est des thérapies cognitivo-comportementales. Rappelons déjà, et c’est une sacrée trivialité que j’énonce là, qu’une théorie scientifique ne donne jamais les objectifs que l’on doit poursuivre lorsqu’on l’applique dans la vie ordinaire. C‘est le praticien qui se donne, ou qui accepte de tels objectifs. Ils ne sont pas évaluables sur base « scientifique » mais sur base idéologique. Dire par exemple (comme sur l’un des site des thérapies cognitico-comportementales) que les techniques comportementales ont pour objectif l’affirmation de soi est un choix qu’on peut dire, pour le moins, parfaitement conforme aux formes actuelles du syndrome culturel individualiste dont l’affirmation de soi, précisément, est une caractéristique majeure, très probablement normative [16] Ce n’est là qu’une suspicion. Elle se confirme lorsqu’on lit qu’il s’agit de repérer les difficultés rencontrées pour répondre de façon adaptée à ce qu’on vit. Je ne signale pas là une maladie honteuse, mais la nécessité de répondre aux attentes des uns et des autres qui conduisent le client chez le thérapeute. Le normalisme est bien souvent ce qui structure ces attentes.

Par ailleurs, je ne crois plus que les praticiens qui se réclament du comportementalisme (qu’ils se disent purement « comportementalistes » ou « cognitivo-comportementalistes » puissent se présenter comme des ingénieurs qui appliqueraient les théories du comportementalisme scientifique à des fins de thérapie ou d’aide individuelle. Ils peuvent certes utiliser quelques mots qui en sont issus (comme « renforcement », « attribution », « engagement » [17]...), voire donner des lexiques de concepts, mais demandez-leur quelle théorie ils appliquent à un moment donné d’une thérapie, je l’ai fait, ils seront le plus souvent incapables de vous citer des sources scientifiques précises concernant une éventuelle théorie justifiant de l’efficacité de ce qu’ils sont en train de faire (en fait : d’énoncer l’effet expérimental qu’ils essayent, à ce moment-là, de reproduire, ce qui est la définition même de l’application [18]). Et ce n’est pas étonnant. Le comportementalisme scientifique, lorsqu’il traite de conduites et de jugements proches de la vie ordinaire, implique bien trop de variables situationnelles sur lesquelles un thérapeute n’a que peu d’impact, à moins qu’il n’en ait aucun. Ses possibilités d’intervention restent des actions sur la personne dont il s’occupe. Et c’est-là le drame de la plupart (pour parler avec prudence) des interventions thérapeutiques : elles n’ont in fine que la personne à se mettre sous la dent (quelquefois la famille, ou un groupe primaire, ce qui ne fait que déplacer le focus de mon analyse), même lorsqu’on sait, lorsque la théorie montre que la détermination des conduites et des jugements susceptibles de faire problème n’est pas portée par la seule personne mais aussi par les situations qu’elle affronte ou qu’elle a dû affronter. Les concepts qu’on utilise alors n’ont donc plus la même signification et ne sont plus de même nature : ils deviennent des concepts évaluatifs [19].

