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Le triomphe de la déraison

Irak, images de prisonniers nus : des photos qui font perdre une guerre

Irak, images de prisonniers nus : des photos qui font perdre une guerre

lundi 23 mai 2005, par Claude Rainaudi

Le 11 mai 2004, dans les colonnes de vigirak.com, sous le pseudonyme collectif Ferdinand, je dénonçai la dérive médiatique qui consiste à mettre en avant du spectacle, de préférence à connotation scabreuse, pour cacher les crimes réels. Les photos douteuses d’Abou Gharib (Abu Ghraib) éclipsaient les horreurs du premier siège de Falloudjah (Fallujah).

Article original : Le triomphe de la déraison

Je récidivai le 6 décembre 2004, avec un nouvel article mettant de nouveau en cause le choix des médias. Parmi les photos de tortures et mauvais traitements dont des Irakiens avaient été victimes en mai 2004, une nouvelle fois, ils avaient choisi de publier des photos de type "porno gay" plutôt que celles qui montraient des scènes de violence.

Cet article se concluait ainsi : Une fois de plus, la plupart des médias choisissent les images scabreuses, nous faisant passer la guerre pour un porno un peu crade. Cacher toutes les photos aurait nourri la curiosité. Montrer les crimes étasuniens aurait alimenté la révolte. Alors, on projette au monde du fantasme grotesque. Derrière l’écran de cette projection, l’occupant mutile, tue, torture. En silence.

L’article original est visible ici : Prisonniers irakiens, nouvelles photos : en mai, fait ce qu’il te plaît

Une version abrégée de ces deux articles a été placée dans la zone archives, annexes et références de maniprop.com afin d’illustrer un article plus général sur ce sujet, qui sera bientôt mis en ligne.


Le triomphe de la déraison

Durant la première guerre du Golfe, les USA ont tué des dizaines de milliers d’Irakiens. Entre les deux guerres, par l’embargo sur les vivres et les médicaments, des centaines de milliers d’Irakiens ont été tués, dont beaucoup d’enfants. Depuis le début de la seconde guerre du Golfe, entre 8000 et 11000 civils irakiens ont été tués par les troupes d’occupation, pour ne rien dire des conscrits. Une grotesque mise en scène sadomasochiste aura, finalement, eu plus de poids que des massacres bien réels.

La liste des crimes de guerre commis par les occupants anglo-étasuniens remplirait bien des pages, depuis les bombardements perpétrés en violation des lois internationales, jusqu’à l’emprisonnement de suspects sans décision judiciaire, en passant par le tir à l’arme automatique dans des foules de manifestants désarmés. Avec ses 600 morts et ses milliers de mutilés, blessés, orphelins et veufs, le siège de Falloudjah — durant lequel les tireurs d’élite (« snipers ») tiraient sur tout ce qui bougeait — serait probablement resté dans les mémoires comme l’épisode le plus marquant de cette triste série ... Jusqu’à la publication de photos de prisonniers maltraités qui semblent tirées d’un mauvais porno.

Les photos des prisonniers humiliés par les soldats étasuniens

Quelques unes de ces photos sont visibles sur dans l’article original. Voir les images

Les images sont choquantes, ces humiliations sont totalement contraires à la Convention de Genève et à la décence. D’autant qu’il s’agit là non de terroristes endurcis mais de simples civils vaguement suspectés d’on ne sait trop quoi : l’homme nu cagoulé, debout dans la scène de fellation simulée, a été arrêté pour un problème de plaques d’immatriculation ! C’est un Chiite qui sympathisait avec les occupants... avant son arrestation, évidemment.

Prenons maintenant le temps de nous demander ce que représentent vraiment ces images. Les prisonniers sont, certes, placés dans des postures dégradantes et inconfortables, voire profondément répugnantes, mais aucun ne porte de traces de coups ni d’autres violences. Le fait qu’ils sont nus permet aisément de le vérifier. Parler en ce qui les concerne de « tortures » est donc compréhensible, du fait de l’émotion générée par ces images, mais inexact. En pratique, les mauvais traitements imposés à ces prisonniers irakiens sont directement dérivés des entraînements à la « R2I » (resistance to interrogation) que subissent les membres des forces spéciales dans de nombreux pays. On voit bien pire dans beaucoup de prisons civiles, comme aux Etats-Unis, en Turquie et ailleurs. Les fellations et sodomies forcées n’y sont pas simulées, mais utilisées par des gardiens qui menacent les prisonniers de les enfermer avec des violeurs homosexuels.

On voit bien pire encore en Irak.

Des prisonniers battus à mort par les forces d’occupation

Cette photo représente un homme mort sous la torture et conservé par des sacs de glace. Elle ne revêt pas de caractère sexuel explicite et a généré moins d’émotion que celles dont nous venons de parler.

Image publiée dans l’article original. Voir l’image.

Pourtant, si l’on y réfléchit un peu, cet Irakien a bel et bien été torturé et assassiné. Rien ne prouve qu’il n’a pas été, lui, réellement violé ; et il aurait sans doute envié le sort de ses compatriotes bizutés par des demeurés. Seulement voilà, un torturé déjà mort, ce n’est pas un spectacle : il est déjà oublié.

