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Voir en ligne : Actualité des médias n°13 (février 2018)

Avec cet article, nous poursuivons notre série d'information mensuelle sur l'actualité des médias [1]

I. Du côté des journalistes, des médiacrates et de leurs œuvres

- PMU de Sevran : France Télévisions toujours dans le déni – En décembre 2016, le journal télévisé de France 2 a diffusé un reportage anxiogène tourné dans un bar de Sevran, soi-disant interdit aux femmes. Problème : tout était faux, comme l'a prouvé une contre-enquête du Bondy blog. Après avoir refusé pendant des mois d'admettre les faits, Hervé Brusini, directeur chargé du numérique et de la diversité à France Télévisions a déclaré début février qu'il « y a eu un bug, oui, et un problème qui s'est manifestement posé avec ce reportage. (...) Comment analyser ce bug ? Ça, je ne sais pas. Je ne suis pas mandaté pour en parler. » D'après Le Monde, il n'en a pas fallu plus pour que la direction de l'information de France Télévisions renouvelle son soutien à l'équipe responsable du faux reportage, déclarant « qu'elle ne fait en aucun cas “amende honorable”, comme certains ont pu l'écrire et le relayer, déformant et instrumentalisant les propos d'Hervé Brusini (...). Le travail effectué par la rédaction a été pleinement assumé à l'époque, et l'est toujours. ».

- Une tentative de plus d'intimidation judiciaire contre la presse – Une poursuite-bâillon de plus. Pour avoir révélé un cas de discrimination syndicale au sein d'un grand groupe, deux journalistes de L'Humanité et L'Humanité Dimanche sont mis en examen pour diffamation. Le syndicat national des journalistes (SNJ) et le SNJ-CGT ont déclaré leur soutien à ces deux journalistes au moyen d'un communiqué que nous avons publié sur notre site. Les deux syndicats déclarent notamment : « C'est à une procédure bâillon que nos deux collègues et, par extension, tous les journalistes de nos titres, sont confrontés aujourd'hui. La manoeuvre vise à nous empêcher de réaliser une part essentielle de notre travail d'information sur les conflits sociaux et les luttes syndicales dans les entreprises. Elle doit donc être déjouée. Nous ne comptons pas nous laisser intimider, et nous continuerons à défendre la liberté d'informer, même sur les événements qui se déroulent derrière les murs des entreprises… » Acrimed soutient également ces deux journalistes contre cette tentative d'intimidation et de censure.

- Un cadre de Sud Ouest accusé de harcèlement sexuel – Une enquête interne a été ouverte contre un cadre du quotidien régional Sud Ouest pour soupçon de harcèlement sexuel contre plusieurs journalistes. À l'origine, une ex-journaliste du quotidien a dénoncé, dans le cadre de la campagne #BalanceTonPorc, le harcèlement qu'elle subissait de la part d'un cadre de la rédaction. Selon Buzzfeed, c'est « le Syndicat national des journalistes (SNJ) [qui s'est ensuite] emparé du dossier et tente de recueillir les différents témoignages de personnes accusant ce cadre. » Suite à ces témoignages, Patrick Venries, directeur de publication de Sud Ouest, a lancé une enquête interne. Le cadre du journal n'est pas suspendu malgré l'enquête mais le directeur de la publication a affirmé à Buzzfeed qu'il pourrait l'être si les soupçons sont confirmés.

- L'inégalité hommes-femmes dénoncée au Progrès – Après Le Parisien, L'Obs, Ouest France et La Provence, c'est au tour des femmes journalistes du journal régional Le Progrès de dénoncer les inégalités hommes/femmes. D'après Rue89 Lyon, 110 journalistes du quotidien ont en effet signé une lettre dans laquelle est notamment affirmé qu'« au sein de notre rédaction en chef, nous comptons une femme sur cinq personnes ; au siège lyonnais du Progrès, il y a deux femmes sur neuf chefs de service et chefs d'information ; à la tête des éditions départementales, une femme pour trois hommes. » La lettre dénonce également les inégalités salariales et le fait qu'elles ont été qualifiées de « chiennes de garde » par certains cadres de la rédaction suite à leurs protestations contre une proposition d'évolution de la ligne éditoriale concernant le public féminin, qu'un cabinet de conseil jugeait peu intéressée par « l'information pure ». Les signataires demandent « un traitement équitable, en termes de salaires et de responsabilités, ainsi que des choix rédactionnels sensibles aux attentes de tous. »

