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Référendum du 29 mai, Non de gauche, politique française

Le NON de gauche et la politique française : quelques faits et idées simples.

Quel avenir pour la gauche du NON ?

samedi 11 juin 2005, par Jean-Léon Beauvois

Comme les sondages le donnaient à attendre, le NON l’a emporté le 29 mai. Et de fort belle manière. Ce que sera son avenir en France dépend de la façon dont seront tirées, après de bien compréhensibles réjouissances et enthousiasmes, les conclusions politiques de quelques faits et idées somme toute assez simples.

1. Rappel d’un fait récurrent d’abord, un fait bien antérieur au 29 mai : la France politique est structurée par une nouvelle coupure en deux populations, coupure née du virage à droite de François Mitterand en 1983. Il s’agit là d’un fait sociologique plus que politique. Tous les fins analystes le reconnaissent aujourd’hui avec plus ou moins de morosité, eux qui se sont tant trompé avant le référendum. Deux Frances. Il y a, là, les tenants chics du parti unique du libéralisme européen, parti à deux tendances, l’une rigoriste, l’autre généreuse, et c’est entre ces deux tendances que se sont faites les alternances récentes, nécessairement sans alternatives puisqu’elles émanaient, c’est aujourd’hui une évidence en dépit des discours, d’un même parti informel. Ce parti informel représente, on le savait depuis 2002, une minorité de l’électorat potentiel. Ce côté est celui de la « France d’en haut ». On le dit aussi le côté des « élites », mais qui parle des élites d’en bas qui ont structuré les forums et collectifs depuis plus d’un an ? Cette France est, qu’on le veuille ou non, celle des privilèges, elle ne voit et ne comprend rien d’autre que les possibilités de maintenance de ces privilèges. D’où sa hargne après le référendum.

2. Un fait nouveau maintenant, qui ne se reproduira malheureusement pas systématiquement : l’autre France peut, dans certaines conditions, remporter des élections. Elle le peut lorsque, ce qui était le cas pour ce scrutin, son alternative sociologique et politique est clairement identifiée, ce qui permet aux gens d’adopter une posture « de classe » qui peut traverser l’opposition traditionnelle entre la droite et la gauche. Qu’importe qu’ils aient quelquefois été sensibles aux sirènes de l’extrême droite, et qu’ils le seront peut-être encore ; les ouvriers, les employés, les paysans, les artisans... se retrouvent en un bloc de classe lorsqu’ils sont, en toute transparence, confrontés au parti qui soutient la bourgeoisie financière nationale et internationale dont le mot d’ordre est aujourd’hui la mondialisation libérale, donc l’Europe libérale. Cette convergence ne se reproduira pas nécessairement lorsque des enjeux partisans à gauche et à droite animeront à nouveau les scrutins. Le front de classe peut alors perdre sa cohérence électorale. On risque bien plutôt de voir se reproduire l’expérience d’avril 2002. Un sacré et beau coup de gueule, mais sans support stratégique, donc parfaitement récupérable (et de fait parfaitement récupérée par un plébiscite honteux).

