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Refus de la nationalité, victimisation, pratique radicale de la religion

Le Conseil d’État refuse la nationalité française à une Marocaine voilée d’un niqab pour pratique radicale de sa religion. Pourquoi l’enthousiasme n’est pas de mise.

De la nécessité d’élargir notre concept de laïcité

jeudi 7 août 2008, par Jean-Léon Beauvois

Le 27 juin 2008 le Conseil d’État a confirmé une décision du gouvernement datant de 2005 de refus de la nationalité française à une femme marocaine de 32 ans, Faiza Silmi, mariée à un français dont elle a eu trois enfants nés en France, pour raison de « pratique radicale de sa religion » l’ayant conduite à adopter un comportement (manifeste, vu le port d’un voile intégral) « incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment le principe d’égalité des sexes ».

Cette décision fait suite à diverses affaires ayant vu des femmes voilées éjectées de la cérémonie de remise du décret de naturalisation, affaires dont les fondements juridiques faisaient jusqu’alors problème [1]. Pour deux points de vue opposés, on ira sur le site de Riposte Laïque (se félicitant comme il se doit de la décision) et on cherchera les analyses du Comité Contre l’Islamophobie en France (critique comme il se doit à l’égard de la décision, voir http://le-poireau-rouge.blogspot.com), sites ou critiques accessibles à partir de Google.

La burqa, et plus « radicalement » le niqab ou voile intégral, c’est le moins qu’on puisse dire, taraudent notre société au cœur de ses contradictions idéologiques, culturelles, juridiques et même éthiques. Avant de me risquer à une prise de position (et même à une analyse provisoire) concernant la récente décision du Conseil d’État de ne pas accorder la naturalisation à une femme intégralement voilée, je dois énoncer trois préalables sans la compréhension desquels (je ne dis pas l’acceptation desquels) mon analyse ne pourrait être elle-même comprise.

trois préalables

1. C’est vrai que le voile constitue le symbole de la condition de la femme musulmane dans le contexte d’un certain radicalisme religieux. Je dis : dans le contexte d’un certain radicalisme religieux, car dans de nombreuses régions musulmanes du monde, le voile est loin d’être la règle pour les femmes, et, si l’on en croit Olivier Roi, spécialiste de l’Islam (http://www.lemonde.fr/societe/artic...), elle n’y est même pas une norme. Ceci pour dire qu’une réflexion sur le voile dans la société française peut être complètement indépendante du rapport que l’on peut avoir avec la religion musulmane en tant que grande religion du monde contemporain [2].

2. Il est incontestable que la condition de la femme dont le voile est pour nous le symbole n’est pas une condition acceptable du point de vue des droits humains. Inutile d’insister, cela relève de l’évidence idéologique et même éthique. Le problème est de savoir, s’il s’agit d’aider les femmes musulmanes qui y sont soumises et de lutter contre cette condition, quelles mesures peut tolérer la République dont on se réclame et quelles mesures elle ne peut tolérer. Je dirai en outre que cette vérité ne doit surtout pas nous cacher que les conditions faites aux femmes « françaises de souche » (ou occidentales) ne peuvent être posées en modèle du genre ! Les bimbos m’insupportent presque autant que les femmes voilées [3].

3. Je m’en suis déjà expliqué [4], je n’ai rien a priori contre le communautarisme en tant que valorisation des appartenances à un groupe ou un collectif, valorisation associée aux comportements et à une culture que ces appartenances supposent. Que ce communautarisme soit religieux, ethnique, national, régional, professionnel... Je redis rapidement pourquoi : parce que je reste convaincu que c’est dans leurs appartenances sociales que les gens trouvent une substance intéressante pour se construire de façon significative et que l’appartenance à la République (française), si elle est irremplaçable pour indiquer nos valeurs essentielles [5], ne fournit que peu de substance à l’individu supposé universel par l’individualisme libéral, sauf (et illusoirement) à une élite qui voit ses tics comme le sel évidemment international de la terre [6]. Sans l’apport de normes, de croyances, d’aspirations, de motivations... qu’ils tiennent de leurs appartenances à un groupe ou à un collectif social (de français, de provençal, de catholique, de chaudronnier, de femme, de jeune...), les soi-disant « individus » ne constitueraient qu’une masse assez vide mais manipulable [7], soumise aux propagandes et modèles télévisuels et publicitaires, et leur « grandes valeurs » ne seraient que pures abstractions permettant au mieux aux Dupont de frimer en août devant les mœurs exotiques. Le communautarisme peut souvent aller à l’encontre de ces sales influences, et c’est sans doute ce qui le rend insupportable aux gens de pouvoir qui apprécient les individus interchangeables dans leur masse et les trouvent plus conformes à leurs intérêts. Le problème du communautarisme ne se pose que lorsqu’une appartenance est ostensiblement en conflit avec l’appartenance à la République. Je n’exclus aucunement que le modèle de la femme porté par l’intégrisme salafiste soit en conflit avec les valeurs de notre République.