- Retour de Frédéric Haziza à LCP : la journaliste qui avait porté plainte démissionne – Suite au retour à LCP de Frédéric Haziza malgré une accusation d'agression sexuelle par la journaliste Astrid de Villaines, celle-ci a annoncé sa démission. La société des journalistes de la rédaction a affirmé que ce retour « malgré l'ouverture d'une enquête préliminaire après la plainte déposée par une de nos collègues pour agression sexuelle, nous choque ». Une motion de défiance contre la direction de la chaîne avait par ailleurs été votée par la rédaction suite au retour de Frédéric Haziza.

- Au Parisien, le propriétaire Bernard Arnault est omniprésent – Deux ans après le rachat du Parisien-Aujourd'hui en France par le milliardaire et propriétaire du groupe LVMH, Bernard Arnault, l'indépendance éditoriale de la rédaction fait polémique. D'après Arrêt sur images, les délégués du SNJ du quotidien ont adressé un mail à l'ensemble de la rédaction, dans lequel ils « déplorent des articles complaisants envers Bernard Arnault et ses affaires. Des sujets émanant de la direction et qui portent atteinte, selon le syndicat, à la crédibilité des journalistes du Parisien. » Principalement en cause, la couverture élogieuse offerte fin janvier au PDG de Carrefour, un groupe dont Bernard Arnault est un actionnaire important. Arrêt sur images évoque en outre une article complaisant du 8 février consacré à Bernard Arnault, ou encore l'omerta totale décidée par la direction du journal vis-à-vis du documentaire Merci patron !, qui ridiculisait le propriétaire du groupe. Le Canard enchaîné du 14 février a lui aussi relevé un cas d'ingérence début février, citant les propos d'un dirigeant de LVMH : la maire de Paris Anne Hidalgo « s'était plainte auprès de nous du mauvais traitement dont elle faisait l'objet au Parisien. Bernard Arnault nous a donc demandé de rattraper le coup et de faire quelque chose de bien pour elle. Elle a quand même été très correcte en nous renouvelant la concession du Jardin d'acclimatation au bois de Boulogne ». Résultat immédiat : le 6 février paraissait dans Le Parisien un article à la gloire d'Anne Hidalgo…

II. Du côté des entreprises médiatiques et de leurs propriétaires

- TF1 officialise une coupure pub dans son JT – En août dernier, nous rapportions une décision étonnante du CSA : autoriser TF1 à couper son journal télévisé par de la publicité. Cette décision va être mise en œuvre à partir du lundi 12 mars, date à laquelle les téléspectateurs de TF1 auront donc droit à une séquence de publicité pendant le JT de 20 h. Le Parisien annonce ainsi une « petite révolution au 20 Heures de TF1 ». Concrètement, « une nouvelle formule sera mise en place par Gilles Bouleau à partir du lundi 12 mars. D'abord, une première partie très centrée sur l'actualité. Puis à 20 h 30, une deuxième section plus magazine, intitulée « “Le 20H, le mag” ». Un nouveau découpage qui permettra à TF1 d'intégrer « une page de publicité entre les deux parties du rendez-vous d'information. » Précision importante : « la chaîne ne diffusera pas plus de publicité entre 20 h et 21 h mais elle pourra réorganiser ses coupures pub » précise Le Parisien dans un autre article. Le CSA autorise en effet 12 minutes maximum de publicité par heure, un plafond qui ne change pas.

