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République, valeurs républicaines et dispositif délibératif

La restauration de la Vertu Républicaine comme réponse aux "quêtes de sens"

Restaurer le dispositif délibératif de la République

mercredi 4 janvier 2006, par Alexandre Dorna

La perte du sens est devenue la question fétiche de notre temps. Tout le monde en parle. Il n’y aurait-il plus de projet sociétal. Or, il n’y a pas de perte de sens ni de projet, mais plutôt un oubli subtilement entretenu de nos valeurs fondatrices. Un processus d’amnésie sélective donc ? Certainement. C’est pourquoi la réhabilitation du credo collectif s’impose comme le seul recours légitime pour retrouver le cap d’une société dont la morale est à la dérive.

un déficit de république

Certes, nul besoin de tomber dans la grandiloquence des mots respectables ; encore moins dans la pédanterie des donneurs des leçons. En effet, pour aller à l’essentiel, il suffit d’évaluer ce qui reste de commun à nos « petites vies » ronronnantes sous l’emprise de l’individualisme contemporain, si nous voulons éviter le pire : l’indifférence face au meurtre de nos proches et l’installation d’un totalitarisme rampant. La France d’aujourd’hui souffre d’un déficit de République et d’une froideur des sentiments. Le projet républicain cède lentement du terrain face au pragmatisme des gouvernants. Ce processus est le résultat de l’usure intellectuelle et morale d’une élite républicaine dont les descendants ont abandonné l’attitude originelle pour se précipiter sur la pente d’un pouvoir purement gestionnaire, technicien et égocentrique. Perte de sens donc ? Non ! Travestissement oligarchique d’un projet commun, par corruption de l’âme de la nation, avilissement des pratiques institutionnelles et effacement de la mémoire collective.

l’idée républicaine, la raison et le sens

L’idée républicaine de gouvernement est pourtant exigeante. Elle ne tire pas seulement sa légitimité de la volonté populaire. Contrairement à la méthode démocratique, le principe républicain sait que la majorité peut se tromper. Elle postule donc un dispositif délibératif qui rend possible la multiplicité des prises de parole et, en interdisant la domination d’un seul discours, renvoie le jugement à la confrontation des opinions du citoyen. D’où la justesse du recours au referendum, à condition de respecter ses résultats. Il y va de la crédibilité de la République et des hommes politiques au pouvoir.

Seule l’idée républicaine de la politique permet de refuser toute tentative hégémonique. Elle est fondée sur le respect strict des opinions et des citoyens. Ce ne sont pas l’histoire, les traditions ou la volonté de quelques-uns qui peuvent légitimer les pratiques d’hommes libres, mais le contrat d’entendement toujours renouvelé entre des êtres raisonnables.

C’est en cela que la raison est pensée comme l’horizon incontournable de la politique. Les racines étymologiques du mot République rendent bien compte du postulat de base : le bien commun, la chose publique, l’intérêt général. Le citoyen est un être de raison. Mais, il lui faut un effort conscient pour le devenir. La volonté de chacun et de tous sous-tend l’idée républicaine et confère un sens concret au projet d’universalité à travers le dialogue. Car le système délibératif mis en place par la République est celui qui permet la libre circulation de la parole pour mieux garantir les droits et les devoirs du citoyen dans l’exercice de discours différents, dont l’enjeu politique est le « bien penser » et le « mieux vivre » pour tous.

L’impératif républicain n’est pas donc l’être humain, isolé et abstrait, mais l’individu-collectif en tant que fait social total selon l’heureuse formule du sociologue Mauss. Car la vie dans une société politique exige un homme capable de raisonner et d’élucider le pour et le contre dans les questions qui lui sont posées par la société en vue du bien commun. Un Homme lié à d’autres hommes par un dialogue et une écoute réciproques, dont l’essence est le projet commun de sens. Nul projet de sens sans dialogue. Voilà pourquoi le déficit républicain de sens est un déficit de dialogue entre républicains.

contradictions, limites des équilibres et débat sur le possible

La réalité sociale est multiple et contradictoire. Ainsi faut-il établir la portée et les limites des équilibres. Il y a toujours des contradictions à surmonter : que voulons-nous être ? Il y a toujours des choix à faire : devons-nous devenir égaux, puissants, libres, fraternels, individualistes, sages, riches, justes... ?

Et, pour savoir faire les bons choix pour vivre ensemble, les choix doivent être le fruit des délibérations collectives, d’une histoire culturelle toujours en éveil. Car la vérité commune est issue de la vieille pratique de la conversation avec nos proches : à table, au bistrot, au travail. Or, celle-ci nous l’avons rejetée aux oubliettes par l’emprise du discours institutionnel et des élites savantes, l’influence de la télévision et l’égotisme. Les discours d’apparat des administrations, des politiques et des technocrates ont remplacé la fluidité du dialogue populaire et public par des formules abstraites et stéréotypées. Curieusement, le résultat se révèle ainsi fondamentalement contraire aux règles rationnelles de l’observation des faits, de leur classement, de la logique de l’expérience et des raisonnements publiquement communicables, afin d’assurer la compréhension des déductions, des analyses et de l’évaluation anticipée des conséquences. C’est là que la vérité de l’opinion publique, la seule qui vaille comme critère d’action et de décision pour une collectivité des citoyens, s’est enfermée dans une langue de bois technopolitique, opportuniste et pseudo scientifique. Or, malgré ses insuffisances, la raison par le dialogue reste l’horizon de la politique républicaine et la source de la vérité sociologique, toujours relative, mais soucieuse d’être comprise et confrontée au réel. L’être politique - le citoyen - est perçu comme un être d’opinion raisonnable à la recherche de l’équilibre avec ses semblables, même si la pratique politique ne l’est pas sous l’influence des intérêts privés. Cela répond évidement à une logique de situations et à l’intelligence « raisonnée et affective » des hommes-citoyens.

En conséquence, ce que la République met en jeu publiquement, c’est le dispositif et l’espace de délibération, afin de rendre compatibles, par le discours politique, les logiques individuelles avec les logiques des situations, en débattant de ce qu’on croit devoir être et ce qui est en réalité, les sentiments enracinés de la collectivité et les émotions des individus. C’est ainsi que se pose le problème politique par excellence : qu’est-ce qui est possible ? Aux citoyens de produire le sens des mondes possibles, aux débats d’accoucher les stratégies communes. Il faut ainsi trouver les meilleurs arguments, les mots justes, l’enjeu exige d’apprendre le jeu rhétorique, raisonner, persuader et savoir convaincre. Ce travail cognitif est en République un énorme effort collectif, à la fois d’imagination et de volonté. Car il faut choisir, après délibération collective, sur ce que faire se doit, afin de répondre avec le moindre mal, au moment présent, à ce qui pose problème.

la fragilité de la chose commune

C’est pourquoi rien n’est plus grave en politique au sein d’une République laïque qu’installer une pensée unique, étouffer la critique et la demande de dialogue et de débat, sous la pression de l’impératif pragmatique de la gestion oligo-technocratique. La légitimité de la République se trouve alors mise en cause dans son essence : le dispositif délibératif. Voilà en substance la fragilité de la « chose commune », car le dispositif discursif est fait de dialogues contradictoires. D’où l’exigence comportementale faite aux politiques, au sein de la Grèce classique, à l’aube de notre culture politique : la probité, l’honneur, le courage et la vertu. C’est là que le sens républicain prend sa source et non l’inverse.

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