Dans ces conditions, que reste-t-il du comportementalisme ? L’idée certes probablement essentielle de travailler sur le réel des comportements, des affects, des jugements et de viser des changements au niveau même de ces comportements, jugements ou affects (plus banalement les actes, les pensées et les émotions). Et, probablement, avons-nous là, plus que dans les théories avancées, ce qui peut conduire à l’efficacité que je crois réelle de ces pratiques lorsqu’on adopte leurs critères d’évaluation. Intervenant sur le réel, comme les chefs et les pédagogues, ils ont plus de chances que d’autres d’avoir des effets dans ce réel que ceux qui n’y interviennent que de surcroît. On reste et on travaille de fait dans la sphère des événements psychologiques observables qui sont ceux que le comportementalisme théorique a pour objets d’étude scientifique. C’est sûr. Mais sur cette base tout peut devenir bon, y compris ce qui n’a pas fait l’objet de recherches et de théorisations scientifiques. Une indication facile ? Allez, à partir de Google, sur les sites se présentant lorsqu’on appelle les thérapies cognitives et comportementales. Cliquez sur quelques liens ou sous-rubriques, voire sur certains annuaires de thérapeutes. Vous constaterez, peut-être avec étonnement, que le cognitivo-comportementalisme n’est qu’exceptionnellement la seule référence qu’on vous propose. Vous êtes plutôt conviés à un parcours sous les signes du « mieux-être » ou du « développement personnel », un parcours ou vous pouvez retrouver des pratiques qui vous feront penser à quelques joyeusetés de ce que Joël Bricon appelait déjà dans les années 70 « les techniques comportementales » [20]. Il regroupait sous cette appellation ce qui était à l’époque donné comme les techniques de « développement du potentiel humain », ou « développement personnel », ou encore les « nouvelles thérapies » [21], ces thérapies contournant le « parolisme » tant critiqué de la psychanalyse. Des joyeusetés particulièrement psychologisantes reposant comme il se doit sur le fameux « travail sur soi ». Aussitôt qu’il abandonne les théories austères du comportementalisme scientifique, le praticien ne peut en effet que puiser dans les conceptions ambiantes. Ces conceptions sont éminemment psychologisantes. Et je ne crois pas qu’il soit facile, avec cet arc à cordes multiples, de fait a-théorique, profil bas, d’éviter une pratique de réajustement (pour ne pas dire orthopédique) permettant aux clients de ne plus avoir et poser de gros problèmes. Ou, profil haut, de se faufiler dans quelques modèles de personnes considérées comme « biens sous tout rapport », au moi sûr et fort, qui assurent et assument, bref normatives [22].

Ces remarques ne sont pas, j’espère avoir était clair, une contestation de l’efficacité des thérapeutes, efficacité qui n’est pas l’objet de mon propos. Elles visent surtout l’idée dont se réclament publiquement les thérapeutes cognitivo-comportementaux d’appliquer des théories scientifiques. Tout au plus s’inspirent-ils de l’esprit du comportementalisme, ce qui n’est pas sans importance, mais au profit d’une valeur sociale (ou pour mieux dire : d’une utilité sociale) que le comportementalisme scientifique décrit, lui, comme un sacré biais : la psychologisation, ce biais qui seul justifie les définitions normatives de l’adaptation psychologique et de la santé.

Si le psychanalyste a des approches moins rustiques, sa pratique le conduit-elle réellement ailleurs ?

J’écoutais récemment une émission sur France Inter consacrée à la question du rapport des femmes au pouvoir. Belle question ! Se trouvait là, comme par hasard, pour donner un avis éclairé, une psychanalyste [23]. Une question fut de savoir si les femmes en entreprise devaient adopter une mentalité et des moeurs « viriles », devenir assertives, agressives etc. La psychanalyste consultée avança que lorsqu’une femme en venait à lui poser cette question, elle lui répondait « mais soyez vous-même ! » (sous-entendu évident : restez femme). Je doute qu’un théoricien sourcilleux de la psychanalyse endosse ce discours un peu trop brut de décoffrage idéologique et trop imprégné des valeurs de l’individualisme ou du soiïsme médiatiques. Car cela voulait dire en fait, sinon en intention : vous êtes une femme, vous devez assumer le modèle de femme qui est le vôtre. Non, le psychanalyste sourcilleux verrait, comme moi, dans le discours de sa collègue une possibilité d’injonction des plus normalisantes. Il ferait valoir que la psychanalyse se fourvoie lorsqu’elle sort de la cure pour entrer dans le discours public sur les réalités sociales où les "nouveaux chiens de garde" [24] la convoquent si volontiers (on se demande bien pourquoi), discours dans lequel elle ne peut guère, le plus souvent, que fleurir et parfumer le sens commun et sa normativité, comme c’est le cas lorsqu’un psychanalyste rappelle avec componction pourquoi il est si essentiel de "faire son deuil" après une catastrophe (et trouve de bonnes raisons, même pas inconscientes, à cette nécessité). Le psychanalyste sourcilleux rappellerait à ses collègues leur dramatique fourvoiement normatif lorsqu’il a été question dans le discours public des homosexuels, de l’homoparentalité, du PACS, ou lorsque, autrefois, Epistémon stigmatisait au nom de la psychanalyse dans un grand journal parisien les révolutionnaires de 68 en titillant leur rapport psychologique à l’autorité. Non, le psychanalyste sourcilleux refuse de répondre à la demande réitérée de psychanalyser la vie sociale. Il serait même enclin à douter de la validité d’une psychanalyse appliquée à l’analyse des productions humaines. Dont acte ! Restons donc sur les positions de la psychanalyse non dévoyée. Trois traits caractérisent cette position pour ce qui est du problème qui nous occupe.