TF1 avait fait cette demande au CSA en novembre 2016, au moment des « renégociations de son autorisation de diffusion » selon Le Parisien. En juillet 2017, le CSA a accordé cette faveur à la chaîne du groupe Bouygues. En échange, TF1 s'est engagé à « renforcer la représentation des femmes à l'écran, l'audiodescription et les programmes en faveur d'une alimentation et d'une activité favorables à la santé. » Un air de déjà vu : il y a 21 ans, lors de la privatisation de la chaîne en 1987, le groupe Bouygues s'était engagé à promouvoir le « mieux-disant culturel » sur TF1.

- Le scandale des aides à la presse se poursuit – Fin février, le ministère de la Culture a rendu public son dernier bilan des aides publiques à la presse. Le constat de base est le même que les années précédentes : les médias possédés par les plus grandes fortunes (privées) du pays sont aussi les plus aidés (par de l'argent public). Parmi les champions de ce fléau qu'est l'assistanat, on peut noter la première fortune française Bernard Arnault (qui empoche près de 8 millions d'euros grâce au Parisien-Aujourd'hui en France), le propriétaire d'Altice et SFR Patrick Drahi (6,3 millions grâce à Libération), l'avionneur Serge Dassault (5,7 millions grâce au Figaro) ou encore le propriétaire de Free Xavier Niel, aidé de 5 millions d'euros pour la possession du Monde. Mediapart a pu obtenir les chiffres des aides agrégées par groupes, ce qui aggrave encore le constat : Bernard Arnault concentre à lui seul 12,3 millions d'euros d'aides, soit 15 % du total des aides directes. Patrick Drahi suit avec pas moins 7 millions d'euros d'aides publiques. « Et cela continue : 6,3 millions d'euros pour le richissime Serge Dassault, 1,9 million pour Lagardère, 0,8 million pour François Pinault », auxquels il faut rajouter les 4,7 millions d'euros données au Crédit mutuel pour son quasi monopole sur la presse régionale de l'est français. On arrive ainsi à un total de 39,1 millions d'euros d'aides. « Ce chiffre résume toute la situation de la presse française, prise dans les filets d'un capitalisme opaque qui vit en consanguinité avec l'État : sept milliardaires et une banque – qui ont tous pour point commun de ne pas être des industriel de la presse – empochent à eux seuls 49 % des aides publiques. » Même la très officielle Cour des comptes a fustigé dans son dernier rapport annuel l'opacité et l'inégalité flagrante de la répartition des aides en particulier vis-à-vis de la presse en ligne : « Dès lors que le soutien public au pluralisme reste tenu pour légitime, ses conditions de mise en œuvre doivent être revues à l'aune de ce contexte rapidement évolutif. En particulier, la nécessité d'assurer la neutralité de l'action publique entre les différents vecteurs de diffusion amène à estimer que les publications imprimées, dont le recul ne cesse de se poursuivre, ne soient plus les bénéficiaires quasi-exclusives des aides. »

- « Le Média » se sépare de sa présentatrice du JT – Aude Rossigneux, rédactrice en chef de la nouvelle web-télé Le Média, a été poussée au départ par la direction. Dans une lettre publiée sur le site Electron libre, Aude Rossigneux dénonce « une brutalité qui (...) n'est pas exactement conforme à l'idée que chacun se fait d'un management de gauche. » Arrêt sur images précise que « si Rossigneux quitte bien l'équipe du Média, elle n'a pas été licenciée, mais sa période d'essai, de 4 mois (alors que la période d'essai maximale des journalistes est, selon leur convention collective, de trois mois), aurait en revanche été écourtée au bout de deux mois. Embauchée en janvier à la faveur du lancement, sa collaboration avec le reste de la rédaction “se serait particulièrement mal passée, sur tous les plans (...) Professionnellement et humainement, rien ne collait.” selon “des sources proches de la direction” » contactées par Arrêt sur images.