3. Pourtant, en dépit des risques de rupture,au sein de cette autre France, ou France d’en bas, la gauche reste, en de telles occasions, majoritaire, ce qui ne veut pas dire majoritaire dans le corps électoral (puisqu’une partie non négligeable de cette France penche aussi, hélas, vers la droite, et même vers l’extrême droite). Mais tous les électeurs des partis de gauche, en dépit des consignes partisanes, se sont cette fois majoritairement portés vers le NON. On a vu cette France animée non seulement par des partis de gauche (ou par des tendances partisanes réfractaires), mais aussi par des associations , des mouvements et des clubs (ATTAC, Confédération paysanne...) qui ont joué sur le terrain et sur internet un rôle au moins aussi décisif que celui des politiques pour produire cette majorité de gauche au sein du NON. Ce que le Parti Communiste appelle souvent de façon incantatoire le « mouvement social » a, cette fois, joué à plein, et avec la gauche. C’est la raison pour laquelle la victoire du NON est surtout une victoire de la gauche non libérale. 4. Fait ou idée simple ? On ne peut attendre d’autocritique ou de révisions majeures au sein de la France d’en haut, qu’elle penche à droite ou à gauche. Elle ne peut que maugréer et gronder avant que de s’attacher à récupérer. Ce sont des intérêts qui l’animent plutôt que des valeurs. Si on peut revenir sur une valeur, on ne saborde pas ses intérêts. Sauf lorsqu’on est pauvre, donc d’en bas. La représentation nationale ne représente plus grand-chose, ce qu’on savait aussi depuis le 21 avril 2002. On a ainsi vu ce que pouvait être la « nouvelle impulsion » dont Jacques Chirac est capable : son prétendu nouveau gouvernement risque bien, s’il dure quelques mois, de punir les vilains électeurs en leur balançant de belles baffes libérales sous prétexte de « modèles extérieurs performants », de renoncement à tous les tabous et de refus des « choix idéologiques ». Les médias quant à eux se crispent délibérément dans leur camp malgré le chœur soutenu des lamentations. Quand Stéphane Paoli de France Inter prend acte de la coupure entre cette radio du service public et le peuple [1], il ne sait envisager qu’une profonde réflexion interne, une sorte de « prise de conscience », évitant ainsi soigneusement, par cet élégant travail sur soi, d’évoquer la seule mesure qui traiterait le déstabilisant problème qu’il est contraint de poser, à savoir l’instauration d’un pluralisme authentique des journalistes, animateurs et chroniqueurs dans le service public. Eh ! c’est qu’il faudrait recomposer le corps de ces derniers et accepter que certains cèdent le micro ou la caméra à d’autres. 5. C’est donc à la gauche du NON qu’il appartient de peser sur notre avenir et de modifier le cours de notre prétendu destin libéral. Mais comment le peut-elle, alors qu’elle n’est pas structurellement majoritaire dans le corps électoral, et que ses divisions partisanes peuvent rester latentes ? Certes, cette gauche peut retrouver ses impulsions et son impact pour exprimer occasionnellement des refus. On est en droit de penser qu’une atteinte directe au droit du travail par le nouveau gouvernement pousserait probablement cette gauche dans la rue, attirant même à cette occasion quelques militants verts et socialistes oui-ouistes, peut-être même quelques caciques qui espèrent en des législatives anticipées. Mais si le refus est une posture politique tout à fait honorable, faire des propositions en est une autre. Lionel Jospin pourrait hélas avoir raison : la gauche du NON risque bien, malgré son succès, de s’installer dans une attitude protestataire, ne vivant que d’incantations et, à l’occasion, de coups de gueule dont les retombées politiques ne sont jamais certaines. On l’a vu en 1995 et 2002. Elle n’évitera cette attitude qu’en se structurant pour peser à gauche sur les politiques mises en œuvre en France et, à travers la politique française, en Europe. Se structurer, cela ne veut pas nécessairement faire un « grand parti » qui serait probablement destiné à la seule opposition, s’il survit. L’échec politique d’un tel parti serait dramatique pour la gauche du NON et obèrerait l’avenir pour longtemps. J’ai déjà avancé, dans cette rubrique de maniprop, quelques suggestions sur un mode de structuration possible dont l’efficacité repose sur le maniement de la discipline républicaine (voir Le Non de gauche : ses faiblesses prospectives...).