Le premier, j’y ai déjà insisté, est que la psychanalyse ne s’occupe pas directement des comportements. Le client parle nécessairement de ce qu’il est amené à faire et à dire, mais cela ne peut être, dans le contexte de libre association, qu’un prétexte pour accéder à autre chose, probablement « la signification inconsciente des paroles, des actions, des productions imaginaires » de ce client, signification qui est l’objet d’investigation de la psychanalyse. [25]. Ce que fait le client dans la vie ordinaire, et notamment sa normativité, n’étant pas sous le regard intéressé de l’analyste, celui-ci ne peut en être tenu pour responsable. Si d’aventure « aller ou se sentir mieux », « mieux supporter sa vie », « s’en sortir », « trouver du sens à son existence », voire "guérir" [26] correspond pour ce client à être plus cool dans la normativité, à mieux assurer dans les positions qu’il occupe et fonctions qu’il remplit etc., donc obéir plus sereinement aux prescriptions du social, le psychanalyste n’a pas à s’en occuper. La vie ordinaire reste l’affaire du client ; et on n’a pas montré à ma connaissance qu’une psychanalyse qu’il trouve satisfaisante [27] pouvait conduire ce client à rejeter les normes de comportements ou de jugement. On n’a jamais montré que la psychanalyse rendait les gens inadaptés ou marginaux alors qu’ils ne l’étaient pas avant leur psychanalyse. Ce premier trait est essentiel et les deux qui suivent n’en sont que des conséquences.

Le deuxième trait me semble à ce point relever de l’évidence que j’éprouve quelque honte à le rappeler. Bien qu’elle ne soit pas et ne se revendique aucunement comme une science des comportements et jugements, la psychanalyse aide les gens à élaborer des significations de leurs comportements et jugements. Or, et peut-être est-ce là un fait de la perversité de notre créateur, les gens ne distinguent pas entre signification et détermination, au moins pour ce qui est des faits humains. Le « causalisme » que critiquent certains psychanalystes emprunte aux significations. Les gens en viennent alors systématiquement à prendre ces significations pour les « causes » de leurs comportements. Mon acte à telle signification pour moi et c’est bien là la cause de cet acte. C’est-là un fait typique de psychologisation, ou je ne sais plus ce que psychologisation veut dire [28]. Et la psychologisation psychanalytique est d’autant plus attrayante, puis plus résistante, et c’est sans doute ce qui fait le succès public de la psychanalyse, que les significations traitées sont belles et font intervenir un intérieur causal autrement plus luxuriant et complexe que ne le sont les fadaises du développement personnel ou les canons conceptuels que peuvent évoquer les thérapeutes cognitivistes ou comportementalistes.

Le troisième trait est ce qui peut conduire à trouver le psychanalyste idéologiquement sympathique et le gratifier de la complaisance de compagnons de route non psychanalystes qui posent, quoique sur d’autres bases, les exigences normatives comme psychologiquement arbitraires. Le psychanalyste ne peut en effet que s’insurger devant une définition de la santé et du pathologique qui lui serait, en quelque sorte, imposée de l’extérieur et qui aurait pour critère le caractère fonctionnel ou utilitaire, bref socialement ajusté, voire « normal », de ces foutus comportements qui ne sont pas ses objets. La définition de la santé se fait ailleurs que dans son champ. Il peut en être conduit à rejeter les concepts de santé et de pathologique et leur préférer des concepts plus ajustés à sa pratique, comme celui de souffrance psychique ou celui de "soins psychiques", concepts moins propice aux classifications comportementales. Mais on peut quand même se demander quelles sont les retombées dans la cure et la production de connaissances qu’on doit à la cure de telles prises de positions qui restent quelque peu méta-théoriques. Dans quelle mesure évitent-elles le fait de la psychologisation analytique qui reste le nerf de la guerre ? Peut-être n’ont-elles pour économie que la défense statutaire dans le registre institutionnel de la santé où le psychanalyste doit non seulement affirmer sa pertinence mais aussi valoriser sa différence.

