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Moldavie, Chisinau, 9 mai, réhabilitation du nazisme

9 mai, manifestations en Moldavie

A Chisinau, on refuse la réhabilitation des nazis

mercredi 13 mai 2009, par Claude Rainaudi

En Moldavie, on ne confond pas les assassins et les libérateurs ; à Chisinau, la capitale moldave, on célèbre la victoire de l’Union Soviétique sur la machine de guerre nazie. Le 9 mai, Jour de la Victoire, on remercie les vétérans et on se souvient des disparus du Front de l’Est.

A plusieurs reprises, sur Maniprop.com, ou sur Ukraines.fr, j’ai dénoncé la réhabilitation officielle du nazisme, que ce soit en Ukraine ou dans les pays baltes (Estonie, Lituanie, Lettonie).

Actuellement en déplacement en République moldave, j’ai pu constater une tout autre ambiance. Ici, on ne confond pas les assassins et les libérateurs ; ici, on célèbre la victoire de l’Union Soviétique sur la machine de guerre nazie. Le 9 mai, Jour de la Victoire, on remercie les vétérans et on se souvient des disparus. Le Front de l’Est : huit millions de soldats soviétiques tués au combat, plus de 27 millions de civils de toutes origines exterminés par les fascistes.

9 mai, 9 heures du matin, Mémorial "Eternitatea". J’étais sur place.

J’arrive par le trolley n° 9 — que de neufs — secoué tant par la surprenante puissance de ce dinosaure que par la rudesse de sa suspension. Moins de 7 centimes le billet, toutefois. Je serais malvenu de me plaindre. Pour un euro de plus, j’aurais pu venir en taxi.

Déjà du monde sur place, un petit millier. Une rangée de buvettes. De nombreux ballons colorés annoncent la présence d’enfants. Tant de fleurs dans les mains que je me sens gêné de ne pas y avoir pensé. J’approche.

Sur les marches, garçons et filles distribuent le Ruban de Saint-Georges, symbole du souvenir. Je porte le mien depuis la veille, offert dans le bus. J’en demande quelques uns pour mes amis français, on m’en tend une pleine poignée avec des mots de sympathie.

Le mémorial est clos de grilles en fer forgé. Derrière les portes, un espace carré est accessible. La foule y est très dense. Ni lourdeur ni affectation dans l’ambiance, mais beaucoup de retenue. Personne ne chuchote ; aucun éclat de voix. Des vétérans, chargés de médailles vaillamment gagnées, passent, parfois avec leur conjoint. On s’écarte.

Je retourne à l’extérieur, une butte gazonnée donne un meilleur point de vue. Pas grand chose à voir cependant : quelques jeunes soldats au garde-à-vous et le principal monument du mémorial, qui symbolise un faisceau de cinq fusils. La sono peine à couvrir la rumeur... les moyens sont modestes. Parmi les gens, quelques drapeaux moldaves, plusieurs drapeaux rouges et, frappé à l’angle de l’étoile, de la faucille et du marteau, un drapeau soviétique. D’autres drapeaux, aussi, que je ne connais pas.

Une sonnerie. Les officiels arrivent. Discours. D’abord en roumain puis en russe, ce pays est presque totalement bilingue. Je ne le suis pas et ne comprends quasiment rien.

La foule a continué de se masser à l’extérieur de l’enceinte. Plusieurs milliers de personnes, maintenant. Toujours cette ambiance frappante de retenue sans affectation. Des enfants jouent, sans crier.

Un mouvement : la cérémonie officielle est terminé, les gens commencent à entrer. La sono joue Mozart et Beethoven. J’attends un peu puis entre à mon tour. Immense espace. Des gens partout dans les allées. Dix mille ? Douze mille ? Quinze mille ? Plus ? Je ne saurais dire. Des jeunes, des vieux, des enfants, certains sur les épaules de leurs parents, et même des poussettes... En un rien de temps, toutes les tombes, tous les symboles du souvenir sont couverts de fleurs.

Les vétérans sont entourés. Les jeunes les remercient chaleureusement de leurs sacrifices, les enfants leur offrent des fleurs. Les anciens répondent avec un sourire modeste. Scène poignante cent fois répétée, qui semble normale ici, mais qui n’est certainement pas ordinaire.

Une dame remarque mon "Ruban de Saint-Georges". Un peu de roumain, un peu de russe. Elle voudrait savoir où obtenir le sien. Je suis heureux de lui en céder un de ma "réserve". Je l’aide à l’épingler sur son corsage. Elle m’offre les œillets rouges qu’elle avait à la main. Nous nous embrassons. Je déposerai les fleurs en hommage à ceux qui se sont battus pour nous.

Onze heures. Il y a toujours autant de monde. Peut-être même plus car de nombreuses personnes continuent d’arriver.

La musique, maintenant, joue des airs martiaux datant de la "Grande Guerre Patriotique" et d’autres, plus joyeux, qui ont accompagné ou suivi la victoire. J’en reconnais quelques-uns.

Quelques jeunes communistes se pressent autour de leurs drapeaux. On prend des photos. J’en prends aussi. On vient me voir. Mes limites linguistiques sont vite atteintes et nous basculons vers l’anglais international, celui que les anglophones ne comprennent pas. Ici, quand on n’est pas bilingue, c’est qu’on est trilingue, ou plus. Est-il possible d’avoir une copie de mes photos ? Koneshno ! (bien sûr !). Je suis français : voilà qu’on évoque l’escadrille Normandie-Niemen, presque oubliée en France, toujours vivante ici.

De nouveau dans la foule. Une autre personne, une jeune fille, veut savoir comment obtenir un ruban. J’en sors un de mon sac et voilà que tout le monde s’arrête pour avoir le sien. Désolé pour mes amis français, je les ai tous distribués. Les gens, deux par deux, s’entraident pour les fixer à leurs vêtements.

Parmi les tombes abondamment fleuries, une cloche. Des enfants se relaient pour la faire sonner. Plus loin, à l’ombre de pins et de châtaigniers en fleurs, un petit groupe de musiciens, chanteurs et guitaristes, entonne des airs populaires. Autour d’eux le public reprend les refrains, certains continuent avec la chanson entière. De sept à soixante dix-sept ans, à peu près.

Je sors un moment de l’enceinte, pour observer la cérémonie sous un angle différent. Grondements de moteurs. Motards casqués, musclés et tatoués. Provocation fasciste ? Que nenni ! Ici, les "bikers" portent le Ruban de Saint-Georges et feraient sans doute un mauvais sort à tout "Hells Angel" affublé d’une ridicule croix gammée.

Dans la soirée, avec mon amie, nous passerons en bus devant le mémorial. Bien qu’on ne s’y presse plus, il y a toujours du monde. Les commerçants commencent à plier les buvettes et des gens continuent d’arriver, fleurs à la main.

Voilà le pays qu’on nous présente comme une dictature. Pendant ce temps, en Estonie, membre de l’UE, le ministre de la Défense participe à une manifestation de nazis en uniformes de SS et il les qualifie de "libérateurs" (Voir : Estonie, Nazis : "Le gouvernement estonien danse sur les cadavres des Juifs assassinés"). Pendant ce temps, le pouvoir en place en République tchèque, membre de l’UE, interdit les Jeunesses communistes (Voir : Délit d’opinion : Les Jeunesses communistes interdites par le gouvernement tchèque). La démocratie, quoi.

Puisqu’on vous le dit.

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