Le scrutin du 29 mai pourrait bien nous avoir appris que notre Histoire n’est pas finie ou réduite à la géopolitique comme on le prétendait, et qu’on peut penser autrement qu’en envisageant quelques pions pour le court terme. Il a montré que même dans des pays riches du Nord, on pouvait porter de sérieux coups à la globalisation marchande. Il pourrait même signifier, ce scrutin qui atteste les retrouvailles des gens et de la politique, que le peuple de France a retrouvé le goût de l’Histoire et des défis historiques. Il « permet tous les espoirs » (Ignacio Romanet, Le Monde Diplomatique). Mais toute cette richesse ne sera capitalisable et ne pourra être mise au service des peuples d’Europe que si ceux-ci, même les plus libéraux, puisqu’il y en aurait, constatent un impact significatif du NON sur l’évolution sans crise des politiques nationales vers un autre destin. Ce qui suppose que la gauche du NON sache s’engager sur une voie il est vrai bien étroite entre le marais des « idées de gouvernement », ces idées qui nous minent depuis plus de 20 ans, et le désert agité des incantations et des poésies lamartiniennes. Tel est l’enjeu d’une structuration efficace et durable de notre « vraie » gauche, celle qui porte effectivement tous nos espoirs.

Notes

[1] il l’a fait le matin du 7 juin durant le 7-9

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4 Messages de forum

  • Erratum !

    25 juin 2005 21:14

    J’aimerais bien savoir quel coup a été porté à la globalisation marchande ???? Qu’est-ce que les multinationnales peuvent réver de mieux que tous pleins de petits états moins puissant économiquements qu’elles mêmes ? C’est n’est pas vers cela que l’on va depuis quelques années ? ce n’est pas cela qui nous fait tous horreur ? Combien de temps la France aura-t-elle suffisamment de poids pour décider de sa politique ? Combien de temps faudra-t-il pour faire une constitution européenne ?

    La bourse de Paris s’est-elle effondrée à Paris ? NON, la France continue de perdre du terrain du point de vue économique et l’Europe est divisée autant que la France : VIVE LA FRANCE !!! Alors maintenant j’aimerais bien voir le plus valeureux des tenants du non-de-gauche aller voir le patron de la porchaine firme voulant délocaliser pour lui dire : "Eh, vieux on a dit non à l’Europe libérale alors tu restes ici et tu continues à faire travailler nos électeurs sinon..." sinon quoi ?

    Excusez-moi mais quand j’entends ou que je lis un tel discours, je ne peux m’empécher de craindre que l’on risque d’aller vraiment vers le libéralisme, ou même PIRE...

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    • Essayons de sortir du court terme ! 28 juin 2005 11:21, par Jean-léon Beauvois

      Désolé de vous avoir choqué par une idée péremptoire que je ne suis d’ailleurs pas seul à avancer. Je ne la retire pourtant pas.

      Je pense qu’il faut voir les choses sur des périodes plus amples (même du point de vue géopolitique) que celles dans lesquelles se situent les analyses à court terme qu’ont diffusé les tenants du OUI. C’est vrai qu’aujourd’hui, tout se passe comme annoncé par ces tenants : refus des principaux « grands politiques » européens de renégocier, France quelque peu « mal vue » par ces « grands politiques » (on ne sait rien de la façon dont la France est perçue dans les peuples européens), maintenance du traité de Nice qui de toute façon n’était pas caduque, affaiblissement du couple franco-allemand, montée en puissance de Tony Blair avec ses fanfaronnades libérales etc. C’était à prévoir et c’était prévu.