Pour conclure

En somme, dès lors qu’on essaie d’adopter une vue théorique la plus précise possible de ce que peut être une conception normative de la santé et du pathologique en matière de comportements, d’émois et de jugements, on est conduit à penser que cette conception normative peut être contestée, en théorie, tant par les tenants du comportementalisme que par ceux de la psychanalyse. Mais lorsqu’on en vient aux pratiques effectives, à ce qui se passe dans le social et le discours social, on est frappé par la conjonction des uns et des autres sur le processus de psychologisation qui ne peut être qu’en adéquation avec cette normativité et surtout qui ne peut que la légitimer dans les processus de pensée sociale. C’est sans doute la raison pour laquelle toujours les uns et les autres peuvent avoir, publiquement, tendance à déplacer l’analyse de leur conflit sur d’autres référentiels, qui sur l’évaluation des pratiques, qui sur les conceptions de l’Homme. Le comportementaliste évoquera pour se justifier la doctrine scientifique dont il est pourtant assez loin, une doctrine qui n’est pas suspecte de normativité (Je persiste dans l’idée de mon article antérieur que le comportementalisme théorique reste la doctrine qui prédispose le mieux à l’analyse critique de la vie sociale [29]) et il fera valoir que des méthodes qu’il dit « scientifiques » d’évaluation [30] ont montré son efficacité thérapeutique. Le psychanalyste, lui, contestera l’idée même de « thérapie comportementale » et s’attachera à brocarder, en franchissant dans les airs et dans ses envolées le ravin séparant les thérapies du comportementalisme scientifique, une conception de l’Homme qui, dit-il, réduit celui-ci à ses comportements pour mieux le contrôler et qui nie la singularité individuelle. Il ira même jusqu’à en appeler aux « droits de l’Homme », ce qui peut laisser pantois !

Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de positions de pure polémique, l’enjeu n’étant ni épistémologique, ni théorique, ni peut-être même thérapeutique, mais s’avérant un enjeu de pouvoir et d’audimat social. Les psychanalystes ont occupé (et occupent encore) une belle surface des scènes thérapeutique, culturelle et universitaire. Ils sont aujourd’hui pris à partie sur la légitimité de cette occupation. Il est « normal » qu’ils défendent toute idée, même quelque peu douteuse, qui permettrait d’affirmer qu’elle était de juste droit, comme il est normal que les autres contestent ce droit et sa justice à leur profit, même en maniant des arguments quelque peu contestables.

Sans doute est-ce la raison pour laquelle on ne peut aujourd’hui ni débattre ni discuter sereinement. Je crains qu’on ne puisse que s’injurier, guerroyer et mobiliser ses amis influents. C’est dommage car il est quelques problèmes de théorie et surtout de pratique sur lesquels le débat, et même la discussion seraient des plus utiles.

Notes

[1] Le fameux One Best Way.

[2] Même, et peut-être même notamment, lorsqu’elle se soumet à cette norme prescrite par l’individualisme libéral, ou le soïsme (voir mon articleindividualisme, soiïsme : le second comme forme dégradée du premier) consistant à donner à croire qu’on se départit avec élégance des normes sociales.

[3] C’est la raison la plus disponible pour laquelle des théoriciens refusent d’utiliser à leur propos le concept de « norme ». Voir Nicole Dubois : A sociocognitive approach of social norms. 2002, Routledge, Londres.

[4] Le libéralisme ayant aujourd’hui pénétré les mœurs des organisations, il arrive de plus en plus fréquemment qu’on ait recours à cette psychologisation même lorsqu’un salarié ne fait que son job.

[5] On pourrait rendre un peu plus complexe ce concept de valeur sociale en avançant que toutes les normes (comme toutes les conduites professionnelles) ne se valent pas, certaines étant plus rustiques que d’autres et nécessitant moins d’investissement social pour leur apprentissage ou acquisition. Ou encore en apportant un plus de valeur en fonction de la position sociale dans laquelle telles ou telles normes sont à l’oeuvre. Ainsi, les conduites professionnelles réalisées par une femme valent encore chez nous entre 20 et 25% moins cher que les mêmes conduites réalisées par un homme

[6] Si c’est votre nature de faire ce que vous faites, vous n’aurez pas le sentiment d’être dans l’obligation normative de le faire.

[7] Il appelle cette variable une variable indépendante.

[8] Variables dépendantes.

[9] Voir notre Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens aux Presses Universitaires de Grenoble.