- « Le Média » accusé de mauvais traitement journalistique sur la Syrie – Le Média a en outre été critiqué de toutes parts pour son traitement médiatique de la guerre en Syrie. « Le Média (...) a fait le choix controversé de ne diffuser sur sa webtélé aucune image des raids du régime syrien sur la Ghouta orientale » explique ainsi L'Obs. Qui poursuit : « Pour résumer, en choisissant de ne diffuser ni photos ni vidéos de la catastrophe qui se déroule pourtant sous nos yeux, Le Média est accusé de faire le jeu du régime syrien. » L'AFP a aussi critiqué ce positionnement, par la voix de Christian Chaise, le directeur régional de l'AFP pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Dans une tribune publiée dans L'Express ; celui-ci assure que montrer les images des atrocités syriennes, et notamment les images de la Goutha, « relève de l'information, pas du sensationnalisme. »

- La proposition de loi contre les fake news sera discutée en mars – Emmanuel Macron veut sauver la France des « fausses nouvelles ». Et pour ce faire, une loi sera discutée, a-t-il décidé, en mars. Que contient cette proposition de loi (la loi en question sera portée par l'Assemblée nationale et non par le gouvernement) ? « La proposition de loi entend étendre le champ d'application de la loi de 1881 sur la liberté de la presse, qui fixe le délit de fausse nouvelle et le punit de 45 000 euros d'amende, aux grandes plateformes numériques comme Facebook, Google, Twitter et YouTube » détaille, par exemple, RTL. La radio précise ensuite que « la nouvelle législation porte une attention particulière aux périodes de campagne électorale. (...) Le texte s'appliquera cinq semaines maximum avant le scrutin. » Trois dispositifs seraient envisagés : d'abord, « chaque citoyen pourra saisir un juge des référés pour faire cesser rapidement la diffusion de “fake news”, dans le cas très précis où elles peuvent porter atteinte à l'intégrité du scrutin. » Ensuite, la proposition de loi « permet au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de suspendre la convention d'un média sous influence étrangère. » Enfin, « le projet impose aussi aux plateformes du Web plus de transparence sur les contenus d'information sponsorisés qui remontent dans les fils d'actualité de leurs utilisateurs. L'auteur du sponsoring et le montant payé à cet effet devront être clairement signalés par Facebook, Twitter ou YouTube. » Des dispositifs qui posent question. Comme nous l'écrivions dans L'Humanité du 26 février dernier, « en circonscrivant pour l'essentiel les fake news à Internet, il semble que le président se soit lui-même laissé abuser par une de ces informations bidonnées ! … que pèsent en effet les fausses informations sur Internet face à la profusion quotidienne de “vraies” nouvelles biaisées, à l'unilatéralité et à l'homogénéité des commentaires régulièrement frelatés par des sondages aussi opportuns politiquement qu'ineptes méthodologiquement, ou encore face à l'indépendance du paysage médiatique quasi réduite à néant par la voracité des milliardaires qui ont encore accru leur emprise sur le secteur en 2017 ? » Nous concluions par les solutions plus radicales et plus saines démocratiquement : « La création d'un statut de média à but non lucratif, d'un statut juridique des rédactions, ou encore la garantie de l'indépendance des sociétés de rédacteurs pourraient y contribuer. Plus ambitieuse et plus radicale, la construction d'un véritable service public de l'information et de la culture pourrait avoir un impact décisif. » Des propositions que nous détaillons sur notre site.

- TF1 demande plus d'argent à Orange pour la diffusion de ses émissions – Après SFR, TF1 s'attaque maintenant à Orange. Fin 2017, la première chaîne du groupe Bouygues avait en effet amorcé un conflit avec SFR : « TF1 réclamait de l'argent à l'opérateur SFR pour que celui-ci puisse continuer à diffuser les contenus de la chaîne » écrivions-nous en novembre dernier. TF1 avait finalement obtenu gain de cause en faisant payer à SFR au moins le double de ce qu'il payait jusqu'alors. Aujourd'hui, la même procédure est en marche contre Orange. L'opérateur refuse de payer, ce qui a amené TF1 à « saisir la justice pour demander à Orange de cesser la diffusion de ses chaînes gratuites de la TNT » détaille Le Figaro. Au-delà d'Orange, « Free fait face aux mêmes exigences de la part de TF1 » selon Le Figaro. Des deux côtés, les négociations n'ont pas abouti pour l'instant.