Ce sont ces trois préalables qui guident l’analyse qui suit de la décision du Conseil d’État. Deux points de cette analyse seront franchement hostiles à la décision. Les autres seront plus ouverts ou mesurés.

Il n’est pas républicain de s’en prendre aux victimes

Il est stupéfiant de voir que peu de nos édiles ont simplement réalisé que cette décision portait sur une victime et qu’elle la stigmatisait, précisément, en tant que victime [8] . Que reproche-t-on à cette femme ? On lui reproche [9] d’être en position de soumission à l’égard de son mari et plus généralement à l’égard des hommes, et on le lui reproche comme si elle était responsable de cette soumission puisqu’on la sanctionne en lui refusant la nationalité française. C’est un peu comme si on refusait la nationalité française aux femmes musulmanes battues parce que battues, aux enfants maghrébins maltraités par leurs parents parce que maltraités, ou même comme si on retirait la nationalité aux femmes françaises battues [10] et aux enfants français maltraités sous prétexte que leurs gnons et leurs plâtres sont des signes ostentatoires de leur exercice radical de la vie familiale et de leur condition inacceptable par les valeurs de la République. Certes, il est plus que bien vu : normatif, de chanter que chacun est responsable de son sort et qu’on est toujours, dans un pays libre, responsable « quelque part » (comme disent les mauvais psychologues pour cacher une véritable ignorance). De telles assertions sont idéales s’il s’agit de relativiser, voire de nier les faits de pouvoir social. Pour revenir à Faiza, si quelqu’un ne mérite pas la nationalité française, c’est son mari, son père ou son frère, les mecs qui la subordonnent, ce n’est pas elle.

Certes on peut penser que la décision du Conseil d’État a été prise pour apparaître comme un signe puissant lancé en direction des musulmans. C’est à ce signe qu’ont réagi nos édiles avant toute analyse, à droite et à gauche. Mais quand même : ce n’est pas une justice obéissant aux valeurs de ma République que celle qui revient à punir les victimes pour lancer des signes. Mais n’ayons aucune crainte, cela ne se reproduira pas demain. Le discours victimologique ambiant, porteur d’une justice victimocratique, nous garantie contre cette perversion dans les cas ordinaires sur lesquels s’appesantissent les journaux télévisés. On peut même déplorer que les victimes aient trop de poids dans la justice actuelle au détriment d’une justice fondée sur les faits et rendue au nom du peuple français.

Pourquoi accepter cette perversion consistant à punir les victimes pour le cas de Faiza ? On peut craindre qu’un soupçon d’islamophobie barre la route à nos capacités d’analyse.

Où est le consensus ?

La décision du 27 juin 2008 prise par le Conseil d’État a enchanté la classe politique, à droite comme à gauche. Cet enchantement est donc allé bien au-delà des cercles habituels du rationalisme laïque, de l’anti-religiosité ou de l’islamophobie militante. Un tel consensus, dans une société conflictuelle, ne peut être a priori que fragile à moins qu’il ne soit tout simplement suspect. Il l’est.

