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Retour sur image : analyse d’une opération psychologique réussie

Remettre en cause la « preuve par l’image » : un devoir civique

Statue déboulonnée de Saddam Hussein : les photos du montage

mercredi 4 mai 2005, par Claude Rainaudi

Place Fardous, déboulonnage de la statue de Saddam Hussein : si le public n’est pas toujours informé, de nombreux analystes s’accordent aujourd’hui sur le fait que ce déboulonnage était un « bidonnage » bien monté par les « Opérations Psychologiques » (PSYOP) de l’armée étasunienne.

Maniprop.com reproduit ici un article de Claude Rainaudi paru sur le site vigirak.com, sous le pseudonyme collectif "Ferdinand", mais dès le 11 avril 2003, peu après que certains atlantistes, qui s’abstenaient, frustrés, jusqu’alors, avaient trouvé dans ce déboulonnage le courage d’exprimer le fond de leur pensée. Rappelons pour mémoire cette intervention devant l’Assemblée nationale : « Jacques Chirac doit prendre acte que le courage des Américains et des Anglais est venu à bout d’une dictature. »

[NdlR]


La durée de résistance conventionnelle de l’armée irakienne semble avoir été d’environ trois semaines. La durée de résistance des media à l’intox pourrait avoir été plus brève. Nourrir l’esprit des téléspectateurs d’images non commentées — ou commentées de façon à en faire des armes de la propagande de Bush — n’est pas vraiment propice au développement de la pensée critique, laquelle reste un prérequis de la démocratie.

La CIA semble hésiter à « trouver » des « armes de destruction massive », sans doute de crainte d’une fuite toujours possible. L’incapacité du pouvoir irakien à tenir Bagdad, tâche pourtant réaliste, montre que la « menace » que représentait l’armée irakienne n’était que bushevesées. Il faut pourtant tenter de justifier cette invasion brutale d’un pays souverain… autrement que par le pétrole. Rien de tel, à cette fin, qu’une « libération ».

Une statue de Saddam Hussein, sur la place Fardous

Entre deux séries, les « infos ». Plans rapprochés. Une foule d’Irakiens en liesse semble n’avoir rien de plus pressé que de déboulonner l’une des innombrables statues de Saddam Hussein. Magnanimes, les forces d’invasion, qui n’ont sans doute, elles non plus, rien d’autre à faire, leur prêtent un engin chenillé de dépannage, lancent une amarre, et jettent à terre l’effigie du vaincu. La foule danse, s’agite, trépigne et, folle de joie escalade le blindé des envahisseurs pour couvrir ceux-ci de baisers mouillés. Interprétation : « Les » Irakiens sont contents d’être envahis. Mission accomplie, bravo les PSYOP.

Il est toutefois permis de se poser des questions.

Pourquoi les envahisseurs, qui tirent sur à peu près tout ce qui bouge, y compris les délégués de la Croix Rouge et les journalistes indépendants, acceptent-ils aussi sereinement la proximité d’une foule ? Un « kamikaze » pourrait s’y dissimuler.

Pourquoi n’avons-nous droit qu’à des plans rapprochés, qui ne donnent aucune information sur le contexte, ni sur le nombre des « manifestants » ?

Combien de personnes différentes peuvent être identifiées sur l’ensemble des séquences de ce « reportage » ?

La réponse nous est donnée par une photo du tournage, que nous reproduisons.

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Un plan large qui éclaire l’événement
La chute de la statue de Saddam Hussein, un événement "comparable à la chute du mur de Berlin" d’après certains dont je tairai le nom par charité.

Comprendre la mise en scène

La photo du tournage montre un plan beaucoup plus large, et permet de comprendre comment « on » mystifie les téléspectateurs. Les « manifestants » sont tout au plus une trentaine. Tandis que les « journalistes » embarqués filment en plan rapproché pour le compte des PSYOP, l’ensemble du périmètre est bouclé par des chars et des transports de troupes.

Reste à comprendre pourquoi les envahisseurs accordent une telle confiance à ce quarteron d’Irakiens. Comment être sûrs qu’aucun d’entre eux n’est armé et patriote ? Notre excellent confrère iraqwar.ru, hélas en sommeil aujourd’hui, qui a levé le lièvre, nous donne la solution. Les irakiens en question ont tout simplement voyagé dans les convois des envahisseurs. L’un d’entre eux a été photographié le 6 avril à Nasyriah. Le 9, le voilà Bagdadi. C’est un membre de la milice d’Ahmed Chalabi.

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Déboulonnage ou bidonnage : les preuves du coup monté
Place Fardous : la statue déboulonnée par une trentaine de réjouis professionnels, menée par un membre de la milice de Chalabi.

Les autres images « embarquées »

Afin de nous convaincre de l’ineffable bonheur que les irakiens peuvent ressentir à voir leur pays envahi, leurs proches assassinés et leurs maisons bombardées, d’autres images nous sont servies. Là aussi, un peu de recul permet de pouvoir raison (tenter de) garder.

Foules joviales. Combien des plans nous montrent simultanément les foules — pas seulement quelques personnes isolées — et les colonnes des forces d’invasion ? Combien de plan alternés avec une fois la foule, une fois les chars ? Avez-vous remarqué que dans les films de Tarzan, on voit en général alternativement Tarzan et le lion ? Cela nous donne l’impression qu’ils se font face. Mais le « vrai » Tarzan n’est pas stupide au point de se comporter ainsi. Les plans sont tournés séparément. Le reste est une affaire de montage.

Pillards joviaux. Lorsque l’on voit simultanément les deux catégories de personnages, les Irakiens filmés poussent en général, sur quelque brouette improvisée, le produit de leurs larcins. Il s’agit de pillards, délinquants ou criminels de droit commun, qui ne cachent pas leur joie de voir la loi disparue et de pouvoir vaquer librement à leur douteuses occupations. Belle approbation que celle d’individus qui profitent du malheur de leur pays pour piller et voler ! Belle image donnée d’un peuple irakien, dont, il faut le rappeler, le niveau d’éducation est l’un des plus hauts de la région.

Trois contre-mesures individuelles

Afin de ne pas être victimes d’images de propagande filmées par des « journalistes » embarqués, sur commande des PSYOP, quelques réflexes de survie :

- Toujours se demander où est la caméra, où sont ses opérateurs ;

- Toujours imaginer un champ beaucoup plus large que celui qui nous est montré et tenter de reconstruire le contexte ;

- Toujours décomposer la séquence en plans et se demander s’il est certain que les différents plans ont été tournées au même instant et au même endroit.

À consommer sans modération.

P.-S.

Lien vers l’article original, sur vigirak.com Statue déboulonnée de Saddam Hussein : les photos du montage

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