      Adoptons, si vous le voulez bien, une perception plus large. La chute des états communistes de l’Est européen autour de l’année 1990 a, en quelque sorte, libéré le libéralisme, tant dans les politiques nationales avec l’évolution franchement libérale de la social-démocratie que dans la géopolitique accompagnant le processus de globalisation, géopolitique dans laquelle s’inscrit la construction européenne (on devait bien se douter que les pays de l’Est, ex-communistes, dont les "élites" sont encore fascinées par le marché, apporteraient plus de vigueur libérale à l’Europe). Aussi, au tout début de ce siècle, presque tous les « commentateurs » acceptaient l’axiome de notre destin libéral. Bernard Ghetta n’hésitait pas à sermonner les gauches qu’il jugeait non raisonnables en leur conseillant de devenir, enfin, franchement libérales dans une Europe insensible aux vieilles sirènes. C’est en 2001 que Bellon et Robert, dans Le Monde Diplomatique, avancèrent le beau concept de totalitarisme tranquille pour traduire la dissolution de l’idéal démocratique dans le libéralisme. Le soi-disant séisme d’avril 2002 a au moins montré une chose : c’est que ce destin (libéral-européen) était rejeté par une majorité de Français (l’appareil médiatique a mis en branle une batterie anti-FN pour ne pas tirer cet enseignemen). Mais face au parti unique Chirac-Jospin, parti assez fort quoique minoritaire pour disposer de deux tendances, l’une rigoriste (Raffarin) l’autre généreuse (Jospin), la majorité des Français ne pouvaient exprimer que du dépit, de l’amertume ou de la grogne - ce qui est déjà une attitude politique. Et je voyais personnellement (ne serait-ce que lorsque j’ai écrit en 2003 mon livre sur Les Illusions Libérales), durant les 15-20 prochaines années, en France et dans le monde du Nord, des minorités socio-libérales (chez nous) ou franchement néo-libérales (dans quelques ailleurs) faire LA politique face à des masses ou apathiques ou dépitées, n’ayant plus de parole politique. Or, je dois bien revenir sur ces anticipations moroses et constater que c’est la première fois depuis la chute des états communistes de l’Est européen que s’exprime une consistance anti-libérale, possiblement efficace (au moins dans le champ de la politique nationale d’une nation européenne d’une certaine pesanteur), mobilisatrice (avez-vous participé aux collectifs et forums avant la campagne ?), donc susceptible d’une organisation. C’est bien là un coup porté à notre destin libéral et au totalitarisme tranquille. Il n’est pas confronté à des masses apathiques ou dépitées, mais à des militants qui crèvent d’envie de s’organiser. Sauront-ils dépasser leurs vieilles querelles ? À suivre...

      Vous allez me dire : et l’Europe, et l’avenir ? Je ne suis pas devin. Vous non plus, je suppose. Mais ce dont je suis sûr, c’est que les effets à moyen et long termes du NON français ne pourront être appréciés que d’ici quelques années, l’Histoire étant encore une longue histoire. Je connais l’aptitude des dirigeants et des classes qui les soutiennent (y compris au niveau européen) à la confiscation et à la récupération des oppositions. Cette aptitude est déjà à l’œuvre (un test en France sera la mobilisation contre les atteintes au droit du travail). Tout dépendra 1. de la capacité des tenants français du NON de gauche à trouver une organisation susceptible de peser au plan national, même si elle ne peut peser qu’en « redressant » le parti socialiste et en négociant avec lui (voyez mon article : Le NON de gauche : ses faiblesses prospectives...) ; 2. de la force d’exemplarité du NON français qui est aujourd’hui une véritable inconnue, 3. de l’aptitude des dirigeants européens à annihiler cette éventuelle force, notamment en contournant le suffrage universel, ce qui peut n’être pas toujours facile. Acceptons, s’il vous plaît, l’incertitude.

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    • > Erratum ! 30 juin 2005 09:32, par Arnofouquet

      Une question à l’auteur de l’Erratum ! Une question qui prend la même forme que son argumentaire et qui rejoint la position de Jean-Léon Beauvois sur la propension à se vouloir devin de certains.

      Quel coup aurait été porté à la globalisation marchande si le oui l’avait emporté ?

      On n’en sait rien... Cependant, il me semble que le contenu de cette constitution nous laissait entrevoir plus de craintes que de joies.

      Dans tous les cas (et en me basant sur le travail antilibéral (sic) de la précédente équipe gouvernementale de gauche), je vois mal le plus valeureux tenant du oui de gauche (DSK ?) voir un quelconque patron pour l’empêcher de délocaliser.

      En guise de conclusion, je crains que l’on soit déjà dans le libéralisme (depuis longtemps).

      Voir en ligne : http://www.psychologiesociale.org/forum/

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