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Populisme, désaffection politique, crise politique

Populisme, démocratie : nos hommes politiques sont-ils tous devenus de (faux/vrais) populistes ?

La crise du politique en France et le rejet des hommes politiques

samedi 15 octobre 2005, par Alexandre Dorna

La question commence à devenir sérieuse. Frôlant l’injure, l’ancien responsable de la Commission européenne, M. Barroso, n’hésite pas à traiter de populiste le président de la République Française. M. de Villepin, lui aussi, suite à une émission de télévision, se voit décerner le titre de « grand séducteur ». Inutile de parler de la « rupture » de M. Sarkozy. À gauche également, la dynamique « populiste » s’enclenche. M. Fabius, après son « nonisme » bien tempéré, s’habille de couleurs vives, voire populaires, pour devancer ses collègues socialistes pré-candidats, auréolés d’une certaine « popularité », et, comme autrefois M. Tapie, se déclare à nouveau intéressé à reprendre du service politique. Sans oublier la possible entrée en lice de M. Bové

La fumée cache-t-elle un incendie ?

Les résultats d’une récente enquête du CSA attisent le feu : les hommes politiques décrochent un nouveau record avec 71% d’opinions défavorables. Ce constat amène certains « experts » à une prévision : la présidentielle de 2007 se jouera sur fond de révolte électorale. Et nous serions tenté de dire d’appels populistes, là où on s’y attend le moins. Car, historiquement, la classe politique reconnaît toujours trop tard ce qui est déjà une évidence, en disant que peut-être vous aviez raison, mais que cela n’a aucune importance (parce qu’ils contrôlent la situation !), et qu’ils étaient au courant depuis longtemps. À tant vouloir transformer la politique en science de gestion et l’autorité en technique de management, il n’est pas étonnant que les hommes politiques eux-mêmes aient perdu la maîtrise des décisions jusqu’à choisir le statu-quo, faute de vision d’avenir.

Faut-il rappeler le syndrome populiste contemporain : le sentiment qu’ont les gens d’une société bloquée, une crise économique brutale, un chômage structurel, un électorat volatil, l’effilochement idéologique, le discrédit des hommes politiques en place, la transformation des partis en machines purement électorales, l’abstention galopante des citoyens, l’absence de projet sociétal commun, et, plus grave encore, le dysfonctionnement autiste de l’État [1]

Impasse de régime donc

Les politiques ont perdu leur crédibilité au moment où ils ont laissé entendre qu’ils n’avaient pas de marge de manœuvre. C’est ainsi que la plupart des électeurs, dans un premier temps, ont commencé à juger qu’ils étaient interchangeables qu’ils soient de droite ou de gauche. Une deuxième période s’ouvre lorsque les masses se tournent vers ceux qui ne se laissent pas imposer les contraintes de la crise ni de la mondialisation. Nous y sommes donc. Voilà pour les conditions objectives.

Qu’en est-il des conditions subjectives ?

Le recours au populisme est toujours, à tort ou à raison, en période de crise, une recherche intuitive de solutions et, de surcroît, le retour à une réflexion sur l’avenir d’un peuple en errance. Car la matrice de la « logique populiste » et de son discours est un déroutant mélange d’événements, de sentiments et d’argumentations, de réactions et de jugements devant une classe politique perçue comme poussive et glaciale. Clemenceau diagnostiquait ce type de situations avec une belle formule de psychologie politique : « Rien ne fait plus mal à l’âme du peuple que la froideur des gouvernants ». Souvenons-nous que l’histoire de la France est riche d’exemples, à la fois exaltants et accablants, où les fautes politiques, toujours vécues comme des solutions coupables, renvoient à la colère froide des masses : faite de déceptions et de lassitude républicaine, de lucidité et de désespoir.

La tentation populiste est pressante et s’exprime subjectivement d’en bas. Mais une dérive populiste d’en haut, en cours d’installation, ne peut que provoquer une nouvelle frustration. Or, on sait que les postures « populistes » ne suffisent plus. La réponse d’une démocratie forte est à formuler clairement. Car de la prise en compte sérieuse de la demande populaire dépendra en partie le renouveau d’enthousiasme et la dynamique indispensable pour une nouvelle vision commune d’avenir.

Des réformes possibles

Soyons plus précis : il y a eu ces derniers temps plusieurs puissantes sonnettes d’alarme (le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005) dont les effets ne font qu’amplifier le sentiment d’insatisfaction généralisée. Toute personne moyennement attentive n’est plus dupe : les conditions subjectives d’une crise politique majeure sont en train de se réunir. L’opinion citoyenne mise en lumière par le sondage cité précédemment est une sévère remise en question du système représentatif de la démocratie française. Et pourtant certaines réformes sont à portée de main : réduction drastique du cumul des mandats, représentation proportionnelle, référendum d’initiative populaire, équité des médias, nouvelles pratiques de contre-pouvoirs citoyens.

Voire une VIe République pour certains ou une refondation de la Ve pour d’autres.

Notes

[1] voir mes livres : Le Populisme (1999, Presses universitaires de France), La démocratie peut-elle survivre au XXIe siècle ? (2004, In Press)

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