Le Conseil d’État est la juridiction suprême que prévoit la constitution. Sa base de jugement (ou le fondement de ses décisions) sont la constitution et le droit positif. Il est remarquable que dans son arrêt du 27 juin, le fondement juridique de la décision ne soit pas explicité comme il aurait pu l’être, ne serait-ce que sur la base du préambule de la constitution de 1946 qui est inclus dans notre constitution (article 3 : La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme). Évidemment, une telle argumentation aurait pu faire sourire les méchants esprits, vu le peu de respect dans notre démocratie pour les droits de la femme [11]. Au lieu donc d’une argumentation sur base juridique ou constitutionnelle, le Conseil d’État en a appelé à un stéréotype, ou un cliché, celui d’une « communauté », partageant des « valeurs essentielles ». C’est tout simplement frauduleux dans la mesure où l’on jette à la face de Faiza un consensus qui n’existe pas et dont l’évocation s’est toujours avéré un alibi de dominant. Dites-moi un peu quelles valeurs essentielles partagent Besancenot et Madelin ? Les valeurs les plus essentielles de la République Française sont dans sa devise : Liberté, Égalité, Fraternité. Chacune est malmenée par le libéralisme, et même par la démocratie libérale, et peut faire l’objet de discordances assez fondamentales dans le champ des politiques et des pratiques sociales de la société française. Quel consensus y a-t-il, par exemple, sur la Fraternité, quand, en matière de retraites, une grande partie de la population est pour la solidarité intergénérationnelle et une autre travaille pour l’accumulation personnelle de ressources pour les vieux jours ? Quid de la valeur Égalité quand on voit la vitesse avec laquelle les inégalités se sont creusées récemment en France ? Quant à la Liberté... Quand verrons-nous le droit humain d’insubordination constitutionnel ? Soyons sérieux : ce consensus est fantasmatique. Qui pourra avancer une « valeur essentielle » de notre soi-disant communauté que plus de 60 % de français acceptent comme telle et manifestent dans leur engagements politiques et leurs comportements ?

L’évocation de supposées valeurs essentielles partagées par la communauté française est un leurre qui dévalorise encore plus la victime à laquelle on refuse la nationalité française.

pratiques « radicales » de la religion ?

L’usage du concept de « pratique radicale de la religion » peut être abordé de deux points de vue. Le premier est franchement critique. Le second est comparatif ; il conduit à suggérer que soient aussi discriminées par les juridictions d’autres pratiques radicales qui dévient de nos « valeurs essentielles ».

1. Le concept est contestable en lui-même. Peut-on, dans un pays qu’on dit libre et qui adhère à la valeur essentielle de liberté de croyance et d’expression [12] attendre des gens qui ont des croyances, et en particulier des croyances religieuses, qu’ils ne les expriment qu’à moitié , de façon tempérée (de façon « non radicale ») dans leur comportement ? Certes, les psychologues sociaux savent qu’il y a toujours fort loin entre ce que les gens pensent et ce qu’ils font. Mais ce constat empirique [13] n’a pas de valeur politique, idéologique ou éthique. Nous devons tous attendre des gens qu’ils se comportent en fonction de leurs attitudes. C’est pour cela que les démocrates attendent tant du « débat public » fait pour que se construire des opinions acceptables et génératrices de changement. Aussi, regretter le caractère « radical » d’une pratique religieuse revient à dire que les comportements qui découlent de la croyance ne sont pas admis, autrement dit que la croyance elle-même est illicite. Il faudrait donc l’interdire. Cela aurait l’avantage de la clarté. Cela aurait plus de gueule et serait fondamentalement plus démocrate que de stigmatiser une pauvre femme soumise [14]. Or, la liberté religieuse est garantie par la constitution française et par le droit européen. Les membres du Conseil d’État le savent, qui se sont dans le passé référé à cette constitution et à ce droit.

2. Le concept pourrait être appliqué à d’autres qui ont nettement moins d’ennuis. La stigmatisation de la pratique religieuse salafiste (et croyez bien qu’elle ne m’est en rien a priori sympathique) devrait être étendue à d’autres pratiques radicales que l’on observe dans le giron de nos églises respectables, catholique et protestante. Car il existe en France des fondamentalismes catholiques et protestants. Je sais que le problème des sectes est un problème idéologiquement, éthiquement et sociologiquement très compliqué, bien plus compliqué en tout cas que les bons sentiments et le soi-disant bon sens le supposent, qu’ils fassent pencher d’un côté ou qu’ils fassent pencher de l’autre. Je ne le traiterai pas ici, n’ayant toujours pas de « religion » en la matière et ne réfléchissant habituellement qu’au cas par cas, ce que des anti-sectes m’ont reproché.