- Presstalis a présenté son plan de redressement – Un plan de sauvetage pour Presstalis a été présentée par l'entreprise lundi 12 février. Il prévoit des suppressions d'emplois, un prêt de l'État (dont on ignore le montant à l'heure actuelle) et une taxation des journaux. Nous racontions déjà, le mois dernier, la déconfiture de Presstalis, qui avait « décidé unilatéralement de conserver 25 % des revenus des éditeurs de journaux [en décembre et janvier] qu'elle distribue pour faire face à sa carence de trésorerie. » Les suppressions d'emplois, selon le journal Stratégies, seront massives : « La PDG de Presstalis, Michèle Benbunan, avait averti la semaine dernière que le PSE pourrait concerner entre 200 et 300 personnes (environ la moitié sur la messagerie Presstalis et l'autre sur ses dépositaires), sur un total de 1 200 salariés. » L'État consentirait à un prêt mais le montant n'est pas déterminé. Et le gouvernement semble s'en laver les mains : « Si le principe d'un prêt de l'État est acté, le montant et les conditions, qui doivent être approuvés par Bruxelles, restent à déterminer, fait-on savoir au ministère de la Culture, en soulignant que la responsabilité est aujourd'hui du côté des actionnaires », à savoir les journaux distribués par Presstalis.

- La censure judiciaire de Challenges indigne la presse – Nous l'évoquions le mois dernier dans notre actualité des médias : l'hebdomadaire économique Challenges a été condamné par le tribunal de commerce, au nom du secret des affaires, pour avoir révélé qu'un administrateur judiciaire avait été nommé à Conforama. Le collectif « Informer n'est pas un délit » a publié un communiqué rappelant que « les entreprises font partie de la société et qu'informer sur leur – mauvaise – santé ne relève pas de l'espionnage industriel (argument souvent brandi par les défenseurs du secret des affaires). Ce n'est pas au juge saisi par l'entreprise de devenir le rédacteur en chef de la nation, et de décider de l'intérêt ou non d'une information. » De nombreuses sociétés de journalistes et de rédacteurs de journaux ont affiché leur soutien à Challenges. Citons l'AFP, TF1, France 2, France 3, BFMTV, TV5 Monde, Le Monde, Le Figaro, Les Echos, Libération, L'Humanité, Le Point, Alternatives économiques, Ebdo, Mediapart…

- Causette est finalement sauvé – En décembre dernier, le mensuel féministe Causette a été placé en liquidation judiciaire avec poursuite d'activité jusqu'en février, le temps de trouver un repreneur. D'après Libération, c'est la société LFF Media (qui édite les magazine Le Film français, Première et Studio Ciné Live) qui a été choisie, pour un projet à 150 000 euros. Au début du mois, l'opération étant pourtant très mal partie, comme le racontait déjà Libération : « Le problème pour la petite vingtaine de salariés du magazine est que ces trois repreneurs, malgré leur intérêt pour le titre, ne sont pas certains d'aller au bout du processus. Ils sont refroidis par une bizarrerie dans le dossier : la marque “Causette” n'appartient pas aux Editions Gynéthic, la société qui publie le magazine et fait l'objet de la procédure judiciaire. Elle est détenue par son cofondateur et gérant, Grégory Lassus-Debat, qui ne souhaite pas s'en séparer. D'après nos informations, Grégory Lassus-Debat propose aux repreneurs de louer la marque pour 100 000 euros par an les trois premières années, puis, les suivantes, pour 3 % du chiffre d'affaires annuel (il était de 3,7 millions d'euros lors de l'exercice 2016). Lundi, il a fait une concession en ajoutant une option d'achat déclenchable au bout de trois ans, pour un minimum garanti de 400 000 euros et 3 % du chiffre d'affaires de l'année précédente. Dans ces conditions, l'acquisition de la marque représenterait la bagatelle d'au moins 800 000 euros… Pas donné, pour une entreprise au bord de la faillite. » Les représentants des salariés ont alors dû porter plainte pour « abus de bien social » contre le propriétaire, afin de le pousser à accepter une offre plus réaliste. LFF Media, le nouveau repreneur, prévoit de reprendre 14 des 18 salariés du mensuel.