[10] Voir, outre les articles sur maniprop évoqués ci-dessus : Dubois, N., 2005, Psychologie sociale de la cognition, Paris , Dunod.

[11] Que je tiens moi-même pour une méthode et une situation de production de connaissances, mais de connaissances non déterministes.

[12] Comme le voudrait l’attestation de déterminations. C’est la raison pour laquelle l’inconscient freudien n’est pas cet « inconscient » auquel les comportementalistes ont aujourd’hui recours lorsqu’ils évoquent des processus cognitifs inconscients. Quelques-uns de mes amis psychanalystes contestent d’ailleurs l’usage du mot « inconscient » à propos de tels processus auxquels les gens n’ont pas accès. Malheureusement, on n’en a pas encore trouvé un autre qui les satisfasse.

[13] l’esprit de cet article ne me permet pas de théoriser la distinction entre détermination et signification des événements psychologiques. Des distinctions équivalentes sont d’ailleurs en cours dans notre tradition philosophique. Je rappelle simplement que cette distinction repose sur un constat récurrent dans les sciences psychologiques : les gens n’ont habituellement pas accès aux processus par lesquels leurs comportements, émois ou jugements sont déterminés. Ils ont néanmoins des théories sur la source, ou l’origine, voire les « causes » de ces comportements, émois ou jugements. La fonction de ces théories n’est pas de rendre compte des déterminations mais de justifier, de donner du sens dans le discours. Voir mes ouvrages déjà cités.

[14] Comme il a dû apparaître, j’utilise "normalisme" pour parler des systèmes de normes et "normativité" pour conformité ou adhésion aux normes ou à telle ou telle norme

[15] La santé totalitaire, Paris, Denoël, 2005

[16] Je ne conteste certainement pas qu’il soit quelquefois utile d’aider un client à s’affirmer. Ce que je pointe-là est le fait de faire de cet objectif un but général et intransitif de ce type de thérapie.

[17] Très à la mode chez les sportifs : « motivation intrinsèque ».

[18] Je ne doute pas qu’on puisse trouver quelques ingénieurs appliquant des théories du comportementalisme scientifique. On en trouve en ergonomie, dans les campagnes destinées à produire des actes désirables comme le don du sang, et même en formation lorsqu’il s’agit d’aider à adopter, précisément, des conduites normatives face à un évaluateur

[19] J’ai plusieurs fois analysé cette transformation que subissent les concepts lorsqu’on est dans l’obligation de négliger les variables situationnelles ou d’environnement. Voir notamment Les Illusions libérales, chapitre 4

[20] Techniques comportementales et potentiel humain, Paris, Cedes, 1979

[21] On disait alors quelquefois « les thérapies californiennes.

[22] Autant se souvenir que les premières cibles commerciales de ces « techniques comportementales » ont été, dans les années 70, les cadres en recherche de performance heureuse. On les invitait même à faire du saut à l’élastique ou de partir en raid africain. Et ça, vous ne pouvez pas dire que ce n’est pas du « comportement » et même des « émotions » !

[23] Et après on vous dira que ce n’est pas vrai que les psychanalystes ont une position culturelle dominante !

[24] Serge Halimi, Paris, Raisons d’agir, 2005

[25] recherche de garantie dans le Vocabulaire de la psychanalyse de J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Paris, Presses Universitaires de France, 1967.

[26] Paroles de clients, et même d’une cliente distinguée, défendant les thérapies analytiques lors de récents débats.

[27] Pour ne pas choquer des psychanalystes avec « réussie ».

[28] Certes, il y a du social dans ce qu’énonce la psychanalyse de la condition humaine, et depuis Freud. Mais il s’agit d’un social à ce point générique qu’il donne peu de pistes à l’analyse des situations sociales concrètes dans une formation sociale donnée.

[29] Évidemment, lorsqu’un psychanalyste est cool et heureux dans notre vie sociale, il ne peut que me taxer d’ultragauchisme ! C’est arrivé.

[30] Arrêtons les balivernes : une évaluation n’est pas scientifique, la science, jusqu’à présent "descriptive", traitant mal des faits de valeur. Mais elle est malgré tout plus ou moins sérieuse, plus ou moins propre dans sa méthodologie, plus ou moins bien conduite, plus ou moins bien conclue... La science n’a pas le monopole du sérieux, ni peut-être même celui de la rationalité.

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