Mais, pour ne prendre qu’un seul exemple, regardons rapidement des pratiques comme celle de la « communauté » des Béatitudes. La béatitude implique de la part des « béats » obéissance absolue, travail non rémunéré durant de longues heures, donations proche du racket, harassement psychologique [15]... et enrichissement concomitant des « bergers », Ceux-ci prônent d’ailleurs, comme les Salafistes, un retour aux mœurs des premières générations, mais de chrétiens. De telles pratiques ont eu le soutien de l’Église Catholique et, à ce que je sache, les ponts ne sont toujours pas rompus. Ce serait par ailleurs trop facile de m’arrêter sur les sectes évangélistes issues du protestantisme qui ont fait flores, surtout à partir du XIX° siècle, et dont certaines ont pignon sur rue ou sont au moins tolérées. La Milivitude (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) nous informe assez régulièrement, comme c’est sa fonction, de leurs dérives actuelles (voir par exemple le rapport sur les Frères de Plymouth N°4).

Voilà des citoyens français dont les croyances sont fondamentalistes et dont leur traduction dans les comportements donne lieu à une pratique radicale de leur religion souvent incompatible avec nos valeurs essentielles (comme, par exemple, la scolarisation des enfants). Que peut le Conseil d’État pour rappeler à ces citoyens les valeurs essentielles de la communauté française sans encourir le risque d’être condamné au niveau européen où, comme aux États-Unis, les sectes ne sont pas des objets d’horreur ? Deux poids, deux mesures. On sait l’importance qu’a ce sentiment d’injustice chez les Musulmans.

Et si on élargissait le principe de laïcité ?

Je sais : les sectes issues d’un fantasme individuel, ou issues du catholicisme, ou encore issues du protestantisme, peuvent enfreindre les Droits Humains mais le faire dans leur coin, à l’abri, par exemple sur leur plateau de Haute-Loire, donc sans porter atteinte au principe de laïcité. Ce n’est pas aussi ostentatoire que dans le cas d’un fondamentalisme musulman qui, comme tout totalitarisme, pénètre tous les aspects de la vie, y compris la présentation au monde de la croyante : les femmes doivent se présenter au monde en tant que femmes musulmanes, à l’école, à l’Université, devant les administrations..., ce qui est contraire au principe le plus élémentaire de laïcité.

Je ne vais pas redire ici ce que j’ai dit dans un article antérieur sur la laïcité. Je suis pour et même, vu mon horripilation devant les théocraties, y compris musulmanes, tripalement pour. Mais je répète quand même deux points de mon argumentation.

1. La laïcité aujourd’hui doit s’étendre à d’autres registres de pensée qu’au registre religieux. Nous ne sommes plus en 1905, à une époque où la République était encore en train de se construire [16] et où les religions (surtout la catholique) constituaient un réel danger politique. Depuis, après un XX° siècle fait de guerres idéologiques, les idéologies et les syndromes culturels (comme l’individualisme) ont pris un relief qu’ils n’avaient pas alors comme ils l’ont aujourd’hui. Sauf à penser que la victoire des USA lors de ces guerres idéologiques a réglé définitivement la question [17] et que nous sommes condamnés ad vitam aeternam au libéralisme, une école véritablement laïque ne devrait pas promouvoir comme elle le fait aujourd’hui sans le moindre scrupule les concepts de l’individualisme libéral (voir aussi mon article sur le soïsme). Elle ne devrait pas en particulier tolérer un modèle ostensiblement étroit de la personne humaine qui, lorsqu’il n’est point d’un vide absolu (fais tes idées par toi-même... sois toi-même !!!), fait essentiellement de l’individu un consommateur, même lorsqu’il est un consommateur « avisé ».