- Tempêtes multiples au sommet de l'audiovisuel public – Après le renvoi de Mathieu Gallet de la présidence de Radio France le mois dernier [2], d'autres présidences de l'audiovisuel public sont dans la tourmente. À commencer par celle de la Chaîne parlementaire (LCP), en pleine procédure de renouvellement. D'après Marianne, le candidat le mieux noté lors de l'épreuve écrite de sélection serait un proche du président de la République, Emmanuel Macron… « Bertrand Delais a déjà réalisé deux portraits de l'actuel président de la République, dont l'élogieux “Macron, en marche vers l'Elysée”, diffusé sur France 2 juste après son élection. Le Canard enchaîné a d'ailleurs rapporté qu'il en dressait en ces termes les louanges sur son compte Facebook, quelques jours avant la diffusion de son film : « J'espère que ce film donnera à comprendre la force peu commune de notre nouveau Président, sa capacité de contrôle, son regard distancié et sa détermination sans faille ». (...) Du fait de cette proximité, plusieurs proches du dossier – qu'ils soient députés ou membres de la rédaction – voient évidemment en LCP une récompense pour services rendus, voire en Bertrand Delais “le candidat de l'Elysée” pour de futurs services. D'autant que certains conseillers s'agiteraient en coulisses en faveur de sa candidature, comme le porte-parole de l'Elysée Bruno Roger-Petit. « Bruno Roger-Petit passe des coups de fil aux députés LREM en leur disant : “Delais est mon candidat” », croit savoir un pilier de LCP. Suffisant pour faire basculer l'élection ? Selon la Lettre A, quatre députés macronistes ont attribué au réalisateur la note de 18/20, lui permettant de virer en tête. »

Du côté de France Médias Monde, la présidente Marie-Christine Saragosse a annoncé mi-février que son mandat a été annulé pour cause de retard dans sa déclaration de patrimoine et d'intérêt auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Mme Saragosse affirme ne pas avoir été prévenue d'un changement des dispositions légales… Les prochaines semaines seront ainsi très chargées pour les membres du CSA, qui devront trouver des remplaçants pérennes à la tête de Radio France et de France Médias Monde, tout en répondant aux questions de l'office anticorruption de Nanterre, qui enquête sur les conditions de nomination de la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte. En effet, d'après Mediapart, « si l'affaire a longtemps traîné, l'enquête judiciaire s'est soudainement accélérée sur les irrégularités innombrables qui ont accompagné sa désignation au poste de PDG de FTV. Perquisition, auditions de nombreux témoins, dont tous les membres du CSA : l'affaire prend visiblement une tournure embarrassante, la justice s'étant enfin donné les moyens d'essayer de faire le jour sur les manigances qui ont accompagné cette procédure de désignation. » Devant la multiplication de ces déboires au sommet des exécutifs de l'audiovisuel public, les SNJ de France Médias Monde et Radio France, citées par Le Monde, on demandé au gouvernement « de suspendre les négociations en cours sur l'audiovisuel public, dans l'attente de la nomination de dirigeants légitimes (...) Radio France fait aussi office de canard sans tête et la PDG de France Télévisions apparaît clairement fragilisée (...) L'avenir de l'audiovisuel public ne peut se décider dans le secret des cabinets ministériels, avec des dirigeants aux ordres : cela s'appelle l'ORTF et nous avons déjà donné. »

Jérémie Fabre, et Benjamin Lagues, grâce au travail d'observation collective des adhérent·es d'Acrimed


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