La torture des prisonniers, à Abou Ghraib (Abu Ghraib)et ailleurs, était connue de tous

Cet homme ne constitue pas une exception. Les Bagdadis ne se sont pas étonnés des nouvelles de tortures et mauvais traitements pratiqués par les occupants : ils étaient au courant depuis longtemps. Par ailleurs, il est de plus en plus fait mention de rapports secrets de la Croix-Rouge qui dénonçaient une pratique habituelle de torture des prisonniers.

À ce jour, nous n’avons pas de photos de tortures et d’assassinats de prisonniers commis par les forces d’occupation. Toutefois, il existe des vidéos montrant, entre autres...

- l’assassinat d’un blessé se traînant à terre, d’une rafale de canon à tir rapide, par l’équipage d’un hélicoptère de combat, sur l’ordre direct d’un officier ;

- le meurtre d’un autre blessé, gisant sur le sol, par des « marines » qui s’amusent à lui tirer dans le dos avec des fusils automatiques.

Voir les vidéos

Ces pratiques, qui relèvent à la fois du crime de guerre, d’un manque de formation, d’entraînement et d’éducation et, par surcroît, d’une insondable connerie car on n’interroge pas un mort, n’ont pas soulevé le tollé qu’on en eût pu attendre. Pourquoi ?

C’est le cul qui mène le monde

Une gentille demoiselle me résuma, par une après-midi d’automne, sa philosophie de la vie : « C’est le cul qui mène le monde ». Elle souriait si bien que je n’eus pas l’esprit de lui demander vers où le monde se trouvait ainsi mené. Ce propos serait resté badin s’il ne semblait désormais au centre d’une philosophie de l’Histoire. Philosophie de l’Histoire qu’il reste à écrire. Clinton n’a pas été mis en danger pour ses crimes de guerre en Yougoslavie, ni pour le bombardement de laboratoires pharmaceutiques dans le tiers-monde ; il a été mis en danger pour une malheureuse turlutte qui ne faisait de mal à personne. Bush et Blair ne sont pas vraiment mis en danger par leurs crimes de guerre en Irak, fort peu par leurs mensonges éhontés... les voilà mis à mal par des photos pornographiques de mauvais goût. Et nos ministres eux-mêmes, désormais, dans notre fière et gauloise France, en viennent à régler leurs petites affaires par police des moeurs interposée... O tempora, O mores.

Ces Irakiens ont, sans raison crédible, été arrêtés illégalement — enlevés — et humiliés par les occupants. Je conviens du caractère douloureux et choquant de leur situation : m’adviendrait-il pareille mésaventure que je me verrais muni d’une solide envie de rejoindre la Résistance et d’en découdre. Ce qui me choque, c’est que cet épisode, qui relève plus de la stupidité que de la cruauté, puisse acquérir une importance politique plus grande que celle d’actes vraiment abominables, simplement du fait de sa connotation scabreuse.

À l’heure où « Pauvre Point » et les logiciels concurrents semblent être devenus la pierre de touche de la pensée humaine : « pas plus de trois idées à la fois » ; « pas d’idée qui dépasse la surface d’un transparent », à l’heure où les « débats » sont définis par les animateurs de télévision comme une alternance de monologues de quelques secondes chacun, interdisant, au profit du spectacle, l’expression de toute réflexion construite, à l’heure où les images ont décidément plus de poids que les mots, les phrases et les faits, cette accession du porno au rang d’arbitre suprême me laisse comme un arrière-goût de crépuscule. Celui de la pensée. Arrière-goût qui me gâche la satisfaction que m’inspire la Bérézina médiatique du gang des Bushistes.

Les Chiites dans la bataille des images

Selon plusieurs sources, des imams chiites auraient distribué des photos de viols collectifs d’Irakiennes par les forces d’occupation. Celles-ci en seraient des exemples.

Voir les photos

D’après nos sources, il est très probable que certaines de ces photos ont été récupérées sur des sites pornos est-européens et mettent en scène des acteurs. Mais, dussé-je me répéter, en matière de guerre psychologique, ce n’est pas la véracité qui compte, c’est la crédibilité. Diffusées juste après la publication des images des prisonniers d’Abou Ghraib, dans un pays où, de toute manière, on sait que des viols ont eu lieu, elles seront considérées comme authentiques. Avec les conséquences que l’on imagine sur la perception des occupants.

Triomphe de la déraison ; dérisoire défaite

Voici une guerre justifiée par des mensonges et des bidonnages, menée par des soldats qui croyaient être accueillis avec des fleurs, soutenue par une population US qui, dépourvue du moindre esprit critique, est toujours largement persuadée que les Irakiens avaient quelque chose à voir avec les attentats du 11 septembre. Une guerre surréaliste d’abord menée par l’intermédiaire des médias pour convaincre l’opinion étasunienne de la réalité de l’impossible... les troupes n’avaient plus qu’à suivre. Une guerre qui ne pouvait sans doute pas être gagnée mais qu’il était peut-être possible de ne pas perdre tout à fait. Et voici que la bataille décisive n’aura pas été remportée par la détermination des combattants de Falloudjah... Son issue sera probablement orientée par l’impact de photos scabreuses, dont certaines sont sans doute le produit de montages : les Irakiens apprennent vite. « À bon chat, bon rat », dit-on parfois.

Cela ne nous sort pas du caniveau.

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