2. La laïcité aujourd’hui doit s’attacher aux les principales sources d’influence. En 1905, ni la télévision ni a fortiori l’audimat avaient été inventés. Depuis, la télé est devenue la principale source d’influence dans notre société, puisque c’est même par elle que passe le débat politique, lorsque débat politique il y a. Certes, il est difficile de ne pas faire entrer l’idéologie ou la culture à la télé. C’est même probablement impossible, sauf censure elle-même inacceptable. La laïcité doit alors s’appuyer sur un bon vieux principe démocratique : le pluralisme idéologique et culturel, non pour que soient évitées les influences, mais pour que toutes les tentatives d’influences idéologiques et culturelles soient placées à égalité, y compris dans les pubs qui modèlent atrocement au moins nos mouflets et mouflettes (et probablement leurs parents). Pluralisme ? Égalité des influences ? Le dramatique exemple de la campagne en vue du référendum de 2005 pour le OUI ou le NON montre que c’est loin d’être le cas et qu’une majorité de nos politiques s’enchantent de ce rapt, encore une fois : tant à droite et qu’à gauche. Drôle de consensus [18] !

Ceci pour dire, quitte à me faire très mal voir par mes amis 1. que nous disposons d’un concept de laïcité qui n’est pas politiquement inadéquat, il l’est toujours, mais qui est resté très, très limité et peut-être un peu archaïque (en gros : la religion à l’école et dans les administrations). Et 2. qu’en conséquence, évoquer la laïcité peut paraître quelque peu suspect quand on sait à quel point les masses d’individus sont aujourd’hui modelées par les propagandes, notamment télévisuelles (et pas seulement par la propagande glauque !). Au point qu’un communautarisme, même s’il est terriblement dangereux par ailleurs, puisse susciter un brin de sympathie pour la seule raison qu’il fait obstacle aux propagandes visant ces masses d’individus et diffusant, par exemple, une image de la femme qu’on peut trouver quelquefois puante (voir seulement les pubs et on me comprendra !)

J’avoue que cela tendrait à être tangentiellement mon penchant, même si je dois reconnaître qu’il ne m’apporte aucun confort idéologique. Bien au contraire.

pour conclure

Je ne vais pas chanter avec les réjouis « bravo le Conseil d’État. Félicitations pour ce recul imposé au communautariste intégriste musulman qui brutalise les femmes et les isole dans leur soumission ». J’aurais chanté avec les réjouis
 1. Si l’on avait retiré la nationalité française à son mari, ou si son mari avait été clairement désigné comme responsable.
 2. Si on avait associé à cette décision un débat public sur les conditions comparées des femmes.
 3. Si l’on avait explicitement affirmé que tous les fondamentalismes feront l’objet de poursuite et d’exclusion, quand bien même cela nous attirerait les foudres de l’Europe.
 4. Si l’on avait situé cette mesure dans une réflexion politique sur ce que doit être la laïcité aujourd’hui et sur les propagandes dont la laïcité doit nous prémunir.

À ces conditions, on aurait pu ne pas voir dans cette décision un clin d’oeil crassement populiste à l’islamophobie, forme intellectuellement plus acceptable du racisme français anti-arabe [19]. C’est, me direz-vous, de bien nombreuses conditions. Certes, mais cela fait trop longtemps que dure la pratique de décisions et de réformes faites pour satisfaire des slogans ou des stéréotypes, ou pour plaire à l’opinion sans que celle-ci ait pu se construire dans de vrais débats [20]. Je le répète : j’aimerais tant voir les femmes musulmanes jeter leur burqa aux orties et militer pour de nouvelles conditions qui ne soient pas celles que nos propagandes risqueraient de leur imposer.

Tant pis si je reste dans mon inconfort idéologique. Je ne suis pas maso, mais les certitudes bâclées de certain(e)s apôtres hautains, méprisants, présomptueux et arrogants me font frémir tant elles traduisent une inaptitude à analyser nos propres conditions.

Notes

[1] Faiza Silmi, et/ou plutôt son époux se réclament du courant salafiste. Ce courant prétend représenter la légitimité la plus ancienne et la plus orthodoxe de la religion musulmane. Les Salafistes pensent en effet faire vivre l’Islam des premières générations, avec, puis après Mahomet. Cela passe comme il se doit par le refus des innovations postérieures.

[2] Avancer que l’Islam porte ses intégrismes, voire qu’ils sont en son cœur même, ce qui est la base de l’islamophobie, et dire cela comme conclusion d’une simple lecture des textes où l’on trouve qu’il est écrit ceci ou cela, devrait conduire l’analyste honnête à des conclusions assez semblables pour ce qui est de la chrétienté. Comme je l’ai rappelé dans un une brève sur le « philosophe » Redeker Après les caricatures du Prophète, encore des menaces de mort contre un philosophe qui dénonce l’islamisation des esprits et la violence de l’Islam.)], les propos du Christ tels qu’ils nous sont restitués par les textes ne manquent pas d’appel à la violence, voire à l’intolérance, propos qu’un fondamentalisme chrétien combattant pourrait parfaitement accepter pour règle. N’a-t-on pas lancé des croisades et mis en place des tribunaux d’exception au nom d’un intégrisme chrétien ? Le « pacifisme », l’ « angélisme » chrétien ne sont sans doute qu’un souvenir particulier et récent des propos attribués à Jésus et qu’une sélection parmi d’autres possibles dans les versets des évangiles, même canoniques.

[3] Il ne faudrait pas reproduire à propos de la condition de la femme, le biais intellectuel savamment entretenu qui s’est avéré si efficace durant la guerre froide : regardez-les, ils valent à peine 2 sur 20. Donc(sic) nous qui sommes leur contraire valons 18 sur 20. Donc(resic), nous pouvons nous réjouir lorsque notre modèle est exporté à travers le monde. Et si nous ne valions que 4 sur 20, nous serions certes meilleur qu’eux, mais serions nous aussi réjouis et réjouis dans nos frimes occidentales ?

[4] Les Illusions Libérales, Individualisme et pouvoir social, Presses Universitaires de Grenoble.

[5] Encore que nos propres « individus » soient de moins en moins guidés par ces valeurs ; il n’est que de constater leur jubilation devant ces atteintes aux droits fondamentaux de l’Homme que sont les fichiers (faites un sondage sur la nécessité d’Edwige) et les télésurveillances – pour ne pas parler des innombrables puces, des GPS et des portables !

[6] Je ne peux m’empêcher de penser ici à Philippe Val et à son adoration béate pour les « individus » et son dégoût purement aristocratique des groupes.

[7] Que j’ai appelé la masse des individus

[8] Voir une exception sur le site les actualités du droit.

[9] Voir les propos de la magistrate qui a instruit l’affaire pour le Conseil D’État.

[10] Au moment de mettre ce texte sur maniprop, je retrouve un document d’où il appert que la juriste Danièle Lochak à déjà pris cet exemple.

[11] Regardez simplement des images de l’homme et de la femme véhiculées par nos pubs, évidemment conformes à nos valeurs essentielles ! Quand verrez-vous une pub montrant un homme de quarante ans, normalement constitué et charmant, disponible à 16 heures 30 pour être à maison afin mettre un tablier et de gaver ses bambins de barres grasses et sucrées ?

[12] Il n’est pas dans le propos de cet article de montrer que cette liberté n’est pas respectée en France.

[13] Je renvoie encore à mes illusions libérales et notamment à l’histoire d’Harvey et à ses commentaires pour des données empiriques.

[14] Qu’elle aime sa soumission, ce qu’elle clame, est une autre histoire...

[15] Ce harcèlement qu’on sait utile, et peut-être même indispensable, à la mise en oeuvre des influences lourdes comme les dits « lavages de cerveau ».

[16] Le mot « république » n’était constitutionnel que depuis une trentaine d’années seulement.

[17] N’a-t-on pas prétendu qu’elle signait la « fin de l’Histoire » ?

[18] Ce que voudrait le parti socialiste, ce n’est certainement pas qu’on mette à la porte un Jean-Marc Sylvestre sur deux pour recruter à leur place des journalistes d’extrême gauche, ridiculement peu représentés. C’est qu’on donne à ses éléphants le même temps de parole que celui dont disposent les éléphants de la tendance majoritaire d’en face, y compris le temps de parole du Président.

[19] je vois bien autour de moi quelques mecs qui sont évidemment d’accord avec le Conseil d’État et que je sais profondément racistes. Inutile de dire qu’ils se moquent royalement de la condition de leur propre femme.

[20] Voir Merde à la démocratie d’opinions, 2 : ne rêvons pas avec ce